Vendredi 1er mars 2013 — Dernier ajout mercredi 1er mai 2013

Solweig Ely : Le silence et la honte

Agée aujourd’hui de 31ans, Solweig Ely livre dans son ouvrage « Le Silence et la honte » un témoignage sur une enfance et une adolescence dévastées par un pédophile.

Présentation de l’éditeur :

Au cœur de l’été 1989, les parents de Solweig décident de se retirer du monde pour rejoindre la communauté religieuse des Béatitudes, avec leurs quatre filles. Solweig se retrouve livrée à elle-même dans une vaste abbaye où chacun vit sous l’emprise d’un « berger » tout-puissant. Trop absorbés par leur quête spirituelle, son père et sa mère ne voient pas qu’un haut responsable de la communauté s’introduit chaque soir dans la chambre de la fillette. Lorsque, plus tard, celle-ci se plaindra des agissements du religieux, ils l’accuseront de mentir et l’éloigneront du domicile familial par crainte du scandale.

Ainsi condamnée au silence, Solweig n’a pas pu surmonter sa douleur. Malgré elle, la jeune fille a perdu toute confiance en ses parents et, plus généralement, dans le monde des adultes. Placée dans un internat puis dans diverses familles d’accueil à l’adolescence, elle a depuis lors vécu une longue errance à la recherche d’elle-même – jusqu’à ce que son agresseur se dénonce publiquement, un jour de février 2008. Refusant de se taire plus longtemps malgré les pressions de son entourage et le suicide de son père le 12 octobre 2010, Solweig dévoile aujourd’hui le calvaire vécu durant ces vingt-et-une années d’indifférence. Pour que d’autres enfants, soumis aux mêmes épreuves qu’elle, soient mieux protégés.

Biographie de l’auteur : Solweig Ely avait neuf ans lorsqu’un moine lui a, plusieurs mois durant, infligé des attouchements sexuels. Parce que ses parents ont à l’époque choisi d’ignorer sa souffrance, elle a longtemps dû porter seule ce lourd secret. Vingt-et-un ans plus tard, Pierre-Étienne Albert, en avouant publiquement les gestes dont il s’est rendu coupable, lui a restitué sa part de vérité.

Présentation du livre sur le livre de l’UNADFI http://www.unadfi.org/le-silence-et-la-honte.html

Une vie communautaire

Solweig a 9 ans lorsqu’à la fin des années 80 ses parents décident de vendre tous leurs biens et de mener une nouvelle vie retirée du monde, au sein d’une abbaye appartenant à la Communauté des Béatitudes. Ses parents y travailleront bénévolement quinze heures par jour. Mais leur intégration y est difficile et le lien entre les parents et leurs quatre filles se brise. D’autant plus que l’autorité des parents est transférée au chef de la communauté, « le berger ».

Un personnage avait joué un rôle décisif dans l’engagement des parents de Solweig : le « chantre » de la communauté, Pierre-Etienne. Proche du fondateur des Béatitudes, Ephraïm, il sut se faire apprécier des parents de la fillette. Un mois après son arrivée à l’abbaye, Pierre-Etienne frappa pour la première fois à la porte de la chambre de Solweig. Il prit l’habitude de passer tous les soirs pendant que les adultes dînaient. Ce cérémonial commença par sembler étrange à Solweig puis, au fil du temps, la plongea dans un état de confusion.

De plus en plus audacieux, Pierre-Etienne finit par l’agresser sexuellement. L’emprise psychologique qu’il exerçait sur elle était si forte qu’il n’avait même pas besoin de la contraindre physiquement. Un soir, son père surprit Pierre-Etienne dans la chambre de Solweig mais… il ne dit rien.

Pierre-Etienne finit par quitter définitivement l’abbaye. Quant aux parents de Solweig, un an après leur arrivée dans la communauté, ils reprirent leur « liberté », fuyant « un peu comme des voleurs » avant le lever du jour ! Solweig qui avait alors dix ans ne parvenait pas à expliquer la sensation de profond malaise et d’angoisse qu’elle ressentait. Elle était persuadée que cette souffrance finirait par disparaître avec le temps.

Une enfance et une adolescence fracassées

Solweig connut ses premières difficultés à l’école où elle fut rapidement cataloguée comme perturbatrice. Convoqués par l’institutrice, ses parents semblèrent tomber des nues lorsqu’il fut question de « l’indiscipline » de Solweig et de son attitude « ambiguë » avec les garçons. Furieux, son père la traita alors d’« allumeuse », de « catin » et de « pute », concluant qu’elle avait bien cherché tout ce qui lui était arrivé ! Quelque temps après, sa mère lui asséna qu’elle était « une mauvaise fille », « submergée par le péché » et qu’elle devait se laver de ses fautes. Mise au ban de la famille, il lui arrivait de plus en plus souvent d’entendre qu’elle était « le fruit pourri de la coupe » ou encore la porte par laquelle le diable risquait d’entrer dans la maison. Plus tard, en pleine ré¬bellion, elle provoqua la violence de son père qui la gifla brutalement. Sa mère, qui lui reprochait de les pousser à bout, lui infligea une « correction » pendant vingt minutes avec une règle en bois. Couverte d’hématomes, elle fut repérée au collège. Convoqués cette fois par la directrice, ses parents décidèrent alors de retirer Solweig du collège pour l’envoyer étudier à la Maison d’éducation de la Légion d’Honneur, à Saint-Germain en Laye. A deux reprises, Solweig tentera de se suicider. Elle finira par être renvoyée. Mais ses parents qui ne voulaient plus d’elle la déposèrent dans… un hôpital psychiatrique ! Elle avait quinze ans.

Une semaine après, c’est au tribunal pour enfants qu’elle se retrouva avec ses parents, suite au signalement du psychiatre de l’aide sociale à l’enfance… D’autres évènements tout aussi traumatisants se produisirent ensuite. La famille se retrouva, une fois encore, dans le cabinet du juge pour enfants qui finit par accuser les parents de maltraitance psychologique, les menaçant de les déchoir de leur autorité parentale.

Dévastée et plus solitaire que jamais, Solweig se laissa dériver. Elle se lia quelque temps à un homme un peu plus âgé qu’elle et à dix huit ans, donna naissance à un petit garçon. Pendant quatre ans, elle mènera une vie errante, séparée de son fils. Une nouvelle rencontre lui fit l’effet d’un « bol d’oxygène », mais son mal-être restait trop prégnant. Elle fit deux nouvelles tentatives de suicide. Sa fuite en avant se termina à Mayotte où elle se fixa quelque temps. Elle put se reconstruire et y rencontra… son futur mari.

Une frénésie médiatique

En 2008, mariée et mère de trois enfants, alors qu’elle croyait avoir retrouvé une certaine quiétude, elle reconnut le visage familier de son prédateur, Pierre-Etienne, à la télévision. Le moine avait décidé d’avouer publiquement ses agressions sexuelles sur une cinquantaine d’enfants vivant dans les différentes communautés des Béatitudes. Omniprésent pendant plusieurs jours sur toutes les chaînes télévisuelles, dans la presse et à la radio, il ressassait sur tous les tons le « besoin de soulager sa conscience ». C’est lui également qui lança les journalistes sur la piste de Solweig en leur parlant du « témoignage » qu’elle avait déposé en 2001, soit sept ans auparavant, au tribunal de grande instance d’Avranches dans la Manche. Ce « témoignage » qui incriminait ses parents restés passifs à l’époque des abus sexuels, était resté sans suite.

Conjointement à la frénésie médiatique concentrée sur la Communauté des Béatitudes au cours de cette année 2008, Solweig fut convoquée par les enquêteurs. Elle put enfin décrire les mauvais traitements que Pierre-Etienne lui avait fait subir pendant plusieurs mois. Auditionnés à leur tour par les policiers, ses parents essayèrent de la persuader de ne pas se constituer partie civile. Comme à l’époque de son adolescence, elle était toujours « la source de leurs problèmes » et non pas la victime d’un pédophile. Malgré tout, en 2010, deux ans après la confession publique de Pierre-Etienne, Solweig se constitua partie civile. Cette année là, son père se donna la mort.

A l’automne 2010, l’instruction semblait toucher à sa fin. Solweig espère que le procès de Pierre-Etienne qui s’annonce lui permettra de s’adresser à tous ceux qui durant vingt et un ans ont employé tous les moyens pour la réduire au silence. Elle souhaite enfin que son témoignage ait un rôle de sensibilisation auprès de « certaines familles »…

Le Silence et la honte Solweig Ely, avec la collaboration de Cyrille Louis, Editions Michel Lafon, 2011

Vos réactions

  • Françoise 14 février 2017 09:09

    J’en profite pour rajouter un lien sur un très bon article d’un médecin de l’association Stopauxviolencessexuelles :

    http://www.stopauxviolencessexuelles.com/wp-content/uploads/2014/05/Le-viol-un-crime-ontologique-Dr-Ferre-SVS-Montpellier-140502-pour-mise-en-ligne.pdf

  • Abus sexuels 11 février 2017 15:56, par olivia

    Moi c mon père qui m’a violé, il abusé de moi tout les dimanches apres le cultes, j’ai pas porté plainte ré contre mon géniteur ; ma soeur n’a rien subis j’ai tout pris pr la protéger .

    • Abus sexuels 14 février 2017 08:55

      Bonjour Olivia

      Merci pour votre intervention. Ce que vous décrivez est malheureusement ce qui se passe dans certaines familles qui se parent publiquement d’une moralité catholique exemplaire alors que la réalité est tragiquement toxique. Pour avoir vécu cela aussi dans ma propre famille, à l’époque où les droits de l’enfant n’existaient pas et où l’inceste n’était pas encore vraiment dénoncé (à peine dans les milieux modestes), je sais à quel point il était encore bien plus compliqué qu’aujourd’hui de porter plainte contre son parent ou ses parents violeur(s). J’espère que depuis ces crimes atroces commis contre vous, vous avez pu traiter et dépasser ces traumatismes, même sans porter plainte contre votre géniteur violeur. Prenez soin de vous, surtout ! Cordialement Françoise