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Évêques et gestion des abus sexuels

Le vendredi 12 juin 2015

L’annonce que les évêques allaient devoir rendre des comptes sur leur gestion des abus sexuels dans leurs diocèses respectifs me conduit à signaler que nombre d’entre eux ont isolé des victimes ou familles de victimes qui sont venus les trouver, leur faisant ainsi croire qu’ils pouvaient être des cas isolés. N’ont-ils pas pris ces gens pour des imbéciles, avec mépris pour leur peuple et méconnaissance complète des conséquences d’abus sexuels non seulement sur les personnes et leurs proches, mais aussi sur la fréquentation de l’Eglise, bien évidemment, pour ces croyants abusés finalement par eux, une deuxième fois ?

Cet article et tous ceux qui vont avec (dont celui publié en Belgique, pays dans lequel la sexualité n’est pas aussi tabou qu’en France) me conduisent à signaler que certains évêques ont été parfaitement mis au courant, parfois depuis au moins une quinzaine d’années, voire davantage, de faits délictueux qu’ils n’ont pas dénoncés et/ou pour lesquels ils n’ont mené aucune espèce d’enquête.

Quand certains osent encore dire que dénoncer ces faits salirait l’Eglise, ont-ils conscience qu’ils sont responsables, eux, de l’avoir salie d’abord, quand ils étaient au courant et qu’ils n’ont rien dit ni fait ?

Le premier scandale, c’est l’abus. On ne le dira jamais assez. On ne le dira jamais assez dans l’Eglise en répétant, ou en hurlant s’il le faut, « qu’as tu fait de ton frère ? »

Le deuxième scandale, c’est le silence de responsables. On ne le dira jamais assez non plus. En hurlant aussi, s’il le faut : « qu’as-tu fait de ton frère ? » Car on sait parfaitement que certains suicides s’expliquent ainsi, à la suite d’abus et du silence de responsables.

Il y a un troisième scandale qui sera peut-être plus long à traiter, c’est la manière dont la sexualité est encore envisagée ou présentée dans certains lieux d’Eglise, de sorte que des personnes qui ne seraient pas forcément devenues des abuseurs le sont devenues, parfois à une grande échelle, et parfois parce qu’abusées elles-mêmes. Les humains n’ont pas le sexe des anges et ce n’est pas du tout une tare d’être un être humain avec un corps et des pulsions. Cette Église qui croit en un Dieu incarné serait-elle aussi un des espaces où serait prônée, on se demande vraiment pourquoi, la désincarnation ? Quel invraisemblable paradoxe qui peut conduire au pire !

Certes, comme partout ailleurs, il y a des pervers dans l’Eglise ; mais tous les abuseurs dans l’Eglise n’étaient pas nécessairement des pervers au départ. On sait parfaitement que certains ont été pervertis dans leur milieu de vie et/ou par manque de formation ou d’accompagnement sain.

A ce troisième scandale, s’ajoute le scandale ter-bis qui va avec : le rapport à l’autorité qu’ont des croyants et qu’entretiennent volontiers des responsables. Dans certaines communautés ou groupes d’Eglise, on a pu voir des croyants devenir petit à petit des « imbéciles heureux », presque des « niais », - excusez-moi mais c’est vraiment cela-, ce qu’ils ne sont pas nécessairement dans leur vie professionnelle (ils sont même parfois tout le contraire) et cela a pu faire d’eux, et donc de leurs enfants, des proies potentielles pour des prédateurs. A trop distinguer l’Eglise et le monde, par commodité dichotomique servant à se mettre comme croyant au dessus des contingences, beaucoup y ont laissé des plumes. « Sois prudent vis à vis des profs mais pas des prêtres, religieux ou religieuses, avec eux tu ne crains rien », c’est quoi ça ? ??, sinon les considérer honteusement comme asexués. J’ai trouvé un jour, grâce à une personne que je remercie beaucoup, leur nom. Ils s’appellent les « Sourire Consensus ». Autrefois, on les appelait les grenouilles de bénitier.

Il y a un quatrième scandale, et celui-là ne sera pas simple à traiter non plus, c’est la collusion entre des médecins, psychiatres et autres, et certains responsables d’Eglise ou de communautés, qui se sont tus en restant dans un « entre soi » de personnes au courant, se serrant les coudes, parce que membres du même groupement de « sachant ».

Tous ces corporatismes ont joué et jouent encore aujourd’hui. Et maintenant, on va encore demander à des victimes ou familles de victimes de monter des dossiers ou de rechercher dans leurs placards des dossiers déjà connus ? Pourquoi pas, bien sûr ? C’est toujours aux victimes de faire le boulot.

Il serait tellement plus rapide cependant que des évêques, eux mêmes, qui ne cherchent évidemment ni la gloire ni même à garder leur pouvoir, parce qu’ils sont des serviteurs, disent enfin : « Oui, je savais. Oui, je suis donc responsable aussi. »

Alors seulement , on pourra dire que l’Eglise a su contribuer au travail réalisé pour les droits des hommes, des femmes et des enfants au respect de leur dignité corporelle, psychique et spirituelle qu’elle prône si énergiquement pour ceux qui n’en font pas forcément partie. Et on pourra dire aussi qu’elle a vraiment su en tirer des leçons pour que la miséricorde ne gomme pas la justice. Les appels à la miséricorde de certains prélats pourront alors être entendus autrement. Non plus comme la tentation de facilité, à savoir « faire comme si de rien n’était », mais comme un appel à la miséricorde pour eux mêmes, quand ils auront reconnu les injustices auxquelles ils ont largement contribué, jusqu’à faire pression, hélas, sur des victimes pour qu’elles se taisent.

Me vient cette image qui traduit, à mes yeux, la responsabilité de certains : celle de corps détruits, à qui la parole pouvait rester encore, dans le meilleur des cas, et qu’ils ont muselée. Quelle très stratégique erreur ! Un des nids de l’anticléricalisme ou des églises se vidant, il est aussi là, tout de même. Et cela m’énerve que ce ne soit pas dit.

Ont enfin étrangement muselé la parole, des « spécialistes ». Du haut de leur chaire, une autre, mais qui ressemble passablement à la première, parce qu’ils vivent encore entre eux, ils ont décrit certains phénomènes, contribuant ainsi à les rendre banals, parfois malgré eux, tout simplement parce qu’ils ont expliqué ce qu’était un pervers narcissique par exemple, oubliant d’abord de donner la parole à des victimes et la prenant à leur place pour intellectualiser quand d’autres ont spiritualisé.

Cette prise de distance par l’intellect ou la spiritualité revient au même : elle peut nier le droit de victimes à leur propre parole, puisqu’on se penche principalement sur le fonctionnement des abuseurs, ce qui doit les réjouir hautement -disons le au passage-, et cela peut donc faire traumatisme à nouveau pour des victimes que de voir des abuseurs avoir encore la première place.

Or, ces phénomènes d’abus sexuels d’une personne à l’égard d’une autre, banalisés de la sorte, par excès de spiritualisme - et masqués même parfois par des exorcismes douteux sur des victimes, comme si c’était d’elles qu’un démon s’était emparé !!!!"- ou par excès d’intellectualisme, ne seront jamais banals, particulièrement quand il s’agit d’une personne ayant autorité spirituelle sur une autre.

Et je rajoute : prétendûment autorité spirituelle. Parce que c’est prétendûment, à mon avis, de l’autorité spirituelle car entre baptisés, même si on n’est pas sortis encore, à cause de certains, des salamalecs, on est dans la même barcasse parce qu’on meurt tous, un jour.

J’aurais volontiers écrit cela dans un journal catholique ou autre. Mais nous vivons à une époque d’intelligence collective. Seule, cette intelligence-là saura montrer aux financeurs - et c’est le dernier scandale- qu’ils ne savent guère parfois ce qu’ils financent et pourquoi ils le financent. Pour se donner bonne conscience à bon compte, -d’autres prient pour moi comme ça ?- , tandis qu’ils font des affaires ailleurs ? Quand on coupe les cordons de la bourse aux groupements douteux, ils finissent en général par comprendre, bien plus vite que tout discours, qu’il est dans leur intérêt de rentrer dans les clous de l’intelligence collective de Mr et Mme tout le monde, ni mieux ni pire que d’autres.

Je pense que les évêques, qui parlent entre eux, n’ont pas encore bien réalisé que cela nous arrive aussi de partager dans le Peuple de Dieu, sans toujours passer par eux. Quand on n’a rien à défendre, en général c’est le bon sens qui parle. On m’a dit qu’ils appelaient ça parfois le « sensus fidei ».

Si je parle de « sensus fidei » à la gardienne qui fréquente la même église que moi, balaie d’abord devant sa porte et m’inspire nombre de ces lignes, je pense qu’elle va me dire : ils pourraient pas parler normalement ??? C’est d’ailleurs grâce à elle que je n’ai pas besoin d’Aristote et consorts ni pour penser ni pour prier, Madame Colère.

C’était assez décevant que vous n’acceptiez pas de changer de pseudo, madame Colère. Mais bon, vous servez aussi à quelque chose. Le jour où vous serez un peu plus Humour, cela ira sûrement bien mieux entre nous.

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