Vendredi 3 janvier 2014 — Dernier ajout jeudi 3 avril 2014

« Mon calvaire a duré huit ans »

Je vais vous relater une triste situation concernant mon fils. Alors qu’il devait entrer à la faculté de médecine, un professeur du lycée l’a entraîné à mon insu dans la communauté Saint-Jean. Mon calvaire a duré huit ans.

Après une année, il a été confronté très tôt le matin à une chose étonnante. Le père J. étant son père spirituel et mon fils étant un naïf et un novice, il sort de sa cellule très tôt le matin, c’était le mois de novembre. Il fait très froid car on n’est pas chauffé dans ces grandes bâtisses et il fait très sombre ; il est très ponctuel et il est le premier à aller à l’office dans la pénombre. Il voit alors un corps allongé devant la porte de la chambre du père fondateur et en s’approchant, il voit un corps complètement nu : une religieuse (contemplative) tondue, elle avait enlevé son voile, déposé près d’elle. Il a couru dans sa cellule prendre une couverture et l’envelopper, puis il l’a amenée à la chapelle. Ensuite, il est revenu chercher le voile qui était posé par terre. Comme il avait le sens du sacré très développé, il a pris le voile religieusement pour l’emmener avant l’arrivée des autres frères. Il l’a fait cérémonieusement. Il a fermé la porte de la chapelle et est allé prévenir les autorités. Les pères annoncent que l’office est retardé d’une heure, « retournez à vos cellules ». Il tremblait et essayait de comprendre ce que ça voulait dire, pourquoi devant la porte du père fondateur, y a-t-il une liaison ? Quand il est allé au cours, il ne pouvait pas tenir son crayon, au réfectoire, il ne pouvait plus prendre ses couverts, il est donc allé voir le père Marie Jacques… « Oh, écoutez frère A., vous en verrez bien d’autres ! ».

À cette époque, mon fils était responsable à l’accueil pour vendre les cassettes et les livres et il a paniqué et se demandait : « Mais où je suis, mais où je suis ? » Comme il avait les clés de la caisse, il a pris l’argent et s’est enfui pour prendre un train et rentrer à la maison.

J’ai alors conseillé à mon fils de quitter l’habit et de revenir à la vie laïque. Or, la communauté a envoyé un fourgon pour prendre mon fils prétextant qu’il s’était donné au Seigneur. J’étais sur mon lieu de travail et je n’ai rien vu…

De nouveau mon fils a subi cet endoctrinement qui a continué. Pendant nos visites, nous avons vu notre fils décliner, devenir plus agressif. Très très fatigué, il a pris du recul avec nous, ce que nous avons respecté. Il nous appelait quand ça n’allait pas. Il ne nous faisait pas part que cela n’allait pas, mais il était. malade.

Un jour, il a prononcé des voeux perpétuels alors que les conditions dans lesquelles il les a faits ne lui permettaient pas un discernement.

Débauche

Ainsi, mon fils a fait une grande dépression qui a démarré à Saint-Jodard puis à Rimont. Le père J. qui avait un doctorat de théologie mais qui n’était pas son père spirituel en a profité pour lui mettre la main des-sus. Il s’est comporté comme son père de famille, mais malheureuse-ment il en a profité et dévoya mon fils. Par la suite mon fils a été entraîné dans des discothèques afin de rencontrer de vieux messieurs riches puis il commença sa descente aux enfers. J’ai eu la confirmation de mes doutes par des étudiants albanais qui eux ont échappé de justesse à ce traquenard et m’ont confié qu’un père de Saint-Jean abusait des jeunes étrangers en situation irrégulière, mais aussi un autre père en charge des études à Saint-Jodard, abuse des jeunes fragiles : le père G. ; mon fils m’a bien dit qu’il abusait les jeunes et les détruisait.

Tous les nouveaux arrivés sont obligés de passer dans ses mains et il continue à enseigner.

Le prieur ne pouvait pas l’ignorer, car toutes les voitures qui appartenaient à la communauté et dont se servait mon fils étaient garées sous ses fenêtres et sur un parking où il y avait du gravier. Il l’utilisait pour ses sorties. Il savait que mon fils s’échappait et il n’a rien fait. Mon fils a été dévoyé et il est très difficile de sortir de cette spirale du vice.

La communauté Saint-Jean a détruit mon fils pendant huit ans. Il est sorti en 2001 entraîné à Bordeaux par le père J. Ensuite, un père dominicain l’a récupéré et les autorités dominicaines ont éloigné le père J. à Lyon dans une charge où il n’a pas trop de contact avec les jeunes. Mais les dominicains ne veulent pas que l’affaire s’ébruite.

Mon fils a passé sa maîtrise en philosophie, il a pris un petit appartement, il travaille dans des petits boulots, mais il en a marre des études. Il n’en est pas encore sorti, un docteur le suit, mais il ne se confie pas, il ne s’ouvre plus à sa famille.

Témoignage de Mme P.

Source : Golias magazine n° 105 novembre/décembre 2005