Dimanche 5 janvier 2014 — Dernier ajout mardi 25 mars 2014

Plongée au coeur d’une retraite Agapè

La retraite Agapè du Puy-en-Velay a beaucoup fait parler d’elle, surtout après l’audit fait par le P. Humbrecht en août 2012. Il en a bien compris le noyau : « L’idée de cette retraite est de visiter les étapes les plus anciennes de sa vie (d’avant la conception à la fin de la jeunesse), en nommant les blessures qui leurs furent éventuellement liées, et en prononçant sur elles un pardon théologal, en quoi consiste en définitive la « libération » annoncée. » Chaque jour, une époque de la vie est proposée à la méditation du retraitant. C’est ce parcours que nous allons suivre.

Retour Sommaire

LUNDI

Retour Sommaire

Le matin : Ma généalogie et mon hérédité

Comme chaque Jour, a méditation commence par des lectures de la Parole de Dieu. L’enracinement biblique se fait ici dans le commandement d’honorer ses parents et dans le texte de Rm 5,12.15. Suit la mise en situation. Il est proposé au retraitant de répéter lentement chaque phrase à mi-voix.

« Soulignez ce qui vous interpelle. Arrêtez-vous et écoutez en silence. Soyez attentifs à ce que vous ressentez dans votre corps, votre affectivité (émotions) et votre imagination (images, pensées). » La place des émotions, de l’imagination, du ressenti est la clé de voûte de la méditation de l’Ecriture, comme il se doit dans une spiritualité issue du Nouvel Age. Une méditation sur sa lignée est alors détaillée où les hobbies de B. Dubois sont au rendez-vous : mort brutale, suicide, avortement, secrets de famille, adultère, inceste, occultisme, spiritisme, etc. Curieusement tout cela constitue des portes d’entrée pour une infestation du diable.

De quoi s’agit-il ? Le P. Gilbert Dagnon expliquait, dans un colloque de l’A.I.D.[International Association for Delivrerance] de 2001 : il existe des « évènements éventuellement contaminant, constituant des portes d’entrées à l’infestation maligne. définies par la communauté des Béatitudes ». Il cite les traumatismes ponctuels intenses (homicide d’un être cher, avortement, viol, mort brutale d’un être cher, etc.) ; des états psychoaffectifs très prolongés (conception-viol, avortement raté, enfants martyrisés ou prostitués, etc.) ; des pratiques occultes (magie noire, sorcellerie. spiritisme ; etc.), les dépendances (alcool, drogue, perversion sexuelle, etc.). Tout cela, selon cette théorie, peut avoir laissé des traces dans l’hérédité et demeure dans la descendance des portes potentielles d’infestation maligne. On trouve une tentative d’explication théologique de cette affirmation chez le P. Lemaire, fondateur de La Maison d’Abba et disciple des Béatitudes : le baptême lave du péché originel et donne la grâce, dit-il, mais il laisse une inclination au péché, la concupiscence. Il constate d’autre part qu’il existe chez certaines personnes une fragilité héréditaire liée à des tares familiales qui sont la conséquence d’un péché grave chez un ascendant. Le P. Lemaire se risque alors à établir un lien entre la première affirmation qui est d’ordre théologique et la deuxième d’ordre purement humain. Avec la concupiscence, serait transmis un lien : « Il y a des liens inconscients probablement d’ordre psychologique car il y a un inconscient familial. » Ainsi le diable, qui n’a pas d’emprise sur les baptisés, en retrouverait par ces liens et les blessures. Sans se douter de la théologie sous-jacente à ce qu’il est en train de méditer, le retraitant termine sa matinée par une prière qui comporte elle aussi quelques perles : « Restaure les racines de mon être en y infusant ton Esprit de Vie. Répare en moi ce lien sacré qui m’établit dans une dépendance filiale vis-à-vis de mes aïeux. Merci, Père, de baigner ma lignée familiale de ta tendresse guérissante… »

Le retraitant remplit le dessin de son arbre généalogique présent dans le livret qui lui a été remis, jusqu’à la cinquième ou sixième génération. Les problématiques sont ensuite inscrites sur un papier déposé à la chapelle et le prêtre le présente au Seigneur au cours de l’eucharistie. Les membres de l’Agapè semblent avoir oublié que les évêques ont fait une mise en garde sur la guérison de l’arbre généalogique. Rappelons que celle-ci a pour origine un certain Dr Mc All Kenneth de tradition épiscopalienne. II faut aussi savoir que dans la formation à la relation d’aide, l’analyse de l’arbre généalogique est un outil parmi d’autres qui sert dans le travail sur soi. Le mélange entre le psychologique et le spirituel débute dès le lundi matin. Toutes les découvertes faites dans la matinée doivent être retenues dans le corps et dans la sensibilité. Un premier dérapage se met en place.

Retour Sommaire

L’après-midi : ma conception

Le déroulement est le même que le matin : lecture de la Parole de Dieu, mise en situation, prière, mémoire. Rien n’est épargné sur tout le contexte d’une conception ; force détails sont donnés sur les cotés sombres qu’elle a pu revêtir. Un Nota bene souligne que quelles que soient les circonstances qui l’ont entourée, la liberté et la capacité de résilience n’ont pas été aliénées. Mais le rédacteur du fascicule n’a pas fait attention que la résilience est un phénomène psychologique alors que le retraitant est censé faire une retraite spirituelle. Est-elle un équivalent du pardon théologal ? La formation au pardon pourrait bien le faire penser.

La prière qui suit est des plus étranges « […] Console-moi, guéris-moi de tout ce qui a pu être nuisible lors de ma conception. afin que mon être soit sain et fort. Libère-moi de toute influence aliénante affectant mon être physique, psychique et spirituel. Daigne remplir tout vide affectif en m’imprégnant du bonheur de ta divine Présence. Restaure, par ton Incarnation en Marie, les racines de mon être en y insufflant ton Esprit de Vie. […] Je te remercie de baigner cet événement de la tendresse guérissantes. »

La guérison des racines de l’arbre généalogique est présentée comme un baptême, un exorcisme (force aliénante). Mais le baptême a donné la vie de Dieu, un exorcisme a été fait. Pourquoi réitérer le baptême sacramentel sous forme de prière ? S’agit-il d’un auto-baptême ? Cette prière est dans la ligne du néo-pentecôtisme.

Le cri des psaumes est ensuite proposé pour écouter les émotions. La mémoire vient ensuite et l’après-midi se termine par la glaise, véritable séance d’Art-Thérapie : La parole y a un effet de catharsis, mais pas de refondation. En art-thérapie, en effet, ceux qui souhaitent peuvent entreprendre un travail personnel, en s’aidant non pas du langage verbal, mais d’un langage issu du FAIRE, de la création, leur création. Cela les aide à exprimer autre chose et à le redonner sous forme tactile, visuelle, plastique.

Retour Sommaire

MARDI

Retour Sommaire

Le matin : Mes neuf premiers mois

Comme la veille, des versets d’Écriture sont proposés à la méditation. Le thème choisi est celui de la création de l’homme modelé par Dieu comme le vase par le potier, que Dieu connaît avant même qu’il soit.

Vient ensuite la mise en situation qui se fait par des questions portant essentiellement sur l’état de la mère pendant la grossesse,

Un Nota bene fait une mise au point pour éviter toute critique : « Les circonstances de la vie ne sont pas des déterminismes (de cause à effet) aliénant notre liberté et notre capacité de résilience. » Le point de vue psychologique est clairement annoncé. C’est bien de cela qu’il s’agit d’ailleurs.

Comment peut-on répondre à tant de questions sur sa mère, sans même prendre le temps de la questionner. A-t-elle désiré avorter ? a-t-elle subi un choc ? reçu l’annonce d’un événement traumatisant ? Quelles ont été ses émotions ? A chaque question, correspond ce que le retraitant peut vivre comme conséquences aujourd’hui au plan affectif, psychique.

Une prière engage ensuite le retraitant à faire le joint entre la parole de Dieu proposée et ces événements. Un paragraphe ne peut manquer de retenir l’attention : « Merci, Seigneur, de me tenir dans ta main et d’imprégner mes sentiments de ta tendresse guérissante en reprenant chaque seconde, minute, heure, jour et semaine de ma vie intra-utérine. » Le Dieu créateur est un Dieu guérissant. Il est alors proposé de faire attention à toute émotion ressentie – manque affectif blessure, rejet – et de prendre un psaume qui lui corresponde pour prier. La souffrance qui émerge est déposée près de la Croix du Christ qui devient le consolateur. Encore une dimension féminine de Dieu. Conseil : mettre tout cela par écrit pour en garder le souvenir : l’anamnèse tient une grande place à l’Agapè. A la fin de la messe une prière de consécration tout à fait particulière est prononcée qui porte sur le ressenti, les blessures. Et le retraitant termine en demandant à Dieu de venir le bercer. Il n’y a plus qu’à se blottir au creux de la Sainte Famille. C’est le livre de B. Dubois Guérir en famille, et plus en amont les séminaires organisés par les Béatitudes à Château Saint-Luc qui sont à l’arrière-fond.

Retour Sommaire

L’après-midi : ma naissance

Le déroulement est le même que le marin. Tout d’abord des textes d’Écriture qui montrent le soin que Dieu a pris de son peuple, comment il l’a protégé tout au long de sa croissance, combien il l’a aimé ; la nouvelle naissance dans l’eau et l’Esprit est évoquée en finale.

Le retraitant revit par l’imagination sa sortie du sein maternel et tous les détails de l’accouchement sont passés en revue. Un véritable rebirthing. Une mère peut se souvenir de l’accouchement, mais qui peut se souvenir de ce qu’il a vécu lorsqu’il est venu au monde ? Les émotions que cette représentation imaginée suscitent renseignent sur l’état mental actuel de la personne mais ne reposent sur rien au niveau souvenir. Pour prévenir toute critique, le même Nota bene que le matin est réécrit.

La prière, comme le matin, reprend l’Écriture méditée et fait un amalgame avec les faux souvenirs qui ont émergé ; elle tend même à les induire « Tu sais que ma naissance a pu être difficile à cause des circonstances que je t’ai présentées. Libère-moi des conséquences aliénantes que ces blessures ont engendrées dans ma vie. Délivre-moi de toute culpabilité que je pourrais ressentir face aux douleurs vécues par maman. » Et tout se termine encore dans la sainte Famille. On peut remarquer dans la prière l’amalgame de la supposition et de l’affirmation, si bien qu’à la fin les deux se mélangent. Après l’usage des psaumes pour exprimer l’émotion, de nouveau l’usage de la glaise… pour accueillir le bébé qui vient de naître. Il faut le façonner les yeux fermés et le montrer à l’accompagnateur…

Le livret explique alors ce qu’est le repos en Dieu, grâce que l’accompagnateur peut demander pour le retraitant. C’est soi-disant une grâce d’oraison de quiétude, alors que bien des témoignages montrent que c’est une variante de l’hypnose. Il est censé faire expérimenter dans les blessures la consolation divine… Le galvaudage de la spiritualité catholique est à son comble…

Retour Sommaire

MERCREDI

Retour Sommaire

Le matin : L’accueil de ma mère

Le même Nota Bene que la veille prévient toute accusation. Un retraitant note avec justesse : « De nombreux garde-fous sont redis régulièrement, par oral, et sur le livret pour éviter toute confusion. » Mais suffit-il de faire des déclarations pour que la réalité y corresponde ?

Six versets d’Écriture sont proposés, qui donnent à méditer sur la tendresse de Dieu qui ne délaisse jamais son peuple (Dt 31,7-8, Is 49,15-16 ; Dt 32,9-12 ; Is 62,3-4). Cette méditation de l’Écriture, comme toujours, se fait à un niveau psychologique : il s’agit de revivre les mois qui ont précédé la naissance, la naissance elle-même. Par exemple ressentir le désarroi du nouveau-né lorsque la naissance a été difficile, laisser monter le traumatisme provoqué par la pouponnière, la culpabilité ressenti lorsque être garçon ou fille a été une grande déception pour la mère, etc.

Toute la dimension de foi a disparu de la lecture des versets proposés à la méditation : on peut ici comprendre pourquoi les retraites Agapè sont accessibles même aux non-croyants. La Parole de Dieu est réduite à des paroles de sagesse qui apaisent le cœur. Son symbolisme, qui permet de passer de l’expérience vitale à l’expérience spirituelle a été gommé et les paroles sont prises dans un sens totalement réducteur.

Cette méditation conduit à une prière qui ne manque pas de poser question. II s’agit de revivre sa naissance par l’imagination : « […] Tu me laisse regarder celte femme qui m’a porté(e), bercé(e), pendant neuf mois. Elle a hâte de m’embrasser ; de me cajoler. de me nourrir. Et tout doucement, tu m’achemines vers elle et me déposes dans ses bras. Tu sais que ma mère a pu avoir un accouchement pénible du fait des circonstances que je t’ai présentées, et qu’il lui a été difficile de m’accueillir correctement. Viens, Seigneur, me délivrer de toutes les conséquences aliénantes que ces blessures ont engendrées dans ma vie. (nommez tel événement, tel traumatisme… et prenez le temps de laisser descendre en vous cette grâce). »

Cette prière est en totale contradiction avec le Nota bene indiqué en prélude. Les blessures ont-elles ou non des conséquences aliénantes ? Le Nota bene n’est là que pour parer les critiques, mais B. Dubois pense qu’il y a aliénation : il le répète souvent dans ses écrits.

Retour Sommaire

L’accueil de mon père

Le même scénario se répète pour le père. Parmi les textes proposés à la méditation, se trouve Jn 5,19-20 et l’unité de volonté du Père et du Fils, l’obéissance du Fils fait remonter des émotions imaginaires sur les premiers contacts avec son père. « Je ne me souviens pas d’avoir été bercé(e) par papa. Et aujourd’hui, je ne peux m’imaginer la tendresse d’un père. » On tombe de haut à cette lecture… La tradition catholique n’avait jamais encore proposé une pareille lecture de Jn 5,19-20. Et la prière reprend la demande d’être délivré des « conséquences aliénantes que ces blessures ont engendrées dans ma vie ». Un ajout par rapport à la prière sur l’accueil de la mère : « Viens pallier ces carences dans mon cœur. Car tu peux combler mes manques affectifs, visiter les souvenirs douloureux qui m’enchaînent à mon père et créer de nouveaux liens d’amour. » Saint Joseph est bien sûr au rendez-vous, ce qui est une signature de B. Dubois. Sept mille personnes ont fait cette prière, validée par le Conseil de Vigilance de mgr Brincard.

Le délire continue avec une consécration de la naissance sous une formule trinitaire ; l’économie trinitaire est totalement chamboulée. Le Père est vu comme les bras qui donnent la sécurité, le Fils est celui qui a trouvé en Joseph et Marie la chaleur et l’amour, et l’Esprit Saint couvre de tendresse.

Retour Sommaire

L’après-midi : ma tendre enfance

Le thème de l’enfance, de la faiblesse, est largement présent dans l’Écriture. L’Agapè n’a pas eu de mal a retenir six textes scripturaires. Le prophète Osée y trouve bien sûr sa place : « J’étais pour toi comme celui qui élève un nourrisson contre sa joue… »

Et c’est un retour à l’enfance de mauvais aloi qui fait suite dans la mise en situation : « Maman me nourrit, elle me prend dans ses bras ; je suis heureux (e) de me blottir contre elle. » C’est la régression qui est mise en avant et non le mouvement symbolique qui fait monter vers le spirituel à partir de l’expérience sensible. Tout y passe même les troubles du transit qui viennent d’une réprimande donnée par les parents lorsque l’enfant s’est sali.

La prière demande encore à Dieu d’« enlever toutes les conséquences aliénantes que ces traumatismes de la petite enfance ont engendrées dans ma vie ». Et tout se termine près de marie, dans les bras de Joseph. « Merci, Seigneur. »

Retour Sommaire

L’arrivée d’un autre enfant

Là il est précisé que cette méditation est pour ceux qui sont concernés par le thème : il est en effet difficile d’être blessé par un frère ou une sœur qu’on n’a jamais eu… bien que lorsqu’on navigue dans l’imaginaire, on n’en est pas à une absurdité de plus ou de moins.

Ce qui est sûr : malheur à celui qui en a eu un ! cette arrivée déclenche en effet un noir scénario. Ce bébé vient prendre la place « sans que je sois préparé(e) à sa venue » - affirmation gratuite -, il provoque la jalousie, je me sens mis de côté, il est un « voleur de câlins », je me surprends à me venger sur ce bébé qui m’a volé ma place… et bien sûr aujourd’hui je ressens de la jalousie vis-à-vis de mes proches… On attend vainement un mot sur la joie apportée par le petit frère. Vient la prière à l’idole qui m’aime plus que tous et un pardon au bébé venu prendre « ma » place… à qui il n’y a rien à pardonner ! Le pardon est demandé aussi à l’égard des parents ! Leur faute est certainement d’avoir eu un enfant de plus…

Retour Sommaire

L’affirmation de soi

La journée se finit sur l’étape de l’affirmation de soi présentée comme le besoin de reconquérir l’amour de ses parents… sans rien dire pourtant sur la façon dont cet amour avait été perdu. Quoi qu’il en soit la réprimande qui suit la colère enfantine est fatale : je me sens rejeté, jugé, incompris. L’autre cas de figure, c’est de plier pour ne pas déplaire. mais alors je porte les conséquences de ces non refoulés. Il n’y a plus qu’à aller se faire consoler dans les bras de Dieu dans la prière. « Viens mettre ton pardon en moi pour tout comportement qui m’aurait blessé(e) et aurait contribué à me bloquer. Merci, Seigneur, d’être là pour équilibrer ma vie. Comble mon cœur d’une joie nouvelle est débordante, de cette joie des enfants de Dieu qui se savent aimés inconditionnellement. » L’essentiel est oublié : Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses frères. Mais le Christ mort sur la croix par amour est remplacé par une idole : le Dieu qui est la projection de ses propres désirs. Tel est bien le Dieu de l’Agapè.

Retour Sommaire

JEUDI

Retour Sommaire

Le matin : De ma mère vers mon père

Six versets d’Écriture sur le détachement du père et de la mère sont proposés à la méditation pour éclairer la mise en situation qui suit, différente pour une femme et pour un homme. Toutes les situations de souffrance qui peuvent se présenter dans le lien au père et à la mère sont énumérées. Il semble exclu d’avoir été heureux… Comme les autres jours, il est demandé dans la prière d’être libéré des traumatismes aliénants et des souvenirs pénibles de cette étape de la vie. Curieusement le temps semble avoir disparu. Dieu porte en lui une image de chacun de toute éternité, et il est demandé que cette image soit imprimée en soi. Nous sommes figés dans une image éternelle qui descend en nous ; il n’y a pas d’accomplissement de la personne dans le temps. L’homme n’est plus un être en devenir, qui collabore avec Dieu. Après la prière, vient le modelage de la glaise qui concerne la relation au Père. Il faut remonter le temps pour se retrouver, par ce modelage, à l’époque de la vie sur laquelle on médite, pour retrouver quelle était alors la relation que l’on avait avec son père : elle se retrouve par le bout des doigts. La raison est totalement absente de la démarche. On peut, selon l’Agapè, rejoindre le passé, sans tenir aucun compte de l’évolution postérieure, pour y mettre une image d’éternité. La notion de temps, si essentielle dans le christianisme, est totalement gommée. L’Agapè a totalement oublié que l’homme est en devenir : il n’est pas figé dans son passé. La matinée se termine par l’eucharistie selon le rite de la Communauté des Béatitudes validé par le conseil de vigilance. La messe commence avec le renouvellement des promesses du baptême qui normalement ne se fait que la nuit pascale, dans la liturgie romaine. Autre initiative innovante : une prière de guérison avec onction d’huile bénite sur les sens, est intégrée à cette messe ; le geste de l’onction des malades devient ainsi un geste pour la guérison des blessures. Il est bien expliqué que l’huile utilisée n’est pas du saint chrême, mais le geste a du poids en lui-même et prête à confusion.

Retour Sommaire

L’après-midi : ma scolarité

Les versets d’Écriture retenus parle de Dieu qui enseigne son peuple. L’enseignement de l’école est donc mis en parallèle avec l’enseignement donné par Dieu. La mise en situation retrace un tableau très noir de la scolarité, comme celui qui a été fait de la famille. Cela est repris dans la prière qui suit. Là nous apprenons que Dieu est l’éducateur parfait qui ne met aucune contrainte : « Tu connais mon intelligence et mes capacités. Et tu m’aides à donner le meilleur de moi-même, sans aucune contrainte. » Ce n’est pourtant pas ce que l’Écriture nous dit : « Car le Seigneur châtie celui qu’il aime » (He 12, 6). Et bien sûr, Dieu va libérer, comme dans toutes les étapes précédentes de la retraite, de ce qui aliène : « Tu me libères intérieurement des traces aliénantes occasionnées par l’exigence trop forte de certains enseignants ou de mes parents… » Le retraitant demande enfin à Dieu de pacifier sa mémoire (= guérison de la mémoire) et « restaurer sa liberté d’enfant de Dieu ».

Retour Sommaire

Mon adolescence

Les cinq citations bibliques choisies ne sont pas forcément en lien direct avec l’adolescence. mais peu importe. Elles ne sont qu’un prétexte pour une mise en situation qui met en scène une adolescence aussi noire et difficile que toutes les autres étapes de la vie : c’est la période du refoulement ! « Que le Seigneur, pour qui tout est possible, me guérisse ! » La prière qui suit met le retraitant dans la situation qui était la sienne pendant son adolescence : comme si le temps s’était arrêté. Un point de la prière, n’en déplaise aux théologiens du conseil de vigilance, a dû leur échapper : « Tu m’apprends, petit à petit, à aimer ce corps que tu as toi-même habité par ton incarnation. » La difficulté est double : le Verbe de Dieu n’a pas habité un corps, mais il est devenu chair. De plus son corps était le sien et pas celui du retraitant.

Retour Sommaire

L’homosexualité

Curieusement, c’est la seule fois qu’il n’y a pas de versets d’Écriture proposés. La méditation commence par la mise en situation différente pour l’homme et pour la femme. Le même scénario de malheur continue : le père violent, le fait de n’avoir pas correspondu à l’enfant désiré par les parents, la surprotection de la mère, la carence affective du côté de la mère, etc., etc.

La méditation se termine par une prière pour être dégagé, encore une fois, des influences aliénantes qui ont modifié, aspirations, goûts, attraits… Et, comme Dieu peut tout, il suffit de lui demander de « m’accompagner tout au long de ma croissance, et de corriger ce qui m’a brisé(e) dans mon être spirituel, psychologique et même physique ». En bref, Dieu est un super-thérapeute à tous les niveaux.

Retour Sommaire

VENDREDI

Retour Sommaire

Le matin. Les traumatismes sexuels

Toujours le même scénario : des paroles d’Écriture qui présentent Dieu appelant l’homme à revenir de ses voies mauvaises et en finale Dieu comme l’Époux de son peuple. Un traumatisme sexuel semble d’entrée de jeu être un péché. La mise en situation montre deux cas de figure : les jeux d’enfants ou des circonstances où l’enfant a été abusé. Faute d’avoir trouvé en son temps la présence de ses parents, le retraitant « se tourne aujourd’hui vers Dieu pour être guéri(e). » La prière qui suit commence en parlant de péchés, puis demande à Dieu « de libérer ma mémoire, mon imagination, mon affectivité et ma sexualité, des traumatismes passés. Je me laisse regarder par toi, de ce regard qui, sans me juger, m’aime et me pacifie ». On est passé du péché au traumatisme, sans plus d’explication. Et on en arrive aux blessures : « Les blessures que j’ai reçues à travers ces expériences sont si profondes que ma sensibilité se refuse à donner le pardon à mes agresseurs. La vengeance et la rage jaillissent dans mon cœur. Avec toi seulement, Seigneur, je peux accorder ce pardon parce que toi, tu as pardonné à tes bourreaux. C’est avec ton cœur rempli de miséricorde que je veux pardonner à mon tour : car seul(e), j’en suis incapable. » Si l’on comprend bien, le pardon porte sur les blessures. C’est bien d’elles qu’il est question à l’Agapè.

Retour Sommaire

L’eucharistie

C’est une eucharistie à thème : la Croix glorieuse, de mystère, est devenue un « thème ». On peut se demander quelle est cette liturgie qui célèbre des thèmes ? Sans transition, on passe de la croix source de notre salut, au Christ qui est le seul à venir au devant de nos souffrances et de nos blessures pour nous consoler et nous libérer. C’est dans la croix du Christ que se fonde la démarche Agapè, moyennant quelques rectificatifs faits à la sotériologie catholique. Il faut dire que cette approche de la rédemption porte la marque de la théologie des Béatitudes qui se trouvait déjà chez Ph. Madre. Le Christ a souffert sur la croix pour guérir nos blessures psychologiques avant tout. Il n’a pu rester indifférent devant ces conséquences du péché originel !

Conséquents avec ce qu’ils professent, chaque retraitant dépose dans les plaies du Christ un pétale de rose rouge « qui symbolise les blessures résiduelles, celles qui restent encore douloureuses ou oppressantes ».

Retour Sommaire

L’après-midi : mes deuils

La série noire continue avec les deuils, ouverte par la méditation de six versets d’Écriture. Deuils d’abord avec le départ d’un proche, un avortement, ou aussi ruptures affectives - divorces, suicides, etc. - : telles sont les mises en situation proposées. Trois prières sont proposées : l’une convenant après un deuil, l’autre pour une rupture familiale ou amicale et la dernière pour une rupture dans la vie conjugale.

Retour Sommaire

Mes échecs

Les échecs sont la fin de la série noire : c’est par eux que se terminent la relecture de sa vie. Cinq textes d’Ecriture présentent un Dieu qui console. Puis le défilé des échecs scolaires provoqués par un accident, un deuil ; ou des échecs professionnels. Echec aussi d’un bel amour, maladie, dépression, un enfant qui prend un chemin de traverse, etc. Pour consolation, la prière est adressée à Jésus qui a connu l’échec humain de la croix et demande la guérison pour finir : « Par ta Résurrection, tu sauras faire jaillir du bien même de ce qui semble me briser. Tu te penches sur chacune de ces situations décevantes qui ont produit en moi tant d’amertume ; je les revois une à une avec toi. Je veux t’en parler librement et me laisser consoler par toi qui me comprends et me guéris. Amen. »

Retour Sommaire

Samedi Le matin. Le sacrement de réconciliation

Six textes sur le péché et le pardon de Dieu ouvre la méditation. Une présentation du sacrement est exposée et un examen de conscience est proposé sur les sept péchés capitaux. Il est ensuite expliqué comment on se confesse.

Retour Sommaire

La joie du pardon

En trois étapes de pardon, le retraitant descend jusqu’aux racines du traumatisme et Jésus vient le délivrer de tout ce qui l’aliène, à la suite de prières qui sont pour la plupart des auto-pardons proches des pardons utilisés par les évangéliques pentecôtistes. Grâce à cela, l’être est assaini et pacifié. C’est bien le but de l’Agapè : Dieu contribue à mon bien-être psychologique.

Retour Sommaire

L’après-midi. mon engagement

Une prière est proposée pour chaque situation : célibat, mariage, veuvage, séparation-divorce, vie consacrée religieuse sacerdotale. Chacun renouvelle l’engagement qui est le sien.

Retour Sommaire

Conclusion

Au terme de ce parcours, il est aisé de comprendre cet extrait poignant d’un témoignage contenu dans le Livre noir : « Les liens de causes à effets énoncés dans le topo des traumatismes sexuels sont particulièrement délirants. Après avoir brisé le bonheur de l’enfance, l’amour reçu par ses parents, la vie conjugale est attaquée. L’hymne à l’Amour qu’est la sexualité devient suspecte et dangereuse. Je suis totalement accablé par toutes ces descriptions tordues. La vie me parait très compliquée, moche, semée d’embûches et de danger. Je perds le chemin de l’espérance. Accablé par cette atmosphère glauque, je pleure plusieurs fois par jour. Je n’en n’ai pas encore conscience mais je suis touché au plus profond de mon être. » Comment les responsables de l’Agapè, dans leur réponse aux médias, ont-il pu attaquer ce témoignage ? Comment peuvent-ils nier les victimes que leurs retraites provoquent ? Ils le savent pourtant fort bien, d’après ce que l’on peut lire dans la formation à la délivrance : « Le dévoilement peut être si fort qu’il crée comme une déflagration, voir même un effondrement psychique temporaire qui peut plonger la personne dans le désarroi et la révolte. »

Retour Sommaire

Source : Golias Magazine N°149/150 - Mai 2013

Dossier réalisé en partenariat avec le Centre Contre les Manipulations Mentales.

« Agapè : les thérapies chrétiennes en question » Enquête.