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Les sœurs de Bethléem sous le coup d’une visite canonique

Le jeudi 27 août 2015

Chers amis,

N’ayant pas pu réagir sur-le-champ, je tiens quand même à apporter ma part à la réflexion commune. Je le fais en forme de réponse à des personnes concernées dans l’article, même si je suis consciente que la plupart d’entre elles ne le liront jamais.

En ce qui concerne les sœurs rencontrées aux Montsvoirons, j’ai été frappée dans leurs réponses par la fréquence du verbe "sentir"… cela ferait sourire quiconque est un peu investi dans la vie spirituelle.

Les frères et sœurs qui ont quitté la communauté après 10, 15, 20, 25, 30, 35 ans (et ils sont nombreux), tous, ils "sentaient" durant une période plus ou moins longue… et menaient souvent une vie apparemment fidèle aux principes de Bethléem. Certains étaient même les responsables, ce que veut dire qu’ils ont fait leurs preuves… Donc, il semble qu’il ne suffit pas 6 - 8 ans (et même plus) de vie au monastère pour juger de la "réussite" d’une vocation et a fortiori une vocation contemplative. Un enfant content sous son édredon n’est pas nécessairement la garantie qu’il deviendra un adulte capable de faire face aux défis de la vie (y compris la vie intérieure).

La vie est longue et pleine d’épreuves” disait Thérèse d’Avila. Quant à cette sœur ancienne qui a dit à Jeanne que si elle avait son âge, elle sortirait (j’en ai connu, moi aussi…), on peut se demander pourquoi elle n’est pas sortie quand elle avait cet âge-là ?!

C’est pourquoi, pour comprendre le cas très complexe de Bethléem, il est nécessaire d’avoir une expérience profonde de la vie religieuse et des phénomènes sectaires, surtout celui de l’emprise psychologique et mentale. Ce qui est souvent incompréhensible pour les gens qui vivent dans le monde (y compris certains prêtres), l’est, en revanche pour des religieux qui ne s’arrêtent pas aux apparences.

Si les jeunes sœurs (avant 40 ans) paraissent être heureuses - ce n’est ni étonnant, ni suspect, sauf qu’il est trop tôt pour en juger… “Il ne faut pas vous presser de conclure, disait Dom A. Guillerand. Le vrai travail de l’âme est souterrain ; ce qu’on en voit ne révèle pas toujours la réalité profonde. Parfois, une période de crise où tout semble perdu prépare un progrès ; d’autres fois un mouvement extérieur consolant marque un état de stagnation… et même un recul…

Une différence significative de Bethléem avec les Chartreux est à remarquer. Ceux-ci ne cachent pas (le Père Prieur de la Chartreuse le confirme) que les débuts sont difficiles et qu’il faut des années de labeur dans la patience pour que l’horizon se dégage peu à peu : “la vie pauvre et solitaire, austère au début, facile en cours de route, devient à la fin céleste”, dit Guigues Ier.

A Bethléem, souvent, c’est le contraire qui se produit ! Céleste au début, supportable en cours de route, devient à la fin infernale… Mystère !

A Marie-Caroline, ex sœur et mère de famille qui dit qu’en 12 ans, elle ne s’est jamais sentie être manipulée :

Madame,

Sentir c’est une chose, les faits réels à répétition en sont une autre. Tout l’art de la manipulation consiste à ce que la personne ne s’en rende pas compte (ce sont de telles « vocations » que Bethléem se nourrit. Les autres, dès qu’on les repère, ne sont pas encouragées (euphémisme) à y entrer ou rester, n’étant pas assez « enfant »).

Je voudrais vous poser quelques questions :

  • Dire à la sœur que si elle ne peut pas s’ouvrir au confesseur : "c’est pour toi, c’est pour ta paix intérieure" cela s’appelle comment ?
  • Et à celle qui ne remet pas (librement !) à la prieure le cahier de transparence : "ma pauvre petite sœur, tu n’as rien compris. Tu ne deviendras jamais un diamant de la Vierge" cela s’appelle comment ?
  • Distribuer (massivement) les prétendus messages de la Vierge "pour confirmer dans la vocation" (je n’ai jamais entendu le contraire) cela s’appelle comment ?

C’est pourtant courant à Bethléem…

Mais peut-être réellement de telles choses ne vous sont jamais arrivées ?! Alors comment se fait-il qu’il vous ait fallu 12 (!) ans pour découvrir que vous n’étiez pas appelée à être une moniale de solitude à l’ombre d’un cloître, mais une mère de famille au milieu du monde ?! Car normalement un discernement aussi primordial aurait dû être fait au début de votre présence au monastère (si pas avant). D’autant plus qu’en solitude on se rend compte assez vite, si on est fait pour une telle vie. Et que pendant 12 ans même votre confesseur n’ait rien remarqué d’anormal (alors que cela devait être le cas) : vous avez fait la profession et peut-être même perpétuelle, vu le nombre d’années…

Étrange ! Ou comme on dit à Bethléem : « C’est un très grand mystère ! »

A sœur Anne-Bruna, "mère et staretz" de Montsvoirons

Je ne vous connais pas personnellement, mais vos propos font penser à une très jeune personne, au plus adolescente…

Car vouloir demander pardon à la cantonade, « à toutes les anciennes » pour une faute qu’on ne voit même pas, c’est généreux mais tout au moins absurde…

Ou, si vous dites que vous ne lisez pas le courrier des sœurs, alors pourquoi doit-il être remis ouvert ?

C’est dommage que vous n’ayez pas compris que ce que nous dénonçons ce ne sont pas les méfaits de sœur Anne-Bruna, de sœur X ou frère Y, mais les méfaits du système qui détruit les personnes (y compris les dirigeants). On ne les trouvera pas sous le lit d’un ermitage lors de la "journée portes ouvertes" ni à l’accueil. Fabio l’a bien signifié dans son témoignage (ce qui prouve que vous ne l’avez même pas lu…)

Que Bethléem ait beaucoup changé ces dernières années, nous ne le mettons pas en doute, bien au contraire. Un bon nombre de personnes sont parties justement pour cette raison-là… (car la stabilité est un des principaux attributs de la vie monastique, indispensable à la vie spirituelle, surtout en solitude). Mais le système (décrit si bien par Fabio) est-il changé en quoi ? Les vieilles outres peuvent-elles contenir le vin nouveau ?

Vous avez raison de dire que dans chaque famille il y a des erreurs. Mais pas la perversion (comme le dit le Pape François : “pécheurs, mais pas corrompus”). Je veux dire que je ne crois pas que l’Eglise vous dise autre chose que vos dirigeants ne sachent depuis longtemps, à savoir :

  • Que le discernement véritable d’une vocation ne peut avoir lieu quand le charisme est "insaisissable", c’est-à-dire non défini (je me demande de plus en plus : comment est-il possible que nous sommes entrées dans la même communauté avec des aspirations aussi différentes, voire opposées ?!)
  • Qu’à force de picorer dans toutes les traditions, au gré de ses envies, on ne se réfère vraiment à aucune…
  • Que la confusion du for interne et for externe, surtout quand elle est érigée en règle, est un abus de pouvoir qui, à la longue, amène à la surdépendance psychologique, à la dépersonnalisation et au "coma de la conscience" (parfois irréparable).
  • Que vouloir se substituer à la liberté des personnes en les privant (ou les rendant incapables) de décider (élections, admissions, etc.) est un abus de pouvoir par infantilisation.
  • Que les normes du Code de Droit Canon sont l’expression de la sagesse, acquise par l’Église pendant de longs siècles pour protéger les plus vulnérables… se croire être plus sage en les contournant systématiquement, expose à des calamités, des injustices dont celles-ci étaient destinées à nous préserver…
  • Etc. etc. etc.

La difficulté consisterait non pas à découvrir quelque chose de nouveau et à le mettre en pratique, mais tout d’abord à DESCENDRE DU PIÉDESTAL. Quand on y a poussé les racines ne se nourrissant que de louanges, ça va être douloureux… La manière dont Bethléem reçoit les remises en cause (même cet article, pourtant si équilibré, dont l’auteure ne s’érige nullement en arbitre) et la campagne de crétineries qui s’en suit en est la preuve… A ne pas oublier que c’est aussi une marque de l’enfantillage de tout rejeter ou tout prendre - à ne pas savoir faire le tri : "tout ça ce sont des mensonges !"

En effet, personne ne peut nous dire la vérité si on ne veut pas l’entendre.

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