Mardi 1er avril 2014

ARCHIVE : Rapport du Vatican sur le père Maciel (1957)

Nous publions aujourd’hui une synthèse réalisée (vraisemblablement en 1957) par la Sacrée Congrégation pour les Religieux à partir de toutes les accusations et tous les rapports établis sur le père Maciel à cette époque. On reste sans voix…

Rapport sur le père Marcial Maciel, fondateur et premier Supérieur Général, résultant des différents rapports qui se trouvent à la Congrégation pour les Religieux.

Avant-propos :

Le père Marcial Maciel est né dans le diocèse de Zamora (Mexique) le 10 Mars 1920. Il a fait ses études ecclésiastiques – non régulières – au séminaire de Veracruz (qui était installé à Mexico), sous la protection de ses oncles S.E. Mgr Raphael et S.E. Mgr Antonio Guizar. Ordonné prêtre le 26 Novembre 1944, il s’est donné corps et âme, animé par un zèle – en apparence – exceptionnel, pour fonder, alors qu’il n’était que séminariste, une Congrégation de Missionnaires qu’il a décidé d’appeler plus tard : « les Légionnaires du Christ. »

Doté d’une forte personnalité, très habile, brillant, sûr de lui, il a réussi à gagner la faveur d’éminentes personnalités ecclésiastiques et laïques, créant autour de lui, non sans une certaine mégalomanie, une aura de spiritualité et de sainteté, qui serait en fait une énorme supercherie.

De ses études non terminées découlent de nombreuses erreurs de gouvernement, aussi bien contre le Code de Droit Canonique que contre la morale : déloyauté, malhonnêteté, contrainte indue sur les consciences, fanatisme. Distrait par mille choses, il a une piété très discutable. Quand il voyage, il ne regarde pas les dépenses ; il ne célèbre pas la messe tous les jours ; personne ne l’a jamais vu prier le Bréviaire (il aurait affirmé lui-même à certains avoir reçu une dispense directement du Pape !) ; il n’est jamais présent aux actes de piété de la communauté.

Premières accusations :

Les premières graves accusations contre le père Maciel remontent à 1948, alors que la Sacrée Congrégation pour les Religieux venait d’accorder le Nihil Obstat à l’Ordinaire de Cuernavaca pour l’érection de l’institution religieuse dans le droit diocésain. Le 8 Juin 1948, le père Lucio Rodrigo, jésuite, professeur à l’Université de Comillas, transmettait, par l’intermédiaire de la nonciature apostolique, sur la base des déclarations du père Sergio Ramirez, secrétaire personnel et cousin du père Maciel, une série de graves accusations contre le père Maciel :

  1. Pression indue sur les consciences : il obligerait les jeunes aspirants à se confesser à lui ;
  2. Suspicion de violation du secret de confession ;
  3. Duplicité dans ses agissements et malhonnêteté, allant jusqu’à produire de faux documents, en l’occurrence une lettre du chancelier de Son Éminence le Cardinal Spellman promettant 25 bourses d’études au père Maciel ; Tout cela dans le but de gagner la confiance des bienfaiteurs et en particulier d’obtenir les bonnes grâces des autorités universitaires de Comillas et du gouvernement espagnol ;
  4. Un certain laxisme moral : il se dispenserait assez facilement de la lecture du bréviaire ; il utiliserait les dons de ses bienfaiteurs à d’autres fins que celles prévues ; il aurait recours au mensonge et à la tromperie afin d’obtenir des avantages matériels ; etc.
  5. Une vie personnelle qui ne brille pas par la piété, mais plus par la recherche de commodités et de confort. Aucune vie communautaire ; il se lève tard ; il ne prend pas part aux actes de piété ; il mange seul, et exige des plats différents de ceux de la communauté ; il ne regarde pas les dépenses dans ses voyages ; il est dissimulateur ; il fomente l’hostilité contre les jésuites et contre les pères du Saint-Esprit du Mexique, etc. ; il manipule beaucoup d’argent, mais n’a aucune administration.

Il faut préciser que le père Rodrigo a d’abord été très favorable à l’œuvre du père Maciel. La Sacrée Congrégation pour les Religieux avait même nommé le père Rodrigo comme conseiller, afin que la fondation puisse être menée à bien et puisse être érigée canoniquement. Dans un premier temps, ses rapports étaient au contraire très positifs.

En raison de ces accusations, le Vatican a donné l’ordre de reporter l’érection canonique. Mais entretemps, le père Maciel s’était déjà rendu auprès de l’Ordinaire de Cuernavaca, au Mexique, qui n’avait pourtant aucun centre de la congrégation sur son diocèse et qui s’est précipité pour lui donner le décret d’érection, le 12 juin 1948. Cet évêque a ensuite transmis les accusations du père Rodrigo à l’intéressé, et, avec le soutien d’autres évêques mexicains, il en a fait une réfutation détaillée, jetant le discrédit sur le pauvre père Ramirez, et concluant ainsi : « D’autre part, d’après les témoignages des évêques, des prêtres et des religieux qui connaissent bien le père Marcial Maciel, il apparaît que celui-ci est une personne pieuse, humble, généreuse, prudente et doté de toutes les vertus, et très recommandable »

Malgré cela, le 27 juillet, la Congrégation pour les Religieux a suspendu les effets de l’érection canonique.

L’intéressé s’est mis aux abris, et le 8 décembre 1948, il a présenté une longue défense de sa propre personne et de sa congrégation. Le 11 décembre, le Congrès a décidé d’annuler la réserve et de demander à ce que l’Ordinaire de Cuernavaca dirige et accompagne le père Maciel, jugé trop jeune et inexpérimenté. Les décisions du Congrès ont été communiquées le 16 décembre.

Mais le père Rodrigo ne désarme pas : Le 28 Janvier 1949, et de nouveau le 10 mars 1950, il écrit à la Secrétairerie d’État une lettre dans laquelle il prouve et étaye ses accusations avec des faits et des témoignages impressionnants. L’intéressé lui-même aurait reconnu avoir falsifié la lettre du chancelier du Cardinal Spellman. D’autres cas similaires de contrefaçon semblent montrer que le père Maciel est une personne déséquilibrée. Prétextant être convoqué par l’Evêque de Chilapa, il aurait demandé un jour à deux prêtres de la communauté de Tlalpan de l’accompagner. Or, à leur retour, ils ont trouvé la maison en émoi, parce que pendant leur absence, trois archevêques et un évêque auraient fait une apparition à l’improviste afin d’effectuer une enquête secrète.

C’est ainsi que des fausses attaques de communistes contre la congrégation ont été organisées et mises en scène. Le père Maciel utilisait ce genre de stratagèmes pour susciter la générosité des bienfaiteurs pour son œuvre. Cela lui permettait également d’entretenir une atmosphère de persécution contre lui et l’enthousiasme de certains de ses membres. C’est ce qui ressort également de la lettre d’un séminariste de Comillas, écrite le 28 janvier 1950 au Cardinal Lavitrano. Le père Rodrigo dénonce également le prosélytisme insistant, insidieux et dangereux du père Maciel avec les séminaristes de Comillas.

Il est notoire que pour trouver des enseignants pour ses Ecoles Apostoliques, le père Maciel n’a pas hésité à débaucher des séminaristes de Comillas, en particulier une dizaine d’anciens jésuites, qui sont sortis de la Compagnie, trompés par ses belles paroles. Ces derniers, mécontents de ses manières de faire et du traitement reçu, l’ont ensuite dénoncé.

Le 7 novembre 1950, le père Rodrigo envoie une nouvelle lettre abondante au Secrétaire de la Congrégation pour les Religieux, réitérant les mêmes accusations.

Sous l’assistance religieuse du père Madrigal, missionnaire du Saint-Esprit :

Au début du mois de janvier 1953 arrive le père Madrigal. Le Saint Siège l’a nommé pour être l’Assistant Religieux de la congrégation. Celui-ci ne manque pas de signaler dans son rapport les dangers que pourraient rencontrer la congrégation, avec son esprit très international et archi-centralisé (tout dépend du père Maciel !) et comment tout cela pourrait dégénérer en une recherche de splendeur externe. Le père Madrigal décrit le père Maciel comme « un homme de bon esprit, avec une vision surnaturelle des choses. Il aime les plans grandioses, et il est également très habile » (23 février 1953). Et puis, le 24 juin 1954, il explique qu’aussi bien dans la congrégation que dans la personne du père Maciel apparaissent les mêmes contradictions :

Les jeunes sont fervents, studieux, mais difficiles à cerner, très modernes (athlétisme, natation, cinéma, photographie, radio, voiture, etc.) et avides d’argent. L’argent est bien sûr nécessaire pour entretenir les œuvres ; mais les moyens pour se procurer cet argent ne sont pas toujours justes, honnêtes, légitimes, et ne donnent pas toujours une bonne image de la congrégation. L’œuvre est en évolution constante, comme son fondateur, dont la personnalité, au fur et à mesure que les années passent, et au contact de nouvelles expériences, imprime de nouvelles caractéristiques dans la formation de ses sujets et dans les activités spécifiques de l’œuvre. Et c’est ainsi que l’œuvre, incapable de se fixer des objectifs stables, ne peut pas mûrir. A ce jour, elle ne semble ni sérieuse, ni solide. De plus, le père Maciel, qui semble pourtant très préoccupé par ses bonnes relations avec des personnes influentes, est très réservé et méfiant à l’égard de l’Assistant Religieux. Le père Madrigal conclut en appelant de ses vœux un changement dans les Constitutions, afin de donner une plus grande autorité aux Ordinaires locaux sur les Légionnaires du Christ.

Le 12 mars 1953, le père Madrigal fait observer au père Maciel qu’il n’est pas souhaitable qu’il y ait des femmes parmi les professeurs du collège Cumbres, que les frais de scolarité semblent trop élevés, et que même si on ne s’en rend pas bien compte, le père Maciel cherche par tous les moyens à obtenir les faveurs des autorités suprêmes de l’Église, en faveur de son œuvre.

Le 25 mars 1955, le père Maciel répond aux accusations en mettant en avant l’exemplarité d’autres religieux et en feignant une soumission entière et absolue aux directives de l’Assistant Religieux.

Le 30 mars 1955, le père Madrigal réagit en écrivant textuellement à la Congrégation pour les Religieux ceci : « Le père Maciel dit beaucoup de choses pour esquiver la discussion. Il fait la sourde oreille à propos de toutes les choses sur lesquelles on l’a mis en garde, et cette sorte d’anomalie qu’on pourrait qualifier de grave mégalomanie persiste. »

Le professeur Sabino Arnais (ancien jésuite) :

Les 3 et 7 décembre 1955, puis les 30 et 31 janvier 1956, le professeur Sabino Arnais, un ancien jésuite, envoie une lettre de protestation après avoir été licencié de son poste d’enseignant et avoir été remplacé par un autre ancien jésuite (Zabade). Un autre enseignant, le professeur Lobato, également un ancien jésuite, a également été licencié et renvoyé en Espagne. Le professeur Arnais dénonce l’injustice absolue et la puérilité des manières de procéder du père Maciel, dans la gestion économique.

Dans un rapport détaillé, il décrit le père Maciel comme une personnalité psychopathique, qui joue au saint (sans être saint), une sorte de Raspoutine, mystérieux et impressionnant, qui met les gens sous son emprise. Une fois, alors qu’il était au lit, soi-disant entre la vie et la mort, on l’a vu se lever et partir tout d’un coup en voiture, l’air serein. Il est revenu ensuite, mais il est resté assis dans la voiture, comme absorbé en méditation. Il mange tout seul, et seulement de la nourriture exquise. Il est capricieux. Il aurait une double personnalité, vivrait une autre vie. Est-il morphinomane ? Certains indices semble indiquer qu’il arrive à se procurer de la morphine, sans les prescriptions médicales obligatoires. Une nuit, il s’est fait conduire à la clinique, pour une injection. Il va et vient très souvent, et il est complètement exalté quand il parle aux membres de sa congrégation…

En résumé :

  1. Esprit de mensonge dans les contrats avec les professeurs ;
  2. Vie mondaine, goût du confort ;
  3. Suspicion de consommation de drogues ;
  4. Personnalité psychopathique : suspicion de dédoublement de la personnalité .

Destitution du père Maciel :

Le 14 août 1956, le nouvel évêque de Cuernavaca a écrit à son Excellence, le Secrétaire, sous le plus grand secret. Il a été informé des manières de faire tortueuses et trompeuses du père Maciel, de sa consommation de drogues et d’actes de sodomie. Il qualifie le père Maciel d’être « habile et sans scrupules ».

Après l’audience du 20 septembre 1956, le père Maciel est démis de ses fonctions et envoyé dans une clinique. Le père Ferreira Correa est chargé de reprendre le gouvernement de la Congrégation.

De là, le père Maciel fait milles tentatives dans tous les sens afin d’obtenir le retrait de cette mesure, par une recherche effrénée de hautes protections. Il cherche surtout à empêcher le père Ferreira et le frère Dominguez de venir à Rome. Le père Maciel les a identifiés comme étant les auteurs de la dénonciation, et il les accuse de calomnies.

Le 27 novembre 1956, le père Madrigal fait un rapport complet :

  1. Le père Maciel se présente comme une victime à chaque fois qu’on lui dit ou qu’on lui impose quelque chose qui lui déplait ;
  2. Il est obstiné dans son jugement, malgré son expérience ;
  3. Il est enclin à croire que les Supérieurs de l’Eglise ont des préjugés contre lui ;
  4. Ses succès l’ont rendu complètement mégalo ;
  5. Il ne supporte pas que d’autres personnes mettent leurs nez dans ses affaires ;
  6. La congrégation est en perpétuel changement ; les jeunes vont à la recherche de dons, sans aucun discernement, et avec une bonne dose de malhonnêteté.

Le 29 novembre 1956, le père Madrigal envoie une autre lettre dans laquelle il déplore le manque de sincérité et de confiance des légionnaires du Christ à son égard. Il accuse le père Maciel de ne pas être venu le voir au Mexique.

Le 1er octobre 1956, Mgr Scapinelli, dans un rapport de bureau, affirme avoir été appelé par le cardinal Pizzardo, après que celui-ci eût rencontré le père Maciel, le Procurateur Général et le Recteur du centre de Rome : ils voulaient empêcher à tout prix que le Vicaire Général et le frère Dominguez ne viennent à Rome, et les accusait d’être des calomniateurs.

Finalement, le 2 octobre 1956, le père Maciel écrit au Préfet et affirme qu’il se soumet avec humilité aux dispositions apostoliques, tout en précisant que son état de santé est excellent, comme le prouve un certificat médical signé par le docteur Galeazzi Lisi. Et il se fait interner dans une clinique. Cependant, le père Maciel a choisi une clinique spécialisée en gynécologie, la « Villa Linda », où il n’a édifié personne avec son train de vie désordonné : entre autres choses, il a dépensé quelques 95.000 lires pour un seul coup de téléphone avec le Mexique !

Le 22 octobre, alors qu’il se trouve encore à Rome, le père Maciel accepte d’établir un rapport sur son institut, à l’attention du père Anastasio del Rosario, Supérieur Général des Carmes Déchaux, qui vient d’être nommé Visiteur Apostolique auprès des Légionnaires du Christ.

Le 24 octobre, étant donné l’impossibilité de pénétrer dans l’esprit de l’Institut, le Visiteur Apostolique impose par écrit au père Maciel de s’exiler en Espagne, et d’y rester jusqu’à nouvel ordre. Le jour d’après, le père Maciel prend l’avion, se rend en Espagne, où il part en tournée sans aucune permission ; puis, toujours sans permission, il retourne au Mexique. Finalement, il informe le Visiteur qu’il décline toute responsabilité sur la situation économique de la congrégation.

Malgré la mise à l’écart du Fondateur, les difficultés rencontrées par le Visiteur sont encore là. Le frère Dominguez, qui a été envoyé en Irlande et qui en a marre de la surveillance injuste et illégale à laquelle on l’a soumis, demande de sortir de la congrégation. Même réaction de la part du Vicaire Général, qui est mis en quarantaine par les autres membres de la congrégation, et considéré comme un traitre.

Les dernières accusations les plus graves, et leur cohérence

1.- Consommation de stupéfiants

Les premiers indices sont les suspicions du professeur Sabino Arnais, évoquées plus haut, et qui semblent êtres avérées.

Le 28 janvier 1956, le père Callisto Lopinot, capucin, informe la Congrégation pour les Religieux qu’un médecin (catholique pratiquant) lui a demandé de présenter une dénonciation contre le père Maciel : le médecin en question accuse en effet le père Maciel d’être morphinomane, d’utiliser des intermédiaires pour se procurer ses doses et d’avoir eu une grave crise à cause des effets de ses injections de morphine. Il demande à ce que le père Maciel suive une cure de désintoxication. Le père Callisto ajoute qu’avant d’envoyer la dénonciation, il a appelé le médecin en question et l’a de nouveau interrogé pour vérifier la cohérence des faits dénoncés. Celui-ci lui a répondu que tout était bien exact, et qu’il s’était senti obligé en conscience de porter ces faits à la connaissance des autorités compétentes.

La dernière plainte, datée du 14 août 1956, provient de l’évêque de Cuernavaca.

Mais le 5 octobre 1956 – autrement dit, huit mois plus tard – le professeur Condorelli déclare que, dans l’état actuel des choses, il n’y a aucun doute sur la toxicomanie du père Maciel.

Sans chercher à éluder le problème, il faudrait peut-être demander au professeur s’il est possible que, huit mois après, il reste encore des traces de drogue dans son sang, et s’il y a des degrés de gravité dans la toxicomanie.

Enfin, le père Anastasio del Rosario, dans son rapport du 11 février 1957, explique à ce sujet que les fréquentes maladies, de nature douteuse, dont souffre le père Maciel (avec des crises violentes et aiguës, qui l’ont obligé à se rendre – avec tant de mystères ! - à Cuba et à New York pour se faire soigner) font surgir des doutes graves et fondés sur le fait que tout cela est du à sa consommation de drogues. En outre, lui-même et ses proches admettent que ces drogues sont administrées, de façon fréquente et prolongée, comme des sédatifs, quand il a des crises. Afin de mieux se documenter, la Congrégation pour les Religieux pourrait suivre la suggestion du Visiteur Apostolique : demander au père Callisto de révéler le nom, pour le moment tenu secret, du médecin ayant dénoncé le père Maciel.

2.- Immoralité

Dans une lettre non datée à Son Eminence le Cardinal Pizzardo, un certain Antonio Lopez, qui se présente comme un bon catholique et qui écrit sous le conseil de son Directeur spirituel, accuse le père Maciel de conduite amorale et scandaleuse.

Il raconte notamment comment le père Maciel, prétextant ne pas vouloir perdre de temps, plutôt que de rejoindre chaque soir le centre de Cumbres, situé à 15 km de Mexico, préfère aller dormir chez une certaine Mme Fernandez, veuve et vivant seule au 65, rue Panuco. Bien qu’ayant presque 50 ans, cette femme est encore très attirante, joyeuse, et elle adore danser. Il semblerait que, lorsqu’il est chez elle, le père Maciel passe son temps à danser, discuter et dormir.

Quand des bruits ont commencé à courir, il a cessé de lui rendre visite, mais a continuer à entretenir avec elle une correspondance suspecte. Ensuite, afin d’éviter des scandales plus graves, il a fait pression sur elle pour qu’elle se remarie. La femme s’est donc remariée, mais cela l’a rendu malheureuse, et c’est pourquoi elle demande aujourd’hui que son mariage soit déclaré nul.

Une accusation de sodomie a été portée à l’attention de l’évêque de Cuernavaca, le 14 Août 1956.

Il semble, cependant, que le Visiteur Apostolique n’ait pas réussi à se documenter sur cette question. Une chose lui semble suspecte : à savoir que le père Maciel a toujours exigé s’occuper lui-même de la formation à la chasteté des membres de la congrégation.

Je serais d’avis, s’il convenait d’approfondir cette question, d’envoyer l’accusation de Lopez au Délégué Apostolique, afin que celui-ci fasse une enquête détaillée, en interrogeant également les évêques.

3.- Escroqueries, procédés tortueux, faux-semblants

Sur cette accusation, le Visiteur Apostolique n’a aucun doute. Il est aujourd’hui évident que les méthodes sournoises et les manigances pour obtenir des fonds ne sont pas l’apanage du seul père Maciel, mais de tous ses disciples.

Le Visiteur accuse en outre les violations du secret de conscience ; les tentatives de mise à l’écart de certains religieux pendant la Visite Apostolique, afin de les empêcher de parler ; la transgression des préceptes religieux ; l’instauration d’un vœu privé destiné à empêcher les religieux de murmurer contre leur supérieur, et de dénoncer les coupables, etc.

Le Visiteur finit ainsi : sur l’aspect moral du père Maciel « le silence semble prudent, pour des raisons internes et externes, au moins dans un premier temps. »