Dimanche 21 décembre 2014 — Dernier ajout samedi 20 décembre 2014

Bethléem : le témoignage de Victoire

Je suis sortie de Bethléem il y a 20 ans.
Quelques mois après ma sortie j’ai écrit le témoignage suivant.
Je vous le transmets tel quel, ce qui permet de constater que rien n’a changé à Bethléem entre aujourd’hui et il y 20 ou 40 ans.

Mais je pourrais aussi témoigner de beaucoup d’autres aspects déjà illustrés par les autres témoignages :

  • Non respect du droit ecclésial et des constitutions pourtant dûment déposées à Rome
  • Utilisation du pendule
  • Confusion for interne / for externe
  • Violation du secret de la confession par des prêtres amis de la communauté
  • Sœurs privilégiées et sœurs « bonnes à tout faire »
  • Mensonges purs énoncés sans honte par les responsables des monastères
  • Etc.

Bethléem est une entreprise de domination fondée sur une arnaque spirituelle.

Tous nos témoignages concordent.

Hélas !

15 ans à Bethléem : apologie de la souffrance, infantilisation et culpabilisation

Au début, tout est beau

Dans ces communautés, quand un jeune, ou un moins jeune, se présente, il sera toujours accueilli à bras ouverts. On lui fera comprendre, d’une manière ou d’une autre, qu’il est comme un cadeau de Dieu pour cette communauté. On le lui dira même formellement, ce qui est tout de même très gratifiant ! « C’est formidable que le Seigneur t’ait envoyé ! »

C’est une constante, on nous manifeste qu’on a de l’intérêt pour nous. Évidemment, cela donne envie de créer des liens avec le groupe. Les débuts se passent toujours très bien. On est bien accueilli, on a confiance et donc on se livre tout entier à la personne qui est chargée de nous accompagner.

Le rôle de maître ou maîtresse des novices n’existe pas. À Bethléem ce rôle est tenu par la prieure locale.

Donc je commence : j’ai confiance.

Et puis, il y a toute la nouveauté de la vie communautaire, qui est fraternelle, chaleureuse. Même si le style de vie est ascétique : silence, solitude, levers de nuit, alimentation, etc. Mais cela fait partie de cet absolu qu’on recherche, on vit des choses « fortes » parce que par ordinaires, et cela aussi est gratifiant, surtout pour un jeune.

Un jour on découvre sa prieure sous un tout autre jour. Elle vous envoie promener en vous faisant comprendre qu’on lui casse les pieds, ou vous la découvrez dans une colère noire. Bref, on la découvre dans un comportement qui n’a rien d’évangélique et ne correspond pas à ce qu’elle prêche par ailleurs, dans ses homélies de Chapitre par exemple.

On est un peu saisie, on se demande ce qui se passe. C’est difficile à décrire, et surtout à expliquer : il y a quelque chose qui nous empêche de réagir sainement en disant : « Je ne suis pas d’accord ! »

« II faut souffrir pour être purifié »

Je crois que c’est lié au fait que non seulement on a été bien accueilli, mais en plus on nous a dit/fait comprendre que notre présence était importante, que notre vocation, celle de la communauté, était tellement importante pour l’Église. Il s’opère une sorte de démesure dans la perception du réel : tout ce qui est « beau, grand, absolu » ou qui est présenté tel dans la communauté est tellement valorisé que lorsque se présente un fait, lui, très dévalorisant, on ne peut que le minimiser. Peut-être parce qu’en fait, on ne peut tenir les deux en même temps. C’est notre propre décision de rester dans ce groupe qui est en jeu. On est pris dans ce qu’on appelle en psychologie une « double contrainte », ce qui anesthésie en nous la capacité à analyser et à réfléchir.

Ensuite, si l’on continue à éprouver des difficultés et des souffrances dans la communauté, il y a un enseignement de fond qui est : « Il est écrit dans l’Évangile, la porte pour entrer dans le Royaume de Dieu est étroite », « il faut souffrir pour être purifié », « le Christ lui-même est passé par la passion et la croix », il est donc normal de connaître des difficultés, voire une extrême souffrance.

À ce sujet, une homélie de sœur Marie est très révélatrice, elle fait une sorte d’apologie de la souffrance, en assimilant la « Gloire » (la gloire de Dieu, la béatitude) à la souffrance. La conclusion de ce texte est : plus vous souffrez, mieux c’est, cela vous montre que Dieu vous aime tout particulièrement !

Alors quand on voit des choses anormales dans la communauté, que l’on se retrouve très angoissée, ou bien que l’on nous demande des choses difficiles, comme par exemple : « Tu diras à tes parents que désormais, ils ne doivent plus venir te voir qu’une seule fois par an », on l’accepte, même si c’est dur. Ne suis-je pas là pour donner ma vie au Christ ? Lui donner tout ? Voilà pourquoi on est prêt à tout.

Dans les relations qui s’instaurent, qui sont instaurées volontairement, entre le jeune et les responsables auxquels il a affaire, il y a d’abord un aspect affectif très fort, voire infantiliste. Qui peut aller jusqu’à des câlins, les « billets doux » glissés sous la porte (« Ma chère petite sœur, tu sais comme je t’aime » ; « je te connais comme si je t’avais faite », etc.).

A Bethléem, j’ai la conviction que c’est une démarche consciente de la part des responsables, elles appellent ça la « parturience », l’amour très tendre de la sainte Vierge pour ses enfants.

Or, la petite sœur en question n’est pas entrée en communauté pour cela, sauf cas pathologique. Non, elle est entrée pour le Christ.

Au style de relations affectivo-affectives, s’ajoute l’utilisation de la générosité de la jeune sœur, profonde, réelle, pour l’enfermer dans une auto-culpabilisation. Il y a la souffrance comme je l’ai dit plus haut, et puis son désir de tout donner à Dieu. Comme l’enseignement constant de la communauté est d’identifier la communauté avec Dieu lui-même en insistant sur le fait que « heureusement » Dieu a inventé Bethléem, pour nous permettre de vivre une véritable vie monastique !!! On finit par confondre effectivement les deux réalité : Dieu et la communauté.

Si donc, on commence à prendre un peu de recul et à se dire : « Quand même, ce n’est pas possible, ce n’est pas cela que le Seigneur me demande, cela me paraît tellement éloigné du message joyeux, libérateur, que j’ai entendu en rencontrant le Christ ! » Ou bien : « Peut-être que je ne suis pas à ma place ici ? » On s’entend dire : « Mais c’est Dieu qui t’a fait entrer dans cette communauté formidable, et toi tu veux partir !? »

On veut quitter la communauté : on quitte Dieu. C’est évidemment une issue perçue comme trop dramatique pour être sereinement envisagée. Mais où est l’authentique vie spirituelle dans tout cela ?

Au moment où je commençais à me dire que je ne pouvais pas rester à Bethléem, j’avais vraiment l’impression que j’allais laisser Dieu à Bethléem, que j’allais casser ma relation avec le Christ et me retrouver athée dans le monde. Mais j’en étais arrivée à un tel point, j’étais tellement à bout que je me suis dis : je prends le risque. J’ai pris le risque et je me suis aperçue qu’il n’en était rien. Mais il avait fallu que j’accepte cette éventualité.

Je suis certaine qu’aujourd’hui, il y a des sœurs de Bethléem dans la même situation. Elles ont l’idée de partir, mais elles ont peur, elles sont ligotées par leur auto-culpabilité, elles n’ont aucun argument à opposer aux responsables qui leur rappellent combien on les aime et qu’on a besoin d’elles à Bethléem. Et en plus elles sentent qu’elles n’ont aucun bagage pour affronter la réalité de la vie dans le monde. Le style de vie de Bethléem nous confine beaucoup trop en dehors des réalités humaines.

La manipulation de la générosité de personnes qui veulent sincèrement donner leur vie au Christ et au service de l’Église : les conséquences psychiques, spirituelles, voire physiques, de cette manipulation ; voila ce qui me scandalise le plus, pour moi-même, pour ce que j’ai vécu, et pour toutes celles que j’ai vues autour de moi.

On est pris au piège. On est dans un cercle vicieux. On soufre, on pleure, on est angoissé. Et tout ce que nous dit la communauté, c’est que le chemin est étroit pour aller au Royaume ! Il arrive un moment où tout ce que je peux penser, dire ou faire par moi-même, me met en porte-à-faux avec la communauté, avec la prieure, avec Dieu même. Donc là, je suis coincée.

« Vœu d’unité »

Un autre point important contribue à retirer à la personne une saine utilisation de sa liberté : c’est l’unité.

À Bethléem on insiste beaucoup sur l’unité, l’unité des cœurs, l’unité dans la manière de vivre. Cette unité est qualifiée de cadeau fait en direct par la sainte Vierge à Bethléem.

À Bethléem, il y a une promesse de tendre à l’unité, promesse que l’on fait à la profession. Une sœur qui fait promesse de tendre à l’unité, à partir du moment où elle se permet de penser, ou qu’elle se rend compte qu’elle voudrait penser différemment, elle a le sentiment d’aller contre sa promesse. C’est la voie tracée pour la pensée unique. On s’autocensure pour ne pas penser différemment.

L’unité se retrouve aussi dans les détails de la vie courante. D’un monastère à l’autre, on a, à quelques minutes près, le même horaire, la même alimentation, les mêmes livres dans les bibliothèques, etc. Cette unité est en fait une uniformisation. Et à hautes doses, je suis persuadée que c’est destructeur pour les personnalités.

« Infantilisation »

L’infantilisation, je l’ai dit, fait partie de ces relations affectives délétères. Ici c’est la conception de l’obéissance qui est en cause. Pour cela aussi, on fait appel au Christ qui a dit : « Je ne fais rien de moi-même. »

Alors qu’en sera-t-il de la petite sœur à qui l’on dit qu’elle sera novice toute sa vie ? En réalité cela signifie que la petite sœur ne peut rien faire sans demander une permission. On nous rappelle d’ailleurs, bien à propos, que d’après les apophtegmes, le grand saint Antoine lui-même disait à son staretz le nombre de verres d’eau qu’il buvait.

On est ainsi amené à se référer à quelqu’un d’autre pour la moindre décision ! Cela paraîtra énorme aux personnes qui n’ont pas connu cette communauté de l’intérieur, mais lorsque j’étais à Bethléem, en hiver, j’aurais voulu mettre un collant parce que j’avais froid. Cela devenait un truc insoluble : « est-ce que je peux prendre la décision de mettre un collant sans en demander la permission ? » On en arrive à des choses aberrantes. Au lieu d’être libre pour l’oraison, la parole de Dieu, on se prend la tête avec des bêtises comme cela tout au long de la vie.

J’ai vu les conséquences psychiques de l’infantilisation. J’ai vu des filles régresser complètement psychiquement. Une sœur en particulier. Elle avait travaillé dans un ministère à Bruxelles, donc une fille pas bête. Au bout de deux ans à Bethléem, elle était comme un enfant de 4 ans. Elle ne mangeait plus que de la bouillie. Elle avait peur dès qu’elle se faisait un petit bobo. C’était atroce !

Un jour, j’ai dis à sœur Hallel que vu son état, il fallait peut-être l’aider à sortir de Bethléem, même momentanément, pour qu’elle soit soignée correctement. Il était évident pour moi que dans sa situation, il lui fallait l’aide de professionnels. Qu’est-ce que m’a répondu sœur Hallel : « Oh, mais tu sais, elle fait beaucoup de progrès, elle fait du chemin… » J’en ai été horrifiée : elle refusait de voir l’état mental de cette personne adulte, qui était en parfaite santé avant d’entrer.

Pour quelles raisons, Bethléem refuse qu’interviennent des médecins ou psychothérapeutes extérieurs ? De crainte que « l’extérieur » ne découvre l’ampleur des dégâts ?

À l’infantilisation et à la pensée unique, s’ajoute l’absence de fonctionnement démocratique. Si la communauté se réunit en Chapitre pour décider de quelque chose, il n’y a pas de place pour des avis différents. Il n’y a pas de débat possible. Ce que dit la prieure, surtout ce que dit la prieure générale, c’est cela qui est bon pour la communauté. Sans compter qu’on invoque sans scrupules le rôle de la Vierge Marie qui parle par ses instruments (= les responsables).

« Endoctrinement »

Je continue avec ce qu’on peut appeler l’endoctrinement. Cet endoctrinement est directement lié à la personne du père Marie-Dominique Philippe, que vous connaissez tous, au moins de réputation.

Il n’y a qu’un seul type d’enseignement dans ces communautés (Bethléem, sœurs mariales, Saint-Jean). Un enseignement intra-réseau ou intra-communautaire.

À Bethléem. toute la formation intellectuelle est celle des frères de Saint-Jean. C’est-à-dire les cours du père Philippe. Métaphysique, philosophies, du vivant, du travail, l’amour, l’amitié, etc., tout le cursus proposé par le père Marie-Dominique. Il n’y a dans ces communautés aucun accès à d’autres formes de pensées.

Ce qui provoque des conséquences dans la vie intellectuelle des personnes, la vie de leur esprit. Parce que cet enseignement univoque génère une forme de vacuité. Vacuité qui finalement réduit la capacité de penser et de réfléchir par soi-même, de prendre le recul nécessaire pour des décisions pleinement libres.

L’enseignement du père Philippe a son langage, son vocabulaire propre. À la fois tous les « initiés » se comprennent, et en même temps, cela contribue à isoler par rapport à « l’extérieur ».

Il faudrait pouvoir analyser cela en profondeur, mais à mon avis, ça explique que des personnes en sortent cassées ou y restent cassées.

Cela ne peut faire du bien à une intelligence humaine de toujours s’exercer dans le même registre.

Si vous vous êtes penchés un peu sur les enseignements du père Marie-Dominique, c’est du « chinois » ! Quand on voit tous ces jeunes suspendus à ses lèvres… ça laisse rêveur.

La métaphysique j’en avais par-dessus la tête. Les dernières années, au Canada, on a voulu nous faire refaire un séminaire de métaphysique. Je suis allée voir ma prieure et lui aie dit : « C’est au moins la cinquième fois que je suis le cours d’initiation à la métaphysique, j’en ai marre ! » Et bien, il n’y a rien eu à faire.

Il est vrai qu’on nous demandait de nous replonger dans cette approche pour « équilibrer » la formation que nous recevions à l’institut (IFHIM à Montréal). Assez vite je crois que sœur Marie s’est rendue compte que l’institut était dangereux pour Bethléem : les sœurs qui y passaient, découvraient leur liberté et leur droit à la parole.

La philosophie du père Philippe est soi-disant une philosophie réaliste, à l’école d’Aristote. Finalement, c’est une formation intellectuelle très platonique, avec la contemplation du Vrai, du Beau… un idéalisme. À cause de cela, on quitte le réel. Ce serait à creuser, il y a vraiment un problème avec des conséquences psychiques. L’Église pourrait-elle se donner les moyens de vérifier de près l’enseignement de ce père dominicain ?

En plus, les personne qui vivent dans ces communautés, non pas du tout accès à l’information qui est triée. À Bethléem, le journal La Croix a été déclaré subversif. Seuls l’Osservatore romano et La Documentation catholique sont mis à disposition. Je me souviens que je me précipitais sur La Documentation catholique : à la fin, il y a des nouvelles diverses. C’était le seul moyen que j’avais d’avoir un peu de nouvelles du monde ! Tout cela n’aide pas les intelligences à s’ouvrir et à avoir un sain esprit critique.

« Exorcisme »

À Bethléem, j’ai connu une prière d’exorcisme qu’on disait en commun, quand la prieure ou la prieure générale, pour l’ensemble des communautés, estimait que les sœurs donnaient trop prises au démon. Il existe aussi une prière que les sœurs disent seules. Moi-même, on m’avait dit que j’avais des démons. Je devais tous les soirs répéter une prière du genre : « Démon de l’orgueil sors de moi, démon de la paresse sors de moi », etc. J’ai vu que cela m’angoissait de plus en plus et j’ai décidé d’arrêter. Mais pour une sœur qui a le courage de ne pas entrer dans cette peur institutionnelle du démon, combien sont persuadées que c’est réellement le démon qui est présent dans leur vie, plus que le Christ ?

Personne ne peut ignorer l’influence négative sur le moral d’une personne, que de la persuader qu’elle a ouvert sa porte intérieure au démon ! Est-ce sur ce genre de chemin pseudo-spirituel que l’Église veut voir avancer des jeunes à qui Dieu s’est adressé ? L’Église a-t-elle conscience que des messages et des comportements non-évangéliques sont véhiculés par des communautés qu’elle cautionne officiellement ? Comment peut-elle le supporter ?

Vos réactions

  • La même alimentation dans les monastères, écrit Victoire dans son témoignage.

    S’il y a eu des changements de régime diététique au fil des années à Bethléem, ce qui n’a pas changé est ce qu’on pourrait appeler le gâchis de nourriture, et dans le cas d’une communauté religieuse où les personnes font vœu de pauvreté, « péché par rapport à ce vœu », comme le ressentent diverses personnes informées.

    En effet, les dons de grandes surfaces ou de la banque alimentaire sont triés ensuite en fonction du régime diététique de Bethléem. Sont alors jetés toutes sortes d’aliments, ne correspondant pas à ce régime : cela va des betteraves (à proscrire !) aux desserts avec de la crème pâtissière. De manière à ne pas choquer des personnes extérieures qui pourraient s’en apercevoir, chaque monastère a ce qu’on appelle un « trou » où sont déversées beaucoup de denrées encore consommables. Il ne faudrait pas, en effet, que des donateurs ou même poubelliers soient scandalisés par toute cette nourriture consommable mais jetée en quantité importante, pour suivre le régime Bethléem.

    Ainsi sont par exemple mises à la poubelle des pommes de terre si elles ont été cuites la veille car considérées comme nocives pour la digestion, si consommées le lendemain.

    Si certains aspects du « régime donné par la Vierge » peuvent être intéressants, comme le fait de ne pas prendre de fruit en fin de repas, il y a lieu de s’étonner cependant en entendant une personne qui a quitté Bethléem dire : « j’ai mis des mois et des mois à m’autoriser à manger par exemple des carottes et des œufs lors du même repas ou bien des pommes de terre que j’avais fait cuire la veille, car j’étais encore persuadée que cela pouvait nuire à ma digestion. J’ai fini par réaliser que ce n’était pas du tout le cas. »

    Cet autre aspect de la vie à Bethléem était (et est toujours ?) introduit en école de vie par un cours de diététique pour que les personnes ne soient pas trop surprises de ce qu’elles pourront trouver dans leur gamelle.

    De même, les « écoles de vie » reçoivent des cours d’hygiène, à propos des serviettes hygiéniques et de la manière de faire sa toilette lors des menstruations. Cela peut donner à penser que les jeunes filles entrant dans cette communauté, même dès l’âge de 18 ou 20 ans, n’auraient pas été éduquées à l’hygiène dans leur famille d’origine, ce qui - bien entendu- n’est pas le cas, le plus souvent. Lorsque Victoire parle d’infantilisme, ne s’en rapproche-t-on pas ? Quelle mère de famille songerait à expliquer à sa fille de 18/20 ans comment se laver, alors que la moyenne d’âge de la puberté ne cesse d’avancer, et est dans les pays développés autour de 11 ou 12 ans ?!!?

    Tant pour la nourriture que pour l’hygiène, il semble que tout est réglé, au détail près, de main de prieure, avec l’impossibilité pour toute sœur en désaccord avec certaines pratiques, pour raison de bon sens ou de conscience morale, d’être entendue.

    Une ancienne sœur faisait la remarque suivante :« certes, pour l’hygiène, des sœurs qui avaient, à force, perdu une image suffisamment bonne d’elles-mêmes s’étaient mises à se négliger terriblement (comprendre : elles sentaient mauvais), et cela faisait de la peine pour elles. »

    Pour des familles, éventuellement nombreuses, qui, sans forcément être pauvres, sont économes, ce rapport à la nourriture d’une congrégation religieuse avec vœu de pauvreté peut surprendre. « Ce qu’il fallait absolument, c’est donner l’apparence de la pauvreté », estime une ancienne sœur.

    Ce rapport à la nourriture peut s’expliquer globalement par l’axiome suivant, cher à Bethléem, qui est le titre d’un ouvrage datant du milieu du XXe siècle, écrit par Germaine Désir et Maurice Poyet : « Nous sommes ce que nous mangeons : physiologiquement, intellectuellement, spirituellement ». Le risque de telles assertions est que les injonctions méthodiques autour de la nourriture - en se demandant à tout moment si c’est « compatible » ou « pas compatible »- peuvent en rajouter à d’autres stress, aboutissant alors à l’effet totalement inverse de celui escompté. La peur pouvant avoir plus d’effets nocifs sur la digestion qu’une patate mangée, bien que cuite la veille, comme chacun sait !

    On pourra s’interroger sur le simplisme de « nous sommes ce que nous mangeons » en évoquant qu’il y a un lien entre ce que nous mangeons ou pas, en fonction de ce que nous vivons, ou pas.

    La prieure de Bethléem s’appuyait encore, dans un polycopié de 2002, sur le père Ceslas Minguet, premier accompagnateur de celle-ci à Chamvres (Yonne), qui aurait été totalement guéri en suivant le régime diététique Poyet, pour justifier ce régime « donné par la Vierge. »

    Dans son témoignage, une ancienne sœur raconte qu’elle se surprend à aller piquer de la nourriture en pleine nuit. Etonnée par ce récit, je me demandais si cela traduisait un manque ou bien le besoin fort d’avoir une initiative personnelle ; j’ai fini par trouver une partie de la réponse en faisant des recherches ou en posant des questions. D’où ce développement qui explique des contradictions ressenties : « je crevais de faim et je voyais en même temps les énormes gâchis faits avec la nourriture qui était donnée à Bethléem. »

    Il ne s’agit pas de conspuer Bethléem, comme le croient encore certains, mais d’exprimer quelques observations de bon sens économique et écologique. Pas forcément entendables par tous, si l’argument premier est celui-ci : « nous sommes à part. »

  • Témoignage de Victoire : Marie méchante ? 21 décembre 2014 23:03, par Agnès

    L’enseignement de prieures de Bethléem, pour ce que j’en connais, est d’un acabit différent de celui du père Philippe, pour ce que j’en connais. Exemples de propos de prieures :

    • « quand on obéit sans comprendre, cela coûte plus. Mais cela répare le premier péché car Adam et Ève ont voulu comprendre au lieu d’obéir. »
    • « Par les vœux, je donne tout, et je ferai tout passer par ma prieure. Sinon, comment vérifier que j’ai tout donné, mon âme et mon cœur, à Dieu ? »
    • « je garde ma confiance surnaturelle en ma prieure ».
    • « la Vierge Marie a la maîtrise de tout et nous aide à être obéissantes. »
    • « On peut travailler des heures sur une icône qui finalement sera brûlée par notre prieure. On ne cherche pas à comprendre. »
    • « Nous allons prendre des mesures de prière, de jeûne, de folie, pour obéir à la manière de Marie et l’écouter nous dire ses injonctions. »
    • « Marie a des choses à me dire. Est-ce que mon oreille se laisse affiner pour écouter ses injonctions ? Marie reçoit la parole à la racine de son jugement sans rien interférer. »

    Il y a des choses comme ça qu’on ne trouve pas dans les retraites prêchées par le père Philippe. Il n’avait pas un tel discours sur l’obéissance aveugle ou sur inutile de comprendre. De plus, Marie, telle qu’elle est évoquée à Bethléem, n’est pas tendre du tout. Elle fait un peu virago avec sa prieure surveillante, à qui il faut tout demander, même l’autorisation de se couvrir. C’est sans doute ce qui explique, pour contrebalancer, ces mots doux dans les cellules. La double contrainte dont parle Victoire. De quoi perdre complètement la tête, comme dans une famille naturelle quand elle dysfonctionne.

    Je me suis demandé d’où venait ce mot fort d’ « injonction de Marie » car je n’arrive pas du tout à la percevoir comme ça. C’est tout simplement à cause de la phrase « Faites ce qu’il vous dit ». Mais, comme à Bethléem, c’est visiblement « faites ce que vous dit la prieure », il y a comme une confusion dommageable. Quant à dire que « Marie a la maîtrise de tout », j’ai plutôt l’impression qu’il y a là projection de la personnalité d’une prieure sur la personne de Marie.

    Je n’ai pas vu dans les homélies de prieures que j’ai pu lire le terme de « bonté ». Dieu bon, où est-il ? Dieu vulnérable, où est-il ? Comme je comprends, en lisant les témoignages qu’exprimer sa vulnérabilité, c’est être « en crise », je me dis que Dieu doit être bien « en crise » et qu’Il rejoint en profondeur toutes ces sœurs qui crisent, parce qu’Il n’est pas venu pour humilier.

  • Camille 21 décembre 2014 20:27

    Et bien, moi qui pensait que le système s’était peu à peu vrillé. Tout était déjà bien sentimental et peu objectif à l’époque… J’ai confiance. Notre Saint Père, en bon Jésuite, va demander qu’on prenne les choses en main et remettre un peu d’ordre dans tout ça.

    • Bethléem : le témoignage de Victoire 19 mars 2015 04:27, par josée

      Il faudra aller lire aussi le site www. Sans décor. com Il me semble que ça ferait l’équilibre…

      • A mon avis, tout le monde y va : Que cela fasse « l’équilibre », c’est moins sûr.

      • Bethléem : le témoignage de Victoire 19 mars 2015 10:44, par Dominique

        De quel équilibre parlez-vous, puisque l’objectif affirmé, à longueur de temps, à Bethléem n’est pas l’équilibre ?

        Un groupe ou responsable qui veut « couper les têtes », en ayant la grosse tête, ne peut pas être équilibré. C’est un corps malade avec des symptômes connus.

        • Bethléem : le témoignage de Victoire 19 mars 2015 11:51, par Barbara

          Je pense qu’il s’agit du témoignage d’ @alexandra, paru sur le site « sans décor » et qui équilibrerait celui de Victoire …

          • Bethléem : le témoignage de Victoire 19 mars 2015 22:36, par Dominique

            J’avais compris.

            Cependant l’appel à l’équilibre par la lecture d’un autre témoignage ne change rien du déséquilibre de fond dont beaucoup souffrent. Lire un témoignage différent ne rétablit donc aucunement l’équilibre. C’est même presque pire, car cela donne l’impression que rien n’est entendu de ce qui ne va pas. Or Dieu entend.

            Il faut savoir tout de même que sr Marie invitait les sœurs à se demander « comment Marie prendrait sa douche ? » Tel quel. Elle leur demandait aussi de « mâcher quinze à vingt fois chaque bouchée » lors des repas. Et dans un enseignement sur le corps fait par une autre sœur, on peut lire que « la sensation de faim ou de non faim est souvent affective, qu’il ne faut pas trop s’y fier, mais se fier plutôt à notre poids ». Catéchèse reprise quelques années plus tard ainsi « on n’introduit pas dans sa bouche un nouvel aliment si nous n’avons pas fini la bouchée précédente. »

            Bethléem, ce n’est tout de même pas l’école de l’Opéra.

            Je reviens là-dessus car je ne vois pas bien ce que ces directives à caractère très obsessionnel et infantilisantes ont à voir avec l’Amour de Dieu. Nous devons savoir que, si tous ces actes doivent être faits dans l’obéissance, des sœurs s’accusent en coulpe de ce type d’actes, quand ils n’ont pas été accomplis. Et nous devons comprendre aussi que les demandes de permission pour tout s’expliquent pour les mêmes raisons.

            Cela rend des personnes dépressives, folles ou décollées. L’amour du prochain exige que cela soit souligné. On peut lire que « pour être discipulable, Marie va me donner sa discipulation », mais sincèrement croyez-vous vraiment que Marie souhaite ce type de « discipulation » ? Ce n’est pas « vivre sur la terre comme au Ciel » que de se demander comment Marie prendrait sa douche. Et ce n’est pas chrétien que d’ignorer que des sœurs puissent pleurer pendant des années, sans se préoccuper sérieusement de ce dogmatisme qui vient toucher tous les instants de la vie quotidienne.

            • Bethléem : le témoignage de Victoire 20 mars 2015 09:31, par Barbara

              Je puis malheureusement attester de la vérité de ce que vous relatez ici. J’étais à Bethléem à l’époque de ce que vous décrivez : Pour incroyable que cela puisse paraître, tout ceci est rigoureusement exact et sans aucune exagération.

              J’ajouterai simplement que lorsqu’on résistait, intérieurement et pour des motifs de simple bon sens, à ces directives touchant la toilette, la mastication, l’appétit, etc … on finissait par perdre l’essentiel de ce qui nous avait amené au monastère : On se retrouvait un peu seul, un peu gris, un peu en porte à faux … tant la sœur prieure avait pris la place de Dieu.

              Cette perte, c’est un certain « pire » dont on se remet difficilement.

            • Bethléem : le témoignage de Victoire 20 mars 2015 18:39, par Hélène

              Personnellement, je trouve le témoignage d’Alexandra particulièrement limpide : il confirme bien ce qui a été évoqué dans nos différents témoignages :

              • un parcours particulier, avec 6 ans de formation en théologie après une année d’école de vie (!)
              • 20 ans pour discerner d’une vocation, avec une parole exemplaire de soeur Marie au démarrage : « on va mettre le poisson dans l’eau et on va voir »…
              • flou, voire méconnaissance du droit canon : « J’ai aussi connu effectivement cette époque où les prieures étaient proposées à la communauté par sr Marie et son Conseil, les professes perpétuelles se prononçant dans un vote secret mais je n’ai jamais été confrontée au fait que cela ait posé problème… »
              • … Phrase qui laisse entendre, d’ailleurs, qu’Alexandra n’était toujours pas professe perpétuelle au bout de 12 ans ou 20 ans
              • le courrier reçu qui est lu (il manque juste la partie : « celui que je remettais l’était également puisqu’il devait être ouvert »)
              • la « Vierge Saouré » qui a été rencontrée, et qui confirme la capacité de mensonges dont fait preuve l’actuelle prieure générale : Jurant « devant Dieu » que ce procédé n’était pas du tout habituel… » cf. article de La Vie « des gourous dans les couvents ».
              • « Parfois, j’ai pu être déconcertée par la jeunesse de certaines et avoir la perception personnelle d’une maladresse, d’un manque d’expérience ou de formation.. mais la famille était encore naissante… ». Il y a 40 ans, Bethéem était encore en naissance ; Alexandra l’a quitté il y a 20 ans, elle était encore en naissance ; puisqu’en 2015, elle est toujours visiblement en naissance (cf. le complément de droit de réponse)

              Une question : « Ce n’est pas par décision saugrenue que les apartés ou conciliabules à deux ou trois n’étaient pas souhaités mais par expérience que cela n’aidait pas la vie intérieure.. je l’ai expérimenté : il était très vite fait de déraper sur des conversations superficielles,et, dans cette vie particulière, cela assombrit inutilement l’âme… »

              => Elle est rattachée à quoi, cette expérience  ?

              En tout cas, on ne saurait être plus clair, même en voulant ménager la chèvre et le chou : merci Alexandra !