Mardi 2 décembre 2014 — Dernier ajout dimanche 1er février 2015

Témoignage de Camille : Bethléem, un système à tendance paranoïaque.

J’ai été très proche de la communauté de Bethléem pendant une quinzaine d’années entre 1987 et 2002. J’ai renouvelé plusieurs fois des engagements temporaires dans le tiers ordre. J’ai pris mes distances au bout de douze ans car je ne supportais plus les « manipulations et l’autoritarisme irrespectueux » d’une prieure auprès des laïcs et des sœurs de son monastère.

J’ai fini par prendre le large définitivement en me rendant compte que certains fonctionnements à Bethléem me mettaient tellement en colère que je n’arrivais plus à faire mon miel des bonnes choses que j’y avais trouvées avant. L’enchantement des débuts s’était peu à peu transformé en cauchemar et en exaspération exacerbée par rapport à toutes les manigances que les sœurs déployaient pour se servir de nous. Les laïcs plus matures ne se faisaient pas avoir. Mais les plus naïfs se laissaient manipuler et c’était horrible d’en être le témoin. Pour autant, je pense qu’il y a de belles choses dans cette communauté avec une spiritualité mystique très stimulante.

Ne sachant pas quoi dire tant il y avait à dire, une amie bienveillante m’a aidée à faire le tri en me posant des questions et j’ai structuré mon texte en fonction.

Qu’est-ce qui te conduit à témoigner ?

Le témoignage de Fabio ne comporte pas de volonté de procès et cela me convient. Il décortique simplement, dans une analyse mesurée, les mécanismes tordus du fonctionnement de cette communauté. En lisant son témoignage, ma première réaction a été de me dire : « Donc, je n’étais pas folle. C’est elles qui ont des bouchons dans les oreilles et dans les yeux. » Et plus j’avançais dans la lecture, plus des images de situations, que je n’avais pas su décrypter à l’époque, me revenaient. Son témoignage était libérateur. Je n’étais plus seule dans cette analyse. Il m’a permis de comprendre pourquoi je n’avais plus supporté, à un moment donné, la pression et les manipulations.  Comme laïcs, nous avons une responsabilité. A l’époque, certains d’entre nous avaient soulevé des dysfonctionnements majeurs, sans les identifier complètement. Nous sommes nombreux à avoir soutenus financièrement ce système. Et, vis-à-vis des sœurs et des frères qui ont morflés, nous avons une responsabilité. Je souhaite vivement que les responsables de l’Église aident ce système à se détordre, à rendre droit les chemins, sans briser l’inspiration initiale, en permettant à toutes ces âmes de bonne volonté de pouvoir suivre ce que leur inspire leur for interne.

Je vais essayer le plus honnêtement possible de vous présenter mon regard évolutif sur cette communauté : la première séduction, l’insertion, la prise de recul, la dénonciation aujourd’hui et enfin, la relecture critique. Je vais m’efforcer d’être fidèle à mes impressions à l’époque. Mais, une fois de plus, le témoignage de Fabio m’a aidée à relire avec beaucoup plus de clarté et à mettre des mots sur cet imbroglio. Il n’y a pas de problème de mœurs à Bethléem. Il y a surtout confusion et fusion accentuée par une vie en autarcie. L’expérience de l’altérité n’existe plus. Et en ce sens, la liberté des personnes en est fortement entamée.

Comment as-tu connu Bethléem 

Par une copine, à la fin des années 80. Cette jeune femme parlait tellement en bien du groupe de prière des jeunes que ça m’a donné envie de le rejoindre. J’avais à l’époque 25 ans. Nous nous retrouvions chaque mardi soir dans un oratoire, en haut de la boutique d’artisanat des sœurs de Bethléem à Paris, pour une Lectio Divina, une demi-heure d’adoration devant le Saint Sacrement, et nous chantions les Complies. Nous achevions notre soirée à la brasserie d’à côté. Un week-end par mois, nous nous retrouvions au monastère des sœurs en région parisienne. Nous logions en ermitage individuel. Là, nous vivions un temps de solitude, repas compris, participions aux offices des sœurs, avec un partage de la Lectio deux fois pendant le week-end. Et le week-end s’achevait par un repas communautaire après la messe. L’été, nous faisions une retraite d’une semaine aux Voirons, en général juste après le Mois Évangélique pour profiter de la présence de Sœur Marie qui nous rencontrait personnellement et nous enseignait. C’était joyeux, paisible, amical et tout simple. 

Les premières années, Sœur Marie prêchait avec le père Marie-Dominique Philippe. Peu à peu, elle a animé, seule, ces retraites de jeunes. Je préférais. Car je connaissais trop le père Philippe depuis ma tendre enfance et je n’avais jamais accroché avec sa spiritualité que je trouvais éthérée et désincarnée. Sœur Marie avait beaucoup d’humour. Créative et concrète, elle me convenait mieux. Sa familiarité avec le Seigneur me la rendait sympathique. Quand je suis arrivée à la Fraternité des adultes, c’est là que j’ai fait connaissance de Frère P.. Sœur Marie et Frère P. prêchaient ensemble nos retraites de laïcs. C’est uniquement dans ce contexte que j’ai connu Frère P..

En 1990, la fédératrice de notre groupe de prière est entrée dans la communauté de Bethléem pour être moniale. Notre groupe est clairement devenu l’un des lieux de recrutement de la communauté. Pour ma part, je ne voulais pas faire le Mois Évangélique car je ne me voyais pas moniale à Bethléem. Sœur Marie m’a proposé de faire une retraite sur mesure avec la maîtresse des novices de l’époque. J’ai alors passé un mois et demi au noviciat, vivant presque au rythme des sœurs. Je ne me levais pas à 4 heures du matin comme elles mais je participais aux Matines, aux Vêpres et à la Messe. Je prenais mes repas en cellule et en solitude comme les autres sœurs. Je n’avais pas d’activité artisanale ni de service pour la communauté. Je priais toute la journée sur des textes de l’Évangile et me baladais dans les montagnes. La sœur qui m’accompagnait passait me voir chaque soir environ ½ heure pour m’aider à relire ma journée et me donner le texte à méditer le lendemain. Cette retraite m’a fait passer d’une religion culturelle et familiale à une véritable rencontre avec le Christ. J’ai alors pris la décision de m’engager davantage comme laïc à Bethléem. J’avais une trentaine d’années. Comme d’autres, je ne me sentais pas à la hauteur pour « affronter ce monde si difficile et si loin de mes valeurs ».

Que trouvais-tu à ce moment-là, dans cette communauté ? 

Comme j’étais très boulimique d’activités, Bethléem était un lieu où j’avais plaisir à me ressourcer. J’avais besoin de faire une pause dans le brouhaha citadin. J’y retrouvais aussi beaucoup de codes présents dans ma famille : la vie mystique avec les pères du désert, le bon niveau intellectuel, la croyance qui dit que le silence est d’or et la parole d’argent, l’adoration summum de la pureté des cœurs, de très belles liturgies d’inspiration orthodoxe (à l’époque, on chantait encore souvent du Gouzes), l’idée que le monde était mauvais et que nous, nous étions bons et fiers de ne pas en être. J’étais encore assez gamine pour me sentir en sécurité dans un lieu très maternel comme ce cocon de Bethléem.  La sœur qui m’accompagnait pendant ma retraite était structurante, protectrice, bienveillante et possessive comme ma mère. J’avais été élevée dans ma propre famille, dans de la soie surprotectrice à en étouffer, où on me disait que j’étais issue d’un milieu privilégié et que je devais en être fière. Et parce que j’avais beaucoup reçu dans mon berceau, je devais beaucoup donner. Le monde était considéré comme mauvais et aliénant. Cela collait bien avec le style de Bethléem. Je n’étais pas dépaysée : j’étais dans une communauté qui fonctionnait comme ma famille. Comme une oie blanche, je gobais à peu près tout ce qu’on me disait et, du coup, dès que je me frottais au monde, j’allais de déceptions en déceptions. Et puis, à Bethléem, « tout est ordre et beauté, … calme et volupté » pour reprendre le poème de Baudelaire. Et peu à peu le « luxe » est arrivé. D’être nourrie intellectuellement et spirituellement, de venir me ressourcer dans des lieux aussi harmonieux, de découvrir une mystique dont on disait qu’elle était novatrice et visionnaire était très valorisant. Je me sentais une privilégiée de rejoindre ce mouvement radical et préservé de ce monde.

Qu’est ce qui attire tant à Bethléem ?

C’est comme celui qui veut gagner beaucoup d’argent et qui joue au Poker. Il se prend au jeu. Ou comme celui qui veut passer à la télé et qui postule pour la Star Ac. S’il est sélectionné, ça flatte son égo et on peut lui faire faire ce qu’on veut. Tous ceux qui ont misé sur Bethléem sont esthètes, intellectuels, idéalistes. Ils ont soif d’un univers maternel et protecteur, ils veulent consacrer leur vie à Jésus et grandir dans la sainteté. Et Bethléem offre tout ça. Mais à quel prix… En plus, on nous fait comprendre et parfois on nous dit explicitement que « la Vierge nous a choisis et nous sommes des privilégiés, mis à part car nous ne sommes pas de ce monde. Nous sommes tirés à part, dans un perpétuel amour à l’image de la Vierge dans la Trinité. On se sent compris dans notre côté atypique, unique, incompris de ce monde ». Et on s’élance avec ardeur dans ce parcours d’exception, plein d’idéal qui aspire à la sainteté. L’orgueil spirituel peut aussi en être flatté. C’est tentant… 

Quand j’ai repris des études en Sciences Humaines, en apprenant les étapes de construction d’un homme et la sociologie des organisations, j’ai pris conscience progressivement qu’il fallait que j’écoute davantage mes intuitions personnelles et que j’accueille le principe de réalité. J’ai alors commencé à aimer le monde et à l’apprivoiser peu à peu, à en découvrir ses codes et à trouver que cela était bon aussi. Et à ruer dans les brancards chez les laïcs de Bethléem. Mon accompagnateur spirituel, un Jésuite, m’a aussi aidée à grandir en liberté. J’en parle plus bas longuement.

Quel souvenir gardes-tu de Sœur Marie, la fondatrice ?

Le système s’est construit avec une femme qui avait une parole forte et un très grand charisme. Elle était très belle. Elle était grande. Elle avait une tête magnifique et des yeux perçants et magnétiques qui donnaient l’impression qu’elle lisait dans nos âmes. « Un décor de mode » comme nous disions entre nous, séductrice, très créative et futée, avec une vision mystique très séduisante et innovante. Elle avait de l’esprit, une façon poétique et métaphorique de parler de ses découvertes mystiques. Elle fascinait ou exaspérait toute personne qui l’approchait. Mais elle ne laissait pas indifférent. Elle avait beaucoup d’humour sur elle-même. Et il ne fallait pas être susceptible. Elle pouvait avoir des propos blessants. Car elle était joueuse… Elle n’avait d’estime que pour ceux qui avaient du répondant et qui l’appréciaient. Les autres étaient à ses yeux des personnes manquant de personnalité ou immatures. Je l’ai entendue dire en aparté, après avoir donné des directives, que ça l’agaçait « qu’on lui obéisse sans réfléchir ». Mais elle trouvait que les sœurs devaient expérimenter l’obéissance aveugle pour devenir de véritables moniales. Les novices les plus scrupuleuses étaient décontenancées. Elle avait fondé une communauté dont elle disait elle-même qu’elle n’aurait pu être que Chef. Car ce qu’elle demandait à ses sœurs, elle était tout à fait incapable de se l’imposer. Elle disait aussi que Bethléem était trop en avance sur son temps, que la communauté serait incomprise et persécutée et qu’il fallait se préserver de ce monde pour garder ce « trésor ». Aussi, on nous recommandait de ne diffuser aucun document et de parler de Bethléem, seulement à des personnes dont on serait certain qu’elles ne récupèrent pas le message en le déformant. C’était une femme avec ses beautés et ses déviances. Elle a construit un système qui a accueilli ses beautés et ses déviances, qui rejoignaient chacune dans ses fragilités. Sœur Isabelle, si différente pourtant, a pérennisé ce culte du secret et a gardé la même structuration hiérarchique. Par exemple, celui de nommer les prieures, et à vie. Cela engendre inévitablement, des déviances du système de décision.

Je ne peux pas tellement parler de Frère P. dans mon témoignage car je n’ai jamais eu de contacts personnels avec lui. J’en ai eu beaucoup plus avec Sœur Marie, et dans des occasions très différentes. Je préfère n’évoquer que de ce dont j’ai été témoin. Pendant toutes les années où il a prêché la retraite annuelle des laïcs, j’ai reçu des enseignements de Frère P.. Il avait remplacé le père Philippe et a été ensuite remplacé par son successeur. J’aimais beaucoup voir Sœur Marie et Frère P. nous enseigner à tour de rôle. Frère P. savait nous faire entrer dans cette spiritualité d’enfouissement, dépouillée et chère aux Chartreux. Sœur Marie savait nous parler de la vie du Ciel et de la Vierge au cœur de la Trinité. Ils étaient très complémentaires. Et, vu du côté des laïcs, c’était très intéressant de les voir parler d’une même spiritualité sous des angles et sensibilités différents. Sœur Marie adorait les personnes qui la confrontaient gentiment. Frère P. faisait partie de ces gens-là. Parfois, dans l’élan de sa créativité, Sœur Marie manquait de rigueur théologique. D’autres fois, elle chamboulait l’emploi du temps. Ce qui perturbait l’organisation. D’autres fois encore, elle était trop longue et rognait sur les temps de solitude. Il savait le lui dire. Frère P. avait une très grande honnêteté intellectuelle. Ce qu’il enseignait, on voyait qu’il le vivait. Il n’était pas manipulable, ni par nous, ni par les sœurs. Et les sœurs le savaient. Un jour, Sœur Marie nous avait dit qu’elle était tellement heureuse de toutes ces fondations : 50 entrées en noviciat cette année-là ! Quand ce fut le tour de Frère P. de nous enseigner, il nous a dit d’un ton agacé que lui, il s’en fichait du nombre. L’essentiel pour lui était que chacun soit bien dans sa vocation. Et si nous devions n’être plus que 4, peu importait. Nous étions environ 150 laïcs présents venant de toute la France quand il nous a dit cela. Tous peuvent en témoigner. Après la mort de Sœur Marie, les laïcs comme moi ont appris que Frère P. avait choisi de quitter sa charge de Prieur Général des frères pour vivre un temps comme ermite. Comme c’était plausible, nous n’avons pas posé de question. Aujourd’hui, en lisant Fario et Frère Silouane, il semble qu’on ne lui ait pas donné le choix.

Voudrais-tu ajouter des éléments au témoignage de Fabio ?

J’ai donné à lire à quelques amis d’autres communautés nouvelles le témoignage de Fabio. Chacun disait ne pas comprendre pourquoi il écrit que les sœurs ont le plein pouvoir sur les frères et qu’on veut gommer leur virilité, en défendant l’attitude féminine comme étant le meilleur chemin de spiritualité. Chez les laïcs, c’était clairement comme cela aussi. Bethléem a été fondé par une femme. Il y a plus de 30 fondations féminines contre 3 ou 4 fondations masculines. Les moines ne font pas le contrepoids. Je ne connais pas d’autre communauté nouvelle en France fondée par une femme. Je pense tout simplement que c’est pour cette raison que ce sont les sœurs qui commandent à Bethléem. Pour le décorum de l’église de St Honoré d’Eylau auquel son texte fait allusion, c’est un don de laïc de Bethléem. Cette égyptienne, dirigeante d’une entreprise, participait à la Fraternité des laïcs dans les années 2000, au moment où le monastère de Paris a commencé à introduire des chants arabes dans la liturgie. Elle n’était pas considérée par la prieure, jusqu’à ce qu’elle fasse un don. Le changement de comportement de la prieure vis-à-vis d’elle m’a fait découvrir que cette femme était devenue un sponsor actif de Bethléem : sa danse du ventre à l’égard de cette donatrice, dont j’ai été personnellement le témoin au début des années 2000, était pathétique.

J’ignorais différentes histoires dont Fabio parle comme le suicide à Monte Corona ou les fastes de Sœur Isabelle en Israël. Mais les gourous autres que la voyante, j’en ai entendu parler, bien sûr. Sœur Marie avait la passion d’expérimenter des thérapies pour ses sœurs. Plusieurs d’entre elles étaient chaudement recommandées. Il y a d’abord eu la méthode Vittoz que des sœurs apprenaient pour mieux supporter la solitude et pour éviter l’acédie (l’ennui, le spleen), qui est le mal de vivre des contemplatifs de tous les temps, et la dépression. Je crois que ça leur faisait du bien. Ensuite, il y a eu Jeannine Guindon, une Québécoise : les sœurs participaient par wagons entiers à ses séances, pour revisiter les déficiences de leur enfance. Et puis, un jour Sœur Marie a arrêté avec elle. Elle ne plaisait plus. Je ne sais pas si ça a été une bonne chose. On y envoyait des sœurs qu’on disait immatures ou avec une carence parentale. Je me souviens que Sœur Marie avait une façon de parler de cette thérapeute qui me mettait mal à l’aise. En fonction des rencontres de Sœur Marie, et selon sa fantaisie, les gourous et les modes s’inscrivaient dans les coutumes de la communauté. Divers régimes alimentaires étaient aussi expérimentés. Les sœurs apprenaient par exemple qu’il ne fallait pas manger les pépins des tomates car ils étaient nocifs pour la santé. Puis on mangeait deux repas par jour au lieu de trois. On mangeait beaucoup cru. La cuisine était relativement adaptée pour des femmes à mon sens. Mais pour les hommes… A l’époque je trouvais la communauté large d’esprit. Aujourd’hui, j’ignore si ça a été bénéfique ou déstabilisant pour celles et ceux qui ont suivi ces gourous.  Oui, on s’entichait d’un régime alimentaire ou d’une personne mais cela n’avait qu’un temps. Vu de l’extérieur, ça ne faisait pas très discerné et assez passionnel. En même temps, les expérimentations et tâtonnements sont fréquents dans de nouvelles fondations, quelles qu’elles soient.

Fabio tait certains éléments qui m’ont vraiment beaucoup choquée à Bethléem.

D’abord, il ne dit pas que toutes les lettres qui arrivent sont lues par la prieure, avant même la sœur concernée. Et tout le monde l’accepte. Le Carême, l’Avent et la période entre l’Ascension et la Pentecôte, sont des grands moments de désert : les lettres attendent la fin du désert pour être ouvertes et triées. Il n’y a pas de visite ni de courrier pendant ces cent jours-là. On leur dit qu’une mauvaise nouvelle arrivant de l’extérieur pourrait perturber leur quiétude dans le Seigneur. On dit aussi que c’est parce que des sœurs ont appris maladies graves et morts de proches des semaines après l’événement, que les lettres sont ouvertes. Les sœurs lisent leurs lettres une fois par semaine le reste de l’année. Parfois moins. Elles n’ont que ¾ d’heure pour y répondre. Pendant les années de noviciat, elles n’ont le droit de répondre qu’à la famille. Les amis qui leur écrivent, n’obtenant pas de réponse et ne sachant pas la règle, se lassent et la coupure se fait comme ça. Elles n’ont pas le droit d’initier une lettre, seulement de répondre. Je reste exaspérée de recevoir des lettres presque identiques par mes amies rentrées là-bas. C’est à croire qu’on leur dicte ce qu’elles doivent diffuser et qu’elles sont conditionnées. Toutes les lettres de sœurs de Bethléem se ressemblent. Leur ton est éthéré et c’est horripilant. Elles ne racontent rien car il faut tout cacher. Je ne m’y ferai jamais. 

Fabio ne dit pas non plus que, quand une sœur quitte la communauté, on fait savoir qu’elle a changé de monastère. Et les sœurs apprennent finalement le départ de l’une d’entre elles par des laïcs en visite. Quand j’ai posé la question, les prieures m’ont répondu que ça perturberait les sœurs dans leur discernement et que tout était fait pour demeurer dans la quiétude de Dieu. Mises à part les sœurs de l’accueil qui ont des contacts avec l’extérieur, les autres en sont, de toute façon, coupées.

A ma connaissance, sœur xxx a été la première sœur à être internée à sa sortie. Elle était à l’accueil de Poligny. Elle disait parler à son ange gardien et à plein de gens au Ciel. En réalité, elle avait des délires mystiques. Ses parents ont porté plainte et il y a eu un procès pour savoir où étaient l’œuf et la poule. Mais ce qui m’a encore plus choquée dans cette histoire, c’est qu’une de mes proches est rentrée juste après la sortie de cette sœur. Et elles ont trouvé le moyen de la baptiser immédiatement du nom de celle-ci. On peut imaginer l’effet que ça peut faire pour une jeune novice de découvrir que son identité a été choisie pour effacer celle qui vient de sortir pour déséquilibre psychique ! Les noms sont choisis en fonction de la personnalité de la jeune fille et de l’humeur de la prieure générale. Le nom est proposé mais elles ne le choisissent pas. Parfois il est très lourd de sens. J’étais à la prise d’habit d’une sœur, qui est sortie depuis. Sœur Marie lui a dit qu’elle serait tous les jours au pied de la Croix. Cette jeune femme avait eu une enfance assez tourmentée. On peut imaginer la difficulté pour elle d’endosser cette image… Beaucoup ont des noms « à coucher dehors ». Je me souviens de la mère d’une sœur, en visite aux Voirons, qui exprimait son étonnement qu’une s’appelle Amen, l’autre Alegria et la troisième Alléluia.

Pourquoi tant de sœurs restent ?

A mon sens, d’un côté les sœurs sont manipulées et de l’autre, elles sont séduites par ce que j’appellerai « le sur mesure sur des futilités ». Fabio dit dans son témoignage que les sœurs sont chouchoutées. Je pense que c’est de cela dont il veut parler. Cela leur fait croire qu’elles sont respectées. Voici deux exemples : une architecte était entrée très vite dans la communauté et avait deux chantiers en cours, elle a eu droit, pendant les six mois qui ont suivi sa rentrée, à son Macintosh dans sa cellule et elle a pu honorer ses rendez-vous professionnels. Une autre a pu bénéficier d’une radio et d’écouteurs pour avoir les nouvelles, le temps qu’elle s’habitue, elle aussi, au style de vie. Ces assouplissements de la règle pour chaque sœur disparaissent dans les mois qui suivent l’entrée. Sauf quand quelqu’un de la famille est mourant. A l’image des ordres contemplatifs anciens, la sœur ressort pour accompagner les derniers instants de vie d’un parent, d’un frère ou d’une sœur… Puis, elle retourne au Monastère quand la mission d’accompagnement est finie.

Dans tous les ordres contemplatifs, les déviances existent, même dans les ordres les plus anciens. Tout dépend du charisme managérial de la prieure élue par la communauté. Mais dans les ordres anciens, le calvaire ne dure que le temps du mandat : 7 ans. On peut retrouver ce genre de gouroutisme en entreprise avec des managers immatures et manipulateurs. L’Église n’est pas épargnée par les dérives. Mais il me semble qu’à cet égard, les communautés contemplatives, courent un risque supplémentaire. Car elles sont davantage déconnectées des réalités du monde et elles vivent en autarcie.

As-tu perçu qu’il y avait des pressions ?

Lorsque je suis arrivée à la Fraternité des adultes, j’ai vraiment commencé à sentir qu’il fallait rentrer dans le rang si on voulait faire partie du tiers ordre. Les trois bergers successifs que j’ai eus avaient été nommés par les sœurs. Quand ils ont été en désaccord avec elles, ils ont été destitués de ce service. Personne ne voulait avoir ce rôle. Aucun ne se portait volontaire car on savait que c’était difficile d’être en sandwich entre les sœurs et les laïcs. Il n’y avait pas plus de concertation pour les nominations chez les laïcs que pour celles des prieures. Au cours d’une retraite d’été, Sœur Marie a sorti coup sur coup deux documents pour les laïcs : « Immergé » et « Le priorat de Marie », qui se voulaient être une règle de vie adressée aux laïcs. Peu d’entre nous ont vu les avantages de signer une charte aussi radicale et si éloignée de notre quotidien. Aucun groupe de travail n’a été mis en place pour débattre et pour recueillir notre adhésion. Nous étions chargés de prier dans le silence et la solitude pour accueillir ces documents comme une inspiration divine. Toute l’année suivante, on nous a fait méditer sur ce texte en alternance avec l’Évangile. Quelques-uns ont demandé des modifications au texte à Sœur Marie qu’ils ont tout de même obtenues.

Chez les laïcs, un couple jusqu’alors porté aux nues, voire adulé pendant des années par une prieure locale, a traversé une crise importante. La prieure leur a imposé un exorcisme. Sur le moment, ils se sont laissé faire. Mais de retour chez eux, ils lui en ont voulu énormément d’avoir été aussi peu dans l’écoute et beaucoup trop dans la culpabilisation. La prieure avait demandé au couple de se mettre par terre, les bras en croix pour supplier le pardon du Seigneur. Le couple était en larmes. Bref, cette emprise avait mis le couple tellement mal à l’aise qu’il a voulu prendre le large par rapport à la communauté. Autre exemple : Une de nos amies laïques se préparait à aller avec son compagnon au monastère où sa sœur allait faire profession. La prieure du lieu était une de ses amies. Elle avait sermonné notre amie laïque en lui reprochant de ne pas suivre la route de la virginité. De plus, son compagnon était divorcé. Ça faisait désordre. Quand la prieure a appris qu’ils souhaitaient venir en couple, elle a demandé à la future professe d’écrire à sa sœur de venir seule. La laïque voulait présenter son compagnon à sa sœur. Heureusement que ses frères et sœurs ont plaidé sa cause, sinon, elle n’aurait pas pu être présente à la profession de sa sœur. Tout laïc engagé devenait leur chose.

Pour faire mieux comprendre un certain type de pression à Bethléem, je souhaite relater les conditions d’entrée d’une amie. Tentée au départ par une autre communauté nouvelle, cette amie m’a décrit ce qu’elle recherchait, et j’ai pensé que Bethléem pourrait lui convenir. Comme je programmais d’aller aux Voirons, je lui ai proposé de m’y accompagner. Sœur Marie était présente pendant notre séjour. Une sœur ancienne, que je connaissais, l’a reçue et écoutée. Très vite, elle lui a fait rencontrer la prieure puis très vite ensuite, Sœur Marie qui était là. Une fois rentrée chez elle, cette amie était appelée presque tous les soirs par une sœur pour la supplier « de dire oui à l’appel de la Vierge ». A chaque moment de vacances, elle allait au monastère, et même le week-end. Le manège a duré quelques mois. J’ai été très choquée par les propos tenus alors par cette amie : « Elles me mettent une telle pression que je ne sais plus où j’en suis. Oui je suis tentée. Mais je n’ai plus de recul pour réfléchir. Et puis, j’ai l’impression d’être aimée davantage pour mon argent et pour les compétences que je pourrais apporter à la communauté que pour moi-même » .

La pression, je l’ai vécue aussi. La prieure des Voirons m’a appelée à diverses reprises pour m’engueuler et me dire de lâcher mon amie. Elle devait faire son chemin et il fallait que je la laisse tranquille. La première fois, je fus surprise. La seconde fois, je lui ai rappelé que « le Seigneur appelle librement et sans contrainte. Si elle continuait, elle obtiendrait l’entrée en communauté de cette amie mais ses vœux ne seraient pas valides. Non, je ne la lâcherais pas tant qu’elle ne serait pas rentrée. Je ferai tout pour l’aider à prendre le recul nécessaire ». Et puis, je lui ai raccroché au nez. Lors de sa prise d’habit et sa profession, cette amie semblait là comme une spectatrice de l’événement qui la concernait. Elle paraissait mal à l’aise. J’ai appris bien plus tard qu’elle avait mis 16 ans pour faire ses vœux perpétuels, à la suite de beaucoup d’hésitations et de combats. 20 ans après, sa prieure de l’époque m’a autorisée à la revoir. Il y a péremption…

Tu ne supportais pas, disais-tu, « l’attitude irrecevable d’une prieure auprès des laïcs et des sœurs de son monastère ». Peux-tu en parler un peu plus ?

La prieure de Paris s’immisçait vraiment partout. Elle se mêlait de tout avec une indiscrétion qui nous faisait la redouter. Au tout début où je la connaissais, je lui avais raconté que j’avais un gros faible pour un garçon. Il était connu de la communauté. La sœur de ce garçon, m’a appelée quelques jours plus tard pour me dire que, renseignements pris, son frère n’était pas amoureux et qu’il fallait que je cherche ailleurs. Je ne la connaissais absolument pas. Je me suis senti trahie et espionnée.

Tout ce qui avait pu lui être dit, circulait. Elle divisait aussi pour mieux régner : Quand un petit groupe de laïcs fonctionnait, elle le dissolvait l’année suivante. Elle craignait toujours une coalition. Elle avait des propos humiliants pour les anciens laïcs et fidèles. Ils devaient se taire et se faire tout petits. Elle n’en faisait qu’à sa tête. Les quelques fois où j’ai pu discuter avec certaines sœurs du monastère dont elle était prieure et que j’aimais particulièrement, elles avaient les larmes aux yeux, tellement elle leur menait la vie dure. Lorsque nous venions le mardi pour prier, la prieure passait sa soirée à nous raconter des ragots et des potins venant des monastères. Elle insistait aussi sur le fait qu’on devait s’engager davantage financièrement. Le fait d’employer le temps à cela nous empêchait de prier et plusieurs fois, certains d’entre nous dont moi, nous sommes élevés contre ce quémandage financier et ces bavardages trop fréquemment à la place de la prière. Mais, qu’avait-elle comme directives pour agir de la sorte ? Aujourd’hui, je pense qu’elle était prisonnière du système, elle aussi.

Pardon si ça fait ragot. Mais tout ce qui va suivre, la prieure nous le partageait à la place de la prière. Je ne fais que relater de très nombreux sujets où la prieure de Paris nous expliquait les dépenses des monastères et pourquoi il était urgent de trouver de l’argent. Bien sûr, nous posions des questions de bon sens. Et elle y répondait sans réaliser à quel point sa logique était déconnectée d’une gestion « en bon père de famille » et était inévitablement choquante pour nous. Mais, à Paris, beaucoup de parents de frères et de sœurs, font partie de la fraternité des laïcs. Cette prieure pouvait toucher leur générosité plus facilement. Car ils étaient directement concernés.

Sur le plan des acquisitions ou constructions de monastères, tout n’a pas toujours été très clair. Elles ne nous cachaient pas qu’elles construisaient sans permis de construire. Par exemple, en Bretagne, un monastère classé s’est retrouvé flanqué de petits chalets en bois pour créer des ermitages pour les sœurs. Les Bretons, qui avaient participé financièrement aux travaux, non seulement n’avaient plus le droit de venir en clôture, mais en plus, ont vu leur magnifique monastère en pierres dénaturé. Je me souviens des réactions choquées des Bretons. Elles avaient acheté aussi la Chartreuse de Montreuil à toute vitesse. Elles étaient à l’affût des chartreuses en vente. Et, probablement que « la Vierge le leur avait demandé » ! Comme elles s’étaient aperçues que la charpente était pleine de mérule, elles avaient donc été en procès avec le vendeur pour faire casser la vente. Et elles avaient sollicité les laïcs quand il était trop tard. A Paris, la restauration de l’église où se trouvait le monastère de Bethléem a été imposée au curé, sans qu’on lui ait demandé son avis. Elles voulaient s’équiper d’un combiné fax photocopieuse. Un vendeur était passé par là et elles l’avaient acheté cinq fois le prix trouvé dans le commerce. C’était exaspérant : nous étions comme des vaches à lait, mises devant le fait accompli avec le devoir d’éponger leurs dettes sans rechigner. Sous nos yeux, elles dilapidaient l’argent. C’est alors que j’ai appris qu’elles s’étaient arrangées avec des fonctionnaires, amis de la communauté, pour ne pas payer leurs impôts, pas de sécurité sociale, pas de retraite… Et à Paris, elles faisaient la fin du marché de la rue Mesnil et récupéraient la fin du marché pour rien. Les Voirons nourrissaient les sœurs grâce à la Banque Alimentaire.

Bref, elles se mettaient facilement au-dessus des lois. 

Quand l’idée de construire un second monastère à Poligny a germé dans la tête des sœurs, elles nous ont proposé de prendre en charge l’ancien, construit 25 ans auparavant, pour nous fédérer, disaient-elles. Cela les arrangeait bien qu’on assume ce monastère construit à une mauvaise époque et qui était un gouffre financier. Je me souviens très bien de cette fois où, au cours d’un week-end, la prieure de Poligny de l’époque nous avait réunis et nous avait dit que les artisans travaillaient gratuitement pour elles et qu’elles étaient en train de faire une neuvaine pour pouvoir payer les travaux. Qu’ils étaient très compréhensifs et qu’elles avaient bien de la chance car Saint Joseph était avec elles. Et c’est alors que, voulant se débarrasser du monastère construit 25 ans plus tôt, elles nous ont parlé du désir de la Vierge que des laïcs s’installent dans ce monastère pour y accueillir les visiteurs, afin que nous soyons un rempart pour laisser les sœurs vivre davantage leur solitude. Plusieurs femmes et un couple se sont donc installés à Poligny et ils ont commencé à tenter de vivre ce que souhaitaient les sœurs. Mais le principe de réalité les a rattrapés. Le couple s’était connu dans le groupe des jeunes de Bethléem où j’avais débuté. Ils étaient très éthérés, idéalistes et généreux. Les sœurs obtenaient d’eux les choses les plus folles. Je trouvais cela pathétique et ce sont ces multitudes de comportements non ajustés qui m’ont encouragée à chercher un autre lieu où on faisait Lectio et adoration en groupe. Tout récemment, je suis retournée à Poligny et je suis passée devant le monastère. Il est devenu tellement luxueux que je ne l’ai pas du tout reconnu. 

Quels autres points précis t’ont conduite à t’éloigner de Bethléem ?

Un Jésuite, le père Goussault, que j’avais connu quelques années après mes débuts dans le groupe de prière, est le premier à m’avoir fait prendre conscience que la gouvernance de Bethléem n’était pas respectueuse des personnes. Il les connaissait bien : Quand Bethléem était encore rattaché aux Dominicaines, certaines sœurs étaient envoyées de temps en temps à Paray le Monial chez les Dominicaines pour y faire une retraite. Juste à côté, il y avait les Jésuites. Coup sur coup, quatre sœurs avaient quitté la communauté à la suite d’une retraite avec lui. La quatrième était Agnès Dupont, la sœur de sang de Sœur Marie qui l’avait rejointe pour sa fondation. ​Ayant appris que le père Goussault avait accompagné ses moniales, Soeur Marie l’a donc contacté et lui a dit : « Mon père, comment se fait-il que vous connaissiez mieux les cœurs de nos propres sœurs ? Et la dernière étant ma sœur de sang, j’aimerais comprendre ! » « Je leur donne les exercices de St Ignace », a-t-il répondu. Et c’est ainsi, qu’à l’issue de cette rencontre, Sœur Marie lui a demandé de prêcher une retraite de discernement aux Voirons, lieu que les sœurs venaient d’acquérir. Toutes les sœurs ayant alors voulu y participer, il a donc prêché pour trente sœurs. C’était en 1969. D’après lui, le passage de la spiritualité dominicaine à celle des chartreux s’est faite à ce moment-là. Le père Goussault a formé la maîtresse des novices de l’époque. Il accompagnait aux Voirons une dizaine de sœurs chaque année pendant un mois. Et il m’a accompagné en accompagnement spirituel jusqu’à sa mort en 2003, comme bien d’autres laïcs d’ailleurs. Il avait beaucoup de douceur. Mais il n’avait pas sa langue dans sa poche. C’est avec lui que j’ai beaucoup parlé des dérives de la gouvernance de Bethléem. Mes suggestions à l’Eglise dans ma conclusion sont tirées des conseils qu’il a maintes fois donnés aux sœurs qui ne l’ont pas écouté. Il m’avait dit qu’il trouvait malsain que Sœur Marie soit aux commandes de la communauté depuis sa création et qu’elle nomme elle-même les prieures à vie, jusqu’à ce qu’elles en tombent malades ou qu’elles soient envoyées pour fonder un autre monastère. Beaucoup de choses le choquaient aussi dans l’aspect esthétique et affectif de la communauté, ainsi que cette spiritualité mariale mettant la Vierge au même niveau que le Christ. Cette habitude des sœurs de confondre combat spirituel et dépression, et de régler ça par une mise au désert… Cet ébranlement du for interne par une obéissance aveugle à la prieure… Cette confusion de l’écoute de la Vierge et de l’écoute de la prieure… Tout cela le préoccupait.

Comment t’expliques-tu que des personnes, entrées saines d’esprit, soient démolies ?

Ce qui me frappe surtout, c’est qu’elles sont dépersonnalisées, à l’image des lettres presque toutes identiques que nous pouvions recevoir de différentes sœurs. C’est à croire qu’on les conditionne pour écrire plus ou moins la même chose. Il faut comprendre que la paranoïa face aux personnes hors Bethléem est omniprésente avec une méfiance constante pour tout ce qui vient de l’extérieur. A force de ne plus se confronter au monde, les sœurs en oublient les souvenirs et la mémoire romance la réalité. Au bout de quelques années, elles prennent tout ce qu’on leur dit pour argent comptant. Après, vivant en autarcie, elles en viennent à croire que la réalité, c’est ce qui leur est enseigné. Et elles deviennent progressivement des clones. Fabio l’explique très bien. On leur dit d’être à l’École de la Vierge. On leur dit que les forces du mal ne peuvent rien contre un obéissant. On nous le disait aussi chez les laïcs. Alors, au bout d’un moment, l’obéissance à la prieure se confond avec l’obéissance à la Vierge. Moi qui ai vécu quelque temps là-bas, j’ai bien vu que tout est entrepris pour entrer dans le silence intérieur. Les tourments qu’on a dans le monde, elles les vivent aussi en cellule, sauf qu’elles tournent vraiment en rond face à elles-mêmes. Si elles sont très équilibrées et attirées par le désert, pas de problème. Mais la plupart sont rentrées à toute vitesse dans le zèle de donner leur vie à Dieu. Parfois, elles sont deux ou trois de la même famille.

J’ai croisé un jour dans un monastère une sœur qui a été jusqu’aux premiers vœux. Elle avait été recrutée dans le groupe de prière des jeunes. Nous avons parlé de tout et de rien. Six mois plus tard, je la retrouve dans la rue en civil. Et elle me dit : « Je suis ressortie parce qu’une phrase de ta part m’a fait prendre conscience de ma vie là-bas. Tu m’as dit : “je ne veux pas être moniale à Bethléem, car j’aurais l’impression de devenir une fonctionnaire de Dieu. D’être installée sur pilote automatique dans une routine confortable. Mais la vie dehors est bien plus passionnante. Toute pleine de surprises et de défis. Pour moi c’est ça la vraie vie”. » Je me souviens très bien lui avoir dit ça. Je le redirais encore parce que je le crois. Cela m’a vraiment touchée de savoir à quel point cela l’avait marquée.

Si des personnes acceptent de souffrir dans une organisation aussi aliénante dans la durée, cela doit combler - me semble –t-il - une blessure de l’enfance ou une fuite du monde. Sinon, elles ne supporteraient pas de devenir peu à peu l’ombre d’elles-mêmes. Certaines ont le syndrome de l’abandon. Cette dépendance affective induite à Bethléem les rassure et panse temporairement leur blessure par cet effet de cocon. Elle devient étouffante avec le temps. Toutes les émotions sont lissées, toutes les joies sont aseptisées. Je me souviens d’une sœur particulièrement gaie et extravertie. Elle avait un vrai charisme pour faire entrer dans l’adoration les enfants en bas âge. Et bien, on lui avait demandé pendant tout son noviciat de cacher sa joie car ça rendait jalouse les jeunes filles qui rentraient et qui vivaient des combats plus rudes qu’elle. Autre exemple. Jusqu’à leur façon de chanter ou de marcher : je reconnaissais le pas d’une de mes amies entre 1000. Une fois à Bethléem, je l’ai vue peu à peu se transformer et devenir aérienne comme toutes les autres. Et beaucoup plus dogmatique et bien moins à l’écoute qu’avant. Difficile de revenir à la réalité quand, pendant des années, on vous a fait vivre autre chose. Difficile d’aimer ce monde quand, pendant des années, on l’a cru nocif et pas digne d’être côtoyé. Difficile de retrouver la joie de se battre quand on retourne dans sa famille sans un sou, sans couverture sociale, dépendant de tout et souvent culpabilisée de n’avoir pas su s’adapter à cette vie religieuse que le monde bien-pensant considère comme le summum du don à Dieu. Sortant de ces cocons infantiles, comment réapprendre à se challenger ? Tout ce qui était votre personnalité a été étouffé pendant tant d’années. Et puis, pour des femmes vidées de leur substance, ayant perdu l’habitude de penser par elles-mêmes, toute la vie devient compliquée. Elles ont fait plein de choses dans la communauté qui pourraient leur permettre de trouver un travail similaire. Mais elles n’ont pas de repères sur le monde professionnel. Elles sont entrées si jeunes. Elles sont comme de jeunes étudiantes avec parfois 10, 20 ou 30 ans de plus. Celles qui s’en sortent le mieux sont celles qui avaient déjà travaillé avant et celles qui sont entrées après 30 ans. 

Certaines sœurs, plutôt « femmes enfants » avec un syndrome de Peter Pan, qui est très valorisé dans la communauté, y trouvent leur épanouissement. « Elle a la candeur d’une enfant de Dieu », dit-on alors. Heureusement que ce type de lieu existe pour ces personnes-là que le monde aurait probablement broyé. C’est toute la difficulté de ces systèmes. Il y en a qui s’y trouvent comme un poisson dans l’eau. Et j’en connais plus d’une. Les sœurs devraient empêcher des recrutements avant 25 ans et il faudrait vraiment que les sœurs soient employables si elles doivent ressortir. Sinon, la peur de ne pas savoir se réadapter au monde les maintiendra prisonnières du système.

Que soumets-tu au discernement de l’Église 

Je suggère à l’Église de faire une visite canonique. Pour moi, beaucoup de choses se détordraient naturellement si les monastères élisaient pour une durée déterminée leur prieure. Automatiquement il y aurait moins d’emprise. Je suggère qu’on impose à cette communauté d’appliquer la règle de St Benoît quant à sa gouvernance : des prieures, y compris la prieure générale, élues et non nommées, et pour un maximum de 7 ans. Déjà l’emprise sera moindre. Je suggère qu’un Chartreux ou plusieurs soient détachés pour assurer l’Intérim pendant un temps. Comme voici des années qu’elles confondent la Vierge avec leur prieure, elles ont perdu l’habitude d’écouter leur for interne. Qu’elles retrouvent une liberté de parole risque de prendre quelque temps. Elles sont tellement conditionnées à ne plus penser par elles-mêmes. Si on les faisait voter tout de suite, elles seraient sûrement incapables de faire un choix discerné, tellement elles ont perdu le libre arbitre. 

Je recommande que les sœurs ne rentrent pas avant d’avoir fini leurs études et qu’elles aient même un peu travaillé. Il est souhaitable également qu’elles fassent une retraite de discernement en dehors de la communauté dans la première année de leur entrée, à minima. Et qu’ensuite, une ignacienne vienne régulièrement prêcher les exercices aux sœurs encore en discernement. Et régulièrement tout au long de leur vie. Et puis cette transparence à la prieure vient aussi certainement de la paranoïa omniprésente dans tout le fonctionnement. Donner aux prieures des cours d’accompagnement spirituel éviterait peut-être les plus gros écueils, avec une supervision par un spécialiste qui soit extérieur à Bethléem. Pourquoi pas un - ou une – ignacien.

Pour toutes les sœurs non faites pour cette vie-là et qui, pour les raisons que j’explique plus haut, n’osent pas ressortir, je suggère un accompagnement progressif à leur réintégration dans le monde. Sous quelle forme ? C’est à définir. Même si cela coûte de l’argent. L’Église a un devoir d’assistance. Avec toutes les entorses aux lois qu’a contournées Bethléem, elles ont pu construire des monastères. Aussi, vendre une partie de leurs biens et utiliser cet argent pour aider ces sœurs à se réintégrer dans le monde - Zachée l’a fait quand il a pris conscience de son péché -, ce serait un geste évangélique de retour à la pauvreté et l’humilité, dans la droite ligne de l’intuition initiale. On ne peut pas laisser des personnes continuer une vie qui ne leur correspond pas, simplement parce que l’insertion dans le monde sera difficile et coûteuse. Je ne parle pas des frères car je ne les ai pas approchés individuellement. Mais le système est le même.

Séparer le grain de l’ivraie fut difficile pour moi. Pour des personnes dedans ou proches de la communauté sans un minimum de formation en doctrine sociale, philosophie, psychologie et surtout sociologie, cela doit être encore plus difficile. Certains milieux catholiques manquent de bon sens. Les habitudes et la crainte du qu’en dira-t-on peuvent biaiser le discernement. On préfère aussi fermer les yeux pour ne pas ajouter des ennuis, quand ça ne sent pas bon. Pressions ou manipulations se font alors à Bethléem avec l’emballage du beau et de la douceur féminine. 

J’invite les sœurs de Bethléem qui liront ces témoignages et les lecteurs pour lesquels mon écrit résonnera, laïcs, familles, amis, à prendre contact avec le Préfet de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée. J’ai conscience que Sœur Isabelle, depuis qu’elle a cette charge de Prieure Générale, fait de son mieux. L’équipe de Monseigneur Joao Braz de Aviz, spécialement chargé de ce type de réorganisation, les aidera à remettre de l’ordre dans les monastères. Que les sœurs ne restent pas enfermées dans ce système paranoïaque ! Nous ne leur voulons que du bien. Nous souhaitons simplement rétablir les consciences individuelles et redonner à chacune le libre arbitre, en reprenant une expression chère à Sœur Marie : « Laissons-nous déménager par la Vierge ». Une autre communauté, dont je suis proche actuellement, a vécu une crise aussi. D’eux-mêmes, les responsables se sont adressés au Saint Siège pour obtenir de l’aide. D’où mon invitation. Les laïcs qui entourent aujourd’hui les sœurs en responsabilité à Bethléem peuvent les aider à faire ce chemin de confiance et de simplicité, à dire comme la Vierge à l’Annonciation : « Comment cela se fera-t-il ? » Les experts de l’Église s’appuieront sur 2 000 ans d’histoire pour trouver les solutions les plus appropriées. Nous sommes avec vous dans la prière dans cette période difficile de prise de conscience et d’invitation à choisir la porte étroite, à émonder la vigne.

Camille

Vos réactions

  • Intéressant à savoir 21 octobre 2016 22:17, par Julie-Pierre

    Les trappistes ne mangent pas les pépins des tomates, ni ne les cuisent. Ils les jettent aux poubelles au moindre signe de péremption. Et ont un régime alimentaire. Il semble objectif que la vie monastique exige un régime alimentaire.

    Le Vittoz (http://www.methodevittoz.ch/ https://fr.wikipedia.org/wiki/Roger_Vittoz) ainsi que la formation Jeannine Guindon (http://www.ifhim.ca/) sont très reconnus et spécialisés.

    Le courrier reçu par les soeurs clarisses sont toutes lues par leur prieure au préalable et certaines de ces lettres, via le discernement de la prieure, ne sont pas remises aux soeurs clarisses.

    La coupure avec le monde est un terme cher aux Pères du désert.

    Il semble que depuis le début de l’Église, certaines personnes puissent volontairement choisir un genre de vie tel que vécu par les moniales de Bethléem, et ce, de bon gré… acceptant les défis humains retrouvées dans toutes situations humaines.

    • Intéressant à savoir 24 octobre 2016 13:11, par Lia

      Dans ma famille non plus, on ne mange pas les pépins de tomate : Cela donne la diarrhée.

      Je crois que Bethléem a fini par être très réservé à l’égard de Jeanine GAINDON : « trop psychologique ».

      L’Ordre des Clarisses a été fondé en 1212.

      Il a été fondé à la demande de Saint-François et sur le modèle de l’Orde des frères mineurs.

      Les clarisses ont fait l’objet, deux siècles après leur fondation, d’une réforme tendant à les ramener à la pureté de leurs origines. Il me semble que si on ramenait les sœurs de Bethléem à la simplicité de leurs origines, on trouverait tout autre chose qu’un monastère de clarisses et tout autre chose qu’une trappe.

      L’autre nom des Sœurs Clarisses, c’est : « les pauvres dames ».

  • Julienne 19 janvier 2015 13:13

    En ce qui concerne les questions d’argent et, notamment, le paiement des cotisations sociales :

    Il est possible que la situation soit aujourd’hui régularisée, comme le dit Frère Silouane. Je suis cependant sûre qu’en 2013, des cotisations dues depuis trente ans (sic) n’étaient pas encore réglées pour des personnes sorties du monastère depuis vingt ans (resic) …

    J’ai aussi souvenir de l’époque où Sœur Marie expliquait en communauté qu’on ne paierait pas parce que l’argent irait aux vieilles communautés âgées qui recrutaient peu, tandis que nous, nous avions beaucoup de jeunes et que donc, nous ne ferions que payer pour les autres. Ce n’était pas normal. Chacun appréciera l’état d’esprit qui sous-tend de tels propos, maintes fois répétés.

    Et donc, la question est : Peut-être a-t-on fini par régulariser un certain nombre de choses. A-t-on également mis de l’ordre dans l’état d’esprit ?

  • Témoignage de Camille 4 janvier 2015 20:37, par Charles

    Camille évoque la construction de monastères et certaines libertés prises par la communauté de Bethléem.

    On peut rappeler à ce sujet que la famille royale de Belgique avait donné 25 hectares à la communauté de Bethléem, qui a construit un monastère sur ces hectares, « en violation de toutes les prescriptions urbanistiques » selon la presse belge (voir article en bas). La reine Fabiola, récemment décédée, était proche de Bethléem. Le débat sur les fondations royales Astrida et Pereos n’est d’ailleurs pas terminé en Belgique.

    http://www.levif.be/actualite/belgique/fabiola-la-fin-du-treizieme-conte/article-normal-356543.html

  • josy 8 décembre 2014 11:24

    J’ai souvent entendu Soeur Marie dire que, dans l’Evangile, c’est Judas qui s’inquiète du prix que coûtent les choses et du bien que l’on aurait pu faire aux pauvres (au moment de la passion). Je pense que l’état d’esprit et les comportements que Camille décrit si bien dans son témoignage, et dont beaucoup sont ou ont été témoins, sont dans la ligne de ce « commentaire d’Evangile ». Ce serait intéressant de savoir ce que l’Eglise pense de cette manière de lire l’Evangile.

  • Témoignage de Camille : Beaucoup de questions ! 5 décembre 2014 19:33, par Thomas

    Ce que Camille évoque mérite qu’on s’y arrête un peu plus car des personnes font volontairement diversion sur ce site.

    Camille semble apprécier la personnalité de la fondatrice en même temps qu’elle considère que quelque chose ne va pas du tout, puisqu’elle parle de la pression faite sur une personne pour qu’elle entre à Bethléem. Des téléphones chaque jour ou presque, cela ressemble à du harcèlement moral. Il faut nommer les choses sous l’angle de la loi française, et pas seulement du Droit Canon.

    Camille parle également de ragots colportés sur les unes ou les autres, avec même des interventions de prieures dans la vie privée des personnes. Elle évoque également le fait que des propos tenus à titre confidentiel sont utilisés par une prieure.

    Camille souligne que le témoignage de Fabio Barbero lui a ouvert les yeux sur des choses qu’elle ne parvenait pas à nommer, même si elle avait déjà pris ses distances avec Bethléem comme « laïc ». Et elle ajoute plus loin dans son témoignage que Fabio ne dit pas tout, en parlant de lettres identiques de soeurs, qui la mettent hors d’elle, quand elle ou ses amis en recevaient. Cela a un nom simple : dépersonnalisation.

    Camille explique aussi que la fondatrice a produit des documents pour les laïcs sans les leur soumettre pour échange ou avis. Cela porte un nom : abus de pouvoir.

    Camille parle d’un couple de laïcs à qui « les soeurs faisaient faire les choses les plus folles » mais Camille dit aussi qu’elle apprécie l’expression « déménager avec la Vierge ». Là, j’ai du mal, non pas à comprendre, car j’ai compris qu’il ne fallait pas quand on s’intéresse à Bethléem chercher à comprendre, mais puis-je questionner Camille : Quelles étaient, si vous en avez la mémoire, ces « choses les plus folles » ? Se mettre au-dessus des lois peut être une décision personnelle, mais entraîner d’autres à le faire, c’est une forme d’abus de faiblesse, semble t il.

    Un autre point me questionne dans ce témoignage. Comment se fait-il que des laïcs au courant d’un certain nombre de déviances -risquons ce terme- n’aient pas, eux aussi, alerté des responsables d’Eglise ? Et avant que Fabio Barbero ne témoigne sur ce site ? Camille, je vous demande ceci : vous ou d’autres, avez-vous fait savoir à des responsables d’Eglise que tout n’était pas beau à Bethléem ? Lorsque vous parlez de « bergers » pris en sandwich, pouvez-vous préciser, par exemple ?

    Vous dites aussi que vous étiez comme « une oie blanche », prête à tout gober. Qu’est-ce qui ouvre les yeux ? Uniquement les études dont vous parlez ? Pensez-vous qu’une certaine jeunesse a fait les frais d’une éducation sans formation au « savoir dire non » si important pour « savoir dire oui » aussi ?

    Enfin, vous parlez d’un jésuite qui, il y a près de 20 ans, mettait en garde la fondatrice sur certaines pratiques. Avez-vous connaissance que d’autres aient fait de même et n’aient pas été plus entendus, depuis lors ? Car cela rejoint le témoignage de Juliette qui parle d’un évêque rencontré après sa sortie et qui réagit en lui disant : « elles n’écoutent rien ». Cela m’inquiète, car une responsable qui demanderait à ses soeurs d’écouter et d’obéir, et qui ne serait pas prête à écouter ou obéir, elle même, pour la simple raison qu’elle serait en ligne directe avec la Vierge, n’est-ce pas inquiétant ?

    Car je me pose une question à vous lire : celle de l’extrême prétention des responsables de cette communauté, bien éloignée de l’humilité et de l’obéissance qu’elles prônent pour les soeurs. Mais je ne voudrais pas aller trop loin dans l’impression très forte que donne votre témoignage, sans que vous me répondiez, si vous l’acceptez. Ou qu’un autre qui connaît bien Bethléem me réponde.

  • josy 4 décembre 2014 10:51

    Je voudrais tellement que les propositions de Camille soient prises en compte par l’Eglise ! Il y a tellement de choses dans ce témoignage qui sont si bien ciblées ! Je sais ce que l’on peut endurer à Bethléem sans que cela soit compris, ou sans qu’il soit possible d’en rien dire, ou d’en rien laisser paraître. Je sais aussi les difficultés d’une réinsertion. Je connais la situation d’isolement et le dénuement de certaines … « Ah, si tu déchirais les cieux et si tu descendais ! ».

  • josy 4 décembre 2014 10:38

    « Nous nous menons la vie que nous avons choisie, et il y a des gens qui nous donnent de l’argent pour que ce soit possible ». (Textuel. Entendu de la bouche d’une sœur prieure en 2013).

    Je précise que je me trouvais là dans une démarche amicale et que je n’avais formulé aucune critique, ni sur la vie des sœurs ni sur leurs dépenses. Et que c’était au moins bien déplacé compte tenu de ma situation personnelle.

  • frère longin 3 décembre 2014 22:04

    c’est étonnant cette chasse aux sorcières digne de l’Inquisition …

    Il y a d’abord eu la méthode Vittoz que des sœurs apprenaient pour mieux supporter la solitude et pour éviter l’acédie (l’ennui, le spleen), qui est le mal de vivre des contemplatifs de tous les temps, et la dépression. Je crois que ça leur faisait du bien. Ensuite, il y a eu Jeannine Guindon, une Québécoise : les sœurs participaient par wagons entiers à ses séances, pour revisiter les déficiences de leur enfance.

    la méthode Vittoz est une méthode de relaxation reconue, pratiquée dans bien des endroits, pas du tout suspects de dérives sectaires. Jeanine Guindon et l’institut de formation humaine intégrale est également reconnu et a aidé, entre autres, beaucoup de personnes blessées par des tragédies comme les massacres du Rwanda. comment peut-on reprocher à une communauté d’être fermée à toute aide extérieure et en même temps reprocher qu’elle fait appel à des méthodes modernes plus « psychologiques ».

    qu’il y ait eu des fautes, et que ce soit nécessaire de les signaler, soit ! mais là, cela ressemble à une entreprise de démolition. beaucoup d’accusations imprécises, subjectives, … (Hercule Poirot s’en retourne dans sa tombe !) aujourd’hui, je ne donnerais pas cher de la réputation d’un st Paul ou même d’un st François d’Assise (on pourrait en citer d’autres), qui seraient taxés de dérives sectaires … et Raël, ou d’autres, court toujours …

    c’est vrai qu’aujourd’hui, dans notre grande humilité, nous savons ce qui est vrai, ce qui est bon et ce qui ne l’est pas, surtout pour les autres !

    n’oublions pas que chaque personne entre en communauté avec ses difficultés, ses fragilités, qui sont comme accentuées par la vie en solitude et en silence.

    s’il y a une question, et elle est loin d’être simple, c’est sur le discernement des appels. toute l’Eglise se pose la question et marche sur des œufs, car il ne s’agit pas d’une profession où il suffit d’être efficcace (efficcacité, la nouvelle idôle de notre monde …). même les accompagnateurs spirituels les plus modérés savent que la question de la vocation est complexe. Il s’agit quand même de la relation entre un être humain et Dieu. (tiens, où est passé Dieu dans ce forum ? … j’aimerais bien avoir son avis !)

    pour ma part, j’ai bien vu combien il était difficile de discerner une vie contemplative, et je remercie la sagesse de mes frères de Béthléem de m’avoir freiner dans mon enthousiasme, alors que je voulais rapidement faire mes voeux. un ancien frère de Béthléem.

  • Anne 3 décembre 2014 12:52

    Témoignage passionnant. Camille nous offre un autre point de vue, celui des « laïcs » de Bethléem. D’autres suivront j’espère . Un grand merci à Camille !

  • SIGRIDE 3 décembre 2014 08:42

    HONTEHONTEHONTE À VOUS , MRGER ET À CETTE CABALE, HONTE AUX TROIS ET SEULESMES ET UNIQUES PERSONNES QUI ÉCRIVENT CES MESSAGES …. JALOUSIES, AIGREURS, RANCUNES, FRUSTRATIONS, FRUITS TOXIQUES DE VOS MINABLES PETITES EXISTENCES ÉTRIQUÉES, RATÉES, ETPOURVUES D’AMOURVOUS N AVEZ PU TROUVER VOTRE PLACE, DANS CETTE COMMUNAUTÉ, DANS VOTRE VIE ET ICI BAS, ALORS VOS COEURS EN SOUFFRANCE SECHAINENT…. DES FAMILLES ENTIÈRES DORMIRONT DEHORS DANS LE FROID CETTE NUIT, BATTEZ VOUS POUR LES BONNES CAUSES, LACHEZ VOS CLAVIERS MALFAISANTSET RETOURNEZ VOUS VERS LE CHRIST, RETROUVEZ SON MESSAGE, FAITES DU BIEN AU PLUS PETIT, ET ARRÊTEZ CES TORRENTS DE BOUE ET DE SOUILLUREJE RENTRE DE CE PAS EN CONTACT AVEC LE MODERATEUR DE CE SITE MISÉRABLE, JE SAIS QUI VOUS PILOTE, ET CE N EST PAS TRÈS NET, NI TRÈS CHRÉTIEN TOUT CELA TOUT ÇA…

    • Que vous arrive-t-il, Sigride ? « Torrents de boue et de souillure », dites-vous ? D’où vient votre COLÈRE MAJUSCULE ?

      Si la personne qui témoigne fait tant de propositions à l’Eglise à la fin, n’est-ce pas par respect pour cette communauté et par très grand amour pour l’Eglise, et pour le plus petit ? C’est frappant, pourtant.

      Passée votre colère, qu’avez-vous donc lu avec quoi vous ne seriez pas d’accord ?

      • « C’est alors que j’ai appris qu’elles s’étaient arrangées avec des fonctionnaires, amis de la communauté, pour ne pas payer leurs impôts, pas de sécurité sociale, pas de retraite… »

        Là, c’est du pénal : le fisc est-il au courant ? où en sont actuellement ses dossiers : impôts, sécu et retraite à Bethléem

        Silouane, pouvez-vous nous éclairer ?

        • Merci beaucoup vraiment Camille d’avoir fait ce long travail de relecture : il est précieux, vraiment pour nous tous.

          la question que je me pose c’est que quand vous dites :

          « J’invite les sœurs de Bethléem qui liront ces témoignages et les lecteurs pour lesquels mon écrit résonnera, laïcs, familles, amis, à prendre contact avec le Préfet de la Congrégation pour les Instituts de vie consacrée. J’ai conscience que Sœur Isabelle, depuis qu’elle a cette charge de Prieure Générale, fait de son mieux. L’équipe de Monseigneur Joao Braz de Aviz, spécialement chargé de ce type de réorganisation, les aidera à remettre de l’ordre dans les monastères »

          Vous semblez complètement occulter que Le Préfet (et bien d’autres) sont au courant de tout, ils ont les témoignages en main (cf Fabio et d’autres) des parents, des ex sœurs ou frères : et Il ne fait RIEN …. c’est pour cela d’ailleurs que les ex témoignent ici, n’ayant trouvé aucune écoute réaliste dans l’Eglise : vous paraissez très critiques et en même temps hyper naïve sur l’Eglise…

          Je reviens aux impôts que sœur Marie disait ne pas payer : et personne n’a réagit ??? : c’est quand même fort !!

          Votre jésuite si éclairé, se contentait de dire « ça va pas » et continuait à laisser prospérer les dérives sans rien faire ?

          Vous parlez des gourous successifs qui influencent la vie concrète des sœurs sans vous émouvoir plus que cela… mais c’est quand même dramatique ….

          Bref, il y a des incohérences que je ne comprends pas…

          si vous souhaitez m’éclairez ce sera vraiment avec plaisir.

          • Mettez-vous à notre place, nous laïcs… Nous aimons la spiritualité. Nous venons pour y prier, pas pour faire des scandales. Nous sommes témoins, nous alarmons nos évêques locaux qui sermonnent la Prieure. Et puis, au bout d’un moment, on se lasse et on s’en va. Il aurait fallu qu’on organise un putsch. Jusqu’au témoignage de ces soeurs sur ce site, j’ignorais : les cahiers de transparence à la Vierge et à la Prieure, le témoignage d’une sœur qu’on accuse alors qu’elle vient d’avoir subi une tentative de viol. Cette autre qui met 4 ans à demander à sortir. Fr P. qu’on accuse d’avoir voulu prendre le pouvoir. Là ça va trop loin… Alors, 10 ans après, je témoigne. Je suppose que, comme moi, les ex-sœurs écrivent parce qu’elles veulent libérer celles qui sont encore emprisonnées. Rien de plus. Et toutes, nous avons en commun d’alarmer sans tout casser. Il y a de belles choses dans cette communauté.

            Si les autorités n’ont pas bougées, c’est probablement qu’elles ont crues à des cas isolés. Moi aussi, je me suis crue longtemps un cas isolé d’avoir ce regard sur cette communauté. Merci Fabio de libérer la parole. Je précise que ne connais pas Fabio. Ces autorités du St Siège n’ont pas que Bethléem dans leurs dossiers. C’est pour cela que j’invite Bethléem à leur faciliter la tâche pour limiter les dégâts.

            Et pour le fisc, l’Urssaf, CNAV, absence de permis de construire etc, je le tiens de plusieurs sources, dont les sœurs elles-mêmes qui trouvaient avoir la Vierge avec elles d’être passées entre les gouttes d’un contrôle. Mais j’invite les autorités compétentes à vérifier si ce ne sont que ragots et mensonges, si depuis, elles ont régularisé… Je n’ai vu aucun papier témoignant de cela. Je n’ai eu que du verbal par des personnes crédibles que j’ai crus à l’époque.

            • Frère Longin, Merci pour votre réponse mesurée. Je suis heureuse que ces méthodes aient pu aider des frères et soeurs à se construire. Alors, pourquoi Jeannine Guindon a-t-elle été abandonnée au bout de quelques années ? Son école a fermée ? Comme je le dis dans mon témoignage, à l’époque je trouvais la communauté large d’esprit. Mais aujourd’hui, je m’interroge.

              • L’école de Jeannine Guindon existe toujours , et ce , en dépit de son décès il y a une dizaine d’années. Si cet Institut a été très vite abandonné par sœur Marie c’est que des sœurs y retrouvaient leur liberté, leur conscience, leur « noyau ». Seules les sœurs arrivées en 1992 ont reçu la totalité du cursus. Dès la seconde année des cours ont été supprimés, et ainsi de suite. Moi même , c’est grâce à l’Institut que j’ai réussi à partir et je ne suis pas la seule. Il fallait donc vite arrêter. Sœur marie avait choisi cet Institut non freudien, sur le conseil d’un évêque, pour les sœurs qui n’allaient pas bien et il y en avait !!!!et pour les futures responsables,

                • Ce qui peut surprendre, c’est ceci : Si les sœurs étaient comblées affectivement, - ce que Roselyne explique tb dans son témoignage-, et spirituellement aussi bien sûr, puisque Bethléem était présenté comme le top du top, qu’est-ce qui n’allait donc pas pour que x sœurs soient envoyées à l’époque au Canada faire une session dans cet institut ?

                  Le Canada a été pionnier dans différents domaines de l’accompagnement pour des personnes en difficulté sociale. C’est simplement coûteux de s’y former. Alors que des professionnels du social, mal rémunérés, n’ont pas pu s’y rendre, pour raisons financières, que ce soit dans cet Institut ou dans d’autres organismes, sœur Marie ne reculait donc devant rien.

                  Comme ce sont des laïcs qui font vivre en grande partie les communautés, et l’Eglise dans son ensemble, leur parole mérite donc d’être aussi entendue. C’est comme pour les impôts : les payeurs sont concernés et en droit de savoir ce qui est fait de leur argent et de donner un avis. Camille ouvre donc, par son témoignage, un autre champ de questionnement, quand elle souligne le côté dépensier des sœurs.

                  Frère Longin, pour sa part, fait une comparaison très anachronique : avec Paul et François d’Assise. Leur institut de « remise en forme » ou de « formation humaine intégrale », c’était quoi ? En avaient-ils besoin ?

                  Il fait aussi référence aux victimes du Rwanda. N’est-ce pas une manière implicite de dire que les sœurs étaient victimes, elles aussi ? Si les massacres font des victimes oculaires ou endeuillées de proches, de quoi les sœurs étaient-elles victimes, elles ? cqfd : Roselyne explique que cette formation l’a aidée à partir.

                  Enfin, le témoignage de Camille n’apparaît pas comme un réquisitoire. Elle souligne des dysfonctionnements et propose diverses solutions.

                  En le lisant, je me suis rappelé que le monachisme, contemplatif en particulier, créait une dépendance sociale majeure des personnes. Contre prières pour tous, les membres de communautés monastiques sont des dépendants socialement. Or, il y a une responsabilité communautaire et sociétale vis-à-vis de ces personnes dépendantes.

                  Si je fais l’analogie avec les travailleurs sociaux, la société leur délègue la responsabilité de traiter les problèmes sociaux que nous avons créés, en ne leur donnant pas les moyens d’action suffisants. C’est commode !

                  Dans une communauté comme Bethléem, même chose : délégation du spirituel -à travers un culte de la beauté surdimensionné- à quelques-uns, au point d’oublier totalement que tout être humain a une dimension physique, psychique et spirituelle. Du coup, dans ce type de communauté, s’auto-proclamant comme répondant au « projet de la Vierge », le monde y est présenté comme « mauvais et moche », voire « démoniaque », comme si la dimension spirituelle était absente chez les autres humains. Or c’est totalement faux.Camille l’explique à sa manière.

                  • Merci Thomas pour votre analyse, je l’a trouve intéressante. Juste : les autres ordres contemplatifs travaillent et ne vivent pas de la charité des autres : entreprises diverses (imprimerie, fabrication objets etc.) ils sont autonomes (ou solidarité inter monastères ) mais ne vivent pas du tout sur le dos de la société. Ils déclarent leurs personnel, paient leurs impôts, leurs fournisseurs etc.