Lundi 8 décembre 2014

La Cour Suprême de Rhode Island traite un dossier impliquant une congrégation catholique accusée d’avoir obtenu un legs de 60 millions de dollars de façon douteuse.

La nièce d’une femme qui a donné plus de 60 millions de dollars à la Légion du Christ, une congrégation catholique aujourd’hui tombée en disgrâce, demande à la Cour suprême de Rhode Island l’autorisation d’attaquer la congrégation religieuse afin que cette dernière restitue l’héritage et le transmette à une œuvre plus méritante.

Mardi prochain, le tribunal va écouter les arguments des uns des autres au sujet de la plainte déposée par Mary Lou Dauray contre la Légion du Christ, dont le fondateur a abusé de jeunes séminaristes et a eu trois enfants avec plusieurs femmes. La tante de Dauray, Gabrielle Mee, est morte en 2008 en léguant toute sa fortune personnelle à la Légion.

En 2012, un juge avait statué que Dauray n’avait pas qualité pour agir et avait rejeté sa plainte contre la Légion du Christ et contre la Bank of America, que Dauray accusait également d’avoir manqué à ses obligations fiduciaires en tant que curatrice de la succession de Mrs Mee.

Lorsque le juge Michael Silverstein a publié cette décision, cependant, il a ajouté qu’il y avait des preuves que la Légion avait exercé une influence indue sur la veuve.

La Légion du Christ a été fondée en 1941 par le père Marcial Maciel. Des documents prouvent que les autorités du Vatican étaient au courant de ses abus depuis des décennies, mais préféraient fermer les yeux car cet ordre religieux conservateur apportait de l’argent et des vocations à l’Eglise. Le Vatican a pris le contrôle de la congrégation en 2010 et a lancé un processus de réforme qui s’est achevé cette année avec l’élection d’un nouveau gouvernement et l’approbation de ses Constitutions.

Mais des prêtres et des membres continuent de quitter le mouvement, les uns après les autres. La Légion a annoncé en octobre que l’école qu’elle possédait à Smithfield, où Mrs Mee avait vécu autrefois comme membre consacrée de son mouvement laïc, allait fermer ses portes l’année prochaine.

Dauray prétend que sa tante – une catholique fervente et sans enfant – n’aurait jamais voulu léguer sa fortune à la Légion du Christ si elle avait eu connaissance de son histoire. Elle affirme également ne pas vouloir récupérer cet argent, mais vouloir le donner à une autre œuvre de charité.

« Elle ne se bat pas pour une question d’intérêt personnel », explique son avocat, Maître Bernard Jackvony.

La Légion du Christ et la banque se défendent de leurs côtés en disant que Dauray n’est pas une bénéficiaire légale, et que même si elle l’était, Mrs Mee voulait que sa fortune soit donnée à des œuvres de charité, et non à une succession ou à des héritiers.

« Ce point est incontestable. Le dossier ne contient aucune preuve du contraire, » écrivent les avocats de la Légion.

La banque fait également valoir que Dauray ne peut pas prouver qu’elle a manqué à ses obligations fiduciaires, et qu’elle ne peut nullement prouver que Mrs Mee n’aurait pas voulu transmettre sa fortune à la Légion du Christ.

« Maciel n’était ni la Légion du Christ, ni la personnification de la Légion du Christ, » écrit Maître Steven Neige, l’avocat de la banque. « Le Saint-Siège n’a pas imputé les défaillances du fondateur à l’ensemble de l’organisation. »

Un autre cas contre la Légion du Christ - qui soulève aussi des questions sur les dons que la congrégation reçoit de la part de personnes âgées - est sur le point d’être traité par le tribunal fédéral de Rhode Island. Dans cette autre affaire, le fils d’un ancien professeur de l’Université Yale qui avait offert un legs d’un million de dollars à la Légion avant de mourir, a porté plainte contre la congrégation. La Légion a répondu en affirmant que tout avait été fait dans les règles et a rejeté les accusations.

MICHELLE R. SMITH pour Associated Press

Voir en ligne : http://news.yahoo.com/ri-court-hear…