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Le vrai visage de l’Opus Dei

Le samedi 16 janvier 2016

2/L’immaturité psycho affective joue également un rôle non négligeable tant dans l’adhésion (besoin d’un guide idéologique et religieux pour avancer qui rejoue le rôle de parent, de protecteur) que dans les difficultés de certains adeptes à quitter ce mouvement intégriste et sectaire.

Ce qui a amené l’adepte à l’OD n’est pas seulement l’envie d’appartenir à une élite religieuse et sociale, même si c’est un facteur qui joue énormément dans l’adhésion. Mais l’adepte est venu là pour prolonger un état d’enfance auquel il n’arrive pas à renoncer :

a/ Parce que l’entourage familial ne lui a pas forcément donné les clés pour s’assumer pleinement à tous niveaux mais au contraire cultivé une certaine dépendance psychologique et affective. Qui fait que forcément plus tard, l’adepte ressentira toujours le besoin d’avoir un mentor pour lui dire quoi penser, croire, faire, etc. Ce qui l’expose, sans même parler de l’adhésion à l’OD spécifiquement, à se retrouver plus facilement que le reste de la population, sous la coupe psychologique et affective de manipulateurs, qu’ils soient conjoints, employeurs, etc.

b/ Il se peut aussi qu’à l’adolescence, le questionnement identitaire ne put trouver de réponses satisfaisantes autres que religieuses. Parce que le climat éducatif familial était déjà très religieux et dogmatique. L’adhésion à un groupe intégriste, sectaire, allait donc de soi pour trouver des réponses…

c/ Parce que l’adepte, a vécu il y a longtemps un traumatisme grave dont il culpabilise énormément sans pouvoir en parler et pense que l’OD pourra l’aider à le purifier, le guérir, à transcender ce trauma. Dans ce cas, l’adepte vient à l’OD dans un but de rédemption personnelle. Ce qui n’aura de cesse d’accentuer son sentiment de culpabilité mais aussi sa dépendance à l’organisation. Et ça, l’OD va très vite en tirer profit et faire pression sur l’adepte dont elle a identifié la faille psychologique, identitaire.

d/ Parce qu’un évènement dramatique (deuil, divorce parental, maladie chronique, accident, chagrin d’amour, séparation, harcèlement moral) l’a fragilisé aussi bien affectivement que psychologiquement sans pouvoir trouver l’aide suffisante pour surmonter cette épreuve. L’OD joue alors le rôle de refuge parental, de doudou psychologique et affectif pour gérer cet évènement jugé insurmontable.

e/ Parce qu’un proche de sa famille était déjà membre de l’Opus Dei, que sa famille fréquentait des cercles ayant de nombreux opusiens, qu’il fréquentait une école, un collège, un lycée, une université, un comité professionnel, un parti politique, une association où l’OD avait ses entrées et où elle pratiquait un intense lobbying. Et qu’il avait à cette époque trouvé le groupe sympathique, séduisant. Notamment parce que ce groupe apportait des réponses à ses angoisses, proposait une formation intéressante, correspondait à ce qu’il attendait ou ce que ses parents attendaient de la religion et d’un groupe qui aide à penser Dieu et le monde. Et que l’adepte avait déjà un besoin viscéral d’être dirigé psychologiquement, affectivement.

Toutes ces situations (qu’il y ait une ou plusieurs) vont être autant de motivations d’adhésion à l’OD et amener les adeptes à donner les pleins pouvoirs psychologiques, physiques, spirituels sur eux à l’OD. Même si ça n’est pas dit explicitement, c’est exactement ce qui se passe. Et le dépôt testamentaire préalable à l’adhésion rajoute à l’OD, un pouvoir de vie et de mort sur l’adepte et son entourage familial. Même si l’adepte ne s’en rend pas compte immédiatement ni pendant les mois heureux, les années réjouissantes au sein du groupe. L’adepte se met entièrement mais aussi met sa famille entièrement sous la domination opusienne par ce testament.

Et l’OD n’aura de cesse d’augmenter la pression sur ces adeptes, de repousser plus loin les limites de ce pouvoir totalitaire. Parce que pouvoir leur permet de rentabiliser très rapidement financièrement l’adepte. Mais aussi de l’utiliser au maximum physiquement, intellectuellement, psychiquement, affectivement.

Bien sûr, en cas de décès de l’adepte, l’OD étendra ce pouvoir sur le reste de la famille. Sans souvent que la famille le comprenne. Ce qui permet à l’OD d’avoir une plus grande emprise et une latitude d’actions néfastes juridiques, judiciaires plus rapide. Si la famille comprend rapidement la nature du testament et la dangerosité de l’OD, ce qui a été heureusement le cas de ma sœur, moi et ma mère, la réponse juridique et judiciaire familiale pourra permettre au moins de protéger un peu des intérêts familiaux et de l’héritage. Mais il faut savoir que ce sera un long bras de fer. Et que l’OD déploiera tous les moyens pour spolier la famille de l’héritage de son adepte ou ex-adepte.

Cas concret :

Mon père est venu à l’OD parce qu’il voulait faire partie d’une élite religieuse et sociale. Ca correspondait chez lui à un fantasme de domination, mais aussi une confirmation de sa réussite sociale, un moyen de fréquenter le gratin social départemental et régional, quelques huiles parisiennes aussi. L’OD recrutant principalement la petite, moyenne, grande bourgeoisie, la noblesse, les cadres supérieurs, les PDG de petites, moyennes à très grosses entreprises, le milieu bancaire, le milieu juridique, l’enseignement privé confessionnel, le milieu médical, les hauts fonctionnaires, les adeptes se vivent comme dans un club très privé, où il faut montrer patte blanche si je puis dire. C’est un entre soi qui rassemble des gens qui ont tous les mêmes modes de vie, les mêmes intérêts, les mêmes préoccupations religieuses, les mêmes idéologies politiques. L’OD leur donne encore plus de légitimité et de raison de se vivre de façon élitiste. Et elle leur permet de pratiquer encore plus la cooptation, la corruption, d’agrandir leur réseau professionnel, social, d’affirmer leur idéologies politiques fachos, de recruter de nouveaux sympathisants financiers, voire faire de nouveaux adeptes.

Mon père est devenu opusien également parce qu’il avait été abusé sexuellement par sa mère, n’a jamais pu en parler et avait développé à la suite de cet inceste, une violence contre les femmes très forte, aussi bien physique, que psychologique et sexuelle (violence qui s’est retournée sur ma mère, ma sœur et moi). Il était dans la toute-puissance autoritaire, tout en étant resté dans une extrême dépendance psychologique et affective à sa mère, dans la culpabilité de cette dépendance, dans la culpabilité du trauma d’inceste (comme s’il était responsable de ce que sa mère lui avait fait subir) et voulait trouver dans l’adhésion à l’OD, une forme de rédemption psychologique, spirituelle, affective. Il voulait y trouver aussi une justification de sa violence envers les femmes. Un moyen de guérison intérieure aussi. Pas seulement de lui, mais aussi de sa mère. Une forme de rédemption finalement.

Au delà de ces raisons, nous avons découvert ma soeur et moi qu’ il a connu l’OD lorsqu’il faisait des études à l’université via la Fédération des Etudiants Nationalistes (en lien avec le groupe Occident, mais aussi la Cité Catholique de Jean Ousset, l’extrême droite en général). Il l’a retrouvée bien plus tard dans son cadre professionnel via différents confrères surnuméraires. Il l’a retrouvée aussi via la presse à laquelle il était abonné : Valeurs Actuelles et le Spectacle du Monde. Et il l’a retrouvée via quelques connaissances qu’il avait et qui sans être membres, l’ont convaincu d’adhérer à ce groupe.

Je donne cet exemple que je connais bien pour que les lecteurs comprennent qu’il existe de multiples raisons personnelles, très imbriquées les unes dans les autres, mais qui ont toutes généré de la dépendance psycho affective, de l’insécurité intérieure, du dogmatisme pour que des personnes adhèrent à cette organisation intégriste et sectaire. Organisation religieuse qui va leur donner sur le moment au moins, une réponse à leur angoisse existentielle et leur attente très forte de dépendance psychologique, affective, et les valoriser dans leur désir affairiste et élitiste.

L’OD comme la plupart des sectes, joue énormément au départ sur l’affectif pour capter l’adepte, mais aussi une fois l’adepte ferré et intégré, l’organisation va jouer sur la peur de l’abandon, se faisant à la fois famille et centre de rétention et d’oppression, soufflant le chaud et le froid perpétuellement, ainsi que peut le faire un manipulateur pervers. Jusqu’à délégitimer complètement les attentes de leurs membres. Ce qui amène les adeptes à toujours plus de dépendance psychique et affective, donc à une grande fragilité intérieure : la plupart en viennent à se persuader qu’hors du bocal opusien, aucune vie sereine, sécurisante n’est possible.

Pire, le monde extérieur sans le filtre opusien et les réseaux opusiens n’est que danger, menaces. Ce qui peut prolonger l’adhésion à l’OD malgré d’immenses souffrances, pendant pas mal d’années. Il faudra un déclic intérieur, un dépassement de ses limites, de ses forces, que le corps, le psychisme ne parviennent plus à endurer, un évènement dramatique (pour mon paternel, ce fut la mort brutale de son confrère et ami surnuméraire dont il découvrit que le suicide était en réalité un meurtre opéré par l’OD) pour que l’adepte décide d’en sortir, du moins s’en retirer peu à peu.

La mise à l’index à l’intérieur de l’Œuvre, de toute forme d’affection, de sentiment, d’émotion, l’obligation de se mettre à nu psychiquement chaque semaine, la fixation d’objectifs et les apostolats divers et variés jusqu’à épuisement, renforce le désarroi et l’impuissance, créée une peur panique de l’isolement, ne permet plus d’avoir une quelconque intimité, aucune légitimité personnelle hors des activités menées pour l’OD, mais aussi limite grandement la perception de la souffrance personnelle et la prise de conscience réelle de sa destruction intérieure.

J’ai pu constater personnellement que beaucoup d’adeptes en souffrance dans les groupes sectaires (dont mon paternel) prenaient des antidépresseurs, médicaments souvent prescrits par des médecins affiliés, sympathisants de ces groupes. Ces antidépresseurs anesthésient la souffrance, masquent pour un temps l’épuisement nerveux, psychologique mais surtout permettent à l’OD comme à d’autres groupes cathos sectaires de maintenir leurs adeptes soumis. A la sortie de ce type de groupe, il faudra donc pour les ex-adeptes qui ont connu ces traitements, sortir de cette addiction qui fonctionne comme une drogue. Et qui maintient les individus dans un état de fragilité, de désarroi et de déni. Ce qui peut prendre plusieurs années.

Il faut donc du temps pour que les ex-opusiens réalisent pleinement les dégâts, les traumatismes que leur adhésion à l’OD a généré chez eux. Il faut aussi énormément de courage pour affronter ce désastre intérieur.

Il est plus facile pour la plupart au moins dans les premières années, de tenter de trouver des bonnes choses dans l’adhésion et l’expérience opusienne plutôt que la voir comme profondément destructrice et aliénante. Ce phénomène est observable pour toutes les expériences traumatisantes, toutes les expériences sectaires dans les premières années. Cette défense momentanée permet à chaque ex-adepte de prendre le temps nécessaire pour admettre progressivement toute la souffrance, les abus qu’il ou elle a subis, sans que son psychisme, sa santé physique, soient compromis. Ca correspond à ce que les psys appellent une première sortie du déni.

Ce qui peut ralentir ce processus, c’est souvent la poursuite d’une fréquentation indirecte de l’OD parce que le conjoint, la conjointe, un membre de sa famille y est toujours. Existe donc la nostalgie du passé opusien, mais aussi la présence continue des réseaux opusiens autour de l’ex-adepte, donc des idéologies qui vont avec. Ce qui ralentit la sortie véritable d’emprise, ce qui freine aussi la prise de conscience des dégâts en soi et ses proches. Et il est donc encore plus compliqué pour l’ex-adepte encore ainsi entouré, d’avoir une vue d’ensemble du projet opusien qui ne soit pas encore rattachée à ce l’OD lui disait à l’époque où il ou elle était adepte. Il faudra du temps, des analyses sans complaisance, une thérapie, des échanges avec d’autres personnes qui n’ont pas de lien avec l’OD ou qui en sont sortis depuis plus longtemps et ont compris l’envers du décor, pour mesurer plus directement, plus précisément la dangerosité de ce groupe mais aussi le niveau de souffrances que l’OD leur a fait endurer.

Ce processus pourrait s’apparenter à une lente désintoxication et c’est ce qu’il est en réalité. Les avocats spécialisés, les psys parlent d’exfiltration. Pas seulement physique mais aussi psychique.

Autre ralentissement possible : la honte, le sentiment profond de culpabilité de s’être fait avoir, piéger par ce type de mouvement intégriste et sectaire. Ce ressenti est commun à toutes les victimes d’emprise sectaire mais aussi toutes les victimes de violences physiques, psychologiques, sexuelles.

Pour sortir de ce ressenti qui peut être très douloureux, envahissant, une thérapie psy est souvent nécessaire. Pour distancer, gérer le trauma, retrouver la possibilité d’en parler sans en être affecté de façon démesurée ni en se culpabilisant mais aussi progressivement s’apaiser, retrouver une sérénité perdue depuis l’adhésion opusienne.

Chaque victime doit pouvoir trouver la thérapie qui va le mieux l’aider à surmonter les traumas vécus dans le cadre sectaire. Il en existe aujourd’hui tout un panel chez des professionnels de santé. Qu’on parle de l’EMDR, de l’hypnose ericksonnienne, des thérapies cognitives comportementales qui sont différentes de la psychanalyse et de la psychothérapie classiques, dans la mesure où ces thérapies sont courtes et curatives. Pas seulement analytiques. Dispensées par des psychiatres assermentés et diplômés, réellement adaptées aux souffrances des victimes et sollicitées par elles, ces thérapies se révèlent très efficaces. Et sont souvent le point de départ pour retrouver une sécurité intérieure, une dignité, un apaisement, un équilibre et le sentiment de s’appartenir à soi-même. Rétablissements qui sont primordiaux dans la guérison de toutes les souffrances accumulées. Qui vont également constituer la base du tremplin nécessaire pour rebondir positivement suite à ces terribles expériences.

La personnalité ayant été très brutalisée, le comportement, l’apparence vestimentaire, les fréquentations, les idées, les actes complètement dictés par le groupe sectaire, il faudra du temps pour retrouver qui l’on était vraiment avant, renouer avec qui l’on est vraiment au plus intime et s’accorder le droit de penser différemment (sans culpabiliser) de ce qui avait été instillé psychologiquement, religieusement, spirituellement, par le groupe sectaire. Les thérapies psy aident aussi à cela. Ainsi que l’entourage, les amis non liés à la secte, dans la mesure où le contact n’a pas été entièrement coupé lors de l’adhésion au groupe sectaire.

Autre aide active dans le renouveau personnel, la pratique d’une activité récréative, qu’elle soit sportive, culturelle, créative. Ce type d’activité réveille en soi de l’énergie positive qui va aider à la reconstruction et montrer à l’ex adepte qu’il a en lui toutes les clés pour s’en sortir. Qu’il n’est donc pas un petit enfant ni quelqu’un incapable de se débrouiller seul. Mais au contraire, possède des capacités, des compétences, des talents qui vont lui permettre de se vivre heureux, en paix et en pleine capacité de s’assumer dans tous les sens du terme.

L’OD a tendance à ne valoriser chez les surnuméraires, que ce qui relève du religieux bien sûr, mais aussi de l’intellectuel et de tout ce qui peut relever des activités mondaines bourgeoises et nobiliaires. Il faut donc voir ce qui, hors de ces activités, apporte, apportait du plaisir, des émotions positives. Reprendre contact avec ce que l’on a abandonné au moment de l’adhésion à l’OD, fait du bien.

Chez les numéraires, l’OD aura exalté tout ce qui est religieux aussi mais aussi déconstruit tout ce qui pourrait donner de la dignité, de la valeur personnelle à l’adepte. Le numéraire étant principalement voué à la domesticité vis à vis des hauts numéraires et surnuméraires, tout ce qui relève du plaisir personnel, d’activités récréatives est banni. Les lectures sont dirigées, pas de télévision, pas de cinéma, les formations sont toutes dirigées par des opusiens, le lieu de vie est opusien, pas de temps pour se penser, se vivre intimement, un formatage quotidien sur l’indignité permanente, sur l’humilité obligatoire y compris par de régulières mortifications physiques, alimentaires, psychologiques, la nécessité d’être dans le service permanent y compris de nuit, les week-ends, toutes ces pressions laminent fortement les adeptes.

Il est donc d’autant plus important de pouvoir retrouver le plaisir simple d’avoir un chez soi, de prendre du temps pour soi, pour rêver, admirer, faire quelque chose de vraiment passionnant sans qu’il y ait derrière une quelconque utilité pour les autres. Cela va restaurer peu à peu l’estime de soi, apporter une grande paix, un sentiment d’harmonie et redonner suffisamment d’énergie pour poursuivre sa vie, oser l’affronter sans peur.

Cordialement Françoise

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