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Mon passage chez les Soeurs de Bethléem

Le mardi 21 novembre 2017

En cherchant des nouvelles des Petites Sœurs de Bethléem, je suis arrivé sur ce site. J’ai lu par ailleurs que Sœur Emmanuel était devenue Prieure générale. Connaissant bien Sœur Emmanuel et ayant vécu deux ans comme hôte permanent dans un Monastère des Petites Sœurs, je souhaite donner mon témoignage.

Le 25 juillet 1985, le Ciel m’est tombé sur la tête. Un mur s’est dressé entre le monde extérieur et moi. Brusquement, je ne ressentais plus rien. Je n’avais plus d’intériorité. Je ne parvenais plus à raisonner. J’avais des maux de tête et d’yeux intenses et permanents. J’avais un brouhaha incessant dans la tête. Mes yeux partaient dans tous les sens. C’était l’enfer. J’ai fermé les yeux au présent et je me suis enfoui dans l’éternité.

Les semaines, les mois, les années ont passé. Rien n’a changé. J’étais une coquille vide. J’avais beau me tordre le cœur dans tous les sens, aucune émotion ne sortait. Tout était sec, dur, sans vie. J’étais comme suspendu à un fil, ne sachant pas par quel miracle j’étais encore en vie.

Je ne savais pas encore que j’étais tombé entre les mains du Dieu absolu. J’attendais quelque chose, mais je ne savais pas quoi.

Quatre ans et demi plus tard, une « touche » divine m’a envahi. J’ai compris alors que Dieu contrôlait chaque cellule de mon âme et qu’il n’y avait pas un atome de souffrance qui n’avait son poids éternel de gloire. J’ai compris que sans Dieu je n’étais rien, qu’avec Lui j’étais tout.

J’ai cru que la tension accumulée au cours des années allait disparaître. Ce ne fut pas le cas. Tout est retombé et je me suis retrouvé dans mon désert. Mais quelque chose avait changé. Je savais que tout avait un sens et je faisais confiance. Trois ans plus tard, j’ai compris que Dieu me demandait de lâcher ma vie professionnelle, de renoncer à mes droits sociaux et de lui faire confiance. J’ai « lâché » et mes maux de tête ont disparu. J’ai compris que la vraie liberté était de dire oui à Dieu. Quelques années plus tard, je me suis retrouvé sans ressources financières. J’ai échoué comme bénévole au ‘Poverello’, une institution qui s’occupe de sans abris. Socialement, je n’étais plus rien. Je me sentais exilé dans un monde que je ne comprenais pas et qui ne me comprenait pas.

Après deux ans de vie au Poverello, j’ai entendu parler des Petites Sœurs de Bethléem et de la possibilité d’y faire une retraite. Je ne savais pas encore qu’un ange m’y attendait.

Je suis donc parti au Monastère de Marche-les-Dames. Le premier jour, j’ai eu un entretien avec la sœur de l’hospitalité. Cet entretien me parut banal et machinal. Le deuxième jour, la sœur me donna un livre. Ce livre parlait de la Nuit Obscure de Saint Jean de la Croix. Je le parcourus, et ce fut le choc. Ce que je lisais était lumineux :

« Ainsi donc, O âme spirituelle, quand vous verrez que vos convoitises sont dans les ténèbres, que vos affections sont dans la sécheresse et la contrainte, que vos puissances sont paralysées et incapables de tout exercice de la vie intérieure, ne vous en affligez pas ; au contraire regardez cet état comme une heureuse fortune : Dieu en effet vous délivre peu à peu de vous-même. Il vous enlève des mains vos possessions. Malgré le bon emploi que vous en auriez fait, vous n’agiriez pas aussi bien, aussi parfaitement et sûrement, à cause de leur impureté et de leur bassesse, que maintenant. Dieu en effet vous prend par la main ; c’est lui qui vous conduit comme on conduit un aveugle dans les ténèbres vers un but et par un chemin que vous ignorez, et où jamais, malgré tout le secours que vous auraient prêté vos yeux et vos pieds, vous n’auriez réussi à marcher. »

« Les convoitises sensitives et spirituelles sont alors endormies et amorties ; aussi leur est-il impossible de goûter quoi que ce soit de divin ou d’humain. Les affections de l’âme, opprimées et étouffées, ne peuvent se mouvoir vers elle ou trouver un appui en rien ; l’imagination est liée et incapable d’un raisonnement convenable, la mémoire est finie ; l’entendement est dans les ténèbres et ne comprend rien ; aussi la volonté est-elle dans les aridités et la contrainte ; toutes ses puissances sont dans le dénuement et inutiles ; mais surtout une nuée épaisse et pesante enveloppe l’âme ; la tient dans les angoisses et comme éloignée de Dieu. »

« Car tant que le Seigneur n’a pas achevé de la purifier comme il le veut, tous les moyens et tous les remèdes seront inutiles et sans effet pour la guérir de son mal. Cela est d’autant plus vrai qu’elle est alors aussi impuissante que le prisonnier qui gît pieds et poings liés au fond d’un cachot ; elle ne peut se mouvoir ; elle ne voit rien, elle ne reçoit aucune faveur ni d’en haut ni d’en bas. Elle doit attendre que son esprit soit soumis, humilié, purifié, et devienne si subtil, si simple, si pur qu’il puisse ne faire plus qu’un avec l’esprit de Dieu, d’après le degré d’union d’amour que Dieu dans sa miséricorde veut lui accorder. »

Magnifique !

Après onze ans de nuit, je pouvais enfin mettre un nom sur ce que je vivais. Quelques années avant, j’avais reçu le témoignage du Ciel. Je recevais maintenant celui de la terre.

Le lendemain, la sœur de l’hospitalité vient me revoir. Je lui dis : « C’est merveilleux ce livre. Comment avez-vous pensé à me le donner ? »

« Ce n’est pas moi », dit-elle, « j’ai parlé de vous à la Prieure, et c’est elle qui me l’a donné pour vous. Mais peut-être voulez-vous rencontrer la Prieure ? »

« Bien sûr que je veux la rencontrer ! »

C’est ainsi que j’ai rencontré Sœur Emmanuel. La sœur de l’hospitalité m’avait dit : « c’est une starets ». Je ne savais pas ce qu’était : « une starets ». J’ai compris quand je me suis retrouvé face à elle. Ce qui s’est passé ne peut être mis en mots.

La retraite finie, je suis retourné au Poverello, encore sous le choc de ce qui s’était passé.

Quelques semaines plus tard, on me téléphone. C’était Sœur Emmanuel :

« Christophe, depuis notre entrevue, j’ai prié, et je vous propose de venir habiter au Monastère. »

Nouveau choc.

Je quitte le Poverello et je viens m’installer chez les Sœurs. Le contraste est abyssal. Je suis logé, nourri, blanchi. Je suis accueilli inconditionnellement. Les sœurs ne me demandent rien. Je n’ai aucun compte à rendre. Je plonge dans les profondeurs du cœur de Dieu. Tout y respire l’amour, le respect, la délicatesse. Toutes les petites sœurs que je vois sont rayonnantes. Je suis entouré d’anges, et trois fois par jour je trouve un repas prêt dans mon portoir.

« La nuit des sens est terrible et amère pour les sens », dit Saint Jean de la Croix, et il ajoute ailleurs : « Voilà pourquoi c’est une épreuve très rude et très pénible pour l’âme qui, dans des circonstances analogues, ne comprend pas son état et ne trouve personne qui la comprenne. » J’étais arrivé à une étape de ma nuit où je comprenais mon état, et où quelqu’un d’autre le comprenait. Avant cela, j’étais un extra-terrestre. A Bethléem, non seulement j’étais logé, nourri et blanchi, mais je me sentais compris et inconditionnellement soutenu.

Un jour, j’ai demandé à Sœur Emmanuel si elle pouvait jouer un rôle plus actif dans son accompagnement. Jusque là, en effet, je la voyais toutes les trois semaines et l’entretien se limitait à une écoute bienveillante. Elle m’a répondu qu’elle devait en référer à sa supérieure. Peu de temps après, elle m’a dit qu’elle acceptait, mais qu’elle souhaitait le faire en duo avec le Prieur général des Petits Frères de Bethléem qui était justement de passage à Marche-les-Dames. J’ai donc rencontré Frère Patrick. Notre entretien n’a pas abouti sur du concret, mais Frère Patrick m’a suggéré de faire confiance à Sœur Emmanuel. Il a ajouté : « Ce n’est pas sœur ‘Emmanuel’ pour rien ! ».

Je suis finalement resté deux ans chez les sœurs de Bethléem, jusqu’à ce qu’un autre ange vienne croiser ma route : l’ancien Père Abbé de l’Abbaye de Rochefort. Mais ça, c’est une autre histoire.

Dans les Évangiles, Jésus dit : « En vérité je te le dis, tu n’en sortiras pas tant que tu n’auras pas payé jusqu’à la dernière petite pièce ». Dans ma nuit, j’ai vite compris que cette phrase m’était destinée. Peu après avoir découvert Jean de la Croix, j’ai rencontré Élisabeth de la Trinité. Si Jean de la Croix a laissé derrière lui le témoignage de la Nuit Obscure, Élisabeth, elle, a mis des mots sur ce que j’avais dans le cœur : « Les épreuves du dehors et du dedans ne peuvent la faire sortir de la forteresse où le Maître l’a renfermée. Elle n’a plus ‘ni faim ni soif’ car malgré son désir consumant de la Béatitude, elle trouve son rassasiement en cette nourriture qui fut celle de son Maître : ‘la volonté du Père’. Elle ne souffre plus de souffrir. Alors l’Agneau peut la conduire aux sources de la vie, là où il veut, comme il l’entend, car elle ne regarde pas les sentiers par lesquels elle passe, elle fixe simplement le Pasteur qui la conduit ». Magnifique ! Tout y est : Le Dieu absolu qui nous saisit impitoyablement jusqu’à ce que mort s’ensuive, l’alchimie transformante du feu dévorant, l’âme qui se purifie et d’où émane un amour, une liberté et un abandon de plus en plus parfaits.

Quand j’ai quitté Bethléem, Sœur Emmanuel m’a dit attacher beaucoup d’importance à ce qu’il y ait une communion vivante entre sa famille monastique et le monde extérieur. Elle a ajouté qu’elle comptait sur moi pour y contribuer, puisque désormais je portais un peu de Bethléem. Depuis lors, quand je passe par une communauté religieuse, ou parfois ailleurs, je laisse une Vierge à l’Enfant de la « Crèche paysanne » de l’artisanat des Petites Sœurs en expliquant le pourquoi de cette démarche. Une douzaine de Vierges ont ainsi été distribuées à ce jour, dont une à l’Abbaye de Rochefort, une au Monastère de Clerlande, une chez le Doyen de Rochefort, une au groupe Taizé local et une au Carmel de Dijon où a vécu Élisabeth de la Trinité.

Les Petites Sœurs m’ont apporté énormément. Tout ce que je pourrais en dire est en deçà de la réalité. Je garde une impression magnifique de cette communauté. Je suis en communion avec elles chaque jour. Dès que je pense à elle, le sourire me vient aux lèvres. Pendant onze ans, je m’étais senti en marge de l’Église, incompris. J’étais un étranger. Sœur Emmanuel m’a rouvert la porte de l’Église. Elle m’y a réintégré. Elle m’a montré ma place. Je lui avais demandé une direction spirituelle. Je l’ai eue. Quand on est dans la Nuit Obscure, on ne recherche que la vérité car on sait qu’elle seule est capable de nous libérer. Par des moyens dont Il en a le secret, le Seigneur a fait passer cette direction spirituelle « par les larmes, le feu et le sang ». J’y ai subi une purification intense. Je Lui en suis éternellement reconnaissant.

J’ai une confiance totale en Sœur Emmanuel. Je sais qu’elle est authentique et capable de se remettre en question. Le message que je laisse en clôturant ce témoignage est celui-ci : Qui que vous soyez, soyez vrai avec Sœur Emmanuel et faites-lui confiance. Elle vous le rendra. D’ailleurs, je m’y engage pour elle. La lecture des témoignages de Petites Sœurs qui sont sorties de Bethléem me transperce le cœur. Je ne peux que les assurer de toute ma sympathie, mon soutien et ma prière. Prions donc les uns pour les autres et remettons tout cela dans le cœur bienveillant de notre Dieu qui tient tout entre ses mains et qui fait tout concourir au bien de ceux qui se confient en Lui.

Christophe Dehem - B 5580 Rochefort - email : Christophe.dehem(at)gmail.com

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