Mercredi 19 novembre 2014 — Dernier ajout dimanche 1er février 2015

Bethléem : le témoignage de Sophie

Je suis entrée à Bethléem après avoir obtenu un diplôme en Sciences Humaines et passé quatre années dans un engagement humanitaire laïc. J’avais 28 ans à mon entrée. J’y suis restée six années.

J’avais dans le cœur une vraie quête de Dieu associée à des expériences humaines déjà profondes. J’ai été confirmée par une retraite selon les exercices de Saint Ignace, accompagnée par un prêtre Jésuite. Je lui ai parlé de mon attrait pour la prière et lui ai dit que j’avais entendu parler de la vie monastique par une amie entrée un an avant moi à Bethléem. Ce prêtre, grand ami de la communauté, m’en a alors dit le plus grand bien et m’a envoyé rencontrer sœur Priscille à Paris. J’ai suivi six mois après le mois Evangélique et suis entrée le jour de la fête de saint Bruno.

Je suis arrivée très en confiance parce que j’avais pris le temps de discerner et que je m’étais vraiment renseignée concernant le gouvernement de Bethléem auprès de ce prêtre ayant toute confiance en elles. J’ai tout de suite dit à ma prieure de l’époque que « l’accompagnement » me tenait à cœur à cause de mes études et j’ai reçu comme réponse « donne-le à Dieu et cela te sera redonné ». Jusque là tout va bien. J’estimais avoir été vraie et il me semblait aussi qu’elles l’étaient.

Sur ce point, je pensais être au départ écoutée et j’ai eu l’illusion d’être respectée dans ce que je suis en vérité parce qu’elles m’ont, à côté de cela, donné le meilleur comme un privilège : ermitage dès l’école de vie, Saint Sacrement en ermitage dès l’école de vie, un bel artisanat… Une postulante n’avait pas à recevoir le Saint Sacrement dans sa cellule. C’est pourquoi je parle de privilège. J’ignorais alors que c’était un privilège finalement assez courant. Tout cela voulait signifier l’Amour unique que Dieu pose sur chaque personne et je l’ai reçu comme tel.

Quelque temps plus tard, la prieure m’a assurée « qu’un grand projet de la Vierge était posé sur moi ». Je vivais alors dans une sorte d’élévation. Quand on baigne dans une spiritualité qui n’est pas très saine, on peut entendre décréter ce genre de choses, sans même se demander ce que cela peut bien vouloir dire. D’où la prieure tenait-elle cela ?

La question de l’accompagnement auquel je tenais, désir que j’avais exprimé à plusieurs reprises, deviendra, six ans après, la raison pour laquelle Sœur Isabelle me demandera de sortir pour « expériment extérieur » car finalement « tu ne t’es pas convertie et la vie de Saint Bruno, c’est silence et solitude… » S’agissait-il après six ans de ne plus avoir aucun désir, aucun talent, de faire table rase de son passé et de ce qui nous tient à cœur ?

Si ce point demandait une conversion c’est sans doute que cette formation reçue dans la vie civile n’était pas selon le cœur de Dieu ? De nature plutôt discrète, je sais que les personnes qui me connaissent pourront confirmer que le désir d’accompagner que j’avais exprimé n’était pas de la vaine Gloire, comme cela m’a été progressivement sous-entendu mais simplement le besoin d’être reçue avec toute mon histoire sans devoir tirer un trait sur le passé, d’ailleurs impossible à tirer. Mais malheureusement « j’étais trop humaine », comme cela me fut dit à plusieurs reprises.

Après cette brève introduction, je voudrais maintenant faire écho avec mon vécu propre à quelques points évoqués dans d’autres témoignages.

Relation à L’Église et sentiment de supériorité

Par souci d’objectivité, je citerai simplement quelques paroles reçues soit lors de la bénédiction personnelle du soir, soit aux homélies communautaires du Samedi. Je parle de « paroles reçues » parce qu’à Bethléem, il est toujours dit qu’on reçoit.

  • « A Bethléem, on n’est pas comme toutes ces bonnes sœurs »
  • « Bethléem, c’est une Église dans l’Église »
  • « Nous on aime tout le monde, mais ce sont les autres qui ne nous aiment pas »

Les prêtres extérieurs ne prêchent jamais car la Prieure générale ne souhaite pas que nous entendions autre chose qui risquerait de nous sortir du charisme de Bethléem. On nous le justifie par le respect du silence : il ne serait pas bon d’entendre une autre voix.

Le confesseur extraordinaire, venant une fois par mois, ne donne aucune exhortation lors de la confession. Un psaume uniquement est laissé à notre méditation.

Tout ceci confirme l’unique voix entendue qui est celle de la prieure générale ou de la prieure du monastère. Progressivement, il devient très difficile de penser autrement que cette voix unique car effectivement oser penser autrement, ce serait manquer à l’unité.

Uniformisation

A Bethléem, une directive principale c’est que « les moyens confinent à la fin ». C’est pour cela que l’on trouve dans chaque monastère, les mêmes moyens : architecture, liturgie, manière de poser les fleurs par terre dans l’Église, les bougies de telle façon pour les solennités, gestes liturgiques précis et communs à tous les monastères… Rien n’est jamais changé sans l’accord de la prieure générale qui contrôle tout. C’est d’ailleurs souvent dès le départ ce qui attire ou fascine à Bethléem car la qualité des moyens compte beaucoup. Je suis moi-même sensible à la beauté qui conduit elle-même à Dieu. Cependant, cela crée progressivement un attachement désordonné aux moyens qui ne sont plus à leur bonne place. Les moyens deviennent la preuve de notre union au Christ et nous attachent à Bethléem car ils conduisent à la vie éternelle ! J’ai moi-même mis des années à me dire que les moyens n’étaient pas si importants que cela et que la vie évangélique n’était pas qu’une question de moyens. L’intelligence pratique des sœurs rejoignait la mienne et je ne me suis pas rendue compte combien j’étais devenue dépendante de moyens extérieurs pour aimer Dieu et vivre de l’Évangile.

De plus, les coulpes hebdomadaires, plus ou moins axées sur ces moyens non réalisés et dont il faut s’accuser devant la communauté, provoquent cet attachement sur le long terme aux moyens. Pour donner un exemple, avant de se coucher, nous devions nous mettre en vénia(NDLR : Se mettre en "venia" consiste à se mettre allongé, les genoux à peine recroquevillés, couché sur le sol, de biais, la tête entre les mains, en signe de soumission.) ; si nous n’avions pas eu le courage de le faire dans la semaine, nous nous en accusions, en demandant pardon. A force de regretter tel ou tel manquement à la règle, on pouvait finir par s’attacher à cela en perdant complètement de vue la fin.

Peu de respect de la conscience sous prétexte d’obéissance aveugle

J’ai toujours eu un profond respect pour l’obéissance dans l’Église et le désir d’apprendre à en vivre à la suite du Christ. Je suis arrivée à Bethléem avec cette soif.

Cependant depuis ma sortie, je vois mieux les déviances de Bethléem sur ce sujet. D’abord quelques paroles reçues d’après des maximes qu’on nous demandait de méditer en priant le Rosaire. Je cite textuellement quelques maximes tirées d’un livret donné à toutes les sœurs à mon époque :

  • « Perdre toute idée personnelle ».
  • « Si nous obéissons à Marie, Dieu nous obéit ». Si je relis cette phrase aujourd’hui, je peux me demander si elle ne traduit pas une grande prétention.
  • « Accepte de ne pas comprendre, laisse venir la vérité » On parlait beaucoup de l’abdication de l’intelligence pour faire silence et pour obéir à la manière de la Vierge.
  • « Une certitude unique : un projet au delà de nous, ce n’est pas notre affaire. » Cela veut signifier que la Vierge a un projet sur nous et que nous n’avons pas à chercher à comprendre.
  • « Résurrection illico ». Cela signifie qu’il faut accueillir le réel comme il est et passer à autre chose. Si cela ne va pas pendant trois secondes, je suis invitée à reprendre le dessus. On retrouve ce terme sur le “cahier de transparence” remis chaque semaine à la prieure qui pouvait l’annoter avec un « R.I. », « résurrection illico ».
  • « Nous avions appris à être tellement centrées sur le cœur de Marie, que notre cœur était son cœur et puis nos actes et les imprévus de la vie aussi. La vie elle même avait peu d’importance ».

Cette résurrection illico demandée aux « enfants de la Vierge » comme la prieure générale aimait nous appeler suppose aussi que nous ayons la capacité, voire l’excellence de ne pas avoir à vivre de deuil. Il m’a ainsi été dit qu’ « une sœur de Bethléem n’a pas de deuil à vivre » pour la même raison que c’est « trop humain ». J’avais perdu une sœur quelques années avant mon entrée au monastère et je savais pourtant d’expérience que prétendre cela était un grand manquement à l’humanité et au maintien de l’équilibre personnel.

Par ailleurs, l’obéissance est très verticale. Quand il s’agit de pouvoir s’expliquer sur des choses que l’on voit autrement que la prieure, cette obéissance devient lourde à vivre. Pour ma sortie, j’ai vu sœur Isabelle une fois. Nous avons eu un court dialogue. Elle m’a imposée sa décision sans aucune aide pour retrouver ma place dans l’Église, en me demandant autoritairement d’aller « vivre mon charisme ailleurs ». Je me souviens très bien de lui avoir alors dit : « Si vous avez discerné mon charisme, vous savez qu’un charisme se met au service de la communauté, n’est-ce pas ? Pourquoi ne voulez-vous pas de mon charisme pour Bethléem ? » Elle ne m’a pas répondu. J’en suis sortie très culpabilisée.

Une dépendance qui ne fait pas grandir la liberté de conscience.

J’ai progressivement appris de l’Évangile que « celui qui fait la vérité, vient à la lumière ». Cette soif de vérité habite mon cœur. Et l’habitait avant d’entrer à Bethléem.

C’est pour vivre en vérité notre vie de solitude qu’il nous est demandé de la mettre « en transparence ». J’ai donc fait confiance.

Avec le recul du temps, je peux dire que le cahier de « confession à la vierge » remis hebdomadairement à la prieure avant les coulpes fait peu grandir l’homme intérieur. Il crée surtout une dépendance clairement recherchée par les sœurs. Cette dépendance permettant de vivre la solitude reliée à …… la prieure, toujours et encore !

Il y a là une grave absence d’intermédiaire, de médiation. Je suppose aussi que de jeunes sœurs peu formées à la vie intérieure peuvent confondre for interne et for externe dans l’écriture de ce cahier. J’avais vite perçu ce que je pouvais évoquer et ne pas évoquer sur ce cahier où nous étions invitées à commencer par « mes pensées me disent que… ».

Une culpabilisation progressive, des interprétations abusives

Comme le disent les autres témoignages, j’ai ressenti, même encore quelque temps après ma sortie, le sentiment d’avoir été fautive. J’ai un profond respect pour le Sacrement de la confession et je sais combien l’aveu d’une faute est libérateur sous le Regard miséricordieux de Dieu. Or, contrairement au désir que j’avais en entrant à Bethléem, je peux dire que je n’en suis pas sortie avec la certitude d’y avoir rencontré la miséricorde de Dieu puisque j’ai eu le sentiment d’être jugée sur le for interne. Cela me semble assez grave pour une communauté monastique.

Pour donner un exemple : chaque ermitage est composé d’un Ave Maria où le moine prie la Vierge à genoux avant d’entrer. Il y a un bénitier. Un jour où ma prieure y entrait avec moi, nous nous sommes agenouillées pour prier et elle a pris de l’eau bénite pour m’asperger un peu par elle-même en me disant « tu as un petit démon ! »   Quels que soient les combats inhérents à la vie monastique, je peux assurer que des paroles comme celles-ci sont profondément déstabilisantes.

Concernant le point de l’accompagnement, j’ai un jour eu droit à cette observation qui ressemblait plus à une admonestation : « Tu veux être la grande “accompagnatrice” de tout Bethléem ». J’assure en conscience que je n’avais jamais demandé à y exercer ma formation initiale. Cependant, le simple désir d’accompagner, habitant mon cœur et que j’avais exprimé dans mon cahier de transparence et en dialogue, leur donnait à supposer la présence en moi de cette intention.

Est-ce là être témoin les uns pour les autres de la miséricorde de Dieu ?

A ma sortie, je n’ai reçu aucun conseil de leur part pour retrouver ma place dans l’Église. Je n’avais pas d’assurance sociale.

J’ai fort heureusement trouvé des prêtres compétents qui m’ont aidée à sortir de la culpabilité qui me pesait tant.

CONCLUSION

De la même manière que le dit Fabio B. dans son témoignage, je peux dire que j’ai aussi passé à Bethléem les plus belles années de ma vie. Cependant, j’aimerais rappeler quelques points d’importance :

  • la Charité appelle à toujours plus d’humanité.
  • l’obéissance religieuse ne peut être vécue que dans le respect de la conscience individuelle.
  • l’unité d’un groupe religieux ne peut se vivre que dans l’accueil des différences de chaque personne humaine (pensées et actes).

Je déplore, à ma sortie, de n’avoir reçu aucune aide de leur part pour continuer mon chemin. « L’expériment » conseillé ne m’a pas été du tout précisé. Pour demander de l’aide, je les avais rappelées quinze jours après pour m’entendre dire que « c’était trop tôt ».

C’était à moi de chercher sans savoir dans quelle direction. « Ne garde pas ton habit car tu n’es pas une sœur de Bethléem en vadrouille ! » Peut-on être une sœur de Bethléem pendant six ans et ne plus l’être du jour au lendemain ? Là aussi c’était peut-être une affaire de « Résurrection Illico » ? Où était le respect de ma conscience ? Ces six années s’envolent comme une légère feuille au vent avec l’unique directive « Tu verras que ton habit est dans ton cœur ».

Comme si je ne faisais que le découvrir après six années de vie contemplative !

Le flou entourant cet « expériment » a été très difficile à porter.

J’ai ressenti une forte culpabilité, une sorte de sentiment d’abandon, un sentiment de chute des « perfections du ciel » vers les réalités d’ici-bas. Les départs ne sont pas annoncés. Je n’ai pas eu l’occasion de dire au revoir à celles avec qui j’avais été en communion de prière pendant six ans. Je me suis sentie humiliée parce que ces six années ne semblaient pas importantes à leurs yeux et qu’en un seul dialogue, tout semblait s’être écroulé sous mes pieds. Heureusement ma famille naturelle m’a beaucoup soutenue. Un prêtre avait d’ailleurs donné un conseil à ma mère quand je suis entrée à Bethléem : « gardez toujours le lien avec votre fille. » Il avait raison.

Est-ce qu’une visite canonique aiderait la communauté à changer ce qui mérite de l’être ? Dans ce que j’ai pu vivre, j’ai constaté que c’était toujours l’autre qui avait tort ou qui ne comprenait pas. Je n’avais pas demandé à partir. Cela s’est fait en moins d’un mois. A mon arrivée dans un autre monastère que celui où j’avais vécu quelque temps, dont neuf mois de solitude radicale, sœur Isabelle m’attendait pour m’annoncer que je devais partir.

Quelques années plus tard, alors que je me trouvais en pèlerinage en Israël, je n’ai pas supporté l’idée d’aller au monastère de Bet Gemal comme les pèlerins se trouvant avec moi. Je pleurais dans le bus en les attendant. L’assistante de la prieure est venue me rejoindre, elle s’est trompée de prénom quand elle s’est adressée à moi pour me complimenter sur ma tenue. Je lui ai dit : « si tu m’appelles ainsi, c’est que cette sœur a quitté le monastère aussi ? » Elle m’a répondu « Non ». De fait, j’ai appris plus tard que la personne avec qui elle m’avait confondue avait bien quitté, elle aussi, Bethléem. Elle m’avait fait un simple mensonge.

Je remercie chaque personne de l’Église rencontrée depuis ma sortie. Ma priorité était de rester confiante. Je comprends pleinement ceux qui perdent la Foi après de tels évènements. Ce n’est pas mon cas et j’en rends grâce à Dieu.

Chacune de ces personnes m’a aidée à croire que ces années de service ont un sens pour Dieu.

Je remercie ma famille d’avoir été présente pendant mes années de vie monastique grâce à la venue régulière de tous au monastère et surtout de m’avoir aidée très concrètement à ma sortie. Leur chaleur a été précieuse. Déracinée au niveau spirituel, j’ai retrouvé mes racines familiales, sans jugement de leur part. Je pense que les sœurs de Bethléem m’ont laissée partir comme cela car elles savaient ma famille présente. Je me demande comment des sœurs isolées au niveau familial peuvent vivre une sortie de Bethléem ? Elles doivent traverser des heures vraiment difficiles.

Sophie

Vos réactions

  • Carole 24 novembre 2014 16:45

    J’ai eu d’énormes difficultés à affronter lors de ma sortie du monastère. Il est vrai qu’intérieurement à ce moment-là je me sentais libérée d’une immense montagne qui semblait reposer sur mes épaules. Je n’étais absolument pas faite pour cette vie de solitude. Cela m’a pris 2 ans pour m’en apercevoir mais j’ai du rester 3 années de plus car j’avais tellement touché « le fond du baril intérieur et extérieur » que j’avais besoin d’un temps où je devais être calmée. Dans mon cas, si la communauté m’avait laissé partir en pleine crise comme je l’étais j’aurais probablement écrit un livre et aurait été une lionne enragée contre toute la communauté. Et j’aurais eu de bonnes raisons de le faire. Et je serai devenue une personne itinérante. Mais cela ne s’est pas passé comme cela. J’ai eu une famille pour m’accueillir et j’ai eu quatre communautés religieuses qui m’ont aidée à refaire ma réinsertion sociale progressive qui a durée 6 mois, car c’est une réinsertion qu’il faut prendre au sérieux. Imaginez-vous de passer du grand silence quotidien à la vie en société comme on l’a connaît ! Mais cela est possible, il ne faut pas avoir peur mes sœurs ! Je parle autant à celles qui ont peur de partir du monastère que celles qui en DIRIGENT leur sortie. C’est un moment très sérieux et douloureux que de quitter cette vie. Il faut préparer la personne mais aussi l’aider à trouver les moyens de sa réinsertion : c’est d’être charitable jusqu’au bout. J’espère que ce message pourra être lu par les responsables de la Communauté des moniales de Bethleem. Ce n’est pas de la rancune mais un conseil très charitable.

    Carole

    • Bethléem : le témoignage de Sophie 24 novembre 2014 20:06

      Merci Carole.

      J’aimerais appuyer ton témoignage en ajoutant que, comme toi, j’ai été (et suis encore) très soutenue par des religieux(ses) qui connaissent bien mon histoire et cette sortie de Bethléem. Il est nécessaire d’être aidée. On a besoin, en sortant, de se « remettre les idées en place » ! Je voulais préciser que des soeurs contemplatives (donc compétentes en ce qui concerne la gestion du for interne en communauté) m’ont dit tout de suite de brûler mes cahiers de transparence car ça n’a aucune valeur. Elles étaient très choquées par cette idée de « transparence ».Je ne dis pas leur nom par souci de discrétion mais cela montre quel regard portent des membres de l’Eglise sur cette pratique. Sortir est une étape et accompagner cette sortie en est une autre !! sinon c’est inhumain et très désincarné…

      Sophie

    • Bethléem : le témoignage de Sophie 24 juin 2016 16:05, par Hortense

      Bonjour Carole,

      Je me permets de vous contacter car je travaille sur un documentaire pour France 2 qui traite de la vie des religieuses, aussi bien des points positifs comme les négatifs (solitude, célibat etc.). J’aimerais rentrer en contact avec vous… Pourriez-vous m’écrire à l’adresse mail suivante : hhyest chez reservoir-prod.fr Cela n’engage à rien bien évidement. Merci d’avance pour votre retour, Bien cordialement Hortense

  • Didier 21 novembre 2014 14:07

    Bonjour,

    Merci pour ce témoignage. Concernant la présence de Jesus-Hostie dans la cellule, je vois là, déjà, un problème… Ça apparaît en contradiction avec l’esprit cartusien auquel la communauté de Bethléem se réfère. Le moine chartreux est au désert dans un vrai dépouillement, sa cellule étant aussi son tombeau, lieu de sa résurrection. Je fus moi-même membre d’une secte catholique et j’avais déposé mon témoignage à l’ADFI. C’était en 1987. Je compatis vraiment avec les personnes qui souffrent dans ces communautés, avec celles qui sont sorties. Quelle immense souffrance. Que celles et ceux qui ont quelque chose à dire parlent, en toute vérité.

    • Bethléem : le témoignage de Sophie 21 novembre 2014 20:46, par Desiderius

      Bonsoir Sophie,

      Je me pose deux questions :

      Comment après tout cela voyez-vous la vie spirituelle ?

      Est-ce que vous pouvez encore prier ? De quelle façon ?

      Si c’est indiscret, ne répondez pas. Merci

      • Bethléem : le témoignage de Sophie 22 novembre 2014 09:26, par Sophie

        Concernant la vie spirituelle, voici quelques éléments de réflexion…

        Si je reprends ce que dit l’Eglise concernant la vie spirituelle, elle est une marche avec le Christ pour arriver à l’union à Dieu. Je peux dire aussi qu’elle est une écoute à vivre en Eglise : « Parle Seigneur, ton serviteur écoute ». C’est autrement dit une disposition du cœur pour écouter Dieu me parler à travers sa Parole mais aussi dans ma vie et à travers les autres, dans toutes mes relations humaines. Il n’y a donc pas de monopole dans la vie spirituelle. Elle n’est pas l’affaire de quelques uns et ne doit surtout pas être « étouffée » par une pensée unique. Elle n’est rien d’autre qu’une vie humaine pleinement vécue. Cf François Varillon : « Dieu divinise ce que l’homme humanise ».

        Elle ne demande pas d’héroîsme, ni de perfection extérieure à soi-même. Elle demande un vrai équilibre entre « détachement » et « attachement » et suppose une profonde descente dans notre humanité. « Les Saints ne sont pas des héros qui survolent l’humanité ».

        Concernant ma vie de prière, j’aimerais simplement vous dire que j’en ai toujours un grand désir. Les épreuves peuvent aussi creuser le désir. J’ai veillé à garder une régularité de vie liturgique dans le monde parce que j’aime la liturgie de l’Eglise et cela avec mon métier exercé au quotidien. Prier c’est se mettre en présence et vivre en vérité face à Dieu. Cela peut être vécu dans notre petit quotidien de chaque jour. J’ai aussi gardé un accompagnement spirituel. C’est, il me semble, essentiel quand on est éprouvé. Dans mon cas précis cela m’a permis de lâcher petit à petit ce « charisme » lié à Bethléem et qui, comme l’explique Fabio B. dans son témoignage, a une couleur très particulière. La prière n’est pas réservée à des « élites ». Nous avons chacun à tendre vers cette union à Dieu dans la vie qu’Il nous donne aujourd’hui et c’est ce que j’essaie modestement de vivre. Voilà, en bref…

        Sophie.

  • Marie 21 novembre 2014 12:09

    Bonjour Sophie,

    Un grand merci pour ton témoignage. J’ai deux questions en fait : si les sœurs ne t’avaient pas dit de partir, tu serais restée toute ta vie, tu aurais été heureuse ?

    Par toi-même, tu n’avais jamais songé à partir, que tu ne pouvais pas te réaliser là bas ? tu aimais cette solitude « totale » ? (cf très différent de l’accompagnement que tu souhaitais, donc la rencontre avec l’autre)

    Tu réponds bien sûr si tu le souhaite seulement :) ! bonne journée

    • Bethléem : le témoignage de Sophie 21 novembre 2014 14:40, par Sophie

      Bonjour Marie,

      Merci pour vos questions qui sont intéressantes.

      Pour la première concernant le bonheur, je dirai qu’il est difficile de prévoir le bonheur pour demain. C’est surtout important de le vivre dans l’instant présent alors je ne peux pas savoir si j’aurais oui ou non été heureuse. J’ai affirmé dans mon témoignage que j’ai vécu à Bethléem les plus belles années de ma vie, c’est donc que j’y ai vécu des moments de bonheur. Pour l’avenir… ? Vu l’attachement que j’avais, je n’aurais pas réussi moi même à demander à partir mais ce point est aussi révélateur et c’est bien là le noeud du problème…Il a fallu qu’un Prêtre extérieur me téléphone avec accord de soeur Isabelle (on ne reçoit jamais de téléphone) pour me dire de ne pas rester là car même avec l’ordre de soeur Isabelle, c’était pour moi inimaginable de pouvoir quitter ce qui avait été découvert là-bas…c’est là le problème.

      Pour la deuxième, si je suis entrée à Bethléem, c’est en connaissant que c’était une vocation à la solitude de saint Bruno. Cependant la solitude n’est pas « absence de relation », ni « absence de rencontre » puisqu’un moine ou une moniale est en relation avec Dieu et tous les hommes par la prière. Il rencontre le Christ et il y a les rencontres fraternelles du Dimanche. Ce désir d’accompagnement était lié à ma formation initiale et non à un éventuel besoin de combler la solitude du monastère. Même si parfois elle est difficile à vivre. La présence de ce désir n’était donc pas un crière suffisant pour demander moi-même à partir et je ne cherchais pas à me réaliser. Oser partir est difficile parce que les renoncements opérés pour entrer sont forts (métier, amis, famille… j’avais presque été fiancée aussi pendant mon engagement humanitaire, plus de relation téléphonique, plus de vie civile depuis longtemps, on se sent être devenu très différent du monde…) Je peux dire que j’ai aussi aimé cette solitude car justement je la vivais de manière fraternelle au fond de mon cœur. Sur place, tout crée beaucoup de dépendance comme je l’ai dit dans le témoignage. (dépendance à la prieure, au charisme, aux moyens, à la beauté qui nous entoure, aux lieux et ses architecture, etc…) C’est pourquoi c’est si difficile de se sentir libre pour refaire un choix. C’est bien aussi là le problème que j’ai expliqué plus haut.

      « Sophie »