Dimanche 5 janvier 2014 — Dernier ajout mercredi 26 mars 2014

Des légionnaires dissidents écrivent au Pape

Le document qui suit est une lettre signée par un groupe (« plus de 20, moins de 100 ») de prêtres légionnaires et de prêtres sortis de la congrégation. Elle a été envoyée au pape au mois de juin 2013. D’après le site qui a publié cette lettre, ces prêtres auraient reçu une réponse digne d’intérêt, mais, pour certaines raisons, ils ne peuvent pas encore la rendre publique.

Très Saint Père,

Tout d’abord, nous tenons à vous exprimer notre grande joie pour l’élection divine qui vous a placé au poste de Successeur de Pierre, en ces temps cruciaux pour notre Église bien aimée. Confiant dans le fait que la grâce de l’Esprit Saint ne vous manquera jamais pour réaliser la lourde tâche de guider le troupeau du Bon Pasteur, nous vous assurons de nos prières et de l’engagement de notre fidélité dans le sacerdoce.

Nous sommes un groupe de prêtres qui avons donné 20, 30, 35 années, ou plus, de notre vie à la Légion du Christ. Le don que nous avons fait de nous-mêmes dans la Congrégation a été entier, et sans repos, à la mesure de notre tristesse et de notre déception lorsque nous avons assisté à son effondrement sous le poids des scandales et que nous avons découvert les dégâts provoqués dans les vies de tant de nos amis et de nos compagnons, la crise de foi qui a été semée dans le cœur de tant de fidèles, et l’irréparable iniquité avec laquelle ont été traitées les victimes du père Maciel.

Si nous vous écrivons aujourd’hui, c’est en raison d’un lourd devoir de conscience et du sentiment d’angoisse que nous éprouvons devant le spectacle des pseudo-réformes de la Légion du Christ, qui esquivent ou occultent les vrais problèmes de fond. Nous sommes convaincus que si la Légion désire se mettre dignement au service de l’Église, elle ne peut faire l’économie d’un examen courageux et transparent sur ses fondations : son origine, son histoire, son ecclésiologie, ses finances, sa spiritualité, sa discipline et son gouvernement.

Depuis le début des « réformes », la seule préoccupation semble avoir été de sauver la Légion, quitte à ne pas trop s’enquérir sur sa véritable nature. Peut-être par peur de perdre des vocations cheminant vers le sacerdoce ; peut-être pour éviter un scandale qui se prolongerait trop longtemps ; peut-être pour esquiver les conséquences légales qu’une enquête indépendante dans les méandres de ses finances provoquerait ; peut-être parce qu’on a connaissance d’autres actions coupables qui n’ont pas été dévoilées publiquement… on a décidé que l’état actuel de la Légion était légitime, et on essaye de nous faire croire qu’il suffit d’un peu de maquillage pour résoudre les dysfonctionnements structurels et permanents de la congrégation.

Quand on interroge les dirigeants de la Légion du Christ sur l’efficacité des « réformes » entreprises sous la supervision du cardinal De Paolis, ces derniers répondent inlassablement avec le même syllogisme : « Dieu agit dans le monde à travers l’Eglise ; l’Eglise a approuvé la Légion ; Donc, la Légion est une œuvre de Dieu ». En suivant un tel raisonnement, on élimine à la racine toute nécessité d’effectuer une enquête objective et une auto-critique sérieuse.

Mais la vérité sur la Légion est extrêmement complexe. Son fondateur était un menteur pathologique, depuis le début. Il a passé sa vie à tromper les évêques, les fonctionnaires du Vatican et même les Papes, afin d’élaborer une imposture à la fois impressionnante et bluffante, lui permettant de dissimuler ses intentions perverses et toutes ses innombrables immoralités. La personne du fondateur, l’histoire de la fondation et les pas effectués à l’intérieur de l’Église afin d’obtenir l’« approbation » définitive de l’institution devraient être les premiers sujets traités par ceux qui œuvrent pour une véritable rénovation de la Légion. Si on avait su, il y a 40, 50 ou 72 ans, tout ce qu’on sait aujourd’hui sur le père Maciel et sur son œuvre, celle-ci aurait-elle reçu la moindre reconnaissance ou « approbation » de la part de l’Église ? Voilà une question qui mérite réflexion.

Le processus actuel des « réformes » a démontré, encore et encore, son incapacité à définir le charisme de la Légion et, de là, à établir son identité en tant que congrégation religieuse catholique. Comment pouvons-nous parler d’un charisme quand on est obligé, par nécessité, d’occulter la personne du fondateur et ses écrits ? Quand la congrégation obéit à son étrange et particulière « ecclésiologie », tout en proclamant sur les toits sa fidélité à l’Eglise ? Quand on admet, selon les besoins du moment, que certains paragraphes des Constitutions, de la spiritualité ou de la discipline ont été plagiés de différentes sources ?

L’œuvre du père Maciel est connue dans le monde entier, notamment en Amérique latine, pour être une immense machine financière. Plusieurs grands bienfaiteurs de la Légion ont cessé de la soutenir quand ils se sont rendus compte que les dons qu’ils avaient fait à la congrégation au cours des dernières décennies n’étaient jamais arrivés à destination. Le système économique centralisé et clandestin de la congrégation a permis au père Maciel d’agir en parfaite impunité et à utiliser les fonds de la Légion pour des fins personnelles douteuses. Comment expliquer que ce système opaque continue d’exister jusqu’à ce jour ? Comment expliquer que l’actuelle « réforme » de la Légion ne cherche pas à faire toute la vérité sur ses antécédents financiers, ni à présenter ses rapports économiques à une agence indépendante et objective ?

Les victimes du père Maciel, à l’intérieur et à l’extérieur de la Légion, vivent encore dans l’ombre de l’iniquité et de la honte. De nombreuses lettres venant des dirigeants actuels de la Légion évoquent « la croix et les souffrances de la Congrégation » au cours des dernières années, comme si celle-ci était la victime d’une persécution non méritée. Pratiquement rien n’a été dit et fait pour reconnaître et réparer les dommages impardonnables commis par le père Maciel et par son œuvre à ces âmes qui s’étaient engagées avec innocence dans ses mains.

Aujourd’hui, la Légion est devenue au regard du monde entier la vitrine des pires maux de l’Église catholique : abus de pouvoir, coercition des consciences au moyen de mensonges et de manipulations mentales, dissimulation des affaires de pédophilie et autres scandales sexuels, trafic d’influence au Vatican et corruption financière institutionnalisée.

Saint-Père, cette lettre est longue et nous aurions encore beaucoup de choses à vous dire. Mais nous désirons seulement vous demander, avec confiance et respect, de tenir compte de nos observations lorsque vous devrez prendre une décision sur l’avenir de la Légion du Christ. Quand on s’intéresse à cette congrégation, les choses ne sont jamais telles qu’elles apparaissent. Il y a une énorme lassitude et un profond découragement dans ses rangs. Beaucoup sont déjà partis. D’autres restent par peur de devoir repartir de zéro, sans aide, après avoir passé de nombreuses années à l’intérieur d’un système qui les a empêché de penser ou de prendre des décisions par eux-mêmes. D’autres espèrent que lorsque le prochain Chapitre Général sera passé, tout recommencera comme avant, avec une Légion tristement fidèle à son fondateur, et sans la surveillance actuelle qu’ils n’apprécient guère. Pour le bien de tous, espérons que l’on arrive à trouver une solution définitive au terrible scandale de la Légion du Christ, ce qui suppose le courage évangélique de la justice et de la vérité. Vous pouvez compter sur nos prières ainsi que sur notre disponibilité inconditionnelle au service de l’Église.

Bien à vous dans le Christ,

Voir en ligne : http://www.micasonoscemoio91.com/mi…