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Conscience cléricale émoussée

Le jeudi 16 juin 2016

Bonjour Eglantine

Oui, sous l’angle de la soumission à l’autorité cléricale masculine, je suis d’accord avec vous concernant les religieuses. Et lorsqu’elles le sont moins, comme les religieuses américaines, qui osent aborder le problème de la contraception, des droits des femmes, d’une formation intellectuelle supérieure universitaire pour les religieuses, elles se font taper sur les doigts, menacer par le haut-clergé masculin. Et je doute que ça change…

Effectivement, les ordres religieux féminins français sont vieillissants pour la plupart, parce que les femmes françaises trouvent depuis les années 60-70, d’autres moyens de se réaliser que la profession religieuse. Il faut quand même dire que la notion de vocation a toujours été très minoritaire, dans la mesure où les femmes y étaient souvent placées contre leur gré, plus pour que les familles puisent les caser socialement sans que ça leur coûte très cher, afin de concentrer les héritages familiaux sur les seuls garçons.

Les filles le savaient, mais n’ont longtemps pas eu le choix de pouvoir refuser ces placements arbitraires :

  • que ce soit par rapport à la simple survie économique.
  • ou bien par rapport à la peur de l’exclusion familiale définitive (alors que d’une certaine façon, c’était déjà une exclusion majeure que le placement en couvent).

Certaines l’avouaient sans détours et disaient que la vocation leur était venue bien plus tard, d’autres préféraient se taire. C’est dur d’admettre que les familles se débarrassaient d’elles économiquement. Mais c’était un raisonnement pragmatique qui prévalait dans nombre de familles paysannes, qui reste encore d’actualité pour les plus jeunes soeurs issues de pays pauvres.

Mais on observe cette diminution religieuse également chez les moines, aujourd’hui vieillissants. La profession monastique tant féminine que masculine tend à disparaître du fait de plusieurs facteurs :

  • des aides sociales et économiques pour les plus pauvres, leur permettant de survivre économiquement hors cadre religieux et communautaire.
  • une accélération des droits fondamentaux humains ces cinquante dernières années. Qu’on parle des droits de l’enfant, des droits des femmes, des droits des minorités sexuelles, ont permis à une majorité d’individus de pouvoir décider plus librement de leur vie, sans utiliser la religion comme une béquille, un pis-aller ou un refuge.

Ce que j’ai pu observer par contre, dans certains ordres féminins (pas tous mais quelques uns), c’est l’arrivée de postulantes bien plus âgées qu’autrefois, des femmes aux alentours de la cinquantaine, qui après avoir bourlingué leur vie de femme (soit en célibataire, soit ayant vécu maritalement sans enfants), se décident à se lancer dans une profession religieuse, parce que ça correspond à une sorte de mise au vert de la vie trépidante actuelle et qui cadre bien aussi avec l’arrivée de la ménopause, le corps qui change, le mental aussi, le début du vieillissement. Ce qui change aussi beaucoup l’état d’esprit des communautés, parce que ces femmes ont du vécu, une approche sociale et relationnelle très différente, très incarnée aussi. Elles ont mûrement réfléchi leur engagement religieux comme une étape de vie et non comme une fin en soi. Du coup, se sont des religieuses souvent diplômées et même hautement diplômées, ayant vécu une vie professionnelle et sociale riche, parfois maritale. Ces dames sont par conséquent beaucoup plus équilibrées, beaucoup plus matures aussi et elles sont dans leur engagement social, médical, éducatif, dans une expérience de l’humain tout à fait différente des religieuses d’autrefois. Ce qui les rend beaucoup plus ouvertes.

Acceptant moins le port du voile, étant beaucoup plus indépendantes et dynamiques. On retrouve beaucoup ces femmes dans les engagements missionnaires en tant qu’infirmières, professeurs, institutrices, responsables de congrégation en Afrique. Ces femmes ont une haute valeur ajoutée en terme de savoirs, d’expériences, de vie tout simplement. Et il est dommage du coup qu’elles se retrouvent toujours à la botte masculine au plan hiérarchique clérical. Si ça ne pose pas de souci aux religieuses plus anciennes parce que peu diplômées, sans réelle expérience de la vie, car mises au couvent très jeunes, ça devient un souci pour les plus jeunes des recrues, arrivées autour de l’âge de quarante, cinquante ans et ayant des aspirations différentes de leurs aînées. Certaines pourraient tout à fait assumer des fonctions pastorales dans des paroisses sans prêtre. Et ne le peuvent pas de par les blocages idéologiques cléricaux.

Je pense hélas, que de tout ça, le clergé masculin se fiche éperdument. Ca ne fait pas partie ni de leurs préoccupations, ni de leur programme idéologique et politique.

La religieuse chez eux, est une sorte de fantasme de femme enfin domestiquée. Une femme sans désir, sans attrait physique, soumise à tout. Et qui ne peut rien revendiquer en terme de légitimité. Ce qui est l’idéal, et au demeurant fort pratique pour que le pouvoir reste entre les mains des hommes. La religieuse quand elle est jeune est aussi une partenaire sexuelle plus sûre que les prostituées, paroissiennes occasionnelles. Au moins, tant qu’elle n’est pas infectée par le virus du sida si certains prêtres, évêques sont un peu trop cavaleurs. Si elles ont le sida et que la congrégation s’en aperçoit, elles sont souvent virées des couvents sans un sou, renvoyées chez elles. Si elles sont enceintes de prêtres, certaines iront se faire avorter ou bien accoucheront sous X dans des cliniques privées liées à l’épiscopat. Dans chaque pays où le catholicisme a des fidèles, existe une à deux cliniques pour assurer avortements et accouchements sous X de religieuses, compagnes de prêtres, etc. La clinique française dépendant du clergé français et ayant cet usage se trouve à Lyon.

Ca aussi c’est une réalité qui est totalement niée par le clergé masculin. Et depuis toujours. Serge Bilé avait fait il y a quelques années un documentaire sur ces sujets, « Une journée dans la vie de Marie-Madeleine », mais qui a été censuré par le clergé catholique à sa sortie. Alors qu’il y parle de réalités concrètes de religieuses vivant des situations ou prostitutionnelles ou amoureuses ou d’exclusion, du fait du virus du sida transmis par des prêtres déjà infectés.

Vous pouvez trouver le documentaire sur Dailymotion. Il y est diffusé en trois parties. Un documentaire très instructif, avec des interventions d’Odon Vallet.

L’infantilisation des femmes appartient hélas à toutes les religions patriarcales. Le catholicisme ne fait pas exception. Les religieuses ne sont pas les seules à subir cette tentative de maintien en enfance. Les femmes croyantes vivent une situation identique via les tentatives cléricales d’intrusion et de contrôle de leur corps et de leur sexualité.

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