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Impact des violences sexuelles de l’enfance à l’âge adulte

Le samedi 17 septembre 2016

Bonjour Toinette !

Malheureusement, le déni familial face à l’inceste est d’une extrême banalité. Je l’ai vécu également. Seules, ma soeur aînée ainsi qu’une cousine psy qui a fait un rapport sur la gravité des faits de violence et d’inceste m’ont soutenue affectivement et m’ont crue ; le reste de la famille a détourné les yeux ou carrément a pris fait et cause pour mon agresseur (bourgeois notable, très en vue sur le département et sur la région, responsabilités importantes).

Le problème de nos mères qui ont laissé faire (la mienne a vu mon père sortir de ma chambre mais a toujours prétendu que je mentais alors que le viol a été prouvé par un examen médical), c’est que la plupart du temps, ces femmes étaient dépendantes financièrement. Dans le cas de ma maman, se rajoutait en plus un état dépressif chronique qui ne lui permettait pas de s’opposer à ces violences. C’était plutôt moi qui la protégeais déjà depuis des années des violences paternelles. Cette situation complètement abusive et toxique, est aussi une constante dans les situations d’inceste. Je l’ai compris bien plus tard en lisant un très bon essai sur le sujet de Susan Forward : Parents Toxiques. L’état de sujétion du conjoint de l’incestueux, fait partie des conditions qui amènent le passage à l’acte. Le problème des parents qui ne dénoncent pas les faits, restent dans le déni malgré les preuves, c’est qu’ils n’ont de cesse de s’enfoncer dans ce déni. Ca peut éventuellement (mais pas toujours) se traduire par une maladie (physique ou psychique) ou la prise démesurée d’antidépresseurs pour occulter les faits de violence, faire disparaître leur culpabilité. Chez les anciennes générations dont le conjoint ou la conjointe est incestueux, c’est souvent comme cela que le déni persistant se traduit.

Je ne crois pas qu’il existe chez ces personnes un quelconque remords ni de punition. Je crois surtout qu’elles n’ont pas la capacité psychique ni physique ni émotionnelle de gérer ces crimes. Donc elles se réfugient dans une situation de refus, de déni, qui peut aller jusqu’à la maladie, situation qui va les mettre à l’abri de toute conscientisation du crime, mais aussi les mettre en situation de victime (empêchant la victime d’inceste de les mettre face à leurs responsabilités dans cette affaire mais aussi occupant l’espace pour faire en quelque sorte disparaître la victime en se victimisant elles-mêmes). Je trouve cela très triste mais aussi très violent. Et cela peut aggraver les traumatismes des victimes d’inceste.

Il y a donc du fait de ces rejets, ces dénis et ces violences, une nécessité de travail thérapeutique pour les victimes, autour de l’angoisse d’abandon. Qui participe tout autant que le crime d’inceste au sentiment profond et persistant d’insécurité intérieure, de culpabilité, de honte chez les victimes d’inceste.

Il y a quelques années, j’avais travaillé cela en thérapie jungienne et j’avais trouvé ce travail particulièrement intéressant et constructif. Parce qu’il permet de se reconnecter à l’enfant que nous étions pour réparer sa souffrance et reconstituer peu à peu sa sécurité intérieure, son intégrité morale en soignant son angoisse d’abandon.

Néanmoins, j’ai toujours une forme de colère quand je vois toutes les démarches thérapeutiques post inceste qu’il nous faut engager, simplement pour pouvoir vivre normalement. Cela constitue une forme de double peine qui me paraît très violente et révoltante, quand la plupart de nos agresseurs s’en tirent sans être jamais inquiétés au pénal.

C’est pourquoi je voudrais qu’il n’y ait pas prescription par rapport à ces crimes. L’impact est si durable, si important, il nécessite que les victimes déploient tellement d’énergie…

Bien contente que vous constatiez un changement depuis votre dévoilement. Et que vous ayez rouvert la porte à la vie et à la création. L’art m’a beaucoup aidée et m’aide toujours beaucoup quand j’ai un coup de blues. C’est un cadeau très précieux. Je souhaite qu’il en soit de même pour vous. Que votre vie soit à présent la plus heureuse possible, Toinette !

Très cordialement Françoise

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