Lundi 22 décembre 2014

Travailleuses Missionnaires : le destin tragique de Solange Mare

Gravement malade Solange est morte le 21 août 2010 au Centre hospitalier Pierre-Feu, en chambre d’isolement et entravée, après une hospitalisation depuis la veille pour trouble du comportement à l’âge de 36 ans et a été enterrée à Marseille. Émilienne nous dit qu’elle était « dans la blessure profonde de ce qu’elle a vécu » et « qu’elle parlait beaucoup de sa souffrance ». Dossier réalisé par l’AVREF.

« Je ne voulais pas que la haine prenne le dessus » « … comme je ne veux pas la haine je pars »

Emilienne SAKOUGRI a bien connu Mademoiselle MARÉ Baowendsida Emma Judith Solange, originaire du Burkina Faso, de la même génération qu’elle.

Solange MARÉ a eu des ennuis de santé et elle a dû se faire soigner à Paris. Mais les responsables, notamment l’économe de la communauté, n’avaient de cesse de lui répéter qu’elle coûtait cher à cause de ses soins. Ensuite, il était toujours difficile d’obtenir de l’argent, ne serait-ce que pour aller à la pharmacie faire exécuter les ordonnances.

Solange était très affectée de cette situation et elle a préféré « fuguer » chez sa tante à Marseille, en fait se réfugier chez elle car elle souffrait beaucoup moralement et physiquement.

Gravement malade, Solange est morte le 21 août 2010 au Centre hospitalier Pierre-Feu, en chambre d’isolement et entravée, après une hospitalisation depuis la veille pour trouble du comportement à l’âge de 36 ans et a été enterrée à Marseille. Émilienne nous dit qu’elle était « dans la blessure profonde de ce qu’elle a vécu » et « qu’elle parlait beaucoup de sa souffrance ».

Sa mort à l’hôpital a été bizarre : une autopsie a eu lieu sans le dossier médical qui était sous scellé sans doute pour l’enquête et l’hôpital a conservé 8 jours sa dépouille mortelle avant qu’on puisse l’enterrer à Toulon.

Sa Maman à Ouagadougou n’a pu se déplacer pour les funérailles de sa fille et a fait dire une messe en famille. Pour cette circonstance elle a demandé aux responsables des Travailleuses Missionnaires qui sont sur place à Ouagadougou de venir témoigner lors de cette messe des services rendus par Solange à la communauté. Mais les responsables ont refusé de le faire et ne se sont pas déplacées pour cette messe du Souvenir, ce qui est bien triste pour la Maman. En effet, pour les TM c’est parce qu’elle a quitté la communauté que ce malheur lui est arrivé. Mais pour la maman de Solange, ce sont les TM qui ont tué sa fille et elle répète avec grande et profonde colère que cette communauté « brûlera en enfer ».

Pourtant cette femme est une grande militante dans l’Église avec une grande Foi. Elle accompagne un prêtre exorciste très renommé au Burkina et hors du Burkina, pour des séances de prières et de retraites.

Enfin, les circonstances du décès de Solange ont nécessité une enquête qui s’est soldée par un classement sans suite par un Magistrat de Toulon le 16 janvier 2012. A ce jour, ses affaires se trouvent toujours dans les locaux de la gendarmerie de Pierre-Feu du Var et malgré les demandes et relances, on n’a pas de nouvelles par rapport à ces affaires. Un déplacement sur place est prévu car la maman tient beaucoup à récupérer les affaires de sa fille.

Il faut noter qu’au vu des conclusions de l’autopsie et des circonstances du décès, on a pensé à une erreur médicale ou du moins à une non assistance mais on n’a pas encore réuni assez d’éléments.

Nous publions ci-dessous le message adressé par Solange MARE à une travailleuse missionnaire le 5 mars 2009 par lequel on comprend comment le comportement de « ces bonnes femmes », comme elle les appelle, lui refusant d’aller se faire opérer d’un fibrome parce qu’elle coûtait cher l’a amenée à quitter la communauté pour aller mourir à Marseille.

Mail du 5 mars 2009 de Solange MARÉ à Gracia

Un grand merci pour ton message.

Moi, ça me coûte mais je pense que si la vie TM est ainsi, elles finiront par détruire la belle œuvre du père (Roussel). Je suis partie parce que je ne voulais pas que la haine prenne le dessus. Alors l’unique moyen c’est de me retirer. Mais celles qui t’ont dit que je suis partie, demande-leur voir pourquoi je suis partie… Ne leur dis pas que tu sais un peu la vérité. Laisse-les dans leur doute. Moi je m’en fiche des rumeurs. Je veux la paix et rien d’autre.

L’histoire a commencé l’année dernière (2008). Au mois de mai, j’avais des hémorragies causées par les fibromes. Mon médecin traitant (à Toulon) m’a dit d’opérer et a tout organisé. Elle m’a fait une lettre pour que ces bonnes femmes [les responsables TM] puissent me croire, mais quand j’ai parlé à Cécile [responsable des TM à l’époque à l’Eau-Vive de Toulon], elle m’a dit : « tu iras à Paris pour le faire ».

Et cela est resté sous silence, parce qu’il faut une remplaçante [au poste de cuisine dont s’occupait Solange].

Je n’ai rien dit jusqu’au mois de juillet, le 24 exactement, quand Clémentine [Responsable Générale de l’époque à Rome] m’a appelé (téléphone) en me disant que je suis nommée à Bobo [2ème Eau-Vive du Burkina Faso].

Je lui ai dit : « très bien ! » Mais je lui ai encore exposé le problème [l’opération des fibromes] et je lui ai dit que cela dure déjà depuis 3 mois et je n’ai pas de réponse. Elle me dit : « on va réfléchir ».

Le 28 juillet elle passe à Toulon. Je demande à lui parler et elle me répond qu’elle n’a pas le temps, une sorte de fuite. Puis ensuite, elle m’accorde deux minutes. Bref j’étais sous le choc quand elle est partie à Marseille, et au retour elle me dit : « nous avons pensé qu’il faut que tu ailles à Paris ». Je lui ai dit : « si je pars à Paris, je n’aurai pas de rendez-vous avant un mois ! Vous savez comment ça fonctionne les hôpitaux ? ».

Elle me répond : « ça ne fait rien ! ». Je lui ai dit : « on verra ! ».

Je suis allée à Lourdes pour avoir la lumière, mais hélas ! J’ai dit à la Sainte Vierge : « si je gagne les soins avant un mois je resterai dans la Famille [TM] autrement je me retire ».

Le 8 août, Clémentine appelle. Elle ne m’a pas parlé. Elle dit à Cécile de me dire qu’il faut que je parte à Paris le 12, parce que mon rendez-vous c’est le 28 août.

Bref, j’arrive à Paris et j’apprends que le rendez-vous c’est le 16 septembre et il fallait tout reprendre à zéro. Je n’ai eu les soins que le 10 décembre.

Jour et nuit, je perdais du sang. Tu imagines mon calvaire ? Dieu seul sait ! Et en plus, des douleurs ! Et l’on veut que je vive comme tout le monde. Je voulais partir depuis mais je me suis dit que je vais devoir tout reprendre.

J’ai pété les plombs le 31 décembre quand Clémentine a appelé en me disant : « ta nomination a changé. On a pensé que tu iras à Loumbila [Orphelinat géré par les TM au Burkina Faso]. Réfléchis mais termine d’abord tes soins ».

Dans mon cœur, une tristesse m’envahit. Je me suis dite : « on veut te liquider en douce mais ce sera pas cette fois-ci »

Alors, je me suis retirée sans explication, puisque c’est elle l’explication. Je ne vais pas me laisser tuer bêtement.

Et là Magali [L’économe générale des TM] se permet de me dire qu’il ne faut pas que je ruine la Famille ™. Tout ça engendre en moi une haine pour ces TM. Ce n’est pas la Famille ™ que je n’aime pas, mais je refuse de subir des souffrances qui donnent de la joie à certaines personnes. Ce que Magali a dit, Cécile me l’avait dit autrement quand elle m’a répondu : « tu iras à Paris te faire opérer car tu nous coûtes cher »

Je lui ai dit : « Ah bon ? Je vous coûte cher ? » Et elle dit : « ce n’est pas ce que j’ai voulu dire. Tes médicaments coûtent cher ». Je lui ai dit : « je ne les achète pas par plaisir ».

Si tu veux, demande aux Florence [qui a quitté après Solange et vit à Marseille] même Chantal T…. [qui a quitté en 2013] et NNNN (qui a quitté et vit à Angers) comment je souffrais. C’est trop ! Plus moralement. Et j’ai voulu mettre fin à tout cela.

Clémentine est passée deux ou trois fois à Paris, et elle n’a jamais cherché à entrer en contact avec moi. Je refuse de déranger. Elle n’a pas le temps ? Moi je n’ai rien à lui dire ! Jusqu’à mon départ, je ne lui ai jamais parlé de ce qui m’habitait. Comme je ne veux pas la haine, je pars continuer mes soins sans problème car là où je suis, personne ne va dire : « tu nous ruines » ou encore « tu nous emmerdes » ou « tu nous coûtes cher ».

Je te laisse car c’est trop pour tout vider. Si je n’avais pas souffert ainsi, en plus il y avait tous pour me soulager.

Le docteur ne comprenait rien à leur décision et elle avait des larmes aux yeux quand je suis allée lui dire au revoir. Elle me disait : « pourquoi ? Je ne comprends pas ? »

C’est la même chose en 2005, et cela m’a coûté plus cher puisque j’ai eu une côte coupée.

Fini la misère noire ! Qu’est ce que j’ai fait pour mériter ça ?

Alors je préfère le silence au bruit.

C’est celles de Lisieux qui font leur propagande car 2 jours après mon départ, elles sont allées à Paris. C’est pourquoi il y a du bruit, « comme leur bouche ne porte pas culotte ». C’est devenu leur sujet de conversation. Quand elles vont se fatiguer elles se tairont. Bref surtout Marijo [la responsable des TM du centre Ermitage à Lisieux à l’époque et maintenant responsable de Toulon] et Claire [la responsable actuelle des TM à Lisieux au centre Ermitage] elles parlent de ce qu’elles ne connaissent pas. Il faut les laisser.

…Quand à ma mère, elle va bien. Je lui ai expliqué. Elle finira par l’accepter car c’est moi qui vis et pas elle.

Je te remercie de me soutenir dans la prière.

Prions les unes pour les autres pour que la volonté de Dieu se fasse là où nous sommes.

Je te souhaite une bonne journée. Union de prières.

C’est bien ce que tu dis : « Tout est Grâce » et Dieu seul sait ce que cela représente pour moi.

Source : Le Livre Noir des Travailleuses Missionnaires de l’Immaculée : Eau Vive et Espérances Taries

Informations recueillies le 10 avril 2014 auprès d’Emilienne SAKOUGRI.

Vos réactions

  • 22 décembre 2014 18:57

    Paix à son âme. Les TM qui ont contribuer à sa mort ne l’emporterons pas au paradis. Tout se paye un jour ou l’autre.