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Impact des violences sexuelles de l’enfance à l’âge adulte

Le mercredi 21 août 2019

Bonjour Catherine

Merci pour votre témoignage. C’est bien de déposer tout ce gros fardeau pour décharger le poids.

Comme vous au même âge, j’ai subi des violences sexuelles, mais dans ma famille par une grand-tante du côté de mon père qui a abusé de moi quasi chaque dimanche après-midi durant deux ans. Je n’ai jamais pu les oublier ces atrocités, parce que hypermnésique, donc ai dû vivre avec ce souvenir traumatique perpétuel qui s’est assorti d’autres violences à l’adolescence dont un viol opéré de nuit par mon père.

Si une thérapie a réveillé ces souvenirs à 50 ans, c’est que vous êtes prête à les affronter et les traiter. Ce que vous dites de votre comportement jusqu’à votre thérapie est le comportement de toute victime de viol, de violences sexuelles.

Nous avons à différents degrés tous et toutes plus ou moins après ces crimes commis contre notre intégrité physique, psychologique, sexuelle, et affective, des comportements de contrôle extrême, de problèmes d’attachement, de difficulté à vivre une relation amoureuse avec réellement des personnes pouvant nous apporter affectivement. Ca fait partie du panel classique.

En prendre conscience et faire le lien avec nos vécus traumatiques est déjà un grand pas. Ayant beaucoup souffert, nous avons tendance à aller plutôt vers des gens qui souffrent que vers des gens qui vont bien. Nous pensons à tort qu’en aidant les autres, nous nous aiderons nous-mêmes. Or il faut d’abord s’aider soi-même pour ensuite être en capacité d’aider les autres. Sinon, nous reproduisons les mêmes problématiques à l’infini.

Même si l’humain répète, répéter des situations traumatiques n’est pas très structurant et continue le travail de sape et de destruction de nos agresseurs sexuels. Pour casser cette dynamique de destruction, il faut se faire aider au plan psy.

Personnellement, c’est l’EMDR avec 1 séance mensuelle à peu près durant près de 2 ans, qui m’a le plus aidée. Et à plusieurs niveaux. Pour abaisser l’impact traumatique déjà. Ensuite pour supprimer les dates anniversaire, les comportements post-traumatiques avec toutes les phobies, manifestations psychosomatiques et douleurs liées qui s’étaient enkystées au fil des ans…Je ne sais pas si vous connaissez en terme de thérapie brève, mais c’est vraiment bien. Dans le même espace temps, en parallèle, j’ai fait une thérapie jungienne sur l’enfant intérieur qui a terminé vraiment le travail de réhabilitation personnelle. Ce qui m’a permis de rassurer l’enfant que j’ai été et lui redonner sécurité intérieure, position d’enfant aussi. Car quand j’étais dans le contrôle, dans des comportements d’insécurité, de peur, d’angoisse, c’est ma petite fille intérieure qui prenait le contrôle en réalité et qui agissait à ma place d’adulte. Il m’a fallu un peu de temps pour comprendre tout ça et apaiser l’enfant en moi, retrouver une certaine harmonie.

Peut-être que ce type de thérapie vous aiderait aussi ?

Bien sûr, essayez de trouver des professionnels de santé diplômés sur ces thérapies. Personnellement j’ai travaillé avec un psychiatre en milieu hospitalier : consultation externe. C’était pris en charge à 100% et j’étais sûre de tomber sur un professionnel sérieux, pas un charlatan.

Je vous souhaite la même chose. Car ces thérapies m’ont changé la vie. J’ai retrouvé un équilibre, une harmonie et un mieux-être que je n’avais pas connu depuis mes 5 ans et ce drame. Je ne vous dis pas que c’est comme une baguette magique car bien évidemment, il y a un gros travail psy à faire, mais aussi s’autoriser simplement à vivre, à aimer, à être aimée aussi (ce qui est sans doute le plus compliqué), à faire des choses qui passionnent, qui vous emmènent à une certaine réalisation personnelle et intérieure, mais du coup, vous sortez du triangle de Karpmann et des répétitions de situations traumatiques. Et ça, c’est juste essentiel pour aller bien tout simplement. Je ne suis pas allée jusqu’à une thérapie avec un victimologue, mais c’est aussi une option thérapeutique qui d’après différentes victimes, est vraiment positive.

Souvent hélas, face aux agressions sexuelles, nos familles n’ont pas réagi ou alors trop tardivement. Quand le mal était fait. Par peur, par déni, par évitement…Et puis à l’époque de nos parents, on ne parlait pas de ça. C’était tabou. Ca l’est moins aujourd’hui parce que de plus en plus de personnes victimes osent parler et sortir de ce tabou. Et c’est très bien. Nous participons par nos témoignages, par nos démarches thérapeutiques à aider les générations suivantes à parler. Ce qui est là aussi positif. Ca aura pris du temps mais tout arrive. J’ose espérer et milite pour une législation qui ferait des crimes sexuels des crimes contre l’humanité, non prescrits. Ce qui permettrait de juger ce type de crime à tout moment, quel que soit l’âge de la victime et de l’agresseur. Car si ça ne nous tue pas physiquement (encore que ça peut nous mutiler quand nous sommes trop jeunes au moment des premiers viols et abus), ça nous tue intérieurement. Si l’on peut donner le change et nous sommes devenus experts pour ça, pour nous fabriquer une carapace en béton armé, il y a toujours en nous l’enfant violé qui crie et qui appelle au-secours si nous agissons comme nos familles l’ont fait, sans écouter sa souffrance.

Je vous souhaite donc de compléter la première thérapie qui a fait remonter ce viol pour vraiment aller mieux et enfin vivre à la hauteur de votre cœur, de vos attentes à tous niveaux et être heureuse. Vous le valez bien comme disait la pub…et il serait temps passé le demi siècle, à enfin exister à vous-même et non pour les autres.

Retrouver les valeurs qui sont réellement les vôtres, pas celles liées à vos traumatismes ou bien à une forme extrême d’adaptabilité sociale en lien avec le contrôle, l’image que vous souhaitez donner. Simplement aussi pour retrouver des envies que vous avez négligées avant et que vous auriez envie réaliser, comme un rêve d’enfant que vous avez mis de côté. Mais que vous pouvez maintenant faire.Vous devez ça à la petite fille que vous avez été. Ca permettra de faire la paix avec ce passé, avec elle. Mais aussi avec la famille qui ne vous a pas protégée. Et revitaliser votre vie. Sortir de la douleur également.

Je vous souhaite le meilleur pour l’avenir. Prenez soin de vous !

Cordialement

Françoise

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