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Un autre regard

Le jeudi 19 septembre 2019

Bonjour à tous et à toutes.

Ayant déjà témoigné sur cette page il y a quelques années, je voudrais compléter, et si possible apporter des nuances nécessaires à mes propos, en espérant humblement que l’on veuille bien croire à ma bonne foi, car réellement, je ne cherche qu’à traduire simplement ce que j’ai vécu, mais parfois par le passé, l’émotion trop forte a pu infléchir mon jugement.

Ce qui est tout à fait vrai : c’est que j’ai vécu deux années formidables de ma vie chez les frères de Bethléem. Ce fut pour moi ni plus ni moins une naissance. Le Bon Dieu a permis dans sa sage Providence que je quitte le monastère pour vivre une autre expérience humaine, qu’Il en soit béni… même si cette sortie fut des plus douloureuses. Ce qui fut le plus compliqué fut de devoir répondre plus de 10 000 fois à la question : « Mais alors : pourquoi es-tu sorti ?? » Et de constater qu’effectivement, j’étais bien incapable de répondre avec précision, ne désirant qu’y retourner. Mais il me semble en fait que j’étais peut-être trop intraverti, ou trop craintif, enfin que ma formation d’homme avant d’entrer au monastère était sur bien des points inachevée, et que la grande solitude monastique ne pouvait pas suppléer à mes déficiences personnelles.

J’avais vivement réagi sur cette page, surtout du fait qu’il y a 20 ans, j’étais présent à l’enterrement de soeur Myria, sans savoir la vérité sur sa mort, ce que j’ai donc découvert longtemps après, grâce au récit de Fabio. Cette soeur demeure pour moi une parfaite inconnue, mais connaissant les soeurs, je suis toujours profondément navré et étonné de son geste de désespoir : en effet, rien ne la contraignait, étant encore novice ( à ce qui me semble ), à rester chez les soeurs, et chez elles comme chez les frères, les opportunités de dialogues sont nombreuses, justement pour éviter les tensions intérieures trop forte. La vie monastique y est vécue, sinon parfaitement, du moins avec sagesse.

Je ne vois donc qu’une seule solution plausible : SOEUR MYRIA SOUFFRAIT EN ARRIVANT CHEZ LES SOEURS D’UN GRAVE TROUBLE PSYCHOLOGIQUE, ET LES SOEURS, MALGRE TOUTE LEUR BONNE VOLONTE, NE PURENT RIEN POUR L’AIDER. Que Dieu lui pardonne et lui fasse miséricorde, pour son suicide, ET pour le scandale qu’il a causé chez de trop nombreuses personnes.

Un souvenir précis corrobore mon intuition, et sur le moment, je n’avais pas compris : lors de l’enterrement, soeur Marie, très émue, s’était adressée à nous, juste avant que le cercueil soit mis en terre par les frères. Elle disait qu’elle était blessée au cœur à chaque fois qu’une de ses petites soeurs vivait une crise profonde. A ce moment, j’ai regardé les jeunes soeurs en me demandant ( peut-être trop curieusement ) de laquelle elle voulait parler, pensant qu’il y en avait une « en crise », sans savoir que celle dont elle voulait parler était soeur Myria, celle précisément que nous entourions à ses funérailles, comme une fiancée que l’on amènerait à son Epoux ! Car c’est le souvenir que nous en avons tous gardé : d’un événement JOYEUX, comme d’une noce… Patrick et Fabio étaient probablement les seuls à ne pas partager cette douce euphorie spirituelle, avec soeur Marie et quelques autres, et à souffrir de devoir ainsi cacher la réalité à l’ensemble de la communauté…

Je n’ai pas eu de différents majeurs avec Patrick. Il reprenait patiemment mes erreurs, parfois avec une certaine humeur, mais savait user de la tendresse d’un vrai père. Et réellement, encore une fois, j’ai été très profondément heureux durant ces deux années de grâces passées à Monte Corrona, entre la liturgie qui m’imprégnait de plus en plus, l’Eucharistie, l’adoration, le travail manuel, l’amitié sincère avec les frères ( et ce me fut un déchirement de les quitter ), la vie de solitude incroyablement féconde au niveau spirituel, la prière de Jésus, les synaxes et les promenades féériques à travers l’Ombrie ( une vraie communion à la création ), les échanges sur l’Evangile entre frères… Tout cela semble très humble, mais en réalité remplit une vie, lui donne son sens, l’élève vers son vrai but qui est la rencontre avec Dieu son Créateur ! Je n’ai rien connu par la suite de plus enthousiasmant, rien qui corresponde mieux à ma nature profonde de chrétien. Et puis, après certes des moments de crise, mais pas irrésolvables loin de là, en des temps où ma vocation prenait corps et où s’améliorait ma capacité de la mieux comprendre, de la mieux vivre dans la paix, c’est alors que………… patatra ! Mon frère Patrick arrive dans ma cellule pour « m’annoncer » ( Annonciation ) que j’allais l’accompagner à Currières pour aller consulter un psychiâtre :((( Sans comprendre le moins du monde, j’obéis. Je ne suis pas en train de dire que j’étais parvenu à l’obéissance parfaite, à « l’état de moine parfait » ( existe-t-il ?) qui obéit toujours et en tout… Mais ma volonté trop personnelle « d’atteindre la sainteté » avait naturellement fait place à une obéissance simple et confiante, comme pour la plupart des frères. Je connaissais mes défauts, j’arrivais souvent en retard à l’office, me trompais souvent dans la liturgie etc… J’étais là depuis : 2 ans et demi. Ce n’est pas une excuse, mais juste une remise en contexte… Savoir ce qui s’est passé à mon insu, si mon départ avait déjà été décidé en plus haut lieu ? Je n’en saurais probablement jamais rien. Quoi qu’il en soit, le « bon docteur Gradel » ne prit pas deux minutes pour m’écouter parler ( de quoi, d’ailleurs ? ), il en prit à peine cinq pour me menacer, en me disant sur un ton brutal à faire hérisser le poil que « si je ne me décidais pas à obéir, la porte était grande ouverte pour mon départ ! » Fin de la visite, et je reste pantelant, me demandant quoi c’est donc qui vient d’arriver ?? En plus, le « bon docteur Gradel » m’attribue dans sa grande bonté une dose d’Orap à prendre quotidiennement. Un médicament !… Allô ?… Allô, ici Houston… Allô répondez !… Mais il n’y eut pas de réponse, pas d’explication, et il fallut le prendre, cet Orap. Mais être enchanté de le prendre, ça non. Mais être regonflé par cette visite au « bon docteur Gradel » ça, non. Et dans cette « bérézina », le moral dans les chaussettes, j’en arrive dans la quinzaine après mon retour à l’ultime coup de cafard, qui propulse mon départ. Il est décidé, et j’ai beau pleurer : il est décidé, et c’est décidé, c’est comme ça. Je ne dis pas tout cela parce que j’en veux spécialement à Patrick. Mais simplement, il me semble que mon départ, et tout ce qui s’en est suivit pour mon compte ( dépression, tristesse extrême, envie d’en finir etc ), est principalement une histoire entre lui et moi, non pas une histoire remettant en cause les frères de Bethléem eux-même. Pas le moins du monde. Aussi vrai que c’est librement que l’on y entre, librement que l’on y reste, et que l’on y vie d’une manière authentique tout ce qui constitue la tradition monastique. Ce n’est pas une secte, mais une famille chrétienne, forcément à contre courant de beaucoup de ce qui se vit dans le monde moderne. Ce dernier ne favorise pas la vie intérieur, il n’encourage pas les vertus, ET POURTANT IL SE VENTE BIEN HAUT DE NE PAS ÊTRE UNE SECTE. Et ? Là où l’on favorise la vie intérieure, la rencontre avec Dieu, où l’on cultive patiemment la vertu, LA IL FAUDRAIT VOIR UNE SECTE ? C’est absurde. Les soeurs que je connais au monastère de Poligny rayonnent de joie intérieure. Soeur Yann était de celles-là : que Dieu la comble de sa Vision dans l’Autre Monde. Beaucoup des frères que j’ai connus avaient cette même joie paisible en eux. Et pas par leur propre auto-suggestion, mais par leur enracinement dans l’Evangile, qui est le cœur de leur vie spirituelle.

Il doit bien y avoir aussi des défauts dans leurs communautés, qui nécessitent d’être corrigés avec amour. Mais partout où il y a des hommes, il y a de l’ « hommerie », celà ne surprend personne. En ayant lu de nombreux témoignages de frères et de soeurs sur ce site, je suis frappé de voir combien chacun a une perception toute personnelle de son aventure spirituelle à Bethléem. Et combien les nombreux témoignages très élogieux et respirant la santé de l’âme, tempèrent ceux qui ne font qu’accabler et dénoncer ( et certainement, on en a aussi bien un peu le droit, quand on a été blessé : mais celui qui a été blessé, malheureusement, BLESSE à son tout, c’est ainsi, très peu échappent à la règle. Le Christ y échappent, les saints avec Lui. )

Je voudrais pour conclure redire ma sincère et profonde estime aux membres de la communauté des frères et des soeurs de Bethléem, à ceux que j’ai revu depuis, et qui m’ont aidé à apaiser mes souffrances, et également à ceux que je n’ai pas revu. Et mon amitié non moins sincère à Fabio et à Patrick, les laissant libre bien sûr d’y croire et de l’accepter, bien conscient qu’eux aussi ont beaucoup souffert dans toute cette histoire. Mais que par elle, Dieu soit glorifié, c’est tout ce qui importe, finalement. Et mon amour à ma femme, qui m’aime tel que je suis ( et ce n’est pas toujours facile ! 😄)

Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse +

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