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« Je suis un risque » de Marie-Philothée Mallais, éd. Du Cerf

Le mardi 24 juillet 2018

Bonjour Bruno

L’OD comme n’importe quelle secte, sait utiliser les failles, les souffrances, les traumatismes, les problèmes identitaires des personnes dans son processus d’embrigadement et de lobotomie spirituelle et idéologique. Ce n’est pas nouveau. L’inceste constitue un traumatisme que l’OD va utiliser comme une forme de point d’entrée de toute son idéologie anti sexualité, anti sentiments. Il y a à l’OD une forme de sacralisation à la fois de la violence et des traumas sexuels. C’est une complète instrumentalisation pour en quelque sorte voir ces traumas comme une forme d’initiation à la sainteté. Ce qui est un raisonnement particulièrement pervers mais assez courant dans ce type de groupe sectaire. On retrouve ça dans plusieurs groupes sectaires, que ce soit pour inciter des victimes d’inceste à des étreintes mystiques avec des cadres sectaires, les conduire à d’autres abus, ou à retourner l’inceste subi sur d’autres…

L’inceste très présent dans les bonnes familles bourgeoises catholiques constitue un point d’accroche très fort pour les groupes dérivants sectaires catholiques. Il en fut de même dans ma famille. L’inceste subi par mon père surnuméraire quand il était enfant de la part de sa mère et possiblement de sa tante, et qu’il a reproduit en violences conjugales sur ma mère, puis en inceste sur ma soeur et moi, a fait partie des motifs qu’a utilisés l’OD pour en faire un membre opusien soumis, embrigadé, dévoué. Jusqu’à ce qu’il comprenne que l’Œuvre était capable de tuer y compris ses propres membres, dont son meilleur ami surnuméraire aussi, pendu. Et lorsqu’il s’est révolté, il a été lui aussi assassiné.

Concernant les relais par rapport à un fait d’inceste, pour avoir été dans la même situation que l’auteure du livre (sans emprise opusienne post inceste, Dieu merci), aucune direction d’école, aucun prof, aucun confesseur, aucune religieuse, aucun religieux, qui même sans savoir explicitement la chose, comprenaient bien ce qui se passait dans la famille au niveau violences intrafamiliales, personne n’a rien dit. Et c’est toujours comme ça par rapport à l’inceste dans les familles bourgeoises, cathos ou non. Le principe est de ne surtout pas parler de tout ça. La personne qui dévoile est scandaleuse (l’enseignant, l’éducateur, le directeur ou la directrice d’école, le médecin). Et tout autant la victime si celle-ci dénonce les faits.

Le 24 décembre 90, au moment où le confesseur opusien de Marie Philothée s’interrogeait, ma soeur et moi courions dans les rues de notre village enneigé pour échapper aux coups de couteaux de notre père, tandis que les volets des maisons du village se fermaient tandis que nous courions à perdre haleine pour ne pas être tuées.

Là non plus, face à un notable influent du village, du département et de la région, il était hors de question pour les voisins, les gens du village qui avaient des affaires chez notre père, de dénoncer quoi que ce soit. Même en le voyant armé d’un couteau nous poursuivre un 24 décembre dans les rues du village et hurler qu’il allait nous tuer…

Ubuesque, surréaliste mais malheureusement, c’est ça la réalité crue et violente de ces situations.

Savez-vous ce qui se passe encore aujourd’hui face à l’inceste dans les bonnes familles bien comme il faut ? Il y a négociation avec la police et les hôpitaux qui font les kits de viol. Exactement comme ça s’est passé pour moi dans les années 80. Le silence judiciaire est acheté et l’on culpabilise la victime à fond. Elle compromet la carrière du parent incestueux, elle salit la famille. Et on lui répète à l’envi : tes père et mère honoreras. Et l’on demande aux institutionnels religieux de bien appuyer là-dessus, voire on fait passer la victime pour affabulatrice, folle, etc, etc. Et puis on achète le silence par de l’argent, par du chantage à l’argent, un poste dans une bonne entreprise où un membre du clan, de la famille officie (ça permet de consolider les dépendances). Ca fait partie des fondamentaux incontournables. Et puis si l’on peut, la famille proche va exercer une pression psychologique telle, qu’à la fin, on dit que la personne est dépressive, doit faire un séjour en hôpital psychiatrique et la famille si elle peut choisit un médecin complaisant pour mettre en place un traitement anti dépresseurs fort et super addictif, qui va complètement lobotomiser la victime et la mettre hors d’état de pouvoir protester, et surtout dénoncer ce qu’elle subit au quotidien.

Ca aussi je connais bien puisque ce fut le procédé abusif choisi par mon père vis à vis de ma mère face aux violences conjugales qu’elle subissait de sa part et qu’elle voulait à un moment dénoncer (15 mains courantes à la gendarmerie). Ca c’est la réalité quotidienne des victimes d’inceste, des victimes de violences conjugales dans les bonnes familles bourgeoises, cathos ou non.

Et personne ne dénoncera jamais rien. On ne se dénonce pas entre notables, entre gens de la même classe sociale. Surtout pas. Surtout pas pour ce genre de motif privé. Ca fait partie des interdits majeurs. Et depuis toujours. Les intérêts de classe sont supérieurs en terme de poids aux souffrances et crimes subis.

L’inceste dans ces familles, spécifiquement quand ça touche les filles, c’est vu par ces familles comme une forme de dressage et d’éducation à la soumission. Les hommes ont le droit de faire subir tous les sévices. Et les filles n’ont rien à dire, mais simplement à subir en silence, pour la gloire de Dieu et leur propre édification. Et plus la famille est liée à des groupes dérivants sectaires, à un fonctionnement traditionnel et ultra conservateur, plus le verrou et le silence sont imposés, plus la violence subie est comme sanctifiée. Y compris par les membres du clergé qui savent mais qui ne diront rien ou inciteront les victimes à se taire et à supporter comme des saints, voire à entrer dans les ordres pour racheter le péché de leur agresseur.

Les filles et les femmes l’apprennent très tôt dans ce type de famille. Et beaucoup, face à une situation de ce genre, préfèrent se taire. Celles qui osent parler, dénoncer ces situations comme je l’ai fait, doivent savoir qu’elles le font au prix d’une complète exclusion et d’une mise à l’index à la fois sociale, religieuse, financière, affective.

C’est déjà le cas sur un inceste dans une famille modeste. Mais ça l’est dans des proportions encore plus importantes dans une famille bourgeoise ou noble et ultra catho.

Le problème qu’a vécu Marie-Philothée, c’est que déjà son milieu était ultra fermé religieusement et socialement. Elle ne disposait pas d’une ouverture pour sortir de cet enfermement social et religieux. L’établissement scolaire qu’elle fréquentait, le milieu où elle vivait, l’entourage religieux, tout la maintenait dans le même cercle et le même genre de familles, d’idéologies, d’enfermement religieux.

Il était donc logique qu’elle se trouve instrumentalisée au moins religieusement. C’est un glissement très banal malheureusement dans ce genre de situation et de milieu. Si ça n’avait pas été par l’OD, ça aurait été la FSSPX ou le Renouveau Charismatique. Ce type de personne est la proie idéale. De l’argent, un milieu catho ultra fermé et conservateur, des problèmes et traumas, un niveau de culpabilité et d’anéantissement personnel et identitaire important. C’est pain béni pour ce genre de secte.

Tant qu’on ne rompt pas avec ce milieu, on ne le comprend pas. On a l’impression qu’on va pouvoir s’en sortir quand même, mais c’est une illusion. Il faut vraiment couper les ponts pour se rendre compte que la vraie vie, que le vrai monde, se situent hors du milieu familial et religieux, et que c’est seulement dans ce monde-là qu’on va pouvoir s’en sortir. Tenter le compromis en restant dans son milieu social et religieux, c’est, en tout cas au regard de ma propre expérience, particulièrement dangereux et surtout destructeur. Car le chantage continue et continuera par différents membres de la famille, différents moyens. En la matière, ces familles incestueuses bourgeoises et ce milieu sont très créatifs.

L’accepter ce chantage permanent, c’est considérer finalement que l’agresseur initial est dans son droit et cautionner la loi du silence du milieu social, religieux et familial. Et finalement piétiner son intégrité personnelle, son intimité autant que l’a fait l’agresseur incestueux. C’est d’ailleurs ce que cherche le milieu aussi bien religieux que social et familial. S’ils parviennent à obtenir cette autodestruction de la victime, c’est une sorte de sésame pour poursuivre ce type de comportement et ne jamais être inquiété par la justice pénale. Quelque part ainsi, ils gagnent. La victime aura participé elle-même à sa propre destruction.

Maintenant, c’est sûr qu’il faut un grand courage, un caractère fort pour oser dire son fait à l’agresseur, dénoncer les faits à la justice, couper les ponts, se reconstruire. Et que malgré tout, l’on oublie jamais. Pour autant, c’est la seule façon de conquérir son autonomie, de retrouver une intégrité à la fois physique et morale, intime. Et surtout de pouvoir vivre une vie pleine et libre.

Mais ce que doivent savoir les victimes, c’est que dans le monde extérieur, il y a plus de gens qui leur tendront la main, qui pourront les aider que dans leur propre milieu social, familial et religieux. Celles et ceux qui dans le milieu social et familial aideront, seront rares et déjà un peu déconsidérés socialement généralement, sans que cela remette en cause à aucun moment cette loi du silence et du milieu.

J’en ai fait l’expérience, ma soeur aussi, notre mère aussi. Très peu d’aide dans le milieu originel, beaucoup et même énormément à l’extérieur du milieu social, familial et religieux. Et c’est cette aide qui va le plus participer à la reconstruction.

Il faut donc sortir de la diabolisation du monde extérieur, diabolisation apprise très tôt dans ce type de famille et martelée par les membres les plus abusifs, pour au contraire s’appuyer sur le monde extérieur pour trouver de l’aide aussi bien judiciaire, amicale, thérapeutique, qu’amoureuse.

C’est une clé essentielle pour sortir de l’emprise et des menaces, des chantages.

Mais c’est évident que ça peut prendre du temps, que c’est une démarche qui peut grandement effrayer, insécuriser encore plus.

Pourtant, c’est d’oser franchir ce cap, faire ce pas de côté qui permettra réellement et au fil du temps d’en finir à la fois avec l’inceste, l’emprise psycho-affective familiale et religieuse dérivante, mais aussi de pouvoir se réparer et se reconstruire, retrouver une certaine harmonie (dans tous les domaines).

Bon courage à Marie-Philothée dans sa démarche courageuse. Qu’elle sache que face à l’inceste et à l’OD, elle n’est pas la seule femme catho dans la quarantaine à affronter ce double problème-traumatisme. Et si elle a besoin de parler, elle peut me contacter sans souci.

Cordialement

Françoise

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