Jeudi 16 avril 2015

La Légion du Christ ou l’option préférentielle pour les riches et les puissants

Au Mexique, la plus grande partie des richesses du pays appartient à une minorité de la population. Une injustice sociale cautionnée depuis des années par la Légion du Christ. Un groupe d’élèves de l’institut Cumbres (école destinée aux enfants des élites de la nation) a produit récemment une vidéo bling bling et machiste pour promouvoir leur bal de fin d’année… Consternant.

Les étudiants du Cumbres et David Korenfeld… ou l’éthique de l’ostentation

Carlos Martínez García

Ils sont unis par le scandale et ont en commun d’être sortis des institutions éducatives des légionnaires du Christ. Cet ordre religieux, fondé par le pédophile Marcial Maciel Degollado, a eu dès ses origines l’objectif de former les élites politiques et économiques du pays. Ce qui a conduit les légionnaires dans une telle quête, c’est ce qu’on pourrait appeler « l’option préférentielle pour les riches et les puissants ».

Un groupe d’étudiants de l’Institut Cumbres a produit une vidéo promotionnelle pour son bal de fin d’année. Cette vidéo a commencé à circuler sur différents sites Internet et a très rapidement soulevé d’énormes critiques à cause de la façon avec laquelle les étudiants jouaient à étaler leurs richesses et, surtout, manifestaient leur vision dégradante des femmes, réduisant ces dernières à l’état d’objets.

Dans la vidéo, on voit très bien que les anciens élèves du Cumbres ont parfaitement intégré l’éthique de l’ostentation, autrement dit : « l’action et l’effet de manifester vantardise et gloriole, éclat et splendeur », tel que définie dans le Dictionnaire de l’Académie Royale de la Langue Espagnole. Dans toute sa splendeur, les élèves en fin de cursus au Cumbres ont ainsi montré comment ils concevaient les autres personnes : à savoir comme des choses chargées d’assouvir leurs caprices, comme des objets de divertissement et/ou de plaisir. La logique qui prévaut, chez ces enfants de grands entrepreneurs mexicains, est la suivante : si le pouvoir, en l’occurence économique, ne sert pas à en mettre plein la vue de tout le monde, alors à quoi sert-il ?

La direction de l’Institut Cumbres a publié une déclaration dans laquelle elle affirme que la vidéo « ne représente en rien les valeurs et les principes de l’établissement, des élèves, de leurs familles et des anciens élèves ». Le clip audiovisuel est en soi la négation absolue de toutes les valeurs que prétend transmettre l’école.

David Korenfeld, le directeur de la Commission Nationale de l’Eau (Conagua), qui a démissionné après qu’on ait découvert qu’il utilisait un hélicoptère de son agence pour un usage privé, possède trois titres de l’Université Anahuac, l’institution phare du système éducatif des légionnaires du Christ. Dans cette université, Korenfeld a obtenu une licence de droit, un Master et un Doctorat en administration publique. Le journaliste Iván Restrepo a écrit un article édifiant sur Korenfeld Federman et l’affaire de l’hélicoptère. L’ancien chef de la Conagua a passé de nombreuses années avec les légionnaires et, à en juger par ses actes, il a très bien appris à utiliser les biens publiques à des fins personnelles et familiales.

Lors de la présentation publique de sa démission, le 9 avril dernier - soit 10 jours après avoir été pris en flagrant délit - David Korefeld a affirmé : « j’ai toujours été attaché aux valeurs de vérité, d’honnêteté et de transparence. J’ai donc exprimé mes excuses sincères et je les répète ici devant toute la société ». La vérité, c’est que quand les réseaux sociaux se sont emparés de l’affaire de l’hélicoptère, Korenfeld n’a pas du tout été attaché à la vérité, ni à l’honnêteté et encore moins à la transparence. Il a fait tout ce qu’il a pu pour étouffer l’affaire, allant jusqu’à prétendre qu’il s’agissait d’un transport aérien pour une consultation médicale.

Des enquêtes journalistiques ont montré que Korenfeld et sa famille utilisaient en fait l’hélicoptère pour se rendre à l’aéroport de Mexico, et de là prendre un avion à destination de Vail, dans le Colorado, où ils se rendaient en vacances. Dans une interview à la radio, il a affirmé à plusieurs reprises n’avoir utilisé l’hélicoptère pas plus de huit minutes. Derrière son argumentation il y avait une question sous-entendue : « Mais pourquoi un tel scandale pour si peu de choses ? »

L’histoire de Korenfeld manifeste, une fois de plus, que la culture patrimoniale, avec son éthique agressive de l’ostentation, continue de jouir d’une bonne santé parmi les politiciens du gouvernement. Une telle culture est pratiquée joyeusement par beaucoup parmi les élites du gouvernement, et des différents mouvements politiques, toutes couleurs confondues. Dans les basses querelles qui les opposent, les membres du PRI, du PAN, du PRD, du PVEM (NDT : partis politiques mexicains) et d’autres partis ont de la matière en abondance pour s’attaquer.

Il y a une certaine ironie dans le fait que Korenfeld avait gagné une réputation de fonctionnaire efficace pour avoir régler l’affaire du barrage construit illégalement par Guillermo Padrés, le gouverneur de Sonora. Ce dernier, grâce à un barrage construit sur un ranch lui appartenant, s’était approprié un bien public d’importance vitale dans la région : l’eau. Padrés s’était offert un accès à l’eau pour ses propres cultures, et avait simultanément porté préjudice aux petits agriculteurs et paysans de la région. Finalement, à cause de de la grogne croissante des citoyens indignés, la Conagua (qui était alors dirigée par Korenfeld) avait donné l’ordre de démolir le barrage d Padrés. Pourquoi l’élite du PAN a vu immédiatement la paille (l’hélicoptère) dans l’œil de Korenfeld, mais pas la poutre (le barrage) dans l’œil de Guillermo Padrés ?

Selon l’éthique de l’ostentation, les principaux bénéficiaires du pouvoir politique et / ou économique doivent être eux-mêmes ; plus tard, et bien loin, il y a les intérêts des citoyens. Ces derniers n’ont pas changé, et c’est pourquoi ils continuent avec leurs leurs pratiques pharaoniques. Ce qui a changé, c’est une partie importante de la société mexicaine, qui n’hésite plus à écrire et à faire connaître les excès scandaleux de ses élites et à mettre en avant leur mégalomanie démentielle.

Voir en ligne : http://www.jornada.unam.mx/2015/04/…