Samedi 15 février 2014 — Dernier ajout dimanche 16 février 2014

La bague de ma mère

Ma mère possédait une bague dont elle ne se séparait jamais. C’est mon père qui lui avait offert. Lorsque ce dernier est mort, Maciel est venu rendre visite à ma mère, et il lui a rappelé combien son mari défunt avait été généreux avec eux.

Par Roberta Garza Medina

Sept années bibliques se sont écoulées entre 2006, date à laquelle les dirigeants de la congrégation prétendent avoir pris connaissance des abus perpétrés par Maciel, et 2013, date à laquelle la Légion du Christ a publié son premier et timide mea culpa. Celle qui écrit ces lignes n’accepte pas que les proches du fondateur n’aient rien su avant 2006 ; C’est seulement parce qu’ils s’attendaient à un Waterloo qu’on peut expliquer pourquoi, en janvier 2005, la Direction Générale est passée dans les mains d’Alvaro Corcuera, une charge que Maciel n’aurait jamais cédé de manière volontaire. Mais admettons que cela soit le cas : comment expliquer qu’ils aient enterré Maciel en 2008 en grande pompe, avec des célébrations dans tous les centres et les écoles de la Légion ? Corcuera a pourtant bien écrit à cette époque : « … depuis son enfance et son adolescence, Dieu Notre Seigneur a donné (à Maciel) la grâce de percevoir clairement la valeur relative du temps face à l’éternité. Il nous a enseigné que le Christ est le centre, la seule raison de notre existence (…) avec la paix qui a toujours rempli son âme, il est parti pour rejoindre son destin éternel, le 30 janvier… »

Deux ans après avoir compris que leur fondateur était un pédophile, un escroc et un toxicomane, les dirigeants de la Légion l’ont décrit ainsi. Les mêmes dirigeants qui, la semaine dernière, lors du chapitre chargé de ré-écrire les Constitutions de la congrégation, ont émis un deuxième mea culpa, certainement plus important que le précédent : « Nous avons considéré les actions très graves et objectivement immorales du P. Maciel, qui ont mérité les sanctions que la Congrégation pour la Doctrine de la Foi lui a imposées à l’époque. », et ils se repentent de leur « le long silence institutionnel et, plus tard, les hésitations et les erreurs de jugement au moment d’informer ». A la bonne heure ! Devant cette même sanction, la Légion avait décrit Maciel comme un victime d’une injuste peine du Vatican et un martyr qui « tendait l’autre joue » afin d’obtenir « de nombreuses grâces pour sa congrégation grâce à ses souffrances », comme ils l’ont affirmé en 2006, au moment où, disent-ils, ils ont découvert la vérité.

Là où la pilule a du mal à passer, c’est quand ils affirment que « l’on n’a pas trouvé de malversations d’argent ni d’autre irrégularité dans les exercices fiscaux examinés. » Parce que je suppose que la maison de la femme et de la fille de Maciel située dans un quartier chic de Madrid, évaluée à environ 10 millions d’euros, a été offert par l’Esprit Saint au fondateur, en même temps que le charisme de la congrégation. Et on pourrait dire la même chose des pensions alimentaires qu’il versait à ses autres fils, et de ses dépenses lors de ses voyages, quand il « disparaissait », pour faire de l’évangélisation, selon ce qu’affirmaient autrefois ses portes-paroles.

Ma mère avait une bague sertie d’une magnifique pierre solitaire, qu’elle ne quittait jamais. C’est mon père qui lui avait offert, il y a bien longtemps. Lorsqu’il est mort, Maciel est venu rendre visite à ma mère, et lui a rappelé à plusieurs reprises combien mon père avait été généreux avec eux. A la fin de cette rencontre, sous le coup de l’émotion, elle lui a donné son bijou « pour ses bonnes œuvres ». Dans mes cauchemars, j’imagine cette bague, parcourant les boutiques et les restaurants de Madrid, à la main de l’ancienne femme du père Maciel. Ciro Gómez Leyva a raison : Maciel a été vaincu. Mais ce qui reste de ses bonnes œuvres, je n’en suis pas si sûre.

Voir en ligne : http://www.milenio.com/firmas/rober…