Vendredi 7 août 2015

Frédéric Ozanam dénonce le rêve d’un rétablissement de la religion par des voies politiques

Cher ami, nous n’avons pas assez de foi, nous voulons toujours le rétablissement de la religion par des voies politiques, nous rêvons un Constantin qui tout d’un coup et d’un seul effort ramène les peuples au bercail.

Cher ami, nous n’avons pas assez de foi, nous voulons toujours le rétablissement de la religion par des voies politiques, nous rêvons un Constantin qui tout d’un coup et d’un seul effort ramène les peuples au bercail. C’est que nous savons mal l’histoire de Constantin, comment il se fit chrétien précisément parce que le monde était déjà plus qu’à moitié chrétien, comment la foule des sceptiques, des indifférents, des courtisans, qui le suivirent dans l’Église, ne firent qu’y apporter l’hypocrisie, le scandale, le relâchement. Non, non, les conversions ne se font point par les lois, mais par les moeurs, mais par les consciences qu’il faut assiéger une à une. Voyez deux grands exemples, Paris et Genève, deux villes où (…) il ne s’est pas fait une loi pour le catholicisme, et où le retour des âmes s’est accompli avec une force, avec une persévérance qui étonne tout le monde. Voyez les États-Unis, voyez l’Angleterre. La foi ne prospère que là où elle a trouvé des gouvernements étrangers ou ennemis. Ne demandons pas à Dieu de mauvais gouvernements, mais ne cherchons pas à nous en donner un qui nous décharge de nos devoirs, en se chargeant d’une mission que Dieu ne lui a pas donnée auprès des âmes de nos frères.

Frédéric Ozanam, Lettre à Dufieux, 9 avril 1851