Mercredi 27 mars 2013 — Dernier ajout jeudi 27 mars 2014

S. Hassan : Profession, exfiltreur de sectes (VIDEO)

Steven Hassan est l’un des plus grands spécialiste au monde du phénomène sectaire. Il a mis au point une théorie pour désigner le schéma de contrôle de l’esprit appliqué dans les sectes à structure pyramidale : le B c’est pour « Behaviour », le contrôle du comportement, le I pour le contrôle de l’information, le T pour « Thoughts », le contrôle des pensées, et le E pour celui des émotions.

Mon nom est Steven Hassan, je suis conseiller en santé mentale, je vis à Boston, Massachusetts, et je suis spécialiste des sectes, de leur manipulation de l’esprit et lavage de cerveau.

C’est ma propre expérience dans une secte qui m’a mené à ce sujet. j’ai été recruté à l’université par un groupe de la secte Moon, appelé l’église de l’unification. J’ai abandonné la fac, quitté mon boulot, vidé mon compte en banque pour eux. J’ai coupé les ponts avec ma famille et mes amis, parce que je pensais qu’ils étaient Satan. Je pensais que la fin du monde (l’armaggedon) serait pour 1977, et j’ai radicalement changé de personnalité : je n’étais plus Steven Hassan, fils de mes parents et frère de ma soeur, mais Steven Hassan, fils du Messie et de sa femme. J’ai appris à parler le coréen et je pensais que les coréens étaient le peuple élu.

Bref, un jour je me suis endormi au volant d’un van, j’ai percuté l’arrière d’un semi-remorque à 130 km/h, je me suis cassé une jambe, blessé l’autre, et j’ai appelé ma soeur depuis l’hôpital, et, avec mes parents elle a organisé une intervention pour me « déprogrammer ». Moi je ne voulais pas, je me sentais bien dans le groupe et je ne voulais pas le quitter, je pensais que j’étais en train de sauver le monde, de rapprocher les autres vers Dieu. Et grâce aux anciens membres du groupe d’intervention, j’ai appris ce qu’était un lavage de cerveau, en particulier celui du communisme chinois, et en essayant de m’expliquer ce phénomène j’ai pensé à adolf Hitler, aux nazis… Je viens d’une famille juive qui a beaucoup lu sur l’holocauste, et là ça m’a frappé très fort. Je me suis réveillé et je me suis rendu compte qu’ils avaient pris le contrôle de mon esprit, qu’il y avait eu des changements radicaux dans mes croyances, même mes souvenirs d’enfance avaient changé.

C’est donc là que tout a commencé, et 36 ans plus tard, presque 37, j’ai aidé des milliers de personnes partout dans le monde, j’ai écrit plusieurs livres sur le sujet, le dernier en date étant « Freedom of mind », afin de mettre en lumière la manière dont fonctionne l’esprit, comment l’influence peut être utilisée de façon non-éthique, comme dans certains cas par l’hypnose. J’ai créé un schéma du contrôle de l’esprit que j’ai appelé « B.I.T.E. » : le B c’est pour « Behaviour », le contrôle du comportement, le I pour le contrôle de l’information, le T pour « Thoughts », le contrôle des pensées, et le E pour celui des émotions. Et dans tous ces groupes comportant une structure pyramidale, on retrouve cette relation de contrôle exercé par le haut de la pyramide sur un individu, le contrôle de son comportement, de l’information, de ses pensées et de ses émotions, destiné à construire une nouvelle personnalité dépendante et obéissante : c’est la définition de toute relation destructrice liée au contrôle de l’esprit.

Ainsi, mon travail comme décrit dans « Freedom of mind » est le reflet de mon évolution durant ces 36 ans. Il passe de la déprogrammation forcée des membres de sectes, comment on les enferme dans une pièce et on leur explique la façon dont on leur a lavé le cerveau, à la fin volontaire de la thérapie, qui est devenue de plus en plus compliquée car les leaders des sectes ont pris connaissance de mon travail et ils demandent à leurs membres de ne jamais rentrer seuls chez eux, et de se manifester toutes les 2 ou 3 heures. J’ai donc dû changer d’approche, la faire évoluer jusqu’à ce qu’elle devienne ce qu’elle est aujourd’hui. En gros je travaille avec les familles, les amis, les membres de la communauté, anciens ou nouveaux, et je coordone une approche interactive stratégique pour saper la programmation de la secte et reconnecter chacun avec ce qu’il est profondément.

Ce que j’ai appris de mes années d’expériences, c’est qu’au fond, tout le monde a besoin d’être libre, d’être aimé, et personne n’aime être exploité, maltraité, privé de ses passions, de ses talents, de ses capacités, contrôlé par sa peur, sa honte ou sa culpabilité… C’est pourquoi ma méthode est basée sur l’amour, mais aussi sur l’influence éthique.

En d’autres termes, ce que je dis à mes clients c’est que le but n’est pas de les faire sortir de la secte, mais de les pousser à penser par eux-mêmes et à prendre leurs propres décisions. Il ne s’agit pas de substituer un contrôle à un autre, mais de chercher à rentrer en contact avec la personnalité profonde, authentique, de la personne, à l’encourager à s’écouter, à comprendre le principe de l’influence non-éthique, et à découvrir d’autres groupes et d’autres schémas, à poser des questions aux autres afin de pouvoir comparer, de tester - j’appelle ça le test de la réalité - leur situation ou leur environnement. Et mon expérience m’a prouvé que si c’est fait avec amour, et de façon très créative et respectueuse, les gens se réveillent et sont capables de se sortir de situations extrêmes, même s’ils n’ont connu que ça. J’ai aidé des gens qui avaient passé 50 ou 60 ans dans une secte, toujours parce que je sens que tout le monde désire être libre, connaître la vérité et que personne ne veut être un esclave.

Selon moi l’Europe est beaucoup plus consciente de l’existence des sectes que les Etats-Unis, surtout les sectes religieuses. Mais dans mon travail je définis n’importe quel système autoritaire, qu’il soit politique comme en Corée du Nord, que ce soit dans une thérapie ou l’éducation, dans le business, dans une entreprise, un groupe marketing ou encore religieux. N’importe quelle situation qui éloigne les gens d’eux-mêmes, qui les exploite, les rendent dépendants et obéissants à une figure autoritaire externe et destructrice. Et ce dont je me rends compte quand je parcours le monde, c’est que la chose la plus positive qui nous soit arrivée c’est internet, car elle permet aux gens de contourner le contrôle de l’information que les groupes autoritaires veulent maintenir sur leurs membres.

C’est fascinant, depuis 1995 environ, les anciens membres peuvent créer des sites web qui parlent de leurs groupes, et si quelqu’un fait une recherche sur un groupe avant de le rejoindre, s’ils cherchent bien ça peut carrément les en empêcher. Mais ce qui se passe maintenant, en 2013-2014, c’est que les grandes sectes qui ont beaucoup d’argent manipulent internet et ses moteurs de recherche, et ils sont de plus en plus nombreux à poursuivre en justice les anciens membres qui mettent ces informations en ligne. C’est le jeu du chat et de la souris. Mais le plus important pour que les gens soient libres, c’est qu’ils puissent avoir accès à des informations venant d’origines et de perspectives diverses et qu’ils aient la confiance et les capacités analytiques nécessaires pour pouvoir distinguer le vrai du faux. Je pense que si un groupe ou un individu est légitime, il résistera à cette investigation.

Les gens doivent devenir des citoyens du monde et réaliser que l’on doit penser à long terme pour créer un futur où on se respecte les uns les autres malgré nos divergences politiques ou religieuses. nous devons apprendre à vivre ensemble sur cette planète, et abandonner cette culture du noir ou blanc, du nous contre eux, du bien contre le mal, et cette déshumanisation de ceux que les leaders montrent comme étant l’ennemi. Il faut prendre conscience que même s’il y a des gens qui habitent en Corée du Nord, et que leurs dirigeants menacent de faire exploser une bombe nucléaire, ça ne fait pas des Coréens des gens mauvais, ça signifie juste qu’ils sont sous le joug d’un système autoritaire corrompu, tout comme les membres de groupes religieux totalitaires ne devraient pas être stigmatisés mais traités avec amour et respect, et être encouragés à penser par eux-mêmes.