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Décès de Jacques Marin, prêtre aux multiples victimes

Le mercredi 6 novembre 2019

Bonjour Sophie

Il y a effectivement plusieurs niveaux de responsabilité criminelle dans cette affaire. Mais ce qui réellement pose problème, c’est que ces pratiques criminelles sont au cœur non seulement des communautés dérivantes sectaires mais du clergé. Ce n’est pas un crime qui ne concernerait que ces groupes dérivants sectaires. C’est un crime qui concerne l’ensemble du monde clérical.

Il me semble que tant qu’on abordera pas la sacralisation cléricale jusque dans la sexualité (qui selon le clergé ne peut donc être réprimée ni punie au plan judiciaire puisque définie comme sacrée), on continuera d’empiler des témoignages de jeunes et moins jeunes abusés, violés par des clercs et des procès et des situations dramatiques. Ce qui n’a jamais été mis en cause ni en question au plan clérical est la dimension de contrôle et de domination physique, psychique, spirituelle et affective d’un clergé ou autorité considérée comme un clergé sur le reste des croyants.

Le fait qu’un clergé puisse sans opposition, se rendre maître totalement et y compris au plan sexuel d’enfants, d’ados, d’adultes, devrait sérieusement interroger sur la volonté de contrôle totalitaire des individus, qui dépasse de très très loin la foi ou la transmission de la Parole de Dieu. Et qui constitue en réalité, l’origine de ces crimes.

Comment un homme, une femme se réclamant de Dieu, peut vouloir complètement contrôler, dominer jusque dans son intimité un autre être humain, de préférence vulnérable ou rendu vulnérable du fait de failles personnelles, familiales, de handicap physique ou mental ou d’approches spirituelles complètement déviantes ?

Et comment tout un clergé s’organise pour justifier ce type d’emprise totalitaire et criminelle ou du moins, protéger le plus possible ces pratiques criminelles ?

Je crois que j’avais abordé un thème qui reste profondément tabou mais qu’il faudra je pense aborder très rapidement maintenant : celui de la sexualité sacrée.

Et dans le cas d’espèce, il s’agit de sexualité sacrée masculine. C’est important de le préciser parce que là encore, il s’agit de poser sur la sexualité en général, l’idée que du simple fait qu’elle relève d’un homme religieux, la sexualité est sacrée, donc sainte, donc non criminelle.

C’est du moins comme cela que notre clergé catholique romain voit les choses et c’est au nom de cette sexualité sacrée masculine qu’il autorise et protège les clercs et assimilés qui violent, abusent enfants, jeunes, femmes.

Le prêtre est un homme jusqu’à présent, jamais une femme et vous savez pourquoi ? Parce que nous autres femmes avons des règles qui nous rendent aux yeux des hommes religieux, impures. Donc inaptes à célébrer l’eucharistie, à donner la Parole de Dieu. Les règles des femmes symbolisent (et on ne le dit jamais ou presque au sein de notre catholicisme alors que ça devrait être su) le péché originel. En effet, le clergé considère depuis l’époque juive, que seule Eve est pécheresse puisque c’est elle qui a mangé la pomme du serpent et l’a ensuite donné à Adam. C’est donc elle la principale responsable du péché originel selon le clergé. Le sang des règles est vu par le clergé comme le meurtre d’Adam. C’est pour ça que le clergé catholique romain refuse la prêtrise aux femmes et toute forme d’égalité hiérarchique au plan clérical.

Dans le judaïsme traditionnel c’est pire puisque les femmes doivent chaque mois, à cause de leurs règles, se purifier dans un bain rituel durant une semaine. Et éviter de toucher les hommes comme la nourriture que les hommes doivent consommer. De la même façon, la sexualité dans le judaïsme traditionnel doit se faire à travers un drap pour ne pas polluer, salir l’homme, par définition, pur, alors que la femme est impure. La première prière de la journée d’un juif religieux est de remercier Dieu de ne pas l’avoir fait femme.

Du fait de ces considérations, la femme est infériorisée par le clergé décideur toujours masculin. Le clergé féminin est toujours subalterne et toujours soumis et au service du clergé masculin. Et une femme par extension selon le clergé masculin doit être soumise sexuellement. Le clergé a toute autorité puisque à l’inverse des femmes, il est pur et sacré. Sa sexualité est donc pure et sacrée par définition.

Vous voyez ainsi où se situe le problème originel. Les clercs se définissent parce qu’hommes et engagés au plan clérical comme purs et sacrés. Tout ce qu’ils accomplissent au nom de Dieu est donc selon eux, pur et sacré. Leur sexualité s’ils en ont une est donc aussi pure et sacrée comme ils se voient eux. La hiérarchie cléricale ne cesse de le leur répéter. C’est comme un mantra et s’il y a beaucoup de non-dits aussi sur ce sujet, c’est quelque chose que chaque homme engagé au plan clérical sait très rapidement durant sa formation. Et il sait qu’il sera toujours protégé par la hiérarchie par rapport à cela. Qu’il peut donc tout se permettre.

Chaque clerc sait que la justice pénale ne concerne pas le clergé. Le clergé n’a de comptes à rendre que face à Dieu. Et Dieu est tellement instrumentalisé par le clergé, tellement réduit à l’état de marionnette à qui l’on fait dire tout et n’importe quoi au nom des intérêts cléricaux, qu’en réalité, le clergé considère son pouvoir comme sans limites.

Comment, dans un tel cadre, dans un tel no-limites, un clerc peut ne pas dériver ? A partir du moment où cet homme est persuadé d’incarner un demi-dieu qui peut tout se permettre au nom de Dieu et qui au nom de cet état de demi-dieu sera toujours protégé par sa hiérarchie, comment voulez-vous que ça n’aboutisse pas à des crimes dont des crimes sexuels ?

Ce qu’il faudra aborder de façon directe et franche et nette, c’est tout cela. C’est déjà refuser que le prêtre, que le clergé se définisse comme sacré ou à part de la société civile. Il doit relever de la même justice pénale, des mêmes droits et des mêmes devoirs. Sa dimension cléricale ne doit pas en faire un hors la loi. Ni un demi-dieu, ni un être qui peut tout se permettre envers un autre humain.

Tant que le clergé sera vu comme un groupe de demi-dieux qui ont reçu une onction particulière et dont paroles et agissements ne peuvent venir que de Dieu, nous continuerons de voir affluer des victimes de ce clergé.

Le clergé ne voudra jamais changer ce no-limites. Il y trouve trop d’intérêts. Trop de confort. C’est à nous les croyants et croyantes à le contraindre à changer et à se soumettre aux lois pénales et au fonctionnement social classique.

Tant que nous lui accordons la liberté de contrôler complètement des individus et aussi de relever d’une justice pénale différente de celle qui vaut pour tout le monde, ces crimes continueront et pire, continueront d’entretenir le mythe d’une sexualité cléricale sacrée et intouchable.

Donc par extension, tout crime sexuel commis par un homme disposant d’une autorité, restera quelque chose de « normal » socialement.

Or un crime sexuel n’est pas acceptable. Quel qu’il soit et quel que soit son auteur. Un crime reste un crime. Qui doit relever de la même justice pénale pour tous. Et ne pas être correctionnalisé, c’est à dire ne pas devenir un simple délit. Le délit, c’est pour les voleurs de pommes. Le crime est relié au fait qu’une personne porte atteinte à l’intégrité physique, psychique, sexuelle, affective d’une autre. Quand on viole, abuse sexuellement d’une personne, on porte atteinte à son intégrité, à sa dignité, à son intimité, à son identité. C’est très grave. Ca ne peut pas être vu comme une broutille ni comme un vol.

Que l’auteur soit un membre du clergé devrait constituer un facteur aggravant. Car de par sa formation, de par ses études religieuses, logiquement, un clerc devrait au contraire, prendre la mesure de ce qu’est le respect de l’intégrité et le respect de l’autre autant que de soi. Ce qui n’est hélas que très rarement le cas. Pourquoi ? Parce que le clergé se définit beaucoup plus dans le contrôle et la domination totalitaire finalement, que dans l’Amour Inconditionnel venant de Dieu.

Et c’est bien là où le bât blesse.

Marin comme ses collègues a été formé à se croire supérieur aux autres. Et à considérer sa sexualité comme sacrée parce que clerc masculin. C’est une croyance chevillée au corps clérical depuis les débuts de l’institution cléricale catholique romaine.

Et le pire, c’est que la population a accepté ça. Au départ par la terreur et la force (du fait d’un pouvoir politique monarchique). Et plus tard, la population a accepté cela parce que l’on a toujours vu cela comme ça et qu’aucun gouvernement ou presque, n’a remis cela en cause et en question. Et qu’on retrouve cette croyance de sexualité, dans tous les corps institutionnels civils, militaires, religieux. Là où il y autorité masculine majoritaire, le viol, l’abus sexuel sont vus comme « inévitables et acceptables » d’une certaine façon. Ce n’est pas explicitement dit. Mais tout le monde le sait. Ca traverse l’inconscient collectif depuis des générations et des siècles.

Est-ce que vraiment nous voulons continuer à fonctionner comme cela ? Non, bien sûr. Alors il va falloir destituer le clergé de cette croyance et de ce qu’il considère comme étant un privilège et un statut de demi-dieu. Lui ne le fera jamais. Son pouvoir repose sur l’abus, sur le crime en partie. La domination cléricale est par définition totalitaire. Donc elle englobe le crime sexuel et le pouvoir clérical est lié pour partie au crime sexuel. Ca ne diffère pas d’une autorité masculine dans la société civile. A partir du moment où un pouvoir n’est pas partagé pleinement et où la domination masculine est majoritaire, vous pouvez remarquer que le viol, l’abus sexuel sont inscrits comme quelque chose de normal et d’acceptable.

Et c’est cela aussi qui est choquant et qui doit changer. Le corps humain est soit disant sacré, temple divin. Mais alors pourquoi y aurait-il des hommes qui pourraient en violer, abuser d’autres et ne seraient jamais punis pour cela, simplement parce qu’ils relèvent du clergé ? Cela voudrait-il dire que Dieu est favorable au viol, à l’abus sexuel ? Ca paraît quand même complètement tordu en terme de raisonnement, non ?

Et pourtant, c’est quelque part le raisonnement que tient le clergé. Comme tout criminel sexuel disposant d’une autorité. Qu’elle soit familiale, professionnelle. Et c’est encore plus fort quand le criminel est un homme.

Et c’est plus fort parce que l’homme se construit toujours sur l’idée que son sperme, sa sexualité est sacrée. Alors que la femme qui a ses règles sera toujours impure. C’est cela qu’il faudra également déconstruire comme mythe, comme croyance pour que les choses changent.

La sexualité est sacrée pour tous et toutes du moment qu’il y a deux personnes adultes et amour véritable, respect de soi et de l’autre et consentement mutuel. Ce n’est pas une question de genre. Les règles des femmes ne les rendent pas impures du tout. Les règles manifestent simplement qu’elles peuvent éventuellement devenir mères et que ce sang peut servir à nourrir un embryon puis un foetus. Il faut sortir de l’idée que les règles c’est sale, c’est impur, ça mérite que les femmes courbent l’échine et la tête et se complexent vis à vis des hommes. Quel Dieu Amour peut considérer que les femmes sont inférieures aux hommes parce qu’elles ont 8 jours par mois une perte de sang ? Arrêtons ces bêtises . Le sperme d’un homme n’est en rien divin. Le sperme ne confère en rien aux hommes un pouvoir supérieur. Arrêtons ces bêtises. L’onction divine, Dieu la donne aux hommes, aux femmes, aux enfants, aux vieillards de façon égale. Il ne fait pas de distinction ni de hiérarchie.

A partir de là, sortons d’une espèce de soumission comme quoi un clergé est sacré, que des hommes sont des demis dieux. Cessons de les entretenir comme tels. Et alors nous pourrons avoir une société un peu plus respectueuse et un peu moins criminelle.

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