Lundi 23 juillet 2018

« Je suis un risque » de Marie-Philothée Mallais, éd. Du Cerf

Petit partage sur un livre qui montre comment, lorsque l’on est vulnérable – et on l’est tous un jour ou l’autre – on peut facilement se faire avaler tout cru par un mouvement à dérives sectaires.

Dans Je suis un risque (de Marie-Philothée Mallais, éd. Du Cerf) l’auteur raconte son enfance dans une famille catholique « bien comme il faut », où elle a été violée de 7 à 14 ans. La veille de Noël 1990, dans le cadre d’une confession, un prêtre s’interroge sur l’une des accusations de l’adolescente, creuse et découvre le cauchemar quotidien de la jeune fille. Commence alors d’un côté un chemin de libération de l’inceste et de l’autre celui de l’emprise. Car ce prêtre appartient à « l’Organisation ». Derrière ce nom générique se cache l’Opus Dei (tous ceux qui connaissent un minimum l’œuvre la reconnaîtront immédiatement) et, même si l’abbé reste droit et n’influence jamais Marie-Philothée, il n’en est pas de même pour les membres de la branche féminine. En quelques mois le processus de manipulation donne le résultat souhaité et la jeune fille, encore mineure, suit le mouvement commencé par ses amies : elle devient membre célibataire de l’OD.

Tout est détaillé : le processus d’embrigadement, les techniques de prosélytisme, l’enfermement, les mensonges, l’orgueil des élus, la solitude face à des choix crucifiants, le combat pour sortir et l’empreinte de l’OD qui demeure au fond du cœur et de l’âme pendant de nombreuses années.

Ce livre permet de comprendre de l’intérieur les mécanismes qui conduisent les bonnes volontés à faire le mal au nom du bien… A lire donc ! De plus, vous y découvrirez la réalité d’une vie d’adulte marquée par les séquelles physiques, psychiques, sociales et spirituelles propres aux victimes d’agressions sexuelles. Avec Marie-Philothée vous vous interrogerez sur comment vivre sous le regard de Dieu avec un tel passé et un présent si douloureux.

Vos réactions

  • Bruno 23 juillet 2018 14:27

    Pendant les faits, Marie fréquentait l’école traditionaliste de Saint-Pie X à Saint Cloud près de Paris.
    Elle s’est accusée plusieurs fois en confession de se faire violer par son frère. LE CONFESSEUR N’A PASAGI !
    Elle était la seule de toute l’école à ne pas aller communier pendant la messe. LESURS DOMINICAINES N’ONT PASAGI !

    L’attitude de ces religieux révèle cet aveuglement du milieu BCBG-cathos-scouts sur ce sujet-là. Il faut sortir du déni, arrêter de répéter « De telles choses n’existent pas chez nous ! » Un tel déni condamne les victimes à une double peine.

    Le livre décrit les efforts de la victime pour « redevenir normale » après la fin des assauts physiques. Cependant, c’est impossible à faire dans le déni. L’attitude classique de la hiérarchie ecclésiale et de la société est bien exposée : ils demandent aux victimes de passer l’éponge pour ne pas déranger, évitant ainsi de faire face avec courage au mal tapi au fond de tout cœur humain.

    • Bonjour Bruno

      L’OD comme n’importe quelle secte, sait utiliser les failles, les souffrances, les traumatismes, les problèmes identitaires des personnes dans son processus d’embrigadement et de lobotomie spirituelle et idéologique. Ce n’est pas nouveau. L’inceste constitue un traumatisme que l’OD va utiliser comme une forme de point d’entrée de toute son idéologie anti sexualité, anti sentiments. Il y a à l’OD une forme de sacralisation à la fois de la violence et des traumas sexuels. C’est une complète instrumentalisation pour en quelque sorte voir ces traumas comme une forme d’initiation à la sainteté. Ce qui est un raisonnement particulièrement pervers mais assez courant dans ce type de groupe sectaire. On retrouve ça dans plusieurs groupes sectaires, que ce soit pour inciter des victimes d’inceste à des étreintes mystiques avec des cadres sectaires, les conduire à d’autres abus, ou à retourner l’inceste subi sur d’autres…

      L’inceste très présent dans les bonnes familles bourgeoises catholiques constitue un point d’accroche très fort pour les groupes dérivants sectaires catholiques. Il en fut de même dans ma famille. L’inceste subi par mon père surnuméraire quand il était enfant de la part de sa mère et possiblement de sa tante, et qu’il a reproduit en violences conjugales sur ma mère, puis en inceste sur ma soeur et moi, a fait partie des motifs qu’a utilisés l’OD pour en faire un membre opusien soumis, embrigadé, dévoué. Jusqu’à ce qu’il comprenne que l’Œuvre était capable de tuer y compris ses propres membres, dont son meilleur ami surnuméraire aussi, pendu. Et lorsqu’il s’est révolté, il a été lui aussi assassiné.

      Concernant les relais par rapport à un fait d’inceste, pour avoir été dans la même situation que l’auteure du livre (sans emprise opusienne post inceste, Dieu merci), aucune direction d’école, aucun prof, aucun confesseur, aucune religieuse, aucun religieux, qui même sans savoir explicitement la chose, comprenaient bien ce qui se passait dans la famille au niveau violences intrafamiliales, personne n’a rien dit. Et c’est toujours comme ça par rapport à l’inceste dans les familles bourgeoises, cathos ou non. Le principe est de ne surtout pas parler de tout ça. La personne qui dévoile est scandaleuse (l’enseignant, l’éducateur, le directeur ou la directrice d’école, le médecin). Et tout autant la victime si celle-ci dénonce les faits.

      Le 24 décembre 90, au moment où le confesseur opusien de Marie Philothée s’interrogeait, ma soeur et moi courions dans les rues de notre village enneigé pour échapper aux coups de couteaux de notre père, tandis que les volets des maisons du village se fermaient tandis que nous courions à perdre haleine pour ne pas être tuées.

      Là non plus, face à un notable influent du village, du département et de la région, il était hors de question pour les voisins, les gens du village qui avaient des affaires chez notre père, de dénoncer quoi que ce soit. Même en le voyant armé d’un couteau nous poursuivre un 24 décembre dans les rues du village et hurler qu’il allait nous tuer…

      Ubuesque, surréaliste mais malheureusement, c’est ça la réalité crue et violente de ces situations.

      Savez-vous ce qui se passe encore aujourd’hui face à l’inceste dans les bonnes familles bien comme il faut ? Il y a négociation avec la police et les hôpitaux qui font les kits de viol. Exactement comme ça s’est passé pour moi dans les années 80. Le silence judiciaire est acheté et l’on culpabilise la victime à fond. Elle compromet la carrière du parent incestueux, elle salit la famille. Et on lui répète à l’envi : tes père et mère honoreras. Et l’on demande aux institutionnels religieux de bien appuyer là-dessus, voire on fait passer la victime pour affabulatrice, folle, etc, etc. Et puis on achète le silence par de l’argent, par du chantage à l’argent, un poste dans une bonne entreprise où un membre du clan, de la famille officie (ça permet de consolider les dépendances). Ca fait partie des fondamentaux incontournables. Et puis si l’on peut, la famille proche va exercer une pression psychologique telle, qu’à la fin, on dit que la personne est dépressive, doit faire un séjour en hôpital psychiatrique et la famille si elle peut choisit un médecin complaisant pour mettre en place un traitement anti dépresseurs fort et super addictif, qui va complètement lobotomiser la victime et la mettre hors d’état de pouvoir protester, et surtout dénoncer ce qu’elle subit au quotidien.

      Ca aussi je connais bien puisque ce fut le procédé abusif choisi par mon père vis à vis de ma mère face aux violences conjugales qu’elle subissait de sa part et qu’elle voulait à un moment dénoncer (15 mains courantes à la gendarmerie). Ca c’est la réalité quotidienne des victimes d’inceste, des victimes de violences conjugales dans les bonnes familles bourgeoises, cathos ou non.

      Et personne ne dénoncera jamais rien. On ne se dénonce pas entre notables, entre gens de la même classe sociale. Surtout pas. Surtout pas pour ce genre de motif privé. Ca fait partie des interdits majeurs. Et depuis toujours. Les intérêts de classe sont supérieurs en terme de poids aux souffrances et crimes subis.

      L’inceste dans ces familles, spécifiquement quand ça touche les filles, c’est vu par ces familles comme une forme de dressage et d’éducation à la soumission. Les hommes ont le droit de faire subir tous les sévices. Et les filles n’ont rien à dire, mais simplement à subir en silence, pour la gloire de Dieu et leur propre édification. Et plus la famille est liée à des groupes dérivants sectaires, à un fonctionnement traditionnel et ultra conservateur, plus le verrou et le silence sont imposés, plus la violence subie est comme sanctifiée. Y compris par les membres du clergé qui savent mais qui ne diront rien ou inciteront les victimes à se taire et à supporter comme des saints, voire à entrer dans les ordres pour racheter le péché de leur agresseur.

      Les filles et les femmes l’apprennent très tôt dans ce type de famille. Et beaucoup, face à une situation de ce genre, préfèrent se taire. Celles qui osent parler, dénoncer ces situations comme je l’ai fait, doivent savoir qu’elles le font au prix d’une complète exclusion et d’une mise à l’index à la fois sociale, religieuse, financière, affective.

      C’est déjà le cas sur un inceste dans une famille modeste. Mais ça l’est dans des proportions encore plus importantes dans une famille bourgeoise ou noble et ultra catho.

      Le problème qu’a vécu Marie-Philothée, c’est que déjà son milieu était ultra fermé religieusement et socialement. Elle ne disposait pas d’une ouverture pour sortir de cet enfermement social et religieux. L’établissement scolaire qu’elle fréquentait, le milieu où elle vivait, l’entourage religieux, tout la maintenait dans le même cercle et le même genre de familles, d’idéologies, d’enfermement religieux.

      Il était donc logique qu’elle se trouve instrumentalisée au moins religieusement. C’est un glissement très banal malheureusement dans ce genre de situation et de milieu. Si ça n’avait pas été par l’OD, ça aurait été la FSSPX ou le Renouveau Charismatique. Ce type de personne est la proie idéale. De l’argent, un milieu catho ultra fermé et conservateur, des problèmes et traumas, un niveau de culpabilité et d’anéantissement personnel et identitaire important. C’est pain béni pour ce genre de secte.

      Tant qu’on ne rompt pas avec ce milieu, on ne le comprend pas. On a l’impression qu’on va pouvoir s’en sortir quand même, mais c’est une illusion. Il faut vraiment couper les ponts pour se rendre compte que la vraie vie, que le vrai monde, se situent hors du milieu familial et religieux, et que c’est seulement dans ce monde-là qu’on va pouvoir s’en sortir. Tenter le compromis en restant dans son milieu social et religieux, c’est, en tout cas au regard de ma propre expérience, particulièrement dangereux et surtout destructeur. Car le chantage continue et continuera par différents membres de la famille, différents moyens. En la matière, ces familles incestueuses bourgeoises et ce milieu sont très créatifs.

      L’accepter ce chantage permanent, c’est considérer finalement que l’agresseur initial est dans son droit et cautionner la loi du silence du milieu social, religieux et familial. Et finalement piétiner son intégrité personnelle, son intimité autant que l’a fait l’agresseur incestueux. C’est d’ailleurs ce que cherche le milieu aussi bien religieux que social et familial. S’ils parviennent à obtenir cette autodestruction de la victime, c’est une sorte de sésame pour poursuivre ce type de comportement et ne jamais être inquiété par la justice pénale. Quelque part ainsi, ils gagnent. La victime aura participé elle-même à sa propre destruction.

      Maintenant, c’est sûr qu’il faut un grand courage, un caractère fort pour oser dire son fait à l’agresseur, dénoncer les faits à la justice, couper les ponts, se reconstruire. Et que malgré tout, l’on oublie jamais. Pour autant, c’est la seule façon de conquérir son autonomie, de retrouver une intégrité à la fois physique et morale, intime. Et surtout de pouvoir vivre une vie pleine et libre.

      Mais ce que doivent savoir les victimes, c’est que dans le monde extérieur, il y a plus de gens qui leur tendront la main, qui pourront les aider que dans leur propre milieu social, familial et religieux. Celles et ceux qui dans le milieu social et familial aideront, seront rares et déjà un peu déconsidérés socialement généralement, sans que cela remette en cause à aucun moment cette loi du silence et du milieu.

      J’en ai fait l’expérience, ma soeur aussi, notre mère aussi. Très peu d’aide dans le milieu originel, beaucoup et même énormément à l’extérieur du milieu social, familial et religieux. Et c’est cette aide qui va le plus participer à la reconstruction.

      Il faut donc sortir de la diabolisation du monde extérieur, diabolisation apprise très tôt dans ce type de famille et martelée par les membres les plus abusifs, pour au contraire s’appuyer sur le monde extérieur pour trouver de l’aide aussi bien judiciaire, amicale, thérapeutique, qu’amoureuse.

      C’est une clé essentielle pour sortir de l’emprise et des menaces, des chantages.

      Mais c’est évident que ça peut prendre du temps, que c’est une démarche qui peut grandement effrayer, insécuriser encore plus.

      Pourtant, c’est d’oser franchir ce cap, faire ce pas de côté qui permettra réellement et au fil du temps d’en finir à la fois avec l’inceste, l’emprise psycho-affective familiale et religieuse dérivante, mais aussi de pouvoir se réparer et se reconstruire, retrouver une certaine harmonie (dans tous les domaines).

      Bon courage à Marie-Philothée dans sa démarche courageuse. Qu’elle sache que face à l’inceste et à l’OD, elle n’est pas la seule femme catho dans la quarantaine à affronter ce double problème-traumatisme. Et si elle a besoin de parler, elle peut me contacter sans souci.

      Cordialement

      Françoise

    • « Je suis un risque » de Marie-Philothée Mallais, éd. Du Cerf 24 juillet 2018 20:43, par Marie-Philothée

      Bruno,

      Avant tout, les premiers coupables sont « la famille ». En elle se trouvent les agresseurs, mais aussi ceux qui veulent ne rien voir, qui s’enferment dans le déni, qui vous culpabilisent, qui vous demandent le silence et de continuer de vivre avec les bourreaux comme si de rien n’était… Il faut déjà commencer par éduquer les proches pour qu’ils aient un comportement adapté : accueil, écoute, compassion, respect, soutien sur le chemin de guérison, etc.

      Mais tu as raison, il y a aussi un problème auprès du clergé. Beaucoup ignore la réalité quotidienne de ces drames (comme si ça ne pouvait pas exister chez les cathos) et ne décèle pas ce qui se cache derrière certaines accusations de leurs pénitents. Il y a donc une nécessité de les former un minimum sur le sujet. L’aumônier de l’école m’a entendue me confesser pendant 2 ans, moi l’écolière en uniforme bleu marine avec mes cols Claudine à liseré rose et mon cerf-tête à velours, qui du haut de mes 12 ans m’accusait très mal à l’aise d’avoir « péché contre le 6e commandement avec un garçon et de manière solitaire à plusieurs reprises ». Normalement dans ce milieu très sage et à cette époque, il aurait dû se dire qu’il y avait un problème. C’est ce qu’a perçu le prêtre de l’OD à qui je rends grâce de m’avoir sauvé. C’est lui qui a permis que ça cesse, c’est lui qui m’a expliqué que je n’y pouvais rien, que c’était anormal de vivre ça et totalement injuste, qu’il fallait me protéger et que je devais parler autant que nécessaire, se mettant à ma disposition pour me recevoir autant que nécessaire afin de vider mon sac (d’ailleurs c’est souvent lui qui a mis les bons mots sur ce que j’avais vécu et ce que je continuais de vivre et éprouver, Deo gratias pour la disponibilité et la bonté de ce prêtre).

      Comme quoi, une communauté peut être déviante et dangereuse, mais chaque individu est unique et, au sein de ces structures, il y a aussi beaucoup de personnes aveuglées par le lavage de cerveau, ne comprenant donc pas les dérives de leur communauté, mais surnageant du marasme ambiant et prêt à dépasser les interdits et les règles sectaires pour aider avec bonté et charité. ça donne espoir !

      • Cela veut dire que l’« Opus Dei » est derrière votre sauvetage du crime d’inceste ? Je me rejouis de ce que vous ayez trouvé une issue à ce grave problème.

        Mais pour autant cela ne rend pas bonne cette institution qui n’est qu’une branche encore vivante de la dictature espagnole (1939-1975)

        Ça donne aucun espoir qu’il y ait des communautés déviantes… cela ne devrait pas exister, car on ne peut pas faire du mal à un million pour justifier le bien d’un autre million de personnes.

        La personne qui est capable de surnager les dérives deviantes comme vous dites, serait encore meilleure personne si elle ne cautionnais pas avec sa présence et son « bon cœur » un système criminel.

        • « Je suis un risque » de Marie-Philothée Mallais, éd. Du Cerf 25 juillet 2018 21:10, par Marie-Philothée

          Je n’ai jamais dit que l’OD m’avait sauvée. Lisez dc l’article qui précise que mon livre dénonce ce qui se passe ds l’OD. Mais je rends grâce pr ce prêtre qui m’a sauvé, oui ! Et je continuerai de rendre grâce pr tout ce qu’il a fait pr moi. Et je ne dis pas qu’il y a de l’espoir pr l’OD, ms qu’il y a de bonnes personnes partout, de bonnes personnes trompées, manipulées, aveuglées. C’est justement pr cela que les mouvements sectaires fonctionnent : l’adepte de base n’est pas forcément un « méchant », bien au contraire. Il y croit et a foncé tête baissé ds le système car il croyait avoir trouvé le « bien ». Si les mouvements sectaires n’étaient constitués que de « méchants », ce serait simple : on repérerait tout de suite le danger et personne ne serait séduit… et ce site d’analyse et de prévention n’existerait pas !

          • L’OD n’est pas construite sur une dynamique bons et méchants, Marie-Philothée, mais sur une démarche de séduction commerciale qui utilise des gens déjà engagés dans des conduites ultra religieuses, formatés dans des cercles fondamentalistes et ultra conservateurs, et qui sont souvent dans des problèmes identitaires, psys, relationnels, des traumatismes, des comportements violents que l’OD comme toute secte, va instrumentaliser au service de ses intérêts financiers, politiques, religieux et criminels. Car l’OD dispose d’une milice qui tue, chose que n’ont pas les autres sectes catholiques. Elle peut empoisonner, pendre, provoquer des accidents, droguer, stranguler, payer un homme de paille pour tuer par arme à feu. Vous connaissez quelques exemples célèbres à ce sujet : le banquier Roberto Calvi, Robert Boulin, Manuela Orlandi, le prince de Bröglie. Il en est beaucoup d’autres moins médiatiques mais tout aussi tragiques. Ces meurtres concernent aussi bien des surnuméraires, que des numéraires. Et c’est le clergé qui décide qui a le droit de vivre ou mourir.

            L’OD fonctionne à la fois sur de la manipulation mentale, sur l’abus de faiblesse, sur de fausses promesses, bref, sur une escroquerie majeure. Ce n’est pas la sainteté ordinaire leur slogan factuel, c’est plutôt « comment entuber, rentabiliser et ruiner des cathos un peu trop versés dans la mystique et le conservatisme ».

            L’OD a besoin de commerciaux pour parvenir à ses fins et fait de chaque adepte un agent commercial pour rallier de nouveaux adeptes.

            Les clercs ne sont pas des promoteurs directs, mais se sont ceux qui disposent du pouvoir au sein de l’OD. Donc leur aide éventuelle est encore plus conditionnée par une recherche d’emprise et de pouvoir.

            Si vraiment vous voulez savoir si ce prêtre était véritablement un ami sincère, regardez si en suivant il a quitté l’OD, interpellé par vos souffrances, le crime abject d’inceste dont vous avez été victime et ce que cela a créé comme déclic intérieur chez lui. S’il est toujours à l’OD, alors comme la plupart de ses collègues, il a joué auprès de vous tout en vous aidant son rôle de manipulateur opportuniste. Il vous a sorti d’un problème pour mieux vous engluer dans un autre, au nom des intérêts financiers et idéologiques de la secte. En profitant de la dimension traumatique et d’isolement psycho-affectif dans laquelle vous étiez prise au sein de votre école comme de votre famille, comme peut l’être un lièvre pris dans les phares d’une voiture.

            Vous n’étiez pas en mesure de protester ni de mesurer exactement et rationnellement où l’OD vous entraînerait et encore moins ce qu’il y avait derrière.

            Ce prêtre savait qu’il était la seule ouverture hors du milieu toxique familial et scolaire qui était le vôtre. Ce qui lui offrait le beau rôle et lui laissait un boulevard pour vous attirer à l’OD et finir par voie indirecte par faire de vous une numéraire et au passage, mettre financièrement la famille sous séquestre via votre testament à l’Œuvre.

            Mais je comprends tout à fait que vous ayez eu besoin et ayez encore le besoin de le considérer comme « sauveur ». J’ai longtemps fonctionné comme ça vis à vis de personnes pas toujours bien intentionnées, mais néanmoins aidantes post inceste.

            Dans notre contexte familial toxique, il y a eu de telles horreurs qu’on se raccroche à la moindre main tendue et on va presque la sacraliser, la parer de toutes les vertus. Or, ce que l’on oublie, c’est que nous rentrons ce faisant dans le triangle de Karpman. La fameuse trilogie du bourreau, du sauveur et de la victime. Et nous souhaitons nous maintenir dans le rôle éternel de la victime. Le bourreau étant distribué à notre agresseur ou nos agresseurs sexuels familiaux et celui de sauveur aux individus sympas que nous rencontrons.

            Or le rôle de la victime est celui de l’enfant. Les bourreaux et sauveurs incarnent les adultes abusifs et antagonistes à la fois entre eux et avec la victime. Une victime a besoin des deux (bourreaux et sauveurs) pour rester une victime. Si elle ne les a pas, elle va les créer. Et dans nos parcours de victimes d’inceste, c’est une démarche que nous engageons sans même nous en rendre compte. Et à laquelle nous sommes très attachées. Parce que cette situation compense au moins durant les premières années post inceste, la violence et la douleur que nous avons subies. Cette création de sauveurs et de bourreaux, entretenue, cultivée, nous restaure une enfance qui nous a été volée.

            Mais c’est une situation qui rapidement devient toxique et surtout maintient chez nous de l’immaturité et finalement, perpétue l’emprise initiale de l’agresseur sur nous au travers d’autres personnes « sauveurs »qui se révèlent également bourreaux parce que nous tissons vis à vis d’eux une dépendance toxique à la fois totale et compulsive.

            Pour rompre le cycle, il faut accepter de regarder en face ce double rôle endossé par les « sauveurs », ramener à leur juste proportion et signification les « sauvetages ». Et comprendre la toxicité relationnelle que ces relations engendrent pour nous, leur forme addictive, passionnelle, fusionnelle, destructrice, même si elles gardent des éléments positifs et constructifs.

            Comprendre ce qui rapproche certains sauveurs de nos bourreaux. Et la similarité relationnelle, très fusionnelle qui se joue entre eux et nous.

            Cette prise de conscience prend du temps, elle n’est pas facile du tout. Personnellement, cette prise de conscience je l’ai faite aux alentours de l’âge de 40 ans, soit 23 ans après les derniers crimes incestueux que j’ai subis. Et 21 ans après la tentative de meurtre que ma soeur et moi avions subie de la part de notre père et bourreau. Voyez si ça m’a pris du temps…mais aussi pas mal de travail thérapeutique.

            Il faut je pense se sentir suffisamment solide pour pouvoir accepter intérieurement cette analyse critique. Car elle nous oblige à affronter l’angoisse de l’abandon, une sensation très anxiogène qui a tendance à s’exacerber sans la dépendance psycho-affective à ces personnes. Cette prise de conscience nous oblige aussi à poser un œil critique sur l’entourage que nous avons et les motifs réels de nos inclinations pour telle ou telle personne que nous sacrons momentanément ou durablement sauveur. Mais c’est une démarche pour le coup libératrice, une fois qu’on a réalisé tout ça.

            Reste à ne pas jouer les sauveurs nous-mêmes ensuite, ce qui là non plus, n’est pas simple. La trilogie de Karpman peut nous faire jouer les trois rôles en continu également dans nos vies.

            Pour sortir du triangle, il faut travailler en thérapie ces questions avec un psychiatre compétent et commencer à réaliser des projets qui nous tiennent à cœur, vraiment. Au plan d’une véritable réalisation de soi. Quand nous commençons à être heureuses, à concrétiser des rêves et à mieux comprendre nos fonctionnements, nos réactions, nos émotions, nous sommes plus à même de pouvoir activer du positif concret qui va nous permettre d’affronter des ressentis plus difficiles du passé et d’analyser de façon critique notre vécu et nos relations humaines.

            C’est ce que j’ai pu comprendre au fil du temps, des projets que j’ai engagés et réalisés, des thérapies psy que j’ai entreprises.

            Je vous souhaite de réaliser tout ça au fil du temps. C’est un long chemin. Et nous avançons tous après l’inceste à tous petits pas…

            Bon courage pour tout ! Cordialement

            Françoise

        • Vous avez raison dans ce que vous dites de « bonnes » personnes, et bien sûr ce qui est important c’est votre bien être présent. Je voulais seulement dire, en tant que ex numeraire, que comme explique bp mieux Françoise l’OD ne laisse pas faire du bien et « sauter » les règles s’ils n’ont pas qqch à en tirer. Si on n’obeit pas, on est dehors, les interèts institutionnels d’abord.

          Combien de fois en étant à l’OD on ne nous a dit de ne pas aider une amie car ce n’était pas un « plan apostolique » ! Je pense à des copines qui m’ont demandé un coup de main pour un demenagement, par exemple, et les directrices m’ont interdit de le faire….Et bien sûr lors de la sortie de « secte » on voit commet toutes les bonnes personnes disparaissent comme par magie : il n’y a personne. Tout le monde obeit : il faut isoler la personne.

          Il y a des cas plus graves, qnd il y a eu des maladies ou des besoins dans la famille de la numeraire et on nous disait de ne pas « perdre notre temps » en aidant « notre famille de sang »….peut être vous avez vécu ces histoires aussi. Il y a de bons cœurs là dedans, mais cela ne suffit pas, car ces personnes « obéissent » et ne font du bien aux autres que si cela fait du bien à l’ensemble de l’OD. Ce n’est pas juste.

          Je vous félicite de votre temoignage que j’espère lire aussi. Amitiés et bon courage pour la suite de votre parcours car sortir de tout cela, inceste+OD, ce n’est pas rien. J’aimerais bien que qq journaliste courageux vienne vous faire une interview pour la télé…je pense que le monde a bp de choses à apprendre de tous les horreurs que vous avez vécus.

      • Bonsoir Marie-Philothée

        L’OD ne dénonce jamais une situation sans calcul de profit en retour.

        Et le profit, elle l’a eu puisque vous êtes devenue numéraire, ce qui veut dire aussi qu’elle aura sur vous, à moins que vous dénonciez le testament que vous avez écrit au moment de votre engagement opusien et que vous contestiez ce dernier, en écriviez un autre qui annulera le premier, second testament que vous confiez à un avocat ou à un notaire sûr, non affilié ou copain de l’OD, un profit financier certain post mortem.

        Mais l’OD n’apparaîtra jamais en tant que telle, mais via une de ses fondations comme la Fondation Lejeune ou la Fondation pour l’Ecole, ou Alliance Vita, par exemple. Ou l’ACUT, sa plus vieille organisation en France, son socle de base. L’OD via une de ces structures, sera légataire à titre universel de tous vos biens et ceux de votre conjoint, de vos enfants, famille si vous en avez. Vous réalisez que c’est une épée de Damoclès ou pas ? Certes, le prêtre opusien vous a aidée à dénoncer l’inceste, mais l’aurait-il fait s’il n’avait pas été sûr qu’il pouvait vous pousser adroitement à adhérer à l’Œuvre et ainsi aliéner durablement non seulement vous mais l’ensemble de la famille ?

        Car une fois que l’OD a capté un membre, elle n’aura de cesse de piéger et aliéner le reste de la famille, d’une façon ou d’une autre. Essentiellement pour capter la fortune, l’argent et le réseau mondain et affairiste de cette famille. Ce n’est pas le genre d’organisation qui laisse libre. Même si c’est la pub qu’elle souhaiterait présenter. Et les hauts cadres de l’OD ont de gros besoins financiers, de nombreux enfants qu’il faut placer dans les hautes sphères de pouvoir, etc…Pour ça il faut beaucoup d’argent. Bien sûr, les hauts surnuméraires et hauts numéraires qui font de la politique en connaissent un rayon pour détourner l’argent public (voir l’affaire Gaymard notamment et les emplois fictifs chez les Fillon avec l’aide de Ladreit de Lacharrière). Mais ils n’en ont jamais assez. Donc ils ont besoin de capter régulièrement des fortunes familiales et ce durablement, tout en se prévalant que l’OD n’a que très peu d’argent, est une servante pauvre au service de l’Eglise (servante pauvre, mon œil, quand vous voyez le capital financier, immobilier, le niveau de fortune des hauts cadres).

        Cette captation financière autant que spirituelle et psychologique sur les membres et ex-membres et leur entourage, s’opère de façon progressive et constante, y compris par la menace, le chantage, des pressions diverses et variées.

        J’en sais quelque chose via les pressions que même après le décès paternel, toute ma famille a eues, et les surveillances physiques, les menaces téléphoniques dont ma soeur et moi avons fait l’objet de leur part et qui nous ont contraintes à avoir et garder un avocat qui garde toutes les preuves de malversations, de menaces, de pression et nous défend au plan judiciaire et juridique.

        Vous êtes donc confrontée à un double problème. L’exfiltration hors famille pour sortir de l’emprise incestueuse familiale. Et l’exfiltration psychologique, spirituelle et financière vis à vis de l’OD, qui, sous couvert de vous aider, vous a mise dans une situation de double contrainte (et donc aussi de culpabilité par effet de reconnaissance) qui met en danger votre patrimoine personnel et celui de votre famille par extension. Plus pervers, y a pas comme procédé. Mais je n’ai pas l’impression que vous l’ayez encore réalisé pleinement au vu de ce que vous répondez à Bruno.

        Si vous en prenez conscience, peut-être verrez-vous le sauvetage du prêtre OD sous un autre angle, bien plus pragmatique qu’aujourd’hui.

        Quant à changer les mentalités familiales, les éduquer, je crains malheureusement que dans nos familles qui fonctionnent avec des valeurs traditionnelles et ultra conservatrice, tant du point de vue politique, que religieux et spirituel, ce soit peine perdue. L’inceste dans nos familles et dans notre milieu bourgeois, sert le pouvoir patriarcal. C’est une sorte d’ingrédient indispensable au pouvoir des hommes, à l’argent, et cet inceste que nous avons subi, assure la continuité de transmission des valeurs patriarcales. Tout comme d’ailleurs la pédophilie cléricale exalte la domination des hauts-clercs sur le reste du clergé et des fidèles. Il n’y a donc aucune chance que tant l’inceste que la pédophilie cléricale soient contestés que ce soit par nos familles bourgeoises ou notre clergé. On ne dénonce pas ce qui contribue à perpétuer le pouvoir et la domination pour son propre groupe. Ce serait un non-sens. Même si ces violences sont des crimes.

        Si vraiment vous souhaitez dénoncer ce système criminel et abusif et spirituel et psychologique et affectif, il faut vous grouper avec d’autres victimes d’inceste, issues du même moule social et religieux. Laurent de Villiers, moi, ma soeur, faisons partie de ce groupe de cathos incestés par un membre de leur famille et issus de la bourgeoisie, de la noblesse.

        Vous pouvez aussi vous rapprocher de l’avocate Marie-France Fontana, fille de Claire Fontana (la Trêve de Dieu) et qui elle, a dénoncé et s’est complètement sortie du moule fondamentaliste et abusif familial. Et qui depuis des années, n’hésite pas à dénoncer l’éducation abusive, manipulatrice qu’elle a reçue aussi bien au plan familial que religieux, et elle le fait régulièrement, y compris médiatiquement.

        Et puis surtout, il faut vraiment que vous puissiez sortir de la menace toujours forte de l’OD. Vous avez l’association Opus Libros qui peut vous aider et où vous pouvez témoigner. Ana qui vous a répondu, en fait partie, Bruno peut-être aussi ? Et Ana a un blog où elle peut relayer en Espagne votre témoignage et votre livre.

        L’inceste, j’espère que vous avez pu le traiter au plan thérapeutique. Que vous avez pu déposer les valises, travailler avec un psychiatre ou un victimologue. C’est primordial pour aller mieux, retrouver une intégrité physique, psychique, peu à peu recouvrer une estime de soi et un peu de confiance en soi et dans les autres. J’espère aussi que vous avez pu trouver la force de couper les ponts avec le système incestueux familial. Parce que, pour l’avoir vécu dans ma famille, ma soeur également, malheureusement, vous ne pourrez rien changer à votre famille. Leurs valeurs qui reposent sur l’argent, le pouvoir, la réussite, la sécurité, la conformité, l’ordre, la hiérarchie, la ségrégation, nient l’inceste ou l’acceptent comme un moyen de perpétuation du pouvoir familial des hommes, donc comme un outil nécessaire, jamais comme un crime. C’est triste, mais c’est ainsi. Et malheureusement y compris nos mamans, beaucoup de nos parentes acceptent cette horreur, s’y soumettent et attendent de nous la même soumission et le même silence.

        Ma mère décédée il y a un peu plus de 4 ans, qui a pourtant vu notre père nous faire subir les pires sévices et qui en a subi aussi de sa part à lui, nous a toujours traitées de menteuses, ma soeur et moi, alors qu’il y a eu des kits de viol et toutes les preuves sur les violences sexuelles, psychologiques et physiques subies. Elle n’a jamais accepté d’admettre ces crimes contre nous, car cela la plaçait en tant que mère, comme non protectrice de ses enfants, mais comme complice silencieuse des sévices subis, au nom d’un certain confort et de l’argent. Et ça c’était inacceptable pour elle psychologiquement, moralement, intellectuellement,spirituellement aussi. Elle nous a pourtant sacrifiées ma soeur et moi, sacrifié sa santé (elle vivait bourrée d’antidépresseurs), au nom de l’argent et d’une vie bourgeoise. Elle est donc restée jusqu’à son décès, dans le déni de l’inceste, qui lui permettait de se penser seule victime de notre père. Et dans la famille, ce déni fut majoritaire aussi. Entre celles et ceux qui ne voulaient pas faire de vague et celles et ceux qui trouvent qu’on en meurt pas de l’inceste et que ma foi, c’est juste un mauvais moment à passer, que nous sommes bien ingrates de dénoncer une famille aussi honorable et connue, bref de cracher dans la soupe…franchement, en matière de soutien, on fait mieux.

        Et c’est tout le problème dans ce genre de milieu familial incestueux. On est dans la toxicité permanente et la perversion, le silence, la culpabilisation des victimes. Il se produit un phénomène de totale inversion des responsabilités (comme si nous avions « mérité »viols et abus) ; c’est quelque chose d’effroyable.

        Mais ça fait partie intégrante de la problématique. Parlez-en à l’AIVI (association internationale des victimes d’inceste). Isabelle la présidente vous expliquera que c’est un grand classique de ces familles qui sont les nôtres.

        Bon courage, en tout cas ! Et bravo pour ce démarrage de dénonciation plus médiatique. Ne lâchez rien tant face à l’OD que face au déni familial. Protégez-vous de leurs violences respectives, le plus que vous pouvez. Rester sous leur coupe est plus destructeur que constructif. Je vous le dis au regard du vécu personnel et familial.

        Lutter n’est certes pas facile, mais essentiel pour s’émanciper, vivre pleinement, librement et en réelle harmonie. Dieu n’a rien à voir ni avec l’OD ni avec l’inceste. L’inceste est un crime contre l’humanité qui doit être dénoncé avec force. Et les systèmes pervers familiaux qui utilisent l’inceste comme moteur et élément de valorisation d’une domination masculine, doivent être dénoncés.

        Aucun enfant ne devrait jamais subir ces atrocités. J’ai subi l’inceste de l’âge de 5 ans à l’âge de 17 ans et des violences psychologiques et physiques entre l’âge de 11 ans et 17 ans dans ma famille. Je sais à quel point c’est violent et comment cela peut être instrumentalisé religieusement, spirituellement et affectivement. Malheureusement, la seule issue pour traiter le problème et se reconstruire, vivre normalement, c’est de couper les ponts. Vouloir établir un compromis amène à la destruction. J’estime, ma soeur aussi que nous avons suffisamment souffert pour ne pas terminer le travail d’anéantissement opéré par nos agresseurs criminels. J’ose espérer qu’il en est de même pour vous.

        Plein de bonnes choses pour la suite ! Et tenez bon ! Vous n’êtes pas seule.

      • Bonjour Marie-Philothée, Cette réponse révèle votre sens des nuances et du respect de l’autre, votre désir de témoigner de la Vérité et d’authenticité. Je lirai votre ouvrage. Je ne sais pas si Marie-Philothée est un prénom ou un pseudo mais je le trouve très beau….. Bien à vous.