Samedi 24 février 2018

Le fondateur de l’Office Culturel de Cluny mis en cause pour « des faits d’abus »

Le fondateur de l’OCC, Olivier Fenoy, s’est désisté mercredi 7 février, devant le tribunal de police de Lyon, de la plainte pour diffamation qu’il avait déposée contre une ancienne membre de sa communauté qui l’accusait d’ « abus de nature sexuelle et de manipulation » sur de jeunes hommes. Vingt ans après les faits présumés, cinq anciens membres ont témoigné pour la première fois.

En 1963, l’art du jeune comédien, Olivier Fenoy, fut d’attirer et de séduire des jeunes hommes et des jeunes femmes épris d’idéal, généreux et talentueux. Grâce à eux, la vitrine allait se révéler alléchante. L’Office Culturel de Cluny se voulait être un organisme de création artistique et de diffusion culturelle d’inspiration chrétienne.

Toutefois, en 1981, alors que circulaient déjà des accusations de dérives sectaires, le diocèse de Lyon lance une enquête canonique au terme de laquelle les enquêteurs pointent en effet certains problèmes, comme la confusion des rôles du directeur général, le manque de formation théologique, liturgique et spirituelle, ainsi qu’une méconnaissance grave du vrai sens de l’obéissance. Ils rappellent que les biens apportés par les communautaires peuvent être récupérés par eux en cas de sortie et soulignent des points de conversion quant au style de vie et à l’humilité. Ils précisent surtout : « il semble indispensable que ceux qui ont eu l’intuition première acceptent de se retirer (Olivier et Ange), pour permettre à d’autres de prendre, à leur tour, des responsabilités. Ce sera de leur part un geste d’humilité et de disponibilité. »

Errare humanum est…

Le but de l’enquête n’était-il pas d’aider cette communauté nouvelle (qui avait tout de même déjà 18 ans d’existence, mais toujours pas de statuts ecclésiaux…) à repartir sur de solides fondements ?

En fait, les alertes et les signalements de dérives ne vont pas cesser. Au début des années 1990, l’abbé Jacques Trouslard rend compte de son enquête approfondie. En 1993, l’UNADFI dans un article intitulé « Heurs et malheurs de l’Office Culturel de Cluny », se fait l’écho des nombreuses interrogations, réserves et mises en cause par certaines administrations et les pouvoirs publics. Les démêlés judiciaires se multiplient. Un documentaire est même diffusé sur TF1 en 1994. Cette histoire mouvementée et les dénonciations de manipulation mentale aboutissent au classement de l’OCC parmi les mouvements à dérives sectaires dans deux rapports parlementaires : « Les Sectes en France » (1996) et « Les Sectes et l’argent » (1999).

Mais rien n’y fait. Malgré les plaintes des familles, des ex-adeptes, des personnes ou associations luttant pour défendre les victimes de ces groupes déviants, de nombreuses autorités ecclésiales prennent la défense de l’OCC et lui apportent leur caution à coups d’attestations et de protestations. Il faudra attendre l’année 2013 pour qu’une certaine mise en garde soit publiée par la Conférence des Evêques et par l’Archevêque de Lyon. L’abbé Trouslard posait cette question :

« pourquoi tant d’Evêques se sont-ils acharnés à prendre la défense d’une communauté qui, dès ses origines, n’a pas voulu ni pu obtenir une ‘reconnaissance canonique’, et a porté gravement atteinte à la dignité et à la liberté de ses adeptes ? »

… sed persevarare diabolicum !

A partir de 2000, une quarantaine de membres de l’OCC - soit la moitié des effectifs - ont fini par s’enfuir en plusieurs vagues successives. Parmi les derniers, une adepte a pu dire : « c’est la caution de l’Eglise qui m’a fait tenir les dix dernières années, alors que je m’étais posée la question de m’éloigner et prendre du recul ». Dix ans supplémentaires d’emprisonnement. « Qui s’est soucié, demande encore feu l’abbé Trouslard, depuis plus de vingt ans, de la réinsertion économique, professionnelle, sociale, psychologique de ces ex-adeptes qui se sont trouvés ou se trouvent à la rue, sans diplôme, sans qualification professionnelle, sans protection sociale ? ».

2018… Une parole de justice (civile) vient enfin d’être prononcée… Les débats ont même permis à d’autres langues de se délier et de dévoiler plus encore…

Le Conseil de Prud’hommes de Paris avait été saisi par 21 anciens membres de l’Office Culturel de Cluny pour avoir travaillé 10, 20 ou 30 années dans cet organisme et ses nombreux satellites sans qu’aucun salaire ni aucune cotisation sociale n’aient été versés. La juridiction avait ainsi condamné solidairement l’OCC et son antenne Patrimoine et Développement à indemniser les plaignants.

La Cour d’Appel de Paris (Pôle 6—Chambre 11) vient de confirmer cette condamnation dans un arrêt du 19 décembre 2017, dont voici quelques extraits :

… D’une part, l’activité d’une personne liée par un contrat d’association à une structure qui n’est ni une association cultuelle ni une congrégation, même si elle relève d’un engagement de nature spirituelle, n’est pas exclusive de tout lien de subordination. D’autre part, l’existence d’un contrat de travail ne dépend ni de la volonté exprimée par les parties, ni de la dénomination qu’elles ont donnée à leur convention mais des conditions de fait dans lesquelles la prestation s’est exécutée. Ainsi le fait que certains des demandeurs au litige… aient pu témoigner, il y a plusieurs années (septembre 1997) qu’ils n’étaient pas dans une situation de subordination n’est pas suffisant à empêcher l’application éventuelle du statut social d’ordre public qui ne peut être écarté du seul fait de la volonté des parties…

… - les différents centres dans lesquels X. a œuvré ont été créés initialement par l’OCC et si certaines des structures ont par la suite accédé à une certaine autonomie en acquérant une personnalité juridique distincte soit sous une forme associative, soit même de sociétés commerciales ou entreprises individuelles, elles sont néanmoins restées sous une direction unique de l’OCC qui a continué à définir les axes d’action de ses satellites qu’ils soient en France ou à l’étranger ; c’est ainsi que, nonobstant l’autonomie prétendument acquise dans les années 90 par les différents centres, les comptes-rendus annuels de l’association Patrimoine et Développement produits par X. démontrent l’imbrication étroite de toutes les structures tant sur un plan financier que sur celui des opérations menées, de la logistique mise en œuvre et la référence persistante à des activités s’exerçant au sein de la ‘communauté’ constituée par l’association OCC et selon les objectifs et vocation de celle-ci ;

  • l’ensemble des témoignages produits par X. décrivent une organisation hiérarchisée au sein de l’association OCC avec des directeurs de centres, exerçant, sous l’impulsion du directeur général de l’OCC, une autorité sur les membres, quant au choix des orientations, des activités, dans leurs modalités, notamment horaires de travail, choix des personnes accueillies (stagiaires ou élèves en formation dans les différents centres), dans les projets à développer et dans les moyens budgétaires alloués et même si des ‘discussions collectives’ devaient incontestablement avoir lieu, la décision finale revenait à la direction générale de l’association ;
  • doit également être soulignée la permutabilité des personnes entre les différentes structures, l’existence de ‘nombreuses mutations’ étant d’ailleurs retracée dans le tableau de synthèse des situations individuelles des demandeurs établi par l’OCC ;
  • les activités dévolues à chacun étaient accomplies à temps plein et de manière exclusive pour le compte de la structure d’affectation ;
  • les prestations effectuées par X. ont été exécutées dans des locaux appartenant à l’OCC ou mis à disposition de celui-ci par l’association Patrimoine et Développement …, avec du matériel appartenant à l’OCC qui assurait le cas échéant la prise en charge des déplacements ;
  • l’exercice d’un pouvoir de direction se manifestait particulièrement au travers des ‘envois en mission’, effectués lors de réunions annuelles sous l’égide du directeur général de l’OCC qui distribuait à chacun des membres de la communauté son lieu d’affectation ainsi que la mission à y accomplir…

… Au regard de l’ensemble de ces éléments, la preuve de l’existence d’un lien de subordination est rapportée et la décision déférée qui a reconnu l’existence d’un contrat de travail entre X. et l’OCC sera confirmée

La qualification de la relation en contrat de travail ouvre droit à l’indemnisation de la perte de chance de percevoir une retraite, la renonciation à ce droit découlant du statut de salarié ne pouvant résulter de la volonté des parties et du choix de vie fait par X. à l’époque… »

Après la vérité des prestations exécutées par les membres, la Cour d’Appel met en lumière l’imbrication étroite entre l’OCC et ses associations satellites : « … Le but social de l’associa on Patrimoine et Développement est identique à celui de l’OCC puisqu’elle a pour objet de gérer des biens matériels, immobiliers ou financiers en vue ‘de leur utilisation au service du développement d’actions culturelles visant l’épanouissement de la personne humaine dans une vision chrétienne de l’homme et de la société’ et il est établi que le patrimoine de l’association Patrimoine et Développement (estimé à 6.582.000 € fin 2007) est exclusivement dédié aux activités de l’OCC ou de ses membres…. Ces éléments démontrent qu’au-delà de sa seule implication patrimoniale dans l’acquisition de biens immobiliers, l’association Patrimoine et Développement était tant en termes de lieux que de personnes concernées, même non dirigeants, directement impliquée dans les activités de la plupart des structures de l’OCC et de ses membres et participait aux actions menées par ceux-ci sans que la réparation des rôles et compétences de chacun ne puisse être réellement distinguée, les actions décidées au sein de chacune des associations étant interdépendantes et décidées de manière commune… il y a lieu de confirmer la décision déférée qui a reconnu la qualité de co-employeur à l’association Patrimoine et Développement… »
Le fondateur de l’Office Culturel de Cluny mis en cause pour « des faits d’abus »

Le fondateur de l’OCC, Olivier Fenoy, s’est désisté mercredi 7 février, devant le tribunal de police de Lyon, de la plainte pour diffamation qu’il avait déposée contre une ancienne membre de sa communauté qui l’accusait d’ « abus de nature sexuelle et de manipulation » sur de jeunes hommes. Vingt ans après les faits présumés, cinq anciens membres ont témoigné pour la première fois. L’OCC et son fondateur réfutent toutefois la nature des faits.

« C’était mon devoir de parler », lâche-t-elle, à la sortie de l’audience. Martine Poirson comparaissait mercredi 7 février devant le tribunal de police de Lyon. Cette enseignante de 63 ans faisait l’objet d’une plainte pour diffamation déposée par le comédien et metteur en scène Olivier Fenoy, 73 ans, fondateur de l’Office Culturel de Cluny, une association artistique et culturelle d’inspiration catholique dont elle a fait partie de 1981 à 1991.

Ce dernier lui reprochait les termes d’une attestation qu’elle avait produite en juillet 2017 devant la Cour d’appel de Paris, dans le cadre d’un procès aux prud’hommes opposant à l’OCC vingt-et-un requérants qui en avaient eux aussi été membres. Martine Poirson y mettait en cause Olivier Fenoy pour « des faits d’abus » sur certains membres de l’Office Culturel de Cluny qui lui avaient été rapportés, « de nature sexuelle mais aussi de manipulation du fait de sa position d’autorité ».

Or, lors de l’audience, mercredi, Olivier Fenoy, représenté par son avocat, a finalement préféré se désister. Mais sa plainte s’était, semble-t-il, déjà retournée contre lui, car elle avait poussé cinq ex « clunisiens », qui n’avaient jusque-là jamais parlé, à ajouter leurs témoignages au dossier. « Nous n’avions pas envie d’une démarche au pénal car çà aurait été parole contre parole, et puis on était passé à autre chose depuis 20 ans. Mais cette plainte pour diffamation a été la goutte d’eau », explique Cyril*, l’une des victimes présumées…

… « Nous sommes tous arrivés par l’art, avec une quête spirituelle forte, raconte Cyril. Cet organisme répondait à toutes ces aspirations. On a vite déchanté. On s’est retrouvé tous à défendre l’indéfendable. Des doubles vies…

Ces « doubles vies », ce sont d’abord, selon leurs témoignages, des « baisers forcés », des « exigences sexuelles dissimulées au reste des membres de l’association », la « graduation des prestations sexuelles (…) en fonction de ‘l’avancement’ dans l’engagement para-monastique », décrit Martin, entré dans la communauté à la sortie du lycée. La mécanique d’approche est toujours la même : « Olivier Fenoy disait avoir besoin que quelqu’un dorme dans son lit car il avait mal au dos ».

Bruno raconte son admiration pour Olivier Fenoy, qui invoque Padre Pio, Jean-Paul II, ses visites à Marthe Robin… Celui qu’il considérait comme un père et guide spirituel « lui accorde du temps, puis le premier baiser, accepté malgré le dégoût que cela lui avait inspiré parce que dans l’Evangile, Jésus touche la langue d’un homme avec sa propre salive pour lui rendre la parole »… Cyril décrit aussi « une pseudo-mystique qui magnifiait la soi-disant homosexualité de Jean, le disciple que Jésus aimait ».

« Nous étions jeunes, nous arrivions dans une communauté chrétienne donc ouverts, confiants… Nos repères étaient perturbés. N’ayant pas réagi la première fois, je ne réagirai pas la suivante, ni les fois après. J’étais devenu une proie », confie-t-il…

« En aucun cas ces actes n’ont été des actes sexuels entre adultes consentants », affirme Martin. Il décrit comment « un refus de gratification sexuelle se transformait en pénalité pour incompétence professionnelle ». Flatteries suivies de blâmes, mises en quarantaine… Au-delà des abus sexuels dont ils l’accusent, les anciens membres de l’OCC, dont une poignée était à Lyon, décrivent un système d’emprise et de manipulation…

… « Aujourd’hui, Olivier Fenoy ne peut être poursuivi au pénal car c’est prescrit mais en se désistant, il admet que tout ce que Martine Poirson a écrit n’est pas de la diffamation », a réagi mercredi l’avocat de cette dernière, Me Loïc Duchanoy**.

* Les prénoms ont été changés. ** Avocat du barreau de Dijon.

Extraits de l’article de Céline Hoyeau - La Croix du 08.02.2018

Source : http://gamaliel21.pagesperso-orange.fr/03%20QUOI%20DE%20NEUF.htm#OCC

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