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Communauté de Bethléem : les révélations accablantes d’un ancien supérieur

Le vendredi 28 novembre 2014

Cher Bruno,

Vos messages me font toujours plaisir, vous posez des vraies questions et ça me donne envie de répondre, cela change un peu avec les procès d’intention qu’on peut lire parfois, de part et d’autre d’ailleurs. Vous ne posez pas une question, vous en posez plusieurs, je vais essayer d’aller dans l’ordre.

- 1.Quelle est la finalité de votre démarche ?

La finalité de ma démarche je l’ai expliquée dans les premières pages de mon témoignage, je vais les récopier ici : « La rédaction de ce témoignage a une autre visée : aider, dans la mesure du possible, certaines catégories de personnes. Je sais parfaitement qu’aucun frère ou sœur de Bethléem ne lira jamais ces pages. Les responsables, et même pas tous, les liront certainement . Mais cela s’arrêtera là. Ce n’est donc pas à eux que j’ai pensé en écrivant ces pages. J’ai pensé plutôt et principalement aux ex-frères et ex-sœurs de Bethléem, aux familles qui ont actuellement un fils, une fille, un neveu, une nièce, une cousine, un cousin dans la communauté, aux jeunes gens qui s’interrogent sur leur vocation et à toute personne, prêtre, évêque, religieux, religieuse, simple laïc qui veut les aider. J’espère que ces personnes pourront tirer profit de cette lecture. »

Il y a cinq ans, quand je suis allé déposer ce témoignage à Rome, j’avais une autre visée : solliciter l’action de l’Eglise en vue d’une visite canonique, en vue d’aider la communauté à se redresser sur certains points. J’avais été très bien accueilli par les prélats rencontrés, je pensais donc que mon action et celle d’autres personnes, notamment de l’ancien prieur général, auraient abouti. Ces prélats nous avaient même demandé de leur faire des propositions de changements, ce que nous avions fait. Après, contrairement à nos attentes, cela n’a pas abouti. La visite canonique n’a pas eu lieu, malgré ce que frère Silouane ait écrit, car la visite canonique est un évènement publique et rien de tel ne s’est vérifié depuis 5 ans. Voilà pourquoi aujourd’hui mon objectif n’est plus directement celui d’une action ecclésiale mais tout simplement d’une action de renseignement.

- 2. En mesurez vous les conséquences ?

En posant cette question vous voulez dire que, malgré les visées poursuivies, il peut y avoir des effets non prévus. Oui, certainement, mais c’est quelque chose auquel je ne pensais pas en publiant mon témoignage. Vous voyez, lenversdudecor a publié depuis deux ans toute une série de documents accablants sur d’autres communautés d’Eglise. Les responsables du site m’avaient dit qu’ils avaient reçu assez peu de commentaires à leurs publications d’articles. Ce qui est en train de se passer actuellement, à savoir ce foisonnement de commentaires provoqués par la publication de témoignages sur Bethléem, est quelque chose de nouveau pour le site. Je ne sais pas comment interpréter la donne, mais cela veut dire en tout cas que Bethléem intéresse un certain nombre de personnes en France, plus que d’autres communautés critiquée sur ce site.

Cela dit, je ne crois pas que mon document, ainsi que ceux des autres témoins, aura vraiment des effets « dévastateurs » pour la communauté. Aucun membre de la communauté ne les lira, sauf certains responsables désignés par les prieurs généraux. Un bon nombre de personnes, extérieures à la communauté, à ce qu’on m’a rapporté, refusent de le lire, contestant le ton soi-disant anti-clérical du texte. D’autres encore ne peuvent estimer crédible quelqu’un qui a renoncé à son sacerdoce et qui a jeté, comme on le dit, « le bébé avec l’eau du bain ».

- 3. En quelque sorte avouer ne serait-il pas une auto destruction ?

Je ne pense pas, du moins dans le sens que vous semblez donner à ce terme. Reconnaître ses fautes est un élément constitutif du chemin monastique, comme d’ailleurs de tout chemin humain. Reconnaître d’avoir dévié, de s’être trompé, d’avoir à demander pardon, à réparer, ce sont toutes des attitudes profondément chrétiennes et qui ne peuvent que redonner de la santé à une personne et à une communauté qui en fait l’expérience. Je trouve que des témoignages comme ceux qui ont paru sur lenversdudecor sont une chance pour Bethléem, la possibilité d’un nouveau départ, d’un chemin merveilleux qui s’ouvre pour chacun et chacune.

Mais je mesure aussi les difficultés, bien évidemment. Et ces difficultés ne sont en réalité qu’une seule : reconnaître que c’est la communauté prise en son ensemble qui se trompe. Vous savez, j’avais été formé depuis les débuts de ma vie au monastère à reconnaître mes fautes, la demande de pardon tient une place essentielle dans la vie de chaque monastère. Je suis convaincu que sœur Isabelle et frère Silouane sont tout à fait disposés à demander pardon pour leurs propres fautes s’il en était le cas. Le problème n’est pas là, même si sur ce site parfois on a l’impression qu’on fasse retomber toute la responsabilité sur une seule personne. Je n’ai jamais pensé cela et il suffit d’aller regarder dans mon témoignage ce que je dis de l’actuelle prieure générale pour s’en rendre compte. A Bethléem le problème n’est pas une personne c’est un système, je l’ai dit et je continuerai à le dire autant de fois qu’on me le demandera. Or, et c’est ici tout le problème, ces moines et ces moniales prêts à se mettre à genoux et à demander pardon quand il s’agit de leurs propres fautes personnelles, ne le sont plus quand il s’agit de reconnaître les fautes de la communauté prise dans son ensemble. C’est quand même curieux… c’est pourquoi j’ai parlé d’idôlatrie de la communauté. Il y a là un problème, difficile à cerner pour quelqu’un de l’extérieur, mais tout à fait réel et central. On n’attaque pas Bethléem, c’est cela que frère Silouane nous reproche avec le plus de force.

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