Vendredi 3 janvier 2014 — Dernier ajout jeudi 3 avril 2014

Le désir de « faire du chiffre »…

Des personnes qui sortent d’un couvent, d’un séminaire, qui renoncent à leurs vœux, qui choisissent une autre voie, il y en a toujours eu, et ces choix garantissent la liberté d’engagement. Ce qui fait problème dans ces cas chez les Petits Gris, ce sont les séquelles physiques et surtout psychiques, les mêmes que l’on retrouve souvent en sortie de sectes : culpabilisation, dépression, pulsion suicidaire, pertes de repères, état de « paumé » dans le monde…

Les responsables plaident : « Ces personnes-là avaient déjà en elles les racines de leur maladie. » Cette réponse visant à une décharge des responsabilités est particulièrement révélatrice : Pourquoi trouverait-on parmi les personnes aspirant à la vie religieuse autant de gens fragiles sinon parce qu’on les y attire imprudemment ? Pourquoi n’y a-t-il pas plus de discernement lors de l’entrée au couvent ? Le désir de recruter, de « faire du chiffre » ne fait-il pas oublier toute prudence ? N’est-il pas tentant d’avoir des personnes généreuses mais un peu fragiles, donc facilement dépendantes, et malléables comme une tendre pâte (humaine) à modeler ? Pourquoi être si pressé pour faire « prendre l’habit », signe d’engagement qui peut marquer à jamais un être sensible, sinon pour mieux tenir, dominer, s’assurer d’un engagement définitif ? Peut-on aujourd’hui être moine à 18 ans ? Ne faut-il pas se demander comment il se fait qu’une congrégation comme celle des « Petits Gris » recrute, à elle seule, autant que l’ensemble des séminaires diocésains ? Un tel succès dans ce désert de vocations n’est-il pas interrogateur sur les méthodes, les manipulations, les procédés de séduction, le peu d’exigence sur les qualités nécessaires à un tel engagement ?

Pour éviter ces fausses-routes prises trop vite et dont on ne sort pas sans dommage, pourquoi ne pas créer des communautés d’accueil de « postulants » très ouvertes permettant en particulier aux plus jeunes de continuer leurs études « humaines », ou de poursuivre leur chemin professionnel, en vivant « normalement » dans le monde, avec par exemple des week-ends de rencontre et une découverte progressive de la vie religieuse et de leurs propres motivations ? Les responsables ont-ils peur de perdre trop de « clients » en route ?

Pourquoi les responsables religieux n’accompagnent-ils pas avec respect, amitié et grand souci de liberté individuelle, la sortie de la communauté et le retour à la vie laïque, ce qui déculpabiliserait, au moins en partie, les personnes « qui quittent » et leur ferait vivre plus sereinement ce retour au monde ? Ne peut-on pas exiger de ces congrégations religieuses qu’elles rendent au monde ces personnes au moins dans l’état où elles les ont recrutées ?

Source : Golias magazine n° 105 novembre/décembre 2005