Lundi 11 décembre 2017

“ Ce prêtre m’a violé l’âme ! ”

Elle en parle comme de « quatorze années sous emprise ». Quatorze ans se sont écoulés depuis que Liene Moreau a quitté Saint-Quentin-sur-Indrois, près de Loches, et l’école de vie de la maison Saint-Jean.

Elle était une jeune femme de 24 ans en septembre 2002 lorsqu’elle est entrée dans ce prieuré de la communauté Saint-Jean, une congrégation catholique présente dans le monde entier, régulièrement secouée par des affaires d’agressions sexuelles. Et, en un sens, elle n’en est jamais vraiment sortie.

“ J’étais une proie facile ”

Dans l’école de vie Saint-Quentin-sur-Indrois, elle était censée « approfondir sa foi et vivre l’Évangile », comme l’indique le site internet du prieuré tourangeau, sous l’égide du père Marie-Olivier Rabany, alors quadragénaire. Un soir, explique-t-elle, sans doute en mars 2003, après une veillée de prière à Loches, le père Rabany lui aurait demandé de la rejoindre au parloir de l’école de vie. « Il m’a demandé de lui avouer mes sentiments et m’a révélé les siens. Je n’avais pas de sentiments pour lui à l’époque, mais j’avais peur. J’ai compris qu’il voulait entendre ces paroles venant de moi. Je pense avoir été manipulée. Je suis lettonne. Je ne parlais pas bien le français à l’époque. Je n’avais pas de revenus et je ne payais pas la communauté. J’étais une proie facile », écrit Liene Moreau dans la lettre qu’elle a envoyée au procureur de la République de Tours pour se joindre à la procédure judiciaire en cours contre le père Marie-Olivier Rabany.

Quatre femmes saisissent la justice

C’est à partir de là que les attouchements auraient commencé, raconte-t-elle à la NR : « Nous avons eu des contacts physiques pendant quelques mois. Il m’embrassait avec la langue, me serrait dans ses bras (souvent je sentais son érection contre mon bas-ventre), suçait les bouts de mes seins, me disait des phrases comme : “ Je me livre à toi, Liene ! ” ». Mais pas de pénétration.

Contacté par la NR par mail, le père Marie-Olivier Rabany n’a pas donné suite. Le porte-parole de la communauté Saint-Jean, que nous avons également sollicité pour jouer les intermédiaires, précise que « le frère [lui] a répondu qu’il ne souhaitait pas s’exprimer publiquement ». Mais la communauté Saint-Jean confirme que « le frère Marie-Olivier Rabany reconnaît qu’il a eu un comportement inapproprié avec Liene Moreau et le regrette. »

« Ce prêtre m’a violé l’âme ! Il m’a pris quinze années de ma vie et continue à le faire. » Les actes à connotation sexuelle « se sont arrêtés à la fin de 2004, explique Liene Moreau. On s’est écrit et téléphoné encore à peu près jusqu’en 2006. Après, j’ai eu mon premier enfant et je voulais vraiment tourner la page de toute cette histoire morbide. » Mais la page ne s’est pas vraiment tournée…

La justice y contribuera-t-elle ? Le père Marie-Olivier Rabany est désormais visé par une enquête préliminaire déclenchée par le procureur de la République de Tours, Jean-Luc Beck. Outre Liene Moreau, qui a été entendue à plusieurs reprises par les policiers en Normandie où elle réside, trois femmes, dont une habitante de Châteauroux qui a initié l’affaire (lire ci-dessous), indiquent également avoir été victimes des agissements de ce religieux lors de leur passage à Saint-Quentin-sur-Indrois.

L’espoir est mince : « Il s’agit de faits relativement anciens, souligne le procureur de Tours. Sur des personnes majeures. On risque d’être confrontés à un problème de prescription. Mais j’attends d’avoir fait le tour des renseignements que je peux réunir. »

••• “ C’était sans issue ”

Les actes à connotation sexuelle avec le père Marie-Olivier Rabany sont fréquents, selon Liene Moreau, parfois plusieurs fois par jour. « Souvent au parloir, mais ça pouvait être un peu n’importe où, même à la chapelle, à la sacristie, au réfectoire. J’étais très surprise d’une telle audace de sa part, car n’importe qui, à tout moment, aurait pu nous surprendre. C’était comme si le père Rabany avait eu le sentiment d’impunité. »

Elle affirme d’ailleurs avoir été témoin d’une scène avec une autre jeune femme. « Une fois […] j’ai vu une fille de l’école de vie dans les bras du père Marie-Olivier. A ce moment-là, j’ai réellement compris que mon mal-être vis-à-vis de lui n’était pas qu’un simple délire de ma part, qu’il se passait vraiment quelque chose de malsain avec ce prêtre. »

“ J’étais comme empoisonnée par lui ”

La santé de Liene Moreau s’en ressent : « Souvent, après les rencontres, explique-t-elle, il me demandait de prier avec lui, de réciter le Notre Père, reprend Liene Moreau. Il disait que si on a envie de prier après nos gestes d’amour, c’est la preuve que tout cela vient de Dieu. Je me sentais très mal à l’aise avec ce discours, je n’avais pas envie de prier, je me sentais complètement dépressive. Chaque fois, j’allais très mal après avoir eu un contact avec lui ! En même temps, j’étais accro, comme droguée, empoisonnée par lui. J’étais mal avec lui, mais j’étais mal aussi sans lui, c’était sans issue ! » Un processus que l’on retrouve décrit avec précision dans le « Livre noir de la communauté Saint-Jean » publié sur internet par l’association d’Aide aux victimes de mouvements religieux en Europe et familles (Avref).

« Il me bourrait le crâne avec ça tout le temps : “ Maintenant, tu aimes vraiment, Liene ! ” Comment ne pas croire aux paroles d’un prêtre, d’un saint homme ? », reprend Liene Moreau. Pour son avocate, Me Nelly Souron-Laporte, qui exerce à Châtellerault, Liene Moreau « a manifestement été sexuellement harcelée. Je pense que c’est une femme extrêmement fragile. »

Lorsqu’elle quitte l’école de vie de Saint-Quentin-sur-Indrois en juin 2003, la jeune femme entame ce qu’elle appelle son « chemin de mort ». De nombreux mois d’errance sur les routes. Ce « chemin » la ramènera à plusieurs reprises vers Saint-Quentin et le père Rabany. En novembre 2004, elle arrive en Normandie, « dans une détresse totale ». Elle est d’abord hébergée par une communauté religieuse. Puis elle se marie. Aujourd’hui, Liene Moreau a 39 ans et est mère de trois filles âgées de 12 ans, 8 ans et 5 ans.

témoignage

Elle a lancé l’affaire judiciaire

« Cela m’a plombée ». Nous l’appellerons Coralie. Cette habitante de Châteauroux a eu le courage de briser le silence la première et, en 2015, d’être à l’origine de l’enquête de justice visant le frère Marie-Olivier Rabany (*). Elle aussi affirme avoir été victime d’attouchements de la part de ce dernier, à plusieurs reprises. C’était lors de son passage à l’école de vie de la communauté Saint-Jean, à Saint-Quentin-sur-Indrois en 2003-2004 : elle avait alors 18 ans. « Je mets tous mes espoirs dans la justice », confie la jeune femme, en contact avec Liene Moreau. « Les discours que le père tenait envers elle et envers moi ont de fortes similitudes. Devant les autres, c’était un homme très droit dans ses baskets, presque austère. Après s’être fait plaisir, il donnait dans l’indifférence. » Elle explique avoir rompu par mail tous liens avec lui en 2011. « Avant Saint-Quentin, j’avais eu le bac avec mention bien. J’envisageais de faire des études. Cela m’a plombée. » Aujourd’hui, sans travail, elle vit de l’allocation aux adultes handicapés. « Je trouve l’Église très légère [vis-à-vis des victimes, NDLR]. Et pourtant, je suis catholique pratiquante. » Elle incite les victimes à se signaler à la justice. (*) Elle témoigne aussi, de manière anonyme, dans le livre « Église, la mécanique du silence » paru en mars dernier.

Source : lanouvellerepublique.fr

Voir en ligne : https://www.lanouvellerepublique.fr…

Vos réactions

  • Françoise 2 janvier 2018 20:55

    Bonsoir

    Martin et Nordet, merci pour vos témoignages. Ce qui est le plus choquant dans l’affaire, est qu’encore trop souvent, tout ce qui est étiqueté catholique semble considéré comme positif par la société, le monde éducatif. Ce qui permet à n’importe quelle communauté dérivante catho comme de prêtres, religieux, religieuses, de pouvoir abuser, violenter, manipuler enfants, femmes, hommes et tenter de les détruire sans être véritablement inquiétée. Et c’est préoccupant… Il faudrait instaurer une réelle éducation sur l’Histoire des institutions religieuses sans cacher crimes, délits, violences, dérives, abus, tyrannies, tortures au fil des siècles, depuis les débuts institutionnels. Cela informerait les croyants et leur permettrait plus facilement d’éviter abus et crimes et de s’engager dans des communautés dérivantes. Ces abus, crimes, dérives fonctionnent essentiellement sur la crédulité, le dogmatisme et l’ignorance. L’absence de réelle transparence et d’autocritique institutionnelle via son histoire créée de facto un climat propice aux crimes et abus de toutes sortes, siècle après siècle. Différents théologiens, penseurs, religieux ont constaté par le passé ce problème et se sont attirés les foudres vaticanes pour avoir dénoncé ces crimes et violences, et pour avoir réclamé une autre approche, plus évangélique et moins « fonctionnaire » préoccupés seulement de conserver en place le système institutionnel y compris par l’abus et le crime. Ne serait-il pas temps, après tant de victimes, de remédier concrètement au problème et de rédiger une sorte de livre mise en garde mais aussi livret pédagogique généraliste sur le sujet ? Plus je vois de témoignages et plus je me dis qu’il faudrait un ouvrage collectif qui aborde l’ensemble des dérives, crimes et traite de l’ensemble des communautés catholiques dérivantes. Ca risque de faire pavé mais ça semble indispensable dans le contexte, avec un relais chez l’AVREF, l’UNADFI, le CCMM et d’autres sites antisectes. Plein de voeux de joie et de renaissance pour chacun en cette nouvelle année qui démarre. Même si parfois la route est aride, difficile, l’essentiel est tout ce qui est partagé, partage qui constitue une sorte de bouclier protecteur face aux aléas et épreuves que nous traversons… Avec tout mon soutien.

  • Liene 29 décembre 2017 18:00

    Merci Martin, merci Nordet,vos témoignages me donnent de l’énergie de continuer ce combat inégal .. Il y a un mois j’ai cru encore naïvement que cette fois ci la congrégation avait vraiment une vraie prise de conscience la concernant. J’étais triste de constater qu’elle est toujours aussi fausse. Manifestement ce n’est qu’une fondation crevassée reposant sur un terrain plein de mensonges où seule sa vision compte. Quels que soient les événements. J’aimerais tant qu’il en aille autrement. Vraiment. Ce qui me désangoisse aujourd’hui c’est la lucidité, même si elle est rude.

    Je remercie tous les gens de ce forum pour ce moment de partage et souhaite à tous beaucoup de bonheur,de liberté et d’amour pour 2018 ! Et surtout être fidèle à soi-même . Redevenir une vraie femme, un vrai homme après avoir été violenté est loin d’être évident.

  • Martin 27 décembre 2017 16:23

    Ancien proche de la communauté St Jean, j’ai bien connu le père Marie-Olivier, comme j’ai aussi connu le frère Jean-Dominique. J’ai moi-même été attouché de 6 à 14 ans par un autre proche de la communauté et deux pères de St Jean ont tout fait pour étouffer l’affaire pendant 30 ans, ce qui ferait d’eux des complices s’il n’y avait pas prescription. Ma vie a été une suite impressionnante d’échecs et j’ai perdu la foi en la bonté de Dieu. J’ai rompu le silence depuis près d’un an et je me suis trouvé en face d’un mur de déni, à commencer par mon frère, prêtre de St Jean. Comme « Coralie » (une « voisine » inconnue), je serai versé prochainement dans la catégorie « handicapé psychique ». Ma colère est immense, non pas d’abord envers les coupables, mais surtout à l’encontre de ces gens qui préfèrent le petit confort garanti par une bonne image de la communauté, à la vérité sur de « saints » hommes qui détruisent des vies. Coralie et Liene, merci de ne pas avoir attendu la prescription pour parler. Vous n’avez pas fini d’en baver. On vous traînera dans la boue en vous accusant de mentir ou d’avoir provoquer le père Marie-Olivier. Peu importe si vous gagnez ou non le procès : ce n’est que la justice des hommes. Mais votre témoignage aura été entendu au moins par un petit nombre et vous aurez au moins mis un frein à un prédateur. Oui, quand ce sera dur, répétez-vous ça : j’ai peut-être sauvé une fille et pour une seule, ça vaut toutes les misères du monde. De même que je me répète que j’ai peut-être sauvé un petit garçon : c’est ma seule consolation. Je vous embrasse affectueusement et vous souhaite plein de courage. Martin

  • Liene 27 décembre 2017 16:05

    Exfiltré en Italie par sa congrégation en 2009 à cause de nombreux abus sexuels,le père Marie-Olivier se lance comme guide spirituel dans le mouvement « Cuori Puri »( fondé par le frère Renzo Gobbi ) et enseigne jusqu’à 2016 les jeunes sur les sujets tels que le véritable amour, la sexualité etc. Sur le site de ce mouvement on peut lire que leurs guides sont seulement les instruments pour nous rapprocher de l’amour de Dieu à travers la chasteté et la pureté. « Pour ceux qui décident de faire la promesse de la chasteté,un guide spirituel et une formation sont indispensables,car en ne comprenant pas bien cette valeur,vous courez le risque de mal vivre ce choix et de tomber dans la dépression… Nous vous invitons à être guider sur ce chemin de manière appropriée par nos guides spirituels, par des prêtres qui adhérent au projet et qui veulent s’engager à vous donner la bonne aide spirituelle… » Waouh ! Sur ma question l’un dernier :comment il explique lui même ce paradoxe ( d’un coté son discours sur la pureté et d’autre-son comportement toujours fortement inapproprié ) Le frère m’a répondu que ce sont justement ses propres erreurs, son expérience qui le légitime de faire ces enseignements…pour que les autres ne tombent pas dans le même panneau que lui…

  • Nordet 25 décembre 2017 10:08

    J’ai personnellement vécu une partie de ma vie professionnelle au contact des frères de St Jean. Instituteur dans une petite école de Touraine, ceux-ci avaient portes ouvertes à l’école pour « dispenser des cours de catéchèse ». Beaucoup se comportaient comme de grands enfants immatures… au milieu d’enfants scolarisés. Basé sur cette énorme anomalie, le malaise était réel. Et pourtant, tout le monde laissait faire, la direction et les parents d’élèves ne trouvaient rien à redire ! Comme si leur statut religieux les couvrait aux yeux de tous. Je me souviens en particulier d’un moment d« adoration » proposé aux élèves le soir après la classe dans une chapelle sombre et glauque. Il aurait fallu me payer cher pour y envoyer ma propre fille ! Et puis, entre autres, cette image tragi-comique, ambiguë, d’un « frère » s’agenouillant devant une petite fille du primaire (pour lui déclarer sa flamme ?…). Tout était dit là, dans un geste vrai, hélas ! Au final, comment ne pas voir qu’il était criminel d’introduire ces personnages pas nets - pour le moins ! - dans un espace d’éducation ??… Le simple intitulé de leur projet (« amour, amitié ») en dit plus long que tout discours sur la perversité induite de cette institution, sous couvert de la religion qui a toujours bon dos, comme chacun sait !…

  • Françoise 21 décembre 2017 13:06

    De rien, Liene. Partager ces références, c’est partager la vie, l’espoir, l’engagement d’anciennes victimes et c’est comme cela, avec ces modèles que nous avançons aussi. Se sont des balises étoilées sur le chemin parfois très chahuté de nos vies… Louisette fut une femme extraordinaire et une artiste extraordinaire. L’art l’a à la fois sauvée, réparée et transcendée. Et on peut dire que grâce à elle, grâce à ses luttes, la Suisse a reconnu ses fautes vis à vis des enfants placés ; puis l’Eglise a été contrainte de faire son mea culpa aussi, poussée par l’état. Sans Louisette, sans ses démarches, jamais la fédération n’aurait admis ces crimes et l’Eglise encore moins. En Irlande se sont les anciennes pensionnaires de couvents prisons, c’est Philomena Lee, récemment Catherine Corless qui ont porté une parole forte pour dénoncer violences, crimes cléricaux.

    Ces dames courageuses, opiniâtres sont pour moi des modèles.

    En France, les couvents prisons, les colonies pénitentiaires ont sévi jusque dans les années 60-70. Je suis allée sur le forum des survivantes du Bon Pasteur. Elles ont écrit un livre, ont participé à des émissions. Mais beaucoup sont trop âgées, certaines malades, pour agir comme Louisette. Cependant, la jeune génération découvre peu à peu tout ce qui s’est passé. J’ai vu passer plusieurs jeunes femmes qui ont démarré et soutenu des thèses de sociologie sur les crimes, violences en milieu pénitentiaire religieux. Le site de Philippe Poisson, Criminocorpus a également fait pas mal d’articles sur le sujet. Il y a eu également des téléfilms : les diablesses (2007) sur le Bon Pasteur mais aussi quelques références dans la Petite Voleuse de Claude Miller avec Charlotte Gainsbourg (1988).

    D’où l’importance de témoigner.

    L’art est une catharsis puissante. Et peut aider, compléter une démarche thérapeutique. Comme vous je peins et dessine. Et enseigne l’art pictural depuis de très longues années dans différents établissements associatifs, éducatifs, administratifs. J’y puise énormément d’harmonie et de paix. C’est un appui supplémentaire important dans la reconstruction, même si ça ne remplacera jamais une démarche thérapeutique pour autant. Ca aide.

    Si vous reprenez le travail pictural de Louisette, celui de Séraphine Louis, celui de Frida Kahlo, vous retrouvez cette même filiation expressive, cette même puissance aussi, tout en partant pourtant de vécus très différents et d’enfermements différents aussi et de tableaux très différents par les thèmes, le style.

    Et dans l’art pictural, on rencontre la spiritualité d’une façon particulière, comme l’expliquait très bien Kandinsky. Cette forme particulière d’oraison est d’un très grand réconfort face aux épreuves, vous le savez je pense tout autant que moi.

    Je vous souhaite plein de bonheur pictural et existentiel, Liene. Puisse la vie vous être désormais aussi heureuse que possible.

  • Liene 20 décembre 2017 17:09

    Bonjour Françoise, je suis profondément touchée par votre soutien et par ces références dont vous me faites part. Particulièrement par le témoignage de Louisette Buchard Molteni et ce point commun avec elle - « l’art des prisonniers, l’art de tous ceux qui sont en sursis… » Car ça fait quatorze ans que ma propre peinture est devenue un appel.Et qu’à travers elle (comme Louisette) je cherche en quelque sorte à obtenir une reconnaissance,une réhabilitation… Quant aux stand up sur des grues et aux gréves de la faim c’est également prévus dans mon agenda. Justement, il y a un mois j’ai proposé à mes deux principaux interlocuteurs de St Jean un vrai dialogue ouvert entre nous pour changer un peu et incité leur capacité à utiliser la pensée analytique pour une fois, autrement je compte entamer une gréve de la faim devant leur couvent à Rimont et rendre publique absolument tout entre leur frère délinquant et moi. Aucune réaction à part celle où ils m’envoient très gentiment et très surement de faire une psychothérapie… Bon, s’il faut dévoiler toute cette histoire telle qu’elle est vraiment et escalader quelques grues pour être enfin entendue par ces braves gens, allez y pour les grues ! Même si aujourd’hui j’ai perdu une grande partie de ma naïveté et je sais pertinemment qu’’il n y aura jamais de consensus ,j’exige des réponses claires et cohérentes de leur part et non ces délires sur les bistouris. Cela dépasse l’entendement.

  • Françoise 20 décembre 2017 09:38

    Bonjour Liene

    Je pense malheureusement que si l’institution cléricale n’est pas poussée, acculée à agir, elle ne fait que de la communication (ce qui stratégiquement s’appelle un écran de fumée) et poursuit sa route comme si de rien n’était avec les mêmes crimes, les mêmes abus, dans une forme d’indifférence et de déni des souffrances des victimes. J’allais écrire mépris car je pense vraiment que chez certains prélats, il s’agit malheureusement de mépris.

    On voit la différence en Irlande, ou encore mieux, en Suisse, quand les victimes ont fait d’abord reconnaître à l’état sa responsabilité criminelle (par des batailles juridiques, des grèves de la faim, des stand up sur des grues -en Suisse c’est Louisette Buchard Molteni qui a mené ce type d’action suite aux horreurs qu’elle avait vécues dans différents centres de rééducations religieux et laïcs suisses : elle a écrit un livre témoignage formidable : mon tour de Suisse en cage et fait de magnifiques dessins et peintures), ce qui oblige l’Eglise à reconnaître la sienne.

    Vous pouvez aujourd’hui constater que c’est toujours la société civile, les citoyens et notamment les victimes qui doivent porter la lutte pour établir un rapport de force suffisant pour que les institutions qui ont commis des crimes (qu’elles soient laïques comme religieuses), reconnaissent leur responsabilité et réparent la plupart du temps sous contrainte, au plan judiciaire, pénal, et financier au moins partiellement le préjudice.

    Car en réalité, jamais le préjudice ne sera réparé tellement il est grave. Tellement la destruction de l’intégrité, de l’intimité est immense et malheureusement très souvent définitive.

    Si la société en général avait conscience des dégâts que font des abus sexuels, des viols, des maltraitances physiques, psychologiques, du harcèlement répété (et souvent tout cela va ensemble malheureusement), je crois que la justice pénale traiterait cela en crimes contre l’humanité.

    Elle ne correctionnaliserait pas ces crimes pour les faire passer en simples délits. C’est peut-être la pire insulte que pratique actuellement notre justice pénale sous prétexte de limiter l’attente d’un procès aux Assises. Mais en réalité, ceux que ça arrange, se sont les criminels sexuels, pas leurs victimes. Cela évite même la prison à certains…ce qui paraît totalement délirant quand on connaît la gravité des faits et ses conséquences.

    Personnellement, avec diverses associations dont l’AIVI, je milite depuis 2009 pour que l’inceste, les crimes sexuels sur mineurs et majeurs soient reconnus crimes contre l’humanité (qu’ils soient faits en temps de guerre comme de paix). Et qu’il n’y ait plus aucune prescription pour ces crimes. Les conséquences à vivre pour les victimes sont trop lourdes, trop graves. Nous savons vous comme moi, à quel point cela impacte notre quotidien. Et à quel point il est difficile et long le chemin…

    Avec ce qu’on sait aujourd’hui sur la mémoire traumatique, il faut que quiconque a subi ces horreurs en les ayant enterré psychiquement momentanément pour se protéger, et des années plus tard, parce que son psychisme est enfin capable d’encaisser le choc, se rappelle de violences et d’abus, puisse porter plainte et disposer d’un soutien plein et entier du monde médical, comme de la justice pénale et de la société civile. C’est très très important ce soutien, cet accompagnement face à la déflagration que chaque victime vit à ce moment-là. Et qui est comme une seconde mort, la première ayant eu lieu au moment des premiers actes criminels.

    Je suis effarée par les remarques que vous ont fait les responsables de St Jean sur le frère qui vous a agressée. Rien que l’image qu’ils donnent de cet homme est complètement perverse. Sont-ils réellement conscients de la dimension totalement abusive et surréaliste de leur propos ? L’image de l’enfant au bistouri est particulièrement violente dans la mesure où aucun enfant ne peut utiliser un bistouri (instrument chirurgical). Se sont toujours des adultes qui utilisent des bistouris et dans un cadre traditionnellement médical. Alors pourquoi cette infantilisation pour tenter d’expliquer les crimes sexuels d’un adulte ? Symboliquement si on rapproche l’image du bistouri de celle du sexe masculin, c’est aussi très ambigu. Y aurait de quoi imposer une thérapie générale à l’ensemble de la communauté…car leur discours en dit long sur l’approche communautaire de la sexualité et notamment de la sexualité masculine et du crime sexuel.

    Le principe d’inverser l’agression pour culpabiliser la victime, c’est vieux comme Hérode ! Que peuvent-ils répondre face aux faits dévoilés, datés, divulgués par différentes personnes agressées par le même homme, de toute façon ? Rien. Alors est-ce véritablement utile de tenter d’aplanir et débrouiller les situations criminelles avec eux ? Personnellement, je n’en suis pas sûre. Parce que ça vous fait plus de mal à chaque fois qu’à eux. C’est à chaque fois vous replonger dans le système d’emprise de votre agresseur par personnes interposées. Ce qui ne vous aide pas et constitue un prolongement des maltraitances subies, mais de façon plus sournoise.

    Votre avocat doit pouvoir régler ces affaires, ainsi que les enquêteurs, sans que vous ayez à rencontrer ces responsables communautaires qui ont manqué à tous leurs devoirs et qui sont complices du frère criminel.

    Je vous passe la référence d’un petit livre qui m’a aidée à comprendre pas mal de choses quand j’ai commencé à traiter le double inceste subi, en thérapie :

    Parents toxiques, comment échapper à leur emprise ? de Susan Forward aux éditions Marabout.

    Bien qu’il s’agisse vous concernant, d’une emprise religieuse communautaire et pas d’une emprise familiale toxique, je pense que c’est quand même judicieux de vous le donner en référence car Mme Forward parle de parents toxiques qui se sacralisent et qui vont exercer une contrainte morale, religieuse, affective sur leurs enfants jusqu’à la manipulation la plus perverse. Et elle explique comment sortir de ces doubles contraintes, comment en comprendre les ressorts, les fonctionnements, comment pouvoir poser des actes symboliques forts progressivement pour sortir de cette emprise. Pour cela, elle expose différents cas et réactions de patients confrontés à ces situations.

    Dans l’emprise communautaire religieuse, l’agresseur se trouve hissé à une position familiale sacralisée (père, frère, soeur, mère). La communauté représente symboliquement la famille, mais aussi et surtout la sainte famille avec toutes les fidélités familiales qui s’imposent et l’autorité qui va avec, fidélités et autorité qui enchaînent les victimes au silence, à se culpabiliser, à inverser les responsabilités en cas de crimes, d’abus, à se faire du mal sous emprise constante de l’agresseur et de l’idéologie communautaire… Je trouve donc les situations très proches de ce qui peut se passer dans ce qu’on appelle les familles toxiques. Et où l’on retrouve tous ces ingrédients qui peuvent amener aux violences physiques, sexuelles, psychologiques telles que je les ai vécus dans le cadre familial, avant de pouvoir en sortir à l’âge de 17 ans et définitivement à 25 ans.

    Alors évidemment, ce n’est sans doute qu’un petit outil, mais qui peut peut-être vous être utile dans votre parcours de reconstruction.

    Je vous souhaite le meilleur, Liene ! Et bravo pour votre démarche.

  • Liene 19 décembre 2017 18:43

    P.S. Votre dernière réponse à Marie-Hélène explique très bien le mécanisme psychique de victimes et leurs difficultés réelles face à cette double,voir triple peine… Quant à « la fameuse commission pontifical pour la protection des mineurs » elle n’est pas la seule « coquille vide ». La fameuse Commission des frères de st Jean ne vaut pas mieux. Je suis toujours abasourdie par cette éternelle supériorité des clercs sur les laïques, par leur discours ambivalent et leur incapacité de me répondre en face,tout simplement . Pendant six mois,lorsque je lui posais une question concrète, la Commission ne pouvait que se racler la gorge,baisser les yeux vers ses chaussures et partir très vite pour une prière urgente. Non, rien ne change,en effet. En réalité, aucune volonté de catapulter leur compréhension au delà de ce que pourraient accomplir leurs anciennes méthodes.

  • Liene 19 décembre 2017 16:20

    Merci Françoise,moi aussi j’espère qu’un jour,tout cela sera vraiment dit et expliqué. C’est vital.

    Dans la lettre du Vatican (datée du 22 juin 2016) que Louise a jointe on peut lire que l’« accueil et l’écoute des victimes et la reconnaissance de leurs droits doivent être respectés. » J’ai été accueillie et écoutée par les supérieurs des frères de St Jean en effet, mais malheureusement pas entendue. Et les seules explications que j’ai eues de leur part jusqu’au aujourd’hui c’est « que les intentions de ce frère à mon égard ont toujours été pures et que de toute façon, il est difficile de m’ expliquer quoi que ce soit et de »m’ apaiser« parce que j’ai le monopole des explications ou de l’explication qui me permettra ou permettrait de »tourner la page«  » En plus de cela,le frère Rabany a été comparé à un enfant innocent qui, avec un bistouri à la main, voulait simplement sauver le monde. En gros, c’est encore de ma faute de n’avoir rien compris…

  • Françoise 19 décembre 2017 11:50

    Merci Liene pour ce témoignage fort. Pour avoir subi un double inceste, je sais à quel point ce que vous avez subi est atroce et a des conséquences graves au quotidien. Et combien aussi il faut de courage pour parler et raconter tout cela. A l’origine des crimes commis contre vous par ce religieux, il y a comme Louise vous l’a expliqué, une idéologie à St Jean particulièrement perverse mise en place par le fondateur. En lisant sa biographie, on comprend que cette idéologie est liée à une emprise très certainement incestueuse dans la famille du fondateur. Qui a abouti à cette confusion entre l’amour et l’amitié. Et toutes les dérives criminelles qui en découlent viennent de là. J’espère vivement qu’un jour, tout cela sera dit, expliqué. Si cela ne changera rien à la souffrance des victimes, cela permettra de mieux comprendre comment un inceste non dit, non dénoncé et utilisé comme un outil spirituel puis comme un instrument de domination, peut démultiplier les victimes. Oui, ce prêtre vous a violé l’âme. Vous avez subi un inceste spirituel particulièrement abject. Qui ne doit pas être tu mais dit. J’espère vivement que vous disposez d’un accompagnement thérapeutique et d’un soutien familial et amical fort autour de vous. Prenez bien soin de vous. Avec tout mon soutien Françoise

  • Louise 18 décembre 2017 11:32

    Le livre du père MD. Philippe : « Lettre à un ami » itinéraire philosophique Editions universitaires 1990

    http://pncds72.free.fr/307_saint_jean/307_8_ecrits_mdphilippe/307_8_1_mariedo_lamour_damitie.pdf

    Le livre « Réalisme de l’amour » par le père Rabany est une suite logique de la méthode du père MDP.

    Lettre du Vatican pour la communauté de Saint Jean

    http://pncds72.free.fr/307_saint_jean/307_21_lettre_vatican/307_21_1_lettre_vatican.pdf

    Ceux et celles qui s’adosseraient à l’enseignement du père MDP pour refuser cette évolution nécessaire dans le domaine du service de la Vérité et de la formation se tromperaient et surtout engageraient des jeunes dans une voie sans avenir"

  • l’amour d’amitié 16 décembre 2017 12:52

    « … L’amour d’amitié semble être un concentré d’humanité. Le philosophe est donc tout intéressé à analyser cette expérience de près. Rappelons ici seulement des principes essentiels. L’amour d’amitié commence avec l’attraction du bien. Expérience souvent riche sentimentalement,elle touche aussi les profondeurs du cœur humain. C’est le mystère du début d’un amour. Pour que ce premier amour s’approfondisse,s’impose immédiatement une réponse : l’intention,laquelle atteint,dans la liberté et la responsabilité,le bien en tant que fin. Une telle intention aspire à se concrétiser à travers des moyens,lesquels sont choisis dans une délibération intérieure et un conseil. Leur usage,dans des circonstances précises,conduit le sujet à aime effectivement,à expérimenter la joie d’un amour véritable toujours croissant,en prise avec la complexité des situations de la vie… » (« Réalisme de l’amour » Frère Marie-Olivier Rabany csj page 4)

  • Laurent W 15 décembre 2017 13:26

    Liene, vous avez tout notre soutien ! Merci d’avoir témoigné. Cela n’est pas chose facile on le sait. Vraiment de tout cœur avec vous !

  • Liene 13 décembre 2017 19:47

    Merci Louise, votre soutien m’est très précieux ! En lisant depuis quelque temps les témoignages anonymes des autres victimes de ces communautés sectaires sur divers sites internet, je réalisais peu à peu combien l’absence de prise de risque est un danger, et non seulement pour les victimes. Le manque constant de lucidité de ce milieu catholique traditionnel, leur façon de déformer souvent l’image du monde réel, même parfois de l’être humain ne méritent pas créances. Le courage de Marie-Laure Janssens a été un élément déclencheur pour moi. Même si mon témoignage n’est qu’une simple goutte de pluie de plus, en plus…plutôt que de continuer à me taire et à fuir certains aspects de la vérité de la vie dans la métaphysique et prendre tout le temps la prière pour une baguette magique pour tous les travers de l’Église, j’incite à mon tour à percevoir la situation enfin telle qu’elle est… Dans mon témoignage je ne parle que des faits anciens, malheureusement la vraie histoire ne s’arrête pas là. Et ce chemin de la reconstruction pour moi et ma famille n’est pour l’instant toujours qu’un espoir d’un avenir meilleur,mais c’est déjà un bon début…

  • Louise 13 décembre 2017 16:33

    Bonjour Liene,

    merci pour votre témoignage qui est très fort , quatorze ans ce n’est pas rien ! Vous expliquez bien cette emprise à laquelle vous vouliez échapper et il vous a fallu du courage et de la détermination pour vous en sortir avec la fidélité de votre ange gardien du bien s’opposant au mal..

    Votre reconstruction qui n’a pas été facile s’est finalisée par le mariage et les enfants tout comme Marie-Laure Janssens, symbole d’équilibre « la famille ».

    Bien sûr, on encourage toutes celles qui ont subi le même sort à venir témoigner sur les sites qui traitent des dérives sectaires.

  • Liene Moreau 13 décembre 2017 15:27

    J’incite simplement les autres victimes de ce prêtre à sortir de leur silence.

  • lr 13 décembre 2017 13:53

    En 2013 encore le frère Rabany fait partie des frères capitulants au chapitre général de la communauté durant lequel la communauté reconnait l’existence de « frères prédateurs » au sein de leur congrégation. Un frère prédateur donc qui reconnait l’existence de frères prédateurs ! La vie est belle !

  • Egle 13 décembre 2017 12:24

    Dix ans pour que la communauté réagisse enfin ! Et pendant tout ce temps là ce prêtre avait continué ses activités « amicales » en toute impunité sur une quinzaine d’autres jeunes femmes, hélas !