Lundi 26 novembre 2012 — Dernier ajout jeudi 2 mai 2013

Captive d’une secte, elle raconte son calvaire

Cinq années durant, elle est restée prisonnière d’une mini-secte dont le gourou, une femme de 58 ans, est jugé aujourd’hui à Lisieux (Calvados). Victime, Lydie (prénom d’emprunt), 43 ans, témoigne.

« Lorsque je rencontre cette femme, c’est comme une révélation. La fin 2001 est difficile : stress au travail, soucis familiaux, solitude. Une amie me met en contact avec Françoise, professeur, mariée et mère de trois enfants. Elle n’a pas son pareil pour détecter les failles : je suis vulnérable. Pendant quatre week-ends de suite, je me rends à Lisieux : elle parle six, sept, huit heures tout en me laissant aussi beaucoup la parole. Je suis aussi en recherche dans le domaine religieux : un sujet qu’on évoque beaucoup. Je suis séduite, captivée. Hypnotisée. »

Quelques semaines plus, tard, Lydie quitte son emploi puis trois mois plus tard s’installe à Lisieux : « Je suis hébergée dans le logement de fonction d’un couple, lui-même déjà en relation avec Françoise. Elle me trouve rapidement un job courant 2002. Au sein du cercle de ses relations qui s’élargit jusqu’à une vingtaine, elle s’impose peu à peu comme leader. On vit en circuit fermé. Avec la Bible, elle apporte un véritable enseignement. Toujours en me réconfortant. Elle me permet aussi d’approfondir ma relation avec Dieu. Une grande sensation de satisfaction. Mais elle écarte très vite les gens qui lui résistent. »

« Elle a forcé mon âme »

En 2003, changement, il faut verser un peu d’argent. De plus en plus. 400 000 € auraient ainsi été détournés. « À la fin, c’est 90 % du salaire. Au sein du groupe, on est toujours réconfortés, voire encensés. Françoise ajoute peu à peu des éléments négatifs : nous avons besoin de discipline. Menant une double vie, elle met en avant sa propre réussite professionnelle et familiale liée à la grande qualité de sa relation avec Dieu. En revanche, nous-mêmes, sommes remplis de démons qu’il faut extirper. Nous sommes prêts à entendre n’importe quoi : nous sommes les premiers choisis, des privilégiés. »

Courant 2003 débutent des séances d’humiliation, parfois violentes suivies d’ébats sexuels. « Les démons étant cachés dans nos parties intimes, elle nous impose des relations sexuelles avec différents partenaires pour chasser ces démons. ». Des séances qualifiées de « mêlées célestes ». En novembre 2005, nouvelle étape : le petit groupe s’installe dans une maison acquise avec les deniers des membres.

Mais en 2004, une adepte a porté plainte suivie d’une seconde en 2006. Le SRPJ de Normandie est saisi : en juin 2007, tous les membres du groupe sont interpellés. « Un choc très violent. Une deuxième révélation mais à l’envers. En début de garde à vue, je protège Françoise : je suis perdue pour l’éternité si je la renie. Puis une digue se brise. Je lâche. » Grâce à une aide psychologique et un soutien familial, Lydie s’est progressivement reconstruite : « Je retravaille. Mais je reste la victime d’une femme qui a forcé mon âme. »

Jean-Pierre BEUVE. Ouest-France, le 26 novembre 2012

Voir en ligne : Ouest-France