Jeudi 2 janvier 2014 — Dernier ajout mercredi 2 avril 2014

« Ça passe ou ça craque »

Une mère de famille qui a assisté à l’impact de la spiritualité apocalyptique de Saint Jean sur son fils témoigne. Un témoignage corroboré par un autre ancien religieux. Comment de telles choses sont possibles dans l’Eglise Catholique ? Que font les évêques ? Que fait le Vatican ?

« —Avez-vous vu dégénérer, votre fils ?

H. : Oui, c’est-à-dire chez lui, ça a été assez rapide parce qu’il se donnait pleinement c’est un garçon très, très zélé, très généreux, il ne fait pas les choses à moitié et il a mis toute son énergie à se donner, donc nous pensions simplement que cela passerait cela prendrait sa place. Mais c’est quand une année après donc son entrée est venu le moment du désert, c’est-à-dire un isolement d’un mois dans un lieu perdu avec un régime de jeûne particulièrement aigu et un isolement particulièrement sévère sous un enseignement très précis et aussi circonscrit que la seule et unique doctrine du père Philippe, que c’est là que quelque chose s’est cassé. D’ailleurs, quand nous avons posé des questions à ce sujet à son Père-maître, il plaisantait beaucoup au sujet de ce désert comme si c’était vraiment relever un grand défi, et c’était un sujet de bravoure que d’y réussir, il disait : « ça passe ou ça craque ». […]

Un climat apocalyptique s’est développé dans la congrégation, tournant autour de la question du retour du Christ thème majeur que développe le père Philippe. Ce jeu donne naissance, selon un frère de Saint-Jean, à un discours finalement dangereux :"Vivre héroïquement, c’est hâter le retour du Christ. C’est ce qu’on enseigne aux novices."

Mon fils ne lisait plus que l’Apocalypse et c’est cette exaltation autour de la fin du monde qui l’encourageait à se dépouiller de tout. À donner sa vie. Au premier sens du terme. »

Le massacre continue

Un jeune moine a rencontré Antoine, le fils d’Hélène dès son arrivée en 1994, dans le couvent des frères de Saint-Jean à Saint-Jodard, en France, l’a fréquenté pendant plusieurs mois et est devenu son ami. Il a été le témoin de son naufrage :

« Dès le retour du désert [temps de solitude et de pénitence d’un mois, ndlr], il était revenu complètement à mon avis déconnecté. J’avais encore discuté avec lui de philosophie, mais il préférait la théologie mystique du père Philippe : le mystère de Marie. Je découvrais qu’il n’y avait plus de cohérence dans ses arguments et ses idées. Dans la vie commune, il devenait de plus en plus exigeant pour lui et pour les autres. Il s’identifiait au Père-maître et tout était exagéré.

Il a alors été nommé parrain d’un jeune Camerounais, Barnabé [prénom d’emprunt] qui venait d’arriver. Ce dernier a très rapidement manifesté des symptômes de démence religieuse : perte totale d’orientation, états hypnotiques de suggestion : il répétait mécaniquement :"obéissance, obéissance" et disait des paroles dans une langue incompréhensible. Je les avais croisés un jour tard dans la soirée. Antoine était en train de le retenir car il allait fuguer. Mais je n’ai rien fait car le père Marie-Jacques m’avait interdit de m’en mêler.

Chaque fois que Barnabé devait aller au réfectoire, il allait ailleurs, complètement déboussolé. Il perdait totalement conscience du lieu et de l’endroit où il se trouvait. Après un séjour mystérieux à l’extérieur accompagné d’Antoine, il a été renvoyé chez lui où il avait pourtant commencé l’université avant de rentrer chez les frères.

Quelques semaines après, c’est Antoine qui prenait le relais : il suffoquait à la chapelle reprenant d’une manière obsessionnelle les enseignements du Père-maître et ses propos : « adoration, adoration », etc. Les symptômes devenaient aigus comme ceux de Barnabé. J’avais averti le Père-maître croyant qu’il ne le savait pas. Comme cela durait et voyant qu’il ne sortait plus de sa cellule, j’ai pris l’initiative de prévenir les parents qui n’avaient été prévenus de rien. Finalement après un départ mystérieux du noviciat pendant quelques semaines, il est revenu pour que ses parents le récupèrent […]

J’ai fait la constatation, en la personne d’Antoine, à son arrivée, bien équilibré, en bonne santé, désireux et heureux de réaliser son désir, qu’il en est sorti totalement retourné, à cent pour cent dépravé… Il y a laissé sa peau. J’ai la conviction personnelle qu’il s’est passé quelque chose de grave. Pour y avoir vécu, l’expérience me fait dire que le milieu, tel qu’il est conçu, et les personnes qui le régissent ne peuvent laisser personne en ressortir indemne. On pourrait citer plusieurs cas semblables et on ne peut que redouter que le massacre continue. »

Source : Golias magazine n° 105 novembre/décembre 2005

Vos réactions

  • 3 avril 2015 18:48

    Que cest t-il passé pour en arrive a se point a t-il peut etre vu une apparition ? Ou a t-il enttandu une voi parlé dans son cœur ? Pouvez vous maidé a comprendre se fait