Poster un message

En réponse au message :

Règlement de la section des Focolarines : son application dans la vie quotidienne du Focolare

Le vendredi 16 mai 2014

Je ne sais pas si nous aurons l’occasion de nous voir prochainement, Renata. Je veux seulement te partager des éléments qui ne sont pas présents dans ton approche.

1° L’Idéal (de Chiara Lubich) n’est pas l’évangile.

Ce point est essentiel, selon mon point de vue. L’Évangile est libération, est inscription de soi sur SON propre chemin de croissance en humanité. Jésus ne veut qu’on le suive, sauf exception. Il vaut qu’on devienne soi-même. L’idéal est, au contraire, une négation de soi au profit d’une collectivité, au profit d’individus qui se croient investis d’une "autorité" au sein de cette collectivité. C’est contraire à l’Évangile. C’est, paradoxalement, très proche d’une certaine conception de la l’autorité au sein de l’Église. Selon moi, beaucoup de Mgrs participent à cette mouvance, à cette "tradition". Le "devoir-être" si présent dans l’Idéal (il faut, vous devez…) est contraire à l’Évangile. Jésus, surtout chez Luc et Matthieu, démontre le danger de confondre Dieu à un dieu du mérite, à une divinité qu’il faudra plier grâce à nos mérites pour se faire aimer. Or, l’Idéal nous fait croire que si on meurt à soi-même, si on se soumet, si on se fait "un", on fait la volonté de Dieu, on est en voyage vers la sainteté. Selon moi, il y a un effet narcissique évident à cette illusion. Il y a une perte fondamentale d’un Dieu Autre, d’un Dieu de la rencontre.

2° le mouvement est un narcissisme collectif.

La force d’attraction du mouvement est de faire croire qu’on est reconnu, qu’on existe en tant que personne. Je crois que la collectivité "sourire colgate au fluor" du mouvement pousse l’individu à croire qu’il est aimé, qu’il est quelqu’un. Ce pouvoir d’attirance est un leurre. On croit être quelqu’un, mais, dans les faits, on court derrière la confirmation de notre propre existence. Une fois qu’on prend du recul, on se rend compte qu’on n’existe pour personne, qu’on n’offre plus aux membres les signes de leur propre existence. On est donc inutile.  

3° le lien d’autorité au sein du mouvement est un danger.

Il y a une évidente perversion dans la conception de l’autorité. L’autorité devrait rendre l’autre acteur, auteur de sa propre vie. Autonome donc, mais aussi vivant, s’épanouissant dans une intégration saine entre les membres de la collectivité. Or, dans le lien d’autorité du mouvement, on doit souvent devenir un bon exécutant des ordres du supérieur. Ce supérieur a un tel pouvoir d’influence sur notre propre intégration qu’il est persuadé que c’est lui qui, au nom de Dieu, se croit investit d’une mission de sélection.

4° du point de vue théologique, le mouvement s’estime ouvert ; dans les faits, il est rétrograde.

Si l’on partage la dynamique du concile Vatican II, si l’on est attentif aux avancées en matière d’exégèse, de théologie morale et dogmatique, si l’on s’ouvre à la théologie pratique, on se rend compte que la théologie du mouvement est quasi préconciliaire de… Trente (1545-1560). Le rôle du clergé y est démesurément valorisé. Et que dire du rôle des évêques et du Pape. Cette valorisation d’une hiérarchie quasi-sacrée est d’un autre âge ; aucune instance critique ne peut s’exercer. La vérité est offerte à des gens de fonction.

Voilà quelques éléments, Renata. Je ne supporte plus aucun écrit de Chiara. Pour moi, c’était quelqu’un de malade, au pouvoir d’influence dangereux.

Je souhaite ajouter encore trois choses.

Rappelle-toi que, dans certains entendements, il n’y a pas de place pour la critique, pour l’analyse réflexive de sa propre manière d’exercer une autorité ; celles-ci (la critique, l’analyse réflexive) sont pourtant indispensables non seulement pour construire sa propre vie, mais aussi, quand on se retrouve à assumer des responsabilités qui devraient permettre aux membres d’un groupe de s’inscrire sur le chemin de leur propre croissance en humanité.

S’il y a bien un discours qui enferme les gens, c’est un discours qui, au nom d’un idéal, au nom d’une morale, dit la vérité sur l’autre. C’est pourtant le fameux pharisaïsme tant dénoncé par Jésus ! Tout - y compris la vie de Jésus lui-même !- mais pas un Dieu du moralisme, du perfectionnisme.

Le mouvement des Focolari a généré énormément de souffrance. Il le fait entre autre en inoculant un poison propre aux collectivités fanatiques : celui de croire que notre bonheur, notre "joie" viendra par la reconnaissance des autres membres d’un groupe et principalement par ceux qui y exercent une autorité. Que ça fait du bien d’être reconnu, d’être aimé ! Mais ce sentiment est aussi un jeu de dupe, la fameuse illusion du mythe de narcisse : miroir, miroir, dis-moi qui est le plus beau/la plus belle ?

La puissance de "narcissisation" d’une collectivité est tellement énorme qu’il faut des experts pour corriger les éventuelles déviances générées par la collectivité. Or, jamais je n’ai vu mettre et entendu du dire qu’on mettait des balises "critiques" à l’égard de telle ou telle autorité. C’est toujours la hiérarchie au-dessus de soi qui dit la vérité sur soi, sur les autres. Et au plus on monte, au plus on fait le vide autour de soi, au plus on se permet de juger les autres.

C’est tel enfant qui n’est pas comme il faut, c’est tel jeune qui est trop avec l’autre sexe, c’est tel adulte qui ne sait pas faire unité, c’est tel prêtre qui…., c’est tel évêque qui… Que de jugement au nom du Dieu qu’on croit incarner.

Après mon départ du mouvement, j’ai appris comment certaines focolarines se faisaient maltraitées par le Centre à Rome, comment lors des rencontres des Capo-zones à Rome, ceux-ci étaient oppressés, jugés, parfois démolis par le jugement implacables des gens qui entouraient Chiara.

Mais j’ai aussi compris combien des gens se rendaient malades parce que, toujours ils se sentaient indignes de l’Idéal, combien le regard qu’ils portaient sur eux-mêmes étaient négatif, culpabilisé. Or, personnellement, je crois que les réflexes spirituels appris au sein du mouvement sont la cause-même des innombrables dépressions. Rien n’est plus mortifère que les "tu dois te sacrifier", "tu dois vivre Jésus Abandonné", "tu dois mourir à toi-même". Ce que génère ces "tu dois", ce n’est rien d’autre qu’une quête éperdue de la mêmeté, qu’une aspiration à de la satisfaction immédiate.

Le fameux "toujours, tout de suite et avec joie" est un calque du "tout, tout de suite et pour moi tout seul". Le vrai bonheur serait à chercher dans une sorte d’état de fusion où il n’y a plus aucune contradiction, où je me sentirais aimé, où il n’y aurait plus aucune ombre dans l’autre et, évidemment, en soi. Cette quête éperdue de la reconnaissance épuise parce que c’est une quête sans fin, qui rend malade parce qu’elle nous tend, nous crispe vers une sorte de rêve éthéré ; cette quête empêche de respirer, de vivre.

Et combien l’état de manque est incroyablement dur à digérer quand, par besoin de respirer, on a choisi de prendre du recul. En fait, il faut des années pour ne plus avoir besoin de chercher de la compensation ».

Rajouter votre témoignage

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?

Votre adresse email ne sera pas rendue publique sur le site. Seuls les commentaires sont publiés sur le site. Votre adresse mail est nécessaire pour que nous puissions vous répondre si vous avez une question personnelle.

Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Lien hypertexte

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)