Samedi 12 juillet 2014

Le macielisme a survécu

Dans une interview pour le site Internet AlfayOmega, le père Benjamin Clariond, porte-parole des légionnaires du Christ, manifeste… que rien n’a changé dans la Légion ! Oui, l’esprit de Maciel a bel et bien survécu… Source : Veritas Liberabit Vos.

Frodon : « - Mais il a été détruit ! Sauron a été détruit ! »

Gandalf : « - Non, Frodon… L’esprit de Sauron a survécu, car sa force vitale est liée à l’anneau et l’anneau n’a pas été détruit. »

Le père Benjamin Clariond, porte-parole actuel de la Légion, appartenait au cercle intime du père Evaristo Sada ; choisi et formé par lui, le contenu de ses pensées ainsi que ses propres expressions trahissent une forte « intégration légionnaire. » Cette interview, publiée sur le site Internet d’AlfayOmega, en est un témoignage éloquent [1].

Si vous avez quelques doutes sur le fait que « tout continue pareil » dans la congrégation fondée par le pédophile Marcial Maciel, il vous suffit de lire la dernière intervention de son porte-parole sur le site Internet AlfayOmega. Cette fois, il ne parle pas des statistiques relatives à la vie sexuelle des membres du Regnum Christi, mais de l’Assistant Pontifical, des « grands changements » et d’autres sujets, tels que la spiritualité, l’histoire et la pénurie de vocations.

Première surprise : Il prétend que les nouvelles Constitutions représentent « un changement majeur »… Chose étrange, car dans toutes ses interventions précédentes, il affirmait qu’il ne s’agissait que de petites modifications anodines, une sorte d’approfondissement. Il se contredit donc. A l’instar du père Alvaro Corcuera (paix à son âme !), Benjamin Clariond est superficiel et manque cruellement d’esprit critique. Quel est, selon lui, le grand changement dans les nouvelles Constitutions ? Qu’elles sont moins épaisses !!! et que les normes concrètes sont reportées dans d’autres livres.

Un changement notable, c’est que les statuts des 3DF 3e Degré, section Féminine », que Clariond appelle « consacrées », bien que d’un point de vue canonique, elles n’aient aucun statut juridique) ont reçu « une très belle petite touche féminine »… J’ai du mal à comprendre ce que des statuts peuvent avoir de « beau » et de « féminin »… la légendaire superficialité du père Alvaro transparait aujourd’hui chez le père Benjamin Clariond. D’autre part, les 3DM et 3DF ne sont pas et n’ont jamais été inclus dans les Constitutions comme s’ils appartenaient à la Congrégation.

Il reprend le même discours que le père Evaristo Sada (un autre grand héritier du pédophile Maciel !) pour évoquer la question des vocations. Le porte-parole de la Légion affirme ainsi que les candidats qui entrent aujourd’hui dans la Légion sont « des gens bien informés ». Cependant, nous savons que ce n’est pas vrai, et nous avons pu le vérifier directement [2]. S’il est vrai de dire que ceux qui entrent à la candidature aujourd’hui savent que Marcial Maciel n’était pas quelqu’un de bien, c’est à peu près tout ce qu’ils savent. Ils ne savent rien sur les autres agresseurs sexuels légionnaires, sur le harcèlement fait dans la Légion à l’égard de ceux qui pensent différemment, sur les infractions aux droits de l’homme commis à l’intérieur de l’organisation, sur le manque d’éthique, sur les mensonges, les escroqueries, le manque de discernement, la véritable histoire de cette sinistre congrégation… Tout cela, nous avons pu le vérifier en prenant contact avec plusieurs candidats. Ils ne savent que le minimum, car ils sont soumis à l’emprise sectaire du groupe. Ces dernières années, les candidats provenaient surtout des noyaux les plus durs du Regnum Christi, et du recrutement fait dans leurs propres écoles.

Clariond explique qu’il s’agit « en général d’un garçon normal (ou d’une jeune fille, pour les consacrées), qui a envie de faire quelque chose de grand ». Voilà le typique narcissisme légionnaire : on recherche la grandeur ! Mais où est l’appel ? Où est le discernement ? Deux grands thèmes complètement absents de l’organisation, d’après des centaines de victimes du système légionnaire.

Clariond continue : « Il faut l’aider, de façon qu’en grandissant et en connaissant mieux sa foi, il puisse prendre une décision mature. » D’après ce que nous avons lu, dans la majorité des congrégations de l’Église (sans dérives sectaires), il s’agit avant tout d’aider le candidat à mieux discerner l’appel de Dieu. Les paroles de Clariond révèlent le fond pélagien de la congrégation fondée par le pédophile Maciel. Une décision mature, certes… mais quid du discernement ?

Clariond dit ensuite : « Dieu merci, les vocations n’ont pas cessé de venir ». Selon les statistiques de l’année passée (celles auxquelles nous avons eu accès), nous avons toutes les raisons de penser qu’il n’y a eu AUCUNE entrée spontanée : tous ceux qui sont entrés dans la Légion ont été RECRUTÉS. Petite différence. La même différence qu’il y a entre une congrégation sérieuse et la secte fondée par un affreux pédophile.

Clariond considère que le plan de formation a été entièrement réformé parce que certaines étapes ont été un peu rallongées, et parce que les sections de la communauté de Rome ont été réorganisées… (On croirait vraiment entendre Alvaro Corcuera !) Et puis, il évoque la fermeture du centre de Salamanque… comme si cette fermeture était due à un problème de formation, et non au problème de la crise des vocations !

Quand il parle de la communion avec les églises locales et de l’insertion dans l’activité pastorale du diocèse, il affirme, non sans un certain cynisme : « Je crois que dans certains cas, on n’insistait pas assez sur le sentiment d’appartenance au presbytère du diocèse (…) Ce n’est pas qu’avant, on n’en parlait pas du tout, mais c’est vrai qu’on insistait pas assez sur cela. » C’est un fait bien connu de tous : dans la Légion, on a toujours cultivé un certain mépris à l’égard de la vie diocésaine et on a toujours considéré le presbytère diocésain comme des prêtres « de deuxième classe », avec une formation très déficiente. Un exemple publique se trouve sur le profil Facebook de Richard Voor, qui est sorti de la Légion et, après un mois de vie diocésaine, a écrit que ce qu’on lui avait dit dans la Légion était faux : la vie diocésaine était beaucoup plus exigeante que les descriptions qu’en faisait « Nuestro Padre ».

Par ailleurs, s’il était encore besoin de démontrer le cynisme de la Légion et de son porte-parole, peut-être faut-il rappeler ces communications internes qui ont été récemment publiées et dans lesquelles on peut lire qu’Evaristo Sada, en sa qualité de secrétaire général, appelait les légionnaires à cultiver le plus grand nombre possible de prêtres diocésains afin que ces derniers « disent du bien de la Légion ». Ou encore ces autres communications de Luis Garza, dans lesquelles ce dernier appelait les légionnaires à ne pas chercher uniquement les coqs (les cardinaux et les évêques), mais à cultiver aussi les coquelets (prêtres et séminaristes) susceptibles de devenir des coqs. Est-ce cela leur conception de « l’insertion dans les diocèses » ? Ne serait-il pas plus juste de dire que la Légion utilise les diocèses ? Depuis quand « s’insérer dans la pastorale diocésaine » signifie « cultiver les personnes intéressantes » ?

En outre, le passage où Clariond évoque l’Église universelle est un cas typique de macielisme : on minimise le mal de la Légion, et on met en avant les bonnes choses (même si celles-ci sont bonnes seulement en apparence).

Clariond dit ensuite : « Dans la Légion et au Regnum Christi nous croyons que nous avons quelque chose à apporter au monde entier ». Alors, nous aimerions qu’il nous explique pourquoi la Légion n’est pratiquement pas présente en Afrique ou en Inde…

Bingo ! Clariond affirme : « La façon de gérer une école aux États-Unis et très différente de la façon de gérer une école en Espagne, mais les deux sont reconnus comme des écoles du Regnum Christi ». Et quel est le point commun entre ces écoles ? Le RECRUTEMENT et les COLLECTES DE FONDS, parce que ces familles entrent dans la liste des « 70 000 » membres du Regnum Christi, avec tout ce que cela comporte de caractéristiques sectaires.

La réponse sur la spiritualité de la Congrégation est aussi vague que tout ce qui a déjà été dit à ce sujet. Nous ne savons pas s’il cite le document d’Aparecida « Disciples et missionnaires » ou s’il a simplement repris les idées de Wikipedia, comme Luis Garza… et c’est pourquoi, ils portent aujourd’hui le défi d’écrire des livres de spiritualité.

« Le fait de ne pas avoir d’écrits du fondateur comme un point de référence pérenne nous ouvre de larges possibilités de créativité pour vivre notre charisme dans le moment présent » ; il affirme donc l’inverse de ce que le Saint Pape Jean-Paul II demandait aux congrégations religieuses, à savoir qu’il fallait toujours : « revenir aux fondateurs », « retourner au charisme de fondation »… Dans la Légion, il faut faire usage de CREATIVITÉ, comme le dit Clariond, parce qu’il N’Y A PAS DE CHARISME.

Après quoi, il CONTREDIT ce qu’il avait mentionné au début de l’entrevue, quand il affirme « Les récents changements ne concernent pas tant le contenu, mais l’approche », alors qu’au début il disait : « Il y a des grands changements, y compris au niveau de la structure »… Autrement dit : le grand changement, outre le fait que les Constitutions sont moins épaisses qu’avant, consiste en une « approche » différente. « Nous avons affiné les détails » !!!

Dans le même paragraphe apparaît le grand déni des légionnaires : On a toujours dit en effet que le charisme de la Légion, c’était la charité, et les légionnaires affirmaient qu’un grand esprit de fraternité et d’union régnait entre eux… alors, comment Clariond, le porte-parole de la Légion, peut-il dire que « nous avons réalisé que nous avions besoin de cultiver cette relation de fraternité, de communion, comme un élément essentiel de la vie religieuse ». Serait-il en train de reconnaitre que tout ce qu’on disait précédemment n’était qu’une sinistre plaisanterie ?

Sources et écrits légionnaires ? ATTENTION aux auteurs auxquels se réfère le porte-parole de la Légion : Hector Guerra, le grand « savant et promoteur » de la spiritualité de « Nuestro Padre » ; Juan Pablo Ledezma, promoteur de la cause de béatification de la mère du fondateur pédophile [3] ; Antonio Izquierdo, outres quelques articles universitaires, n’a jamais publié que des compilations.

[1Il s’agit d’une interview pilotée par la Légion : http://www.alfayomega.es/noticias_digital/2014/07/20140704_BenjaminClariond.php

[2L’année dernière, nous avons réussi à contacter quelques candidats, et à nous adresser à d’autres candidats par échanges d’emails.

[3Cherchant à plagier Saint Jean Bosco, dont la mère était appelée « Mama Margarita », les légionnaires appelaient la mère de Maciel « Mama Maurita ».

Voir en ligne : http://liberabitveritas.blogspot.fr…