Samedi 30 avril 2016

Un mandat d’arrêt international lancé contre Mansour Labaky

Une féroce bataille judiciaire est engagée autour de la culpabilité du prêtre en France et au Liban. Son avocat au Liban a adressé une mise en demeure à Mgr Luis Ladaria, le numéro deux de la Congrégation pour la doctrine de la foi au Vatican.

L’affaire Mansour Labaky se corse. Un mandat d’arrêt international a été lancé contre le prêtre par un juge d’instruction du tribunal de Caen, en France, responsable d’un dossier visant l’ecclésiastique pour viols et agressions sexuelles sur des mineures de 15 ans commis par personne ayant autorité, ont rapporté ces derniers jours plusieurs médias français.

Les faits auraient été commis dans le foyer Notre-Dame-enfants du Liban, qui accueillait des enfants libanais et que le père Labaky a ouvert à Douvres-la-Délivrande en 1990. L’établissement a fermé ses portes en 1998.

Convoqué à plusieurs reprises par le juge d’instruction, le père Labaky, aujourd’hui âgé de 76 ans et qui vit au Liban, a refusé de se rendre en Normandie en mettant en avant son état de santé, a rapporté mercredi le site de l’hebdomadaire Le Point.

« S’il n’a rien fait, comme il l’assure, que Mansour Labaky se présente devant le juge de Caen. Il y disposera de toutes les garanties de droit », a déclaré au magazine français Le Point Solange Doumic, avocate des victimes, notant que « le prêtre n’est pas revenu en France depuis l’ouverture de l’information judiciaire en 2013 auprès du tribunal de Caen, alors qu’il s’y rendait régulièrement ».

Deux autres victimes présumées ont dénoncé des faits similaires commis également en France, sans se constituer encore partie civile, rapporte de son côté le quotidien La Croix, évoquant le cas d’une « jeune Française qui lui avait été confiée, alors qu’elle avait 13 ans ».

Conséquences

Le mandat d’arrêt international lancé contre le père Mansour Labaky n’aura pas d’effets immédiats sur la situation du prêtre. Ce mandat devrait parvenir au Liban via Interpol ou par l’intermédiaire d’une commission rogatoire dépêchée auprès du procureur de cassation, Samir Hammoud. Ce dernier devrait alors le convoquer et l’interroger, avant d’adresser un procès-verbal de cet interrogatoire au juge d’instruction français.

Dans tous les cas, si la France demande son extradition, cela ne pourra se faire que sur base d’un dossier dûment examiné par le procureur de la République et sur décret du ministre de la Justice.

Selon une source judiciaire, la justice libanaise ne prendra aucune initiative pour arrêter le père Labaky, mais on pourrait lui confisquer son passeport s’il cherche à franchir la frontière.

Des catholiques contestent la décision de Rome

Le père Labaky avait été condamné par un décret de la Congrégation de la doctrine de la foi du Vatican, datant du 23 avril 2012 et confirmé le 19 juin 2013, pour abus sexuels sur trois mineures et crime de sollicitation à l’occasion de la confession. Il lui a été interdit de célébrer la messe et de confesser, devant se retirer dans la prière et la pénitence. Il a également été interdit de toute activité publique ou de prise de parole dans les médias. Le père Labaky a toujours contesté vigoureusement sa condamnation à Rome. En France aussi, il bénéficie du soutien du mouvement spirituel qu’il a fondé, Lo Tedhal (Ne crains pas), dont les membres mettent en cause la « procédure expéditive » de la justice ecclésiastique.

Fait rare

Fait rare, rapporte le journal La Croix (26 avril 2016), il y a deux ans, fin mars 2014, l’avocat du père Labaky au Liban, Me Antoine Akl, a envoyé une mise en demeure à Mgr Luis Ladaria, le numéro deux de la Congrégation pour la doctrine de la foi, à Mgr Augustin Romero, alors official de Paris, au père Emmanuel Petit, vice-official, et à Mgr Tony Anatrella, expert au tribunal ecclésiastique de Paris, les accusant d’avoir manipulé les victimes pour accuser le père Labaky (La Croix du 7 mai 2014).

Cette mise en demeure qui visait aussi les victimes s’appuyait sur 2 000 courriels électroniques échangés entre ces autorités ecclésiastiques et ces dernières – obtenus par piratage. C’est également sur base de ces courriels que Me Antoine Akl a engagé un procès pour « fausses accusations » et « connivence » contre sept personnes au Liban accusées de faux témoignage.

Dans les faits, toutefois, le juge d’instruction Peter Germanos chargé de cette affaire avait fermé le dossier, sans interroger les accusés, se déclarant incompétent dans une affaire concernant l’Église catholique. La procédure devrait néanmoins être relancée, le président de la chambre de mise en accusation du Mont-Liban, Afif Hakim, ayant cassé la décision de M. Germanos et demandé au juge d’instruction d’adresser aux accusés une nouvelle convocation, affirme une dépêche de l’Agence nationale d’information (Ani, officielle).

Pour sa part, agissant « en père et pasteur », le patriarche maronite, Béchara Raï, a transmis au pape une copie des courriels piratés, qu’il a estimés suffisamment « importants » pour qu’il juge de son devoir de le faire, a annoncé tout récemment une mise au point de Bkerké.

Recours possible

On rappelle aussi qu’à Rome, la Congrégation pour la doctrine de la foi chargée, depuis le pontificat de Jean-Paul II, de juger les « délits les plus graves », a mis en place, depuis 2014, une commission spéciale, dite « Commission d’examen des recours d’ecclésiastiques ».

Cette commission a, comme son nom l’indique, la mission d’examiner les recours d’ecclésiastiques mis en cause pour ces « délits les plus graves », c’est-à-dire des cas d’abus sexuels.

« Des plaintes se sont multipliées depuis le début des années 2000 contre des prêtres, entraînant l’ouverture d’enquêtes nombreuses de la justice ecclésiastique. Mais certains contestent ces accusations comme infondées et calomnieuses. »

L’archevêque argentin de Rosario, Mgr José Luis Mollaghan, 68 ans, est depuis le 19 mai 2014 official du dicastère et membre de cette commission, a indiqué le Saint-Siège.

Voir en ligne : http://www.lorientlejour.com/articl…