Jeudi 27 novembre 2014

Béthléem : témoignage sur « l’importation » de jeunes filles burkinabées

Je m’appelle Flavienne et suis originaire du Burkina.

Il y a moins de 5 ans, pendant l’été, je me trouvais avec deux jeunes amies de ma famille et une sœur de ma Communauté, à Ouagadougou.

Arrivées dans une rue, j’entendais des commerçants dirent en langue : « des religieuses, nous en connaissons. Mais des religieuses comme celles-là, nous n’en avons jamais vues. »

Comme nous étions deux consacrées, ces mots ont aussitôt attiré notre attention. Je me suis approchée pour les voir de près. Et personnellement, j’étais un peu étonnée de voir leur habit hors du commun, sans doute jamais vu au Burkina : Elles étaient habillées tout en blanc, mais compte tenu de la poussière rouge du Burkina, il avait viré à une couleur étrange.

Elles étaient 4 sœurs accompagnant trois jeunes filles qui, bien que burkinabées, semblaient un peu perdues car n’ayant probablement jamais mis les pieds à Ouagadougou.

Une des religieuses, en guimpe, nous accosta comme si nous nous connaissions depuis longtemps. Et je remarquais qu’immédiatement, elle s’intéressait déjà à l’âge et à l’identité d’une des jeunes avec qui j’étais.

Moi-même je voulais en savoir un peu sur cette nouvelle communauté, sur son lieu d’implantation, etc. A ma grande surprise, la religieuse me dit qu’elles ne vivaient pas au Burkina, qu’elles étaient venues pour un temps de retraite et d’évangélisation à Ouahigouya.

Elle semblait bien enthousiaste. Nous, nous étions plutôt sceptiques. Personnellement, je me méfie de ces congrégations qui viennent en Afrique faire des recrues, arrachant ainsi les jeunes de leur terroir sans préparation, et sans connaître non plus la culture africaine et notamment burkinabée. Sans s’y être jamais inculturée.

Après quelques minutes de discussion, nous avons pris congés des sœurs. Elles nous ont dit qu’elles étaient des moniales de Bethléem. J’ai bien retenu ce nom. Toute la journée trottait dans ma tête cette rencontre…

Quelques 15 jours plus tard, je me trouvais en fin de séjour au Burkina et le soir même, je devais prendre l’avion pour Paris. Là, quelle ne fut pas ma surprise !!! Dans la salle d’embarquement, je retrouvais les mêmes sœurs avec les 3 jeunes filles. La sœur avec laquelle j’avais échangé les semaines précédentes, s’approcha de moi. Mais je n’avais pas envie de lui parler : la facilité avec laquelle elle entrait en relation avec tout le monde et son aisance me gênaient énormément. Je suis d’ordinaire bien curieuse et j’aime beaucoup discuter, mais là, je ne me sentais pas du tout à l’aise avec sa manière de faire.

Une seconde surprise m’attendait : deux sœurs ont embarqué dans Bruxelles Airlines, et les deux autres sœurs, escortant les 3 jeunes burkinabées, ont embarqué avec Air France.

J’ai trouvé cela bien étrange.

Mais le pire était à venir : la sœur qui était en guimpe, celle donc qui parlait le plus, a embarqué en Business Class avec les trois jeunes burkinabées. Seule, l’autre religieuse, la plus jeune et qui n’avait qu’un foulard, a embarqué en classe économique.

Pour ma part, mon vol initial avait été supprimé et je me suis retrouvée moi aussi en Business Class, sans trop aimer y être. C’est alors que j’allais être témoin de scènes qui m’écœurent encore aujourd’hui : je me trouvais dans le même alignement que la sœur, avec ces 3 jeunes filles. Et les pauvres semblaient déboussolées : la sœur passait la majeur partie de son temps à les caresser, à les embrasser… choses qui ne se font absolument pas dans notre culture. J’étais profondément en colère : elle avait des comportements infantilisants et cela me choquait.

Quand nous avons débarqué à Paris CDG, j’ai attendu les trois jeunes filles et j’ai parlé avec elles en langue. Je voulais savoir dans quelles villes elles allaient, au moins pour prendre de temps à autres de leurs nouvelles. Elles m’ont répondu qu’elles n’en avaient aucune idée.

Quoi ?!?! Elles ne savaient même pas où elles allaient atterrir ? C’était un comble. J’étais terriblement en colère. Alors, j’ai essayé de leur prodiguer quelques conseils, du genre : « soyez fortes, montrez-vous matures et ne vous laissez pas traiter comme des enfants. Soutenez-vous mutuellement. »

J’étais triste pour elles et cela me peinait de ne pas savoir où elles allaient.

Une fois rentrée chez moi, en Communauté, j’ai raconté à mes sœurs cette histoire. J’ai fouillé sur internet pour repérer tous les monastères de Bethléem afin de rechercher mes petites sœurs du Pays. Une chose me manquait : je n’avais pas eu la présence d’esprit de leur demander leur prénom. Et je m’en veux pour cela.

Aujourd’hui encore, je pense fortement à elles. Dès que j’entends parler de cette Communauté des Moniales de Bethléem, je pense à ces trois jeunes. Je me suis renseignée et j’ai appris que depuis 2009, il y a déjà plus de 3 burkinabées dans les différents monastères, qui y sont rentrées. Je prie le Seigneur de veiller sur elles.

Cet été, j’étais de nouveau en congés dans mon pays, au Burkina. J’ai donc ainsi appris que les Moniales viennent chaque année dans mon pays pour un temps de retraite et d’évangélisation, suivi de recrutement. Je cherchais une action à mener pour suivre de près cette pratique. La Providence faisant bien les choses, j’ai rencontré une ancienne moniale qui m’a donc appris qu’elle avait été dans cette Communauté.

Naturellement, ma première préoccupation fut de demander des nouvelles de mes compatriotes. Quelle ne fut pas ma peine de l’entendre me dire ce qu’elle avait vécu dans cet ordre. Et ses dires, étonnamment, confirmaient mes craintes.

L’Appel du Christ est un Chemin de Vie et de bonheur, une histoire d’Amour et d’Alliance personnelles avec Lui et non un lieu d’esclavage et de blessures.

Je crois en la vie consacrée, je crois que l’évangile nous invite à tout quitter, à quitter même notre terre, mais l’Evangile nous invite à un oui libre et responsable. Ce oui ne peut être authentique que dans la mesure où on le pose en toute connaissance de cause et en toute liberté.

Que le Seigneur nous éclaire et nous engage à rechercher en toute chose ce qui humanise celui ou celle qui se met à sa suite.

Vos réactions

  • detresse d’un peuple 3 décembre 2014 07:54

    Slt à ts, Je suis d’accord avec ceux qui pensent que ce témoignage est trop simple et pas suffisant pour en faire un article de presse selon la logique du journalisme. Mais la simplicité des récits, très naïf, montre aussi la simplicité de l’esprit de ces jeunes filles Burkinabé dont des gourous ont si bien su en profiter (un grand nombre de communautés nouvelles ou nouveaux mouvements religieux se font du chiffre dans ce pays. Expl : la Famille Missionnaire Donum Dei, la plupart de ses membres actifs dans les eaux vives sont des jeunes filles Burkinabés, pour preuve taper travailleuses Missionnaires sur Google et voyez les photos(quelques soit le continent) et là vous comprendrez).

    Je veux bien me faire à l’idée que : c’est avec l’accord de l’Évêque locale et dans le but de revenir plutard créer un monastère etc. etc. Trop beau, pour détourner notre attention !

    D’où, je suis d’accord avec ceux et celles qui sont stupéfait lorsqu’on imagine ce qui peut se cache derrière de tels recrutements hyper rapides et trop séduisants. De belles vitrines cachent malheureusement des horreurs.

    En effet, trop de scandales sont dévoilés dans ces nouvelles communautés. L’Église est surprise par leur foisonnements et par leurs comportements : d’une part ces communautés ont été légalisées et reconnues par l’Église et d’autres part elles commettent des dérives inhabituelles.

    Malheureusement, l’Église s’est montrée beaucoup trop laxiste face aux souffrance des victimes. Quelques fois, il a fallu que la justice s’en mêle pour obliger l’Église à réagir. Elle est désemparée et ne sait quoi faire. Entre les connerie des travailleuses Missionnaires, du chemin Neuf, de St Jean, Des Béatitude, de Bethléem et de je ne sais quoi encore, la pauvre Église affiche une attitude trop réservée, pas à la hauteur des scandales, et surtout incompréhensible et très déconcertante.

    Notre Église nous inquiète !

    Nous croyons à la force de l’Esprit Saint, Nous croyons à la grâce Divine, Nous croyons que Jésus Christ constitue la tête de cette Église et nous le corps si fragile. Mais il faut qu’elle se réveille et prenne des initiatives plus fortes et des décisions plus fermes.

    Face aux dérives sectaires et aux dossiers envoyés aux Évêques de France lors de la dernière conférence de Novembre 2014, les évêques auraient consacrés très peu de temps sur ces dossiers et aucune décision prise : signe que cela ne les intéressent pas !

    Problème similaire, je vous invite à lire : Complément au dossierTM Livre noir des travailleuses missionnaires

  • Madeleine 30 novembre 2014 08:09

    Il ne faudrait pas risquer de se méprendre. J’ai vécu en tant que moniale de Bethléem. Les faits extérieurs peuvent-être trompeurs. La première classe dans l’avion était peut-être accordée simplement pour la même raison qu’un avion manquait et les places restantes ont été offertes. Les jeunes filles ont peut-être elles-mêmes fait la demande à l’évêque pour la vie contemplative et celui-ci les a préparées jusqu’à la venue des soeurs. L’évêque a peut-être fait la demande pour avoir un monastère chez lui, mais la culture étant si différente, les soeurs ont pu préférer prendre le temps de la connaître et de former des soeurs qui iront peut-être un jour fonder. J’étais à Bethléem en 2009, j’étais en France. Cette relecture ne ressemble pas à Bethléem. Là, il manque les faits. On ne peut pas se permettre de laisser planer des fausses accusations.

  • jean peplus 28 novembre 2014 18:02

    Ca ne ressemble pas au mode opératoire habituel de Béthleem. Envoi d’un petit contingent de soeurs avec fondation sur place. Ici on est dans un mode opératoire d’importation de filles. On va les chercher pour les ramener en France. Ca ne ressemble pas à ce qui se faisait avant.

  • Anne 27 novembre 2014 12:39

    Merci pour ce récit très éclairant, moi non plus je n’ai aucun doute sur la véracité de ce témoignage. Hélas ! Ce n’est pas parce que la communauté de Bethléem est officiellement reconnue par l’église qu’elle peut échapper à un fonctionnement de type sectaire, d’autres communautés catholiques ont illustré ce malheureux travers … J’invite les esprits septiques à se montrer plus réservés car l’avenir pourrait leur infliger un cruel démenti !

  • Janine 27 novembre 2014 11:57

    Je n’ai aucun doute sur la véracité de ce témoignage. D’ailleurs, si c’était faux, ce serait facile à démentir.

    J’ai bien vu comment fonctionnait le « recrutement vocationnel » dans la plupart des communautés nouvelles : l’obsession de faire du chiffre brûle le cerveau des dirigeants, et conduit à ce genre d’aberrations. Sans compter que certaines communautés peu scrupuleuses cherchent juste « à avoir leur quota de noirs ».

    Tout cela est répugnant. Mon Dieu, l’Eglise est tombée bien bas…

  • Jérôme G. 27 novembre 2014 10:16

    Ainsi les soeurs de Bethléem utilisraient les mêmes méthodes de recrutement que les Travailleuses Missionnaires… Mon Dieu !! Quelle horreur !

    En même temps, je dois avouer que je ne suis pas plus étonné que ça… Disons que c’est assez cohérent avec leurs manières de faire.

    Hibernata, est-ce que vous pourriez nous en dire un peu plus sur la source de témoignage ? Qui est cette religieuse qui écrit ? La connaissez vous ? Pouvez-vous nous donner quelques détails sur les raisons qui l’ont amené à vous donner un tel témoignage ? Merci !

  • Maurizio 27 novembre 2014 09:43

    Alors là, messieurs du Collectif, je serais à votre place je passerais un savon à Hibernatus pour cette contribution qui confirme en fait ce que Michel Audiard a écrit :

    « Les cons ça osent tout, c’est même à cela qu’on les reconnait »

    C’est du niveau Issy Paris ou France Dimanche : Un titre choc et racoleur, et proprement scandaleux (« importation de burkinabés », mais c’est dégueulasse) et un article on ne peut plus vide, sans intérêt, débile.

    Je le résume : « j’ai vu des sœurs, très belles, très avenantes, avec 3 des mes compatriotes un peu timides. Elles ont pris l’avion pour quitter le pays. Deux ont pris un avion belge, les autres celui d’AirFrance. 2 sœurs et les 3 burkinabé voyagaient en classe business. Une des sœurs semblait très affectueuse et douce. Je n’ai pas pensé à demander leur prénom. Je ne sais pas dans quel monastère elles sont aujourd’hui. »

    Ca c’est de l’info comme dirait l’autre ! Un vrai scoop sacrebleu !!!

    Pitoyable en fait, scandaleux, diffamant.

    Ce site me dégoute.

    Autre citation (de moi) : Le problème avec la web-presse à scandale d’aujourd’hui, et votre site en particulier, c’est qu’on ne peut plus se torcher le cul avec !

    Maurizio

    • Là je pense que vous devenez dingues « l envers du décor » !!! Point trop n en faut …. Tous ces témoignages sur une même communauté, qui je crois est reconnue et acceptée par l Église, c est un peu beaucoup tout de même … Consacrer plutôt votre temps à mener de vrais combats contre les vraies dérives sectaires, j ai comme l impression que vous avez à travers tous ces témoignages une véritable volonté de nuire , mais ce n est que mon opinion !! Un peu léger tout de même et pas très sérieux tout ça !! Beurk !!

      • Bon, ne commençons pas à nous invectiver : cela ne sert absolument à rien…

        Silouane, vous qui lisez ce blog (je suppose que les autres moines et moniales n’y ont pas accés… étant « en solitude avec »radio paradis pour seule distraction.et source d’infos….)

        Pouvez-vous, s’il vous plait, nous dire combien de très jeunes personnes du Burkina sont actuellement en clôture à Bethléem, ayant décidées si jeunes de se vouer à la solitude radicale dans un pays qu’elles ne connaissent pas du tout…

        Pouvez-vous expliquer si oui ou non les sœurs vont en Afrique pour « évangéliser » (je croyais que la vocation de Bethléem était la solitude cartusienne de st Bruno… ?.) et si elles reviennent avec des jeunes filles de là bas ?

        Il faut simplement vérifier ce témoignage et la communauté de Bethléem ne manquera pas, je l’espère , de nous dire ce qu’il en est

        S’ il est vrai (comme je le crains) cela est terrible…. et vraiment effrayant, sinon il faut évidemment des preuves que cette religieuse a menti (je vois pas bien son intérêt à le faire à par s’attirer des ennuis… )

        Merci par avance, Silouane, c’est extrêmement important et vous le comprenez bien j’espère…

        • Je suis passée au Thoronet, en octobre 2014,c’est un monastère de Bethléem dans le Var, et j’ai vu une sœur du Burkina, et une école de vie aussi. Après la messe une sœur a répondu à nos questions : Le mois évangélique a lieu au Burkina Faso, parfois cela dure une semaine, parfois plus, et ensuite il y a des filles qui arrivent en France pour commencer leur vie monastique au Thoronet. Cela est en accord avec un évêque Burkinabais, qui fait de la pub pour Bethléem sur place et rassemble les jeunes filles qui semblent être intéressées par la vie monastique contemplative. C’est vrai que ce serait plus normal de fonder un monastère là-bas en Afrique plutôt que de ramener les filles et de les déraciner. Elles sont très pauvres, et le choc de la différence des cultures, l’éloignement de leur famille et de leurs, amis, , l’absence aussi de silence et de solitude dans la culture africaine, risque de mettre en échec leur « vocation ». Encore une fois, sur 10 qui rentrent, il y en aura peut-être une qui restera, et sera heureuse, certaines repartiront blessées, d’autres auront perdu la foi ou la confiance en l’Eglise, et d’autres encore resteront au monastère même si elles sont malheureuses pour éviter de repartir à zéro dans leur pays pauvre. Le problème majeur à Bethléem, c’est le non- discernement des vocations. C’est même écrit noir sur blanc dans la catéchèse monastique que l’évêque lit le jour des vœux : « C’est à cette vie contemplative que nous sommes tous appelés, tous, ici et par le monde, sans le savoir ou en le sachant. » Personnellement je pense qu’il y a très peu de personnes appelées à une vie contemplative de silence et de solitude, et que c’est grave de faire croire à tout le monde, spécialement à des africaines qui viennent du pays le plus pauvre de la planète, , qu’elles ont la vocation alors que rien ne les prédispose à vivre cette vie si spéciale. Et si parmi elles certaines rentraient au monastère juste pour avoir la possibilité de changer de continent, de niveau de vie… ?! sans discernement, ramener des africaines est une catastrophe de plus . Aline : SOS lancé à l’Eglise, limitez les dégâts de la famille monastique de Bethléem

          • Ce serait intéressant d’avoir le point de vue de l’évêque burkinabé : Peut-être envisage-t-on une fondation prochainement au Burkina ?

            Et, c’est sûr, la manière de faire paraît hasardeuse : D’habitude, les monastères sont fondés par des moines envoyés d’Europe et, si tout va bien, le monastère change petit à petit de couleur.

            Il est vrai que dans la plupart des congrégations vénérables, chaque monastère est autonome (et cela ne rompt pas l’unité qui est garantie par les constitutions). Je peux me tromper mais, à ma connaissance, il n’y a pas d’organisations monastiques gigantesques (à l’échelle du globe), dépendant d’une seule personne …

      • Si c’était vos filles, françaises, qui étaient déracinées ainsi si jeunes et emmenées dans un autre pays sans que vous ayez la moindre idée de ce qu’elles deviennent (elles ne le savent pas elles-mêmes) : vous trouveriez cela super ? vous applaudiriez ? ou bien vous diriez : c’est scandaleux, on nous enlève nos filles ?

        Pouvez-vous vous mettre un instant à la place des familles de ces jeunes filles ?