Mercredi 5 septembre 2018

Une institution en faillite (Lettre ouverte)

Je suis un homme plutôt nuancé dans ses propos et rarement bruyant dans l’expression de ses opinions. J’estime qu’il faut garder sa capacité d’indignation pour les rares choses qui en valent le coût.

Ces dernières semaines, comme tant d’autres catholiques, j’ai mal encaissé le dernier acte d’une sinistre suite de dénonciations sérieuses et fondées d’abus de nature sexuelle commis par des membres du clergé en grand nombre. Le lugubre tour du monde des affaires de pédophilie (de l’Australie aux États-Unis en passant par le Chili, l’Irlande et le Canada) commence à être un peu lourd à supporter pour le fidèle lambda. Les affaires récemment dévoilées par le procureur de l’État de Pennsylvanie ont eu l’avantage de livrer un verdict sans appel que l’on n’osait pas croire : ce n’est pas qu’une histoire d’individus déviants, c’est un système pervers qui a longtemps donné l’impunité à des délinquants dangereux. Et, de toute évidence, ce n’est pas de l’histoire lointaine. Quand on parle des années 90, il n’est pas question du XIXe siècle…

J’en tire deux conclusions dont je suis conscient de la gravité. Mais, à bien y penser, aussi durs soient les mots, ils ne sont rien à coté des horreurs commises.

1- La crise que traverse l’institution catholique romaine est de l’ampleur de ce qui a conduit à la Réforme au XVe siècle. La délinquance largement répandue de la part d’un grand nombre de prêtres jette le discrédit sur l’ensemble du clergé, bien qu’une part importante d’honnêtes hommes soient sans tache. Luther dénonçait la corruption du clergé. Bien qu’un tel jugement soit injuste pour les hommes de bien, il ne s’en applique pas moins à ce qui est divulgué maintenant (et depuis une trentaine d’années). La « corporation professionnelle » des prêtres est en crise. Le clergé est sévèrement discrédité et il n’a qu’à s’en prendre à lui-même. Et comme si ce n’était pas assez, on comprend maintenant que les manœuvres de cover up des délinquants de la part de l’épiscopat n’ont pas été épisodiques, le lot de quelques hommes dépourvus de jugement, mais une pratique coutumière largement répandue. Comme on dit dans le monde des affaires, cela relevait de la « culture d’entreprise ». Or, faut-il le rappeler, ce sont des crimes qui ont été dissimulés, et des criminels qui ont été soustraits à la justice. Comment qualifie-t-on une organisation qui protège des criminels ? Je n’ose écrire la réponse qui, à elle seule, indique que l’institution catholique est sur une trajectoire obscure. L’argument souvent entendu selon lequel les gestes de quelques-uns ne doivent pas confondre toute l’institution ne tient plus. L’institution, souillée par les crimes sordides d’un grand nombre de ses cadres, n’est plus crédible. Elle a failli à ses devoirs élémentaires : comment pourrait-on lui faire confiance ?

2- Le discrédit institutionnel est une chose. L’effondrement moral en est une autre. Comment ne pas être profondément scandalisé par le fait que le clergé s’est fait le porte parole des plus sévères consignes morales dans le domaine sexuel pendant que nombre de prêtres s’autorisaient ce que la plus élémentaire des morales naturelles interdit. On a chargé les fidèles, les femmes surtout, d’un fardeau moral parfois inhumain tout en fermant les yeux sur les plus immondes des comportements de prêtres. L’outrage est immense. Et la conclusion terrible : l’Église n’a plus aucune crédibilité dans le domaine. Elle devrait se taire pendant au moins un siècle avant de reparler de sexe. Je reprendrais volontiers les mots des Athéniens à saint Paul : « sur cette question, nous t’entendrons une autre fois », tout en virant les talons. Il faut être digne des exigences éthiques que l’on veut énoncer. L’Église a gravement failli à son devoir. Elle a fait de sa théologie morale la plus vaine des idéologies. À ceux qui disent qu’il faut distinguer le message de l’institution (et de son « hommerie ») je dis que je vis dans le monde réel, dans le concret de la vie, pas au ciel. Et sur la terre, la crédibilité du discours moral va de pair avec la cohérence de ceux qui l’énoncent. Dans la foulée de Vatican II, le magistère romain a eu l’audace de reprendre à son compte un slogan du marxisme en déclarant l’Église « experte en humanité ». Je n’aurais jamais cru qu’une si noble ambition deviendrait une cynique description du pire. Experte en humanité ? Ça ne fait pas de doute, et dans ce qu’elle a de plus terrible… Pour rester dans le ton, on se souvient du pauvre Loisy qui, dans un élan d’exaspération, avait eu ce mot ironique : « Le Christ a annoncé le Royaume et c’est l’Église qui est advenue ! »

Aujourd’hui, dans une des crises les plus graves vécues par le catholicisme, l’Église s’est embourbée elle-même dans un désastre que les mots, les discours et les communiqués ne répareront pas. L’institution a rendez-vous avec le réel. Et, dans le réel, la fin est une hypothèse plausible.

Jean-François Bouchard Éditeur

Source : presence-info.ca

Voir en ligne : http://presence-info.ca/article/opi…

Vos réactions

  • agapé 18 septembre 2018 23:12

    Bonsoir Isabelle, Je prends très au sérieux les turpitudes que vous dénoncez, malheureusement , cette dénonciation s’accompagne souvent chez vous d’une vision binaire. Ainsi pour l’Eglise : il y a l’Eglise des purs, de ceux qui sont restés fidèles à l’Evangile ( et dont vous pensez faire partie )et les autres qui se sont égarés dans des doctrines hérétiques. Tant que vous resterez dans ce schéma de pensée, vos alertes serviront davantage votre idéologie que l Eglise et victimes de la pédophilie.. Oui, il y a des lobbies dans l’Eglise, mais pas uniquement celui de l’homosexualité…Vous semblez oublier que MGR VIGANO fait lui aussi partie d’un lobbie, de ceux qui refusent tout changement dans l’Eglise… Isabelle, je crois que vous recherchez de manière trés authentique la pureté dans l’Eglise. Mais vous confondez pureté et rigorisme moral…Ce rigorisme qui a fait tellement de mal( cf histoire de l’Eglise qui a confondu moralisme et Evangile) et qui a fait se tourner vers le laxisme un si grand nombre de personnes…… Je pense que le chemin à prendre est ailleurs.

  • Isabelle 10 septembre 2018 01:49

    @ Jean-François Bouchard Éditeur

    « l’Église s’est embourbée elle-même dans un désastre que les mots, les discours et les communiqués ne répareront pas. L’institution a rendez-vous avec le réel. Et, dans le réel, la fin est une hypothèse plausible »

    Ok ! Votre diagnostic est là. Certes, il rejoint celui de bon nombre de catholiques assez désabusés et découragés par le magma dans lequel s’enfonce l’institution. Le fondateur de ce site avait même écrit voilà quelques temps : « Défendre l’Eglise est actuellement une ineptie ». Donc, je comprends qu’il publie votre lettre ouverte - en partie justifiée - mais ne rejoins pas votre hypothèse sur une fin de l’institution, loin de là !

    Il est d’ailleurs étonnant (enfin pas vraiment) qu’aucun article ne soit publié sur ce site concernant la lettre courageuse de Mgr Vigano et ses répercussions internes et externes au sein de l’Eglise Catholique.

    Voici un lien ci-infra qui donne le témoignage d’une importance capitale sur la sordide affaire McCarrick (ancien archevêque de Washington et prédateur sexuel), ainsi que sur le lobby gay dans l’Église : celui de l’ancien nonce apostolique à Washington, Mgr Vigano.

    Son Excellence Carlo Maria Viganò, archevêque titulaire d’Ulpiana, nonce apostolique, dévoile une partie de l’envers du décor mais, avec une grande humilité et délicatesse, il omet de souligner ceux qui tirent les ficelles derrière les lobbies homosexuels et pédophiles au sein de l’Eglise. Or nous savons (du moins certains) que les séminaires, les instituts de formation catholique et autres centres de théologie ont été infiltrés depuis des décennies par les communistes et la franc-maçonnerie afin de détruire l’Eglise de l’intérieur.

    Le schisme est latent. Une partie de l’Eglise reste fidèle à l’enseignement deux fois millénaire du Christ et à la saine doctrine Catholique, l’autre préfère suivre les loups déguisés en agneaux qui prêchent de fausses doctrines et mènent le troupeau à l’abattoir.

    Seule une Foi ancrée dans la parole de Dieu et, surtout, la pratique des sacrements peut permettre de décrypter les défis actuels et futurs afin de lutter avec les armes que sont l’Esprit Saint et le Rosaire. Cela n’empêche en rien de dénoncer les hérésies et de combattre les graves déviances d’une institution malade, en particulier en défendant ses victimes. Mais s’il y a un combat sur le plan temporel qui est nécessaire et juste, le vrai combat se situe sur le plan purement spirituel.

    Un point cependant reste à souligner. Cet archevêque a écrit son témoignage dans un souci de Vérité et de transparence tout en respectant infiniment l’Eglise Catholique à laquelle il appartient. Sa conclusion est très belle et triste à la fois, je la partage entièrement :

    " Même dans la consternation et la tristesse face à l’énormité de ce qui se passe, ne perdons pas espoir ! Nous savons bien que la grande majorité de nos pasteurs vivent leur vocation sacerdotale avec fidélité et dévouement. C’est dans les moments de grande épreuve que la grâce du Seigneur est révélée en abondance et rend sa miséricorde sans limite accessible à tous ; mais cela n’est accordé qu’à ceux qui se repentent sincèrement et proposent sincèrement de modifier leur vie. C’est un moment favorable pour que l’Église confesse ses péchés, se convertisse et fasse pénitence. Prions tous pour l’Église et pour le pape. Rappelons-nous combien de fois il nous a demandé de prier pour lui ! Renouvelons notre foi dans l’Église notre Mère : « Je crois en une Église sainte, catholique et apostolique ! » Le Christ n’abandonnera jamais son Église ! Il l’a engendrée par Son Sang et la ranime continuellement par Son Esprit ! Marie, Mère de l’Église, priez pour nous ! Marie, Vierge et Reine, Mère du Roi de gloire, priez pour nous !

    Rome, le 22 août 2018, en la fête du couronnement de la Très Sainte Vierge Marie.


    Seulement voilà, nous avons tendance à faire des raccourcis et à oublier une parole forte et essentielle de Notre Seigneur : « Aussi moi je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle. » (St. Matthieu Chap. XVI, 18.)

    Cette parole nous invite à l’Espérance tout comme l’Evangile de ce dimanche.

    PJ : témoignage de Mgr Vigano

    https://www.riposte-catholique.fr/riposte-catholique-blog/un-temoignage-de-premiere-importance-sur-laffaire-mccarrick