Dimanche 5 janvier 2014 — Dernier ajout mardi 25 mars 2014

L’Agapè du Puy-en-Velay au fil des ans

L’Agapè du Puy-en-Velay a fêté ses dix ans le 7 octobre 2011. Plus de sept mille personnes ont suivi au Puy-en-Velay les sessions d’Agapèthérapie mises en place par Bernard Dubois, ancien médecin-pédiatre et membre de la Communauté des Béatitudes depuis 1988. Mais la présence de l’Agapè dans la cité ponote remonte seulement à 2005. Que s’est-il passé auparavant ? Pour le comprendre il faut remonter en amont, aux origines des Béatitudes qui ont servi de matrice à l’Agapè. Nous pourrons ensuite retracer brièvement les événements qui ont marqué les six ans de présence au Puy.

En 1977 [1], les Béatitudes fondèrent la maison de Cordes et celle de Château Saint-Luc. La seconde mit en place une maison d’accueil thérapeutique ; une équipe pluridisciplinaire y travaillait, rassemblant médecins, psychologues, psychiatres, psychothérapeutes, prêtres et théologiens venus échanger et partager leurs expériences de la guérison avec d’autres communautés d’Eglise. Le 2 janvier 1978, la maison de Cordes ouvre un centre médical conventionné dépendant du Ministère de la Santé, où s’exercent plusieurs compétences complémentaires. Une équipe, composée de médecins, psychiatre, psychologue, orthophoniste et infirmières, approfondit les interactions possibles entre la dimension spirituelle (même inconsciente) et la dimension psychosomatique de l’être humain. Les deux structures formaient le groupe médical Saint-Luc.

Déjà à cette époque, la délivrance du diable faisait partie des pratiques de ces équipes de soignants sous la houlette de Ph. Madre. Le cabinet médical a été délaissé vers 1982. Ses membres cessèrent leur activité en lien avec le ministère de la Santé pour œuvrer dans l’Eglise au sein de la maison d’accueil thérapeutique.

En 1992, la première intuition de l’Agapè - qui ne portait pas encore ce nom - vit le jour à Château Saint-Luc. Fernand Sanchez (médecin généraliste) et Bernard Dubois (pédiatre) commencent à réfléchir au projet d’une école de formation à un accompagnement spirituel appuyé sur l’expérience personnelle. Cette première idée a ensuite été mûrie au sein de la Communauté des Béatitudes fondée par Ephraïm, autour de deux médecins communautaires : Fernand Sanchez et Philippe Madre (généraliste). Ils ont élaboré les théories d’une anthropologie judéo-chrétienne spécifique qui a fourni le fil conducteur pour construire la pédagogie des sessions psycho-spirituelles : les formations proposées dans les séminaires à Château Saint-Luc en ont été enrichies. Sur le programme de l’année 1999-2000 quinze séminaires de formations étaient proposés.

Là se trouve le fondement de la session Agapè qui « tente de synthétiser le travail et l’expérience de la communauté des Béatitudes dans le domaine de la recherche anthropologique et de l’accompagnement spirituel. » Cette recherche anthropologique a été remise en question en 2008 par le Conseil Pontifical pour les Laïcs et récemment par l’audit du P. Humbrecht.

En 1995, au sein de la Communauté des Béatitudes, une commission communautaire se forme pour élaborer des « exercices spirituels » propres aux Béatitudes. Bernard Dubois est à ce moment-là « le berger de la Communauté des Béatitudes de Château Saint-Luc : il y dispense un enseignement psycho-spirituel au cours de séminaires consacrés à la guérison intérieure. » Daniel Desbois, psychothérapeute, sera aussi pendant plusieurs années enseignant aux séminaires de Château Saint-Luc. Un article sur la guérison intérieure, paru dans la revue Carmel [2] à cette même date, commence ainsi : « La guérison intérieure ne se conçoit que dans le cadre d’un accompagnement psycho-spirituel, prenant en compte la totalité de l’être humain dans ses dimensions somatique, psychologique et spirituelle. » Il est donc clair que pour B. Dubois on ne peut séparer guérison intérieure et psycho-spirituel. Le lien entre les deux a été bien vu et remis en cause par le Conseil Pontifical pour les Laïcs, en 2008. Dans ces conditions, comment B. Dubois a-t-il pu écrire en 2010 que le terme « psychospirituel » a été abandonné en 1992 en raison de son ambiguïté, pour prendre celui de « guérison intérieure » ?

Quoi qu’il en soit, en 1997 une réflexion est entreprise pour la mise en place de la pédagogie de l’Agape.

Comme le montre le programme de 2000- 2001 de Château Saint-Luc, une nouvelle activité y voit le jour. Il y a toujours un accueil thérapeutique, une formation professionnelle à l’accompagnement et les séminaires - le programme des formations est passé à douze et à côté des enseignants qui exerçaient déjà : Bernard Dubois, Pédiatre ; Laurent Peru, professeur au séminaire de Toulon ; Bernard-Marie Dewilde, prêtre ; Daniel Desbois, Psychothérapeute ; Dominique Gagnot, Psychothérapeute ; Louis Masquin, Psychiatre ; Marie-Dominique Fouqueray, Psychiatre ; Francine Fontaine, Praticienne Vittoz ; Sr Mechtilde. Kinésithérapeute, des nouveaux prennent place : Laura Casali, Psychothérapeute ; Eric Marquety, Médecin et directeur d’institut médico-social ; Sœur Claire de l’Eucharistie, enseignante. La nouveauté : l’accueil pour la guérison intérieure se fait maintenant sous deux formes, les sessions Agape et la retraite de guérison intérieure. L’Agape était prête, il ne manquait plus que l’expérience.

La « première pierre a été posée au mois d’août 2000, au cours d’un séminaire à Saint Luc sur la guérison des mémoires. Mais la maison ne pouvant pas ajouter cette activité à son ministère, il a été décidé de séparer l’Agapè de Château Saint Luc. La première session a donc vu le jour à l’Abbaye Saint Martin du Canigou (Communauté des Béatitudes) le 7 octobre 2001. »

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La fondation de l’Agape

Dans le programme 2001-2002 apparaissent les sessions agapèthérapies, en remplacement de l’Agape. Il s’agit d’une relecture systématique de son histoire, de la conception à l’adolescence, visant à soulager et à guérir d’éventuelles souffrances de cette période. Ces sessions n’avaient pas lieu à Saint-Luc. Toutefois le discernement, après l’envoi d’une lettre personnelle, se faisait à Saint-Luc. A cette date, les séminaires de formation sont au nombre de dix, chiffre maintenu encore actuellement au Puy-en-Velay, même si le contenu a légèrement été modifié. Le dépliant de 2002-2003 parle d’Agapèthérapie en précisant que ces sessions se font en dehors de Saint-Luc, mais dans des maisons de la Communauté des Béatitudes : Casteil (66), Sables d’Olonnes (85), Lisieux (14), Nérac (47) et Nouan-le-Fuzelier (41).

La date est précise. Pourtant une déclaration de l’Agapè affirmera de façon surprenante que « l’Agapèthérapie est un terme controversé inventé par un prêtre canadien en 1975, ce terme signifie « guerison par l’amour de Dieu ». Ainsi se sont intitulées des sessions de « guérison spirituelle » organisées d’abord à Cacouna. au Québec, en 1980, puis en France dans les maisons des Béatitudes, du Verbe de Vie ou des Foyers de Charité. Elles proposent de présenter devant Dieu. dans la prière, les blessures psychiques de l’enfance. Ce terme est controversé en France où le mot « thérapie » renvoie au domaine strictement médical. Dans un souci de clarification, depuis octobre 2001, l’association du Puy-en- Velay a renoncé à ce terme. » Double étonnement : l’Association du Puy-en-Velay n’existait pas en 2001 et le terme Agapèthérapie a été utilisé au moins jusqu’en 2003. Même étonnement pour les lieux où les sessions d’Agapèthérapie ont commencé. Sur le nouveau site de l’Agapè on peut lire :

« Bernard Dubois, médecin pédiatre et membre de la Communauté des Béatitudes et Daniel Desbois psychologue-psychothérapeute, sont les initiateurs de l’Agapè. Les retraites Agapè se sont développées, dans un premier temps, accueillies (en France, en Belgique, en Suisse) par diverses communautés qui disposaient de lieux adaptés : les Foyers de Charité par exemple. »

A la désinformation concernant le terme Agapèthérapie, fait suite une désinformation concernant les lieux…

De même d’après B. Dubois, vers 2002 déjà, la décision aurait été prise d’abandonner le terme de « guérison intérieure » pour celui de « libération intérieure ». Or, si l’on se réfère au livret de Cacouna, source de l’Agapèthérapie de Bernard Dubois, son titre nous donne un renseignement précieux : « Agapèthérapie ou libération intérieure ». Il est donc normal qu’ayant introduit l’Agapèthérapie, le terme de libération intérieure soit adopté dans la foulée. Mais guérison intérieure n’est pas renié pour autant, car l’Agapèthérapie était une des formes que prend la guérison intérieure ; d’ailleurs un séminaire donnait une formation à cette discipline. En 2010 encore, on pouvait lire dans un des textes des formations :

« La délivrance n’est jamais un but en soi. Elle n’est qu’une étape dans la guérison intérieure et la vie spirituelle. Elle n’est jamais considérée à part de la guérison intérieure et de l’accompagnement spirituel. »

L’année 2003 est décisive. La DDASS est intervenue au Château Saint-Luc, au centre d’accueil thérapeutique. Conclusion de la visite : « ces activités ne bénéficient d’aucune autorisation. ni agrément ». Concernant le contenu des formations, « elles s’appuient sur (. . .) une vision mystique et des bases thérapeutiques non validées par la science ». Les experts avertissent ainsi les membres engagés dans ces activités sans diplôme de médecine qu’ils se « trouvent en pratique illégale de la médecine ». Quant aux médecins, « ils sont en infraction au code de déontologie ». Compte tenu de ces éléments, la communauté est priée « de supprimer toute allusion à des actions thérapeutiques et de séparer l’exercice médical individuel de la vie communautaire ». Les termes médicaux comme « centre d’accueil thérapeutique » ont alors disparu des brochures d’information . Les Béatitudes décident en effet de changer le vocabulaire.

Quoi qu’il en soit, le ler octobre 2003, Bernard et Florence Dubois, Daniel et Claude Desbois et Elisabeth Couturier, ont fondé l’association ANNE-PEGUY AGAPE. Association loi 1901 qui a pour objet : « accueil de détresses humaines en apportant présence, consolation et soutien personnalisé à celui (ou celle) qui le lui demande. » Le siège de l’association est dans la Haute-Garonne. Toute référence à une quelconque activité médicale a disparu. C’est donc en 2003 et non en octobre 2001, que l’association Anne-Peguy Agape - et non l’association du Puy-en-Velay - a renoncé au terme agapèthérapie.

L’année suivante - août 2004 -, « l’amendement » Accoyer est voté et prévoit la création d’un registre national de la profession. Pour y figurer, les professionnels devraient justifier de leur formation et de leurs diplômes.

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Cinq années fastes au Puy-en-Velay

Le transfert du siège l’association au Puy-en-Velay s’est fait le 24 octobre 2005. Mais dès « le 15 août 2005 en la fête de l’Assomption de Marie, quelques membres de la Communauté des Béatitudes et des accompagnateurs de l’Association Anne-Peggy Agapè se sont installés au Puy-en-Velay afin d’y développer cet apostolat dans le cadre des « Journées de Notre-Dame du Puy », sous la bienveillance de Monseigneur Henri Brincard. » Jusqu’à l’audit du P. Hurnbrecht, la Communauté des Béatitudes était toujours partie prenante de l’Agapè du Puy, car les membres de la Communauté des Béatitudes en activité au sein de l’association « Anne-Peggy-Agapè », avaient besoin de l’accord de leurs supérieurs pour exercer cet apostolat. On comprend que M. Blisko parle de l’Agape des Béatitudes. Si le lien avec les Béatitudes n’avait pas existé, le P. Humbrecht n’aurait pas écrit dans le rapport d’audit :

« Quant au lien de l’Agapè avec les Béatitudes. il me semble que si plusieurs des responsables de l’Association, à commencer par celui qui en a élaboré l’intuition et mis en œuvre la réalisation. Bernard Dubois, n’ont à renier ni leur attachement ni leur rattachement à cette communauté. ils ont maintenant intérêt à développer leur œuvre en toute autonomie d’esprit et de lieu. » En avril 2005, paraissait une note faite par la Commission épiscopale pour la vie consacrée, à l’intention des supérieurs d’Instituts de vie consacrée et des responsables de communautés nouvelles : Des rapports du psychologique et du spirituel dans les communautés : des confusions à éviter. Dès 2005, l’évêque du Puy mit en place un conseil de vigilance [3] pour soutenir l’Association Anne-Peggy Agapè et son Conseil d’administration : « Un conseil élargi (comprenant des médecins, psychologues el psychiatres, philosophes et théologiens) a été mis en place autour de l’évêque du Puy, pour encourager et vérifier la validité et la pérennité de la démarche. »

La doctrine resta pourtant la même qu’au Château Saint-Luc. Les formations qui y étaient données se déplacèrent purement et simplement au Puy, tout particulièrement la Formation à la délivrance. Un ministère pour les laïcs ? qui était une des spécialités des Béatitudes dès le commencement. Un mélange du médical et du spirituel servait à faire des exorcismes sauvages qui perdurent toujours à l’Agapè d’après le programme des formations qui y sont dispensées. Car la libération intérieure qui y est pratiquée, comporte guérison et délivrance. La délivrance du diable fait partie de la libération intérieure.

Le livret utilisé était intitulé : « Les journées de Notre-Dame du Puy. Session Anne-Peggy Agape. L’amour de Dieu qui console el guérit. » Agapèthérapie n’est plus mentionné, mais un synonyme est employé, puisque Agapèthérapie signifie : guérison par l’amour de Dieu. Employer des racines grecques ou leur traduction française ne change rien à la réalité…

En janvier 2010, dans une conférence, B. Dubois aborde la question de l’exorciste et des personnes qui exercent lm ministère en ce domaine. Depuis 1978, comme nous l’avons vu, la délivrance du diable se pratiquait dans la Communauté des Béatitudes, à travers des exorcismes sauvages. Au Puy, Mgr Brincard a reconnu officiellement ce ministère qui ne fait pourtant pas partie du droit de l’Eglise ; ce « ministère d’autorité » est confié à un accompagnateur choisi par le conseil de l’Agape. et le choix est ratifié par l’évêque. En effet, un ministère de délivrance pour les laïcs a été intégré très tôt à l’Agape. Mais en 2010, Mgr Brincard est sur le point de nommer deux exorcistes, qui auront pour rôle de décider de l’exorcisme, le discernement revenant aux laïcs.

Le 20 mai de la même année, le décret d’application de « d’amendement » Accoyer paraît dans le Journal officiel et le 27 mai, est publié le livre des fondateurs de l’Agape : La libération intérieure, qui disparaîtra curieusement de la maison d’Editions l’année suivante, tout en restant la référence de la formation à la délivrance. Ce retrait du livre en 2011, est certainement en lien avec les controverses qui ont entourées l’Agapè.

En janvier 2011, le livret des retraitants est remanié à la suite de la consultation du Conseil de Vigilance, alors qu’un groupe de travail venait d’être mis en place par la C.E.F. sous la responsabilité de Mgr Santier depuis quelques mois.

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L’Agapè controversée

L’anniversaire des dix ans de l’Agape a coïncidé avec le début des mises en question publiques de l’Agapè du Puy-en-Velay. Un article de La Croix du 6 novembre 2011 annonce que Mgr Santier a remis aux évêques un rapport émanant du travail d’un groupe de réflexion sur Spirituel et Psychologie.

« Le Conseil épiscopal pour les nouveaux courants religieux a rendu un texte soulignant les risques de confusion entre les domaines spirituel et psychologique. (…) « Un nombre significatif de participants à ces sessions, après une brève période d’amélioration, vit ensuite une décompensation, qui peut avoir des effets destructeurs, pour eux et leurs familles », observe Mgr Santier, qui refuse cependant de « tout condamner » et n’a pas donné d’exemple précis. On sait néanmoins que des critiques se sont fait jour à propos de certaines sessions « Agape », au Puy-en-Velay, ou des retraites psycho-spirituelles organisées par la communauté des Béatitudes. » [4]

Le rapport était secret, mais l’article révélait qu’il mettait en cause l’Agape. L’affaire s’amplifia quand ce rapport confidentiel a été rendu public sur le site de Golias le 6 janvier 2012.

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Le livret des retraitants

Le livret des retraitants qui avait cours à l’Agape en 2009, est sévèrement analysé dans ce rapport. Le dimanche 8 janvier 2012, Mgr Brincard écrit dans un communiqué : « En octobre dernier : tous les évêques de France ont reçu le rapport de travail du groupe de réflexion « spirituel et psychologie » présidé par Mgr Michel Santier : Le rapport contient des remarques très critiques au sujet d’un livret remis aux retraitants. (…) Une des premières tâches du conseil de Vigilance a consisté à étudier le livret remis aux participants des sessions Agapé. Il en a résulté que de sérieuses modifications ont été apportées au texte de ce livret. A ce propos, il convient de remarquer que la critique du livret dans le document « Spirituel el Psychologie » a été faite à partir d’une première édition qui n’est plus en usage aujourd’hui » [5]

Si nous comprenons bien, le Conseil de Vigilance dès le début, donc dès 2005, a étudié le livret qui était alors remis au retraitant et en a modifié le texte. Ce qui veut dire que le texte qui avait cours en 2009 ne pouvait être une première édition, comme l’affirme Mgr Brincard, mais la deuxième, dûment revue par le Conseil de Vigilance et qui a servi pendant cinq ans [6] . Cela pose la question de la qualité de la vigilance exercée, puisque dans l’audit le P. Humbrecht remarque que « les premières versions du livret (…) devaient insister davantage sur la guérison du psychologique par le spirituel, sons distinctions suffisantes exprimées. » On peut comprendre le bien-fondé de l’analyse du psychiatre. Comment le Conseil de Vigilance n’a-t-il pas su distinguer le mélange psycho-spirituel tant de fois dénoncé par les victimes et leurs familles ?

La question du livret est relancée en 2012, après la parution du Livre noir publié par le CCMM où se faisait entendre le cri des victimes, dont celles de l’Agape. Ainsi dans un article de La Croix du 10 décembre 2012, la critique du livret de l’Agapè contenue dans le Livre noir est au rendez-vous :

« L’Agapè regrette que ce livre méconnaisse « volontairement le travail constant de remise en cause, les évolutions toujours en cours ». L’association a pris en compte les critiques des experts et revu ses enseignements. Ainsi, le livret sur lequel association s’appuie pour ses retraites, dont une nouvelle édition avait été publiée en février 2011, a intégré d’autres corrections en août." Ce que nous faisons depuis 2001 a beaucoup évolué", souligne Philippe Coumau, président de l’association. » Nous apprenons donc qu’une troisième édition a vu le jour en février 2011 [7] et qu’elle a pris en compte « les critiques des experts ». Comment dans ces conditions reprocher au psychiatre expert qui a participé au rapport remis aux évêques, d’ignorer cette version, puisque ce sont ses remarques qui ont conduit à un remaniement du livret ? D’ailleurs, cela suppose que l’Agape ait été avertie du travail du groupe de réflexion dès la fin de 2010 et qu’elle ait eu en main le travail du psychiatre avant que le rapport ait été finalisé. Dans ces conditions, comment reprocher à Golias d’avoir publié un document secret réservé aux évêques alors que tout donne à penser qu’une fuite avait déjà eu lieu dans la commission pour avertir l’Agapè qu’il fallait prendre les devants… Dans ces conditions n’aurait-il pas été plus correct de remettre la nouvelle mouture du livret au psychiatre expert lors de sa parution en janvier 2011, puisque son travail avait servi à améliorer le texte à son insu ?

Mais une autre version des événements a cours à l’Agapè. On lit dans le rapport d’audit :

« Les remarques critiques d’un psychiatre (document distribué aux évêques de France, 2011) ont fait l’objet d’une analyse serrée du P. Hamonic, remise à Mgr Brincard. Le P. Hamonic s’attache à distinguer ce qui doit être retenu des objections et ce qui relève, selon lui, d’interprétations totalisantes ou tendancieuses (parce que relevant du procès d’intention). Certaines remarques légitimes et judicieuses ont concouru à l’amélioration du texte. Je n’ai pas à reprendre ici les quinze pages de son analyse nuancée (qui inclut aussi la considération des remarques critiques d’un théologien (même dossier), mais j’y souscris. »

Si le P. Hamonic a travaillé sur le document distribué aux évêques de France en novembre 2011, comment le livret a-t-il pu être modifié dès février 2011 ? Ces quinze pages ont-elles été communiquées au psychiatre qui avait fait l’analyse ? Comment un théologien peut-il s’arroger le droit d’accuser un psychiatre de procès d’intention ?

« Les moutures récentes témoignent d’une volonté d’équilibrage », écrit le P. Humbrecht. Cela inclut donc l’avant-dernière version de 2011, à laquelle a participé le P. Hamonic puisqu’il collabore depuis 2009 à l’évolution du livret « avec une compétence exceptionnelle ». Mais alors comment une telle compétence a-t-elle approuvé, entre autres, les prières que disent les retraitants ? En voilà quelques petits passages :

« Tu sais que mon père n’a pas su ou n’a pas pu m’accueillir adéquatement du fait des circonstances que je t’ai présentées. Délivre-moi. Père Saint, au nom de ton Fils Jésus. de tontes les conséquences aliénantes que ces blessures ont engendrées dans ma vie et viens pallier ces carences dans mon cœur. Car tu peux combler mes manques affectif ; visiter les souvenirs douloureux qui m’enchaînent à mon père et créer de nouveaux liens d’amour avec lui. »

« Restaure les racines de mon être en y infusant ton Esprit de Vie. Répare en moi ce lien sacré qui m’établit dans une dépendance filiale vis-il-vis de mes aïeux. Merci, Père, de baigner ma lignée familiale de ta tendresse guérissante »

« Tu sais que ma naissance a pu être difficile à cause des circonstances que je t’ai présentées. Libère-moi des conséquences aliénantes que ces blessures ont engendrées dans ma vie. Délivre-moi de toute culpabilité que je pourrais ressentir face aux douleurs vécues par maman. » Et ce ne sont que des exemples…

On comprend le commentaire de Julien Bonnefoy, dans son article du 11 janvier 2012 : « On peut raisonnablement s’interroger dès lors sur la célérité du comité de vigilance dont s’est entouré l’évêque Henri Brincard pour surveiller les sessions psycho-spirituelles organisées par l’association Anne-Peggy-Agapè et Bernard Dubois. » [8] Paradoxalement, ce manque de vigilance a été retourné par l’Agapè contre le psychiatre expert de la commission. En effet, on lui a reproché d’avoir fait son expertise sur un texte ancien qui n’avait plus cours à l’Agapè. Mais comment aurait-il pu travailler sur le texte qui a été remanié en s’appuyant sur son expertise, et cela avant même que son expertise n’ait été rendue publique ? Mais qu’en est-il de cet audit ?

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L’audit

Le 8 janvier 2012, dans un communiqué, Mgr Brincard annonce un audit des sessions Agapè du Puy-en-Velay à sa demande [9]. Le rapport donné aux évêques venait d’être mis en ligne sur le site de Golias. Trois jours après, l’Eveil de Haute-Loire précisait « Ces audit. d’après les services diocésains, devrait être confié à un double regard d ’experts, celui d’un théologien et celui d’un médecin : « Plusieurs pistes sont envisagées mais le choix des personnes n’a pas encore été arrêté » . » En fait l’audit n’a été fait que par un théologien dominicain, le P. Humbrecht, en août 2012, qui donne le feu vert. On connaît pourtant le dicton : Testis unus, testis nullus… Julien Bonnefoy commente dans l’Eveil de la Haute-Loire : « Il conclut que rien ne s’oppose à l’organisation de ces stages pourtant controversés par une partie du clergé français et la mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes, lire notre numéro du 28 décembre 2011). »

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La reconnaissance de l’Agapè

Le 11 décembre 2013, l’évêque du Puy-en-Velay annonçait : « Le 8 décembre, j’ai signé un décret reconnaissant l’association « Anne-Peggy Agapè » comme « association privée de fidèles », appellation prévue par le code de droit canonique. » Le même jour La Croix annonçait : « Mgr Brincard a présenté à l’Assemblée plénière des évêques en novembre à Lourdes les résultats de l’audit. « Aucune objection » n’a été soulevée. »

Le CCMM, quant à lui, envoyait un communiqué à l’AFP resté sans réponse à ce jour : « Le Centre Contre les Manipulations Mentales (CCMM- Centre Roger IKOR) témoin des ravages causés par l’exercice de l’agapé au Puy en Velay s’attendait à ce que l’Eglise se prononce contre avec détermination. Grande aujourd’hui est sa déception voire sa colère, si le soutien des autorités ecclésiales, concernant les récentes positions de Mgr BRINCARD sur les sessions de « guérison spirituelle » s ’avérait exact. En effet, le journal « La Crois.com » du 10 décembre 2012 annonce la reconnaissance de l’Agapè par l’évêque de Puy. Les retraites Agapè du Puy-en-Velay seraient officiellement reconnues par la Conférence des Evêques de France et l’association Anne-Peggy Agapè, aurait été reconnue samedi comme « association privée de fidèles ». Le CCMM et son collectif des victimes du psycho-spirituel attendent que Mgr. André Vingt-Trois, président de la Conférence des évêques de France, précise sa position et celle des évêques de France en cette affaire. »

Que conclure ? la confrontation de toutes les informations émanant de l’Agapè ne peuvent manquer de surprendre. Le nombre des contradictions est impressionnant. Et il ressort que le but est de constamment éviter d’avoir il répondre aux mises en question venant de l’extérieur. La question qui vient à l’esprit n’est pas celle qui conclut l’audit, mais bien plus simplement : l’Agapè est-elle crédible ? Au lecteur d’en tirer les conséquences.

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Source : Golias Magazine N°149/150 - Mai 2013

Dossier réalisé en partenariat avec le Centre Contre les Manipulations Mentales.

« Agapè : les thérapies chrétiennes en question » Enquête.

[1Ce texte s’inspire d’un article paru sur le site du CCMM : « Dévoilement de l’origine de l’Agapè, du Puy-en-Velay » http://www.ccmm.asso.fr/spip.php?article3758

[2B. Dubois, « La guérison intérieure et son accompagnement spirituel », Revue Carmel, n° 75, 1995/1.

[3La Croix, 1er janvier 2012

[6« Précisions que ce livret de retraite qui a soulevé les critiques d’un psychiatre-psychanalyste mandaté par l’épiscopat a tout de même été utilisé pendant cinq ans. jusqu’en janvier 2011, lorsque le nouveau livret est entré en fonction, d’après les services du diocèse du Puy qui nous l’ont précisé ce dimanche » (L’Eveil de la Haute-Loire, 11 janvier 2012).

[7L’article de zoomdici du 12 janvier 2012 parle de janvier 2011, comme la note précédente. C’est bien « la troisième édition Imprimerie Jeanne d’Arc, 43000 Le Puy-en-Velay, N° d’ordre : 102158, 1er trimestre 2011 », selon les indications qui sont sur le livret.

[8L’Eveil de la Hante-Loire, 11 janvier 2012.

Vos réactions

  • Emmanuel 5 octobre 2015 17:06

    Bonjour,

    Je ne suis pas une grande personne. J’ai seulement 24 ans et je suis en Master 2.

    L’article ci-dessus est très détaillé. Je n’ai pas la force de comprendre chacun des mots mais j’en ai saisi le sens général : L’association aujourd’hui appelé « Anne-Peguy Agapé » est fortement remise en question depuis sa création, elle sucite interrogation par son aspect psychologique, voir mystique. Il semblerait en effet que plusieurs pleintes ai été apporté auprès de la CCMM. La peur qui reigne dans les cœurs sur les effets des sessions vécus là-bas semble faire son effet. Les incohérences apparentes semble interroger un certain nombre de personnes. Je pense que les craintes sont fondées et de nombreuses erreurs ont été commises dans la création de ces sessions de guerisons de l’âme, du cœur et parfois du corps.

    Nous avons donc en résumé ceci :

    • Des informations tirés de plusieurs sources, présentant des similtudes et des contradictions, sur une associations dont au final, nous avons des rapports écrit par des personnes que nous ne connaissons pas.
    • Et beaucoup d’encres (ou de pages internet) qui coulent…

    Quel est le résultat ?

    • Une Eglise qui se divise
    • Qui se contre-dit
    • Et qui ne donne surtout pas envie d’y rentrer
    • Et perd son temps au lieu s’occuper à faire la chose la plus importante : * Aimer son Dieu de tout cœur, de toute son âme, de tout son corps et aimer son prochain comme soi-même car il semblerait tout de même que les démarches critiques ne soient pas toutes faites dans l’amour du prochain et dans un objectif d’edification.

    Pour le dernier point, l’homme ne s’aime tellement plus lui-même que le reste de la phrase devient donc cohérent.

    Qu’est-ce que propose l’association « Anne-Peguy Agapè » ? Apprendre à s’aimer soi-même, à s’accepter tel que l’on est pour pouvoir aimer Dieu et son prochain comme soi-même…

    J’y suis personnellement allé. Le résultat est le suivant : En seulement quelques mois, j’ai gagné en confiance en moi, donc en l’autre, donc en Dieu. Aujourd’hui, je suis dans un groupe de prière et je remercie Dieu de m’avoir conduit jusque là. J’essaye d’edifier les autres autour de moi. J’ai aussi appris qu’une blessure ne peut pas disparaitre mais en faisant passer le Seigneur à travers, il est possible de sublimer cette blessure et qu’elle apporte beaucoup, comme une certaine Thérèse de l’Enfant Jésus… Beaucoup de personnes autour de moi sont toujours certains que cette fameuse session au Puy-en-Velay m’a fait énormément de bien, à commencer par un prêtre qui m’a suivi avec ma fiancée pour une préparation au mariage. Ce prêtre, qui a aujourd’hui plus de 10 ans de préparation au mariage, 200 couples accompagnés et des dizaines de retraites fiançailles à son actif, approuve les sessions au Puy-en-Velay d’après les retours de plusieurs couples. De mon côté, toutes les personnes que j’ai pu rencontrées qui ont effectué ces cessions sont unanimes : Dieu est présent là-bas.

    « Texte de l’Évangile (Lc 4,24-30) : Puis il ajouta : « Amen, je vous le dis : aucun prophète n’est bien accueilli dans son pays. En toute vérité, je vous le déclare : Au temps du prophète Élie, lorsque la sécheresse et la famine ont sévi pendant trois ans et demi, il y avait beaucoup de veuves en Israël ; pourtant Élie n’a été envoyé vers aucune d’entre elles, mais bien à une veuve étrangère, de la ville de Sarepta, dans le pays de Sidon. Au temps du prophète Élisée, il y avait beaucoup de lépreux en Israël ; pourtant aucun d’eux n’a été purifié, mais bien Naaman, un Syrien ».

    A ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux. Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où la ville est construite, pour le précipiter en bas. Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin. »

    Certains seront persécutés par leur frère, comme le fut Saint François d’Assise et pourtant… quel grand saint. Je vous invite à dépasser les frontières et à aimer celui qui vous veut du mal. Que Dieu vous bénisse.

    • L’Agapé défait les noeuds, fait tomber les murs, enlève les chaînes. Les seules qu’elle nous laisse ou nous propose de remettre, si on a eu le malheur de les enlever, sont celles qui relient notre cœur au Cœur de Dieu et de la Très Sainte Vierge Marie. Tout se passe dans le respect, la Vérité et la Charité. Les fruits sont véritables, visibles, forts et durables.