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Marthe Robin, sainte ou tricheuse ?

Le mardi 13 octobre 2020

Je ressors effaré de cette lecture « la fraude mystique de Marthe Robin ». Il y a des livres qui nous tombent des mains, celui-ci y reste collé, on ne peut s’en détacher. On lit et relit, tant c’est incompréhensible, incroyable, énorme. Une imposture.

Avant de parler du fond, la forme : « Jésus m’attira à lui(..) soulevée de terre entre les bras tout-puissants de son Dieu (..) (mon âme) si indigne des ravissantes caresses de ce divin Roi(..) Mon Dieu voulant m’inonder de plus d’amour encore (…) Jésus me dit : c’est toi que je veux(..) me pénétrant de son regard (..) il daigna, ce Dieu si doux, poser longuement ses lèvres sacrées sur les miennes, m’enivrant d ’amour (…) Dieu m’a gardé longtemps dans ses bras et dans ses baisers. » Cette vision, à la limite du rêve érotique autant par l’emploi des mots que celui des images utilisées, me laisse plus que dubitatif sur la maturité de ceux qui les ont recueillis et de ceux qui depuis relayent ce genre de littérature érotico-extatique. L’exemple cité nous est transmis naïvement par le premier confesseur, le père Faure remplacé en 1936 par le père Finet. Comment ne pas penser plutôt à un délire qu’à une vision mystique ? Comment l’Eglise peut-elle se reconnaitre dans ces élucubrations plus charnelles que théologiques, dans ces images pieuses d’une naïveté aussi confondante que risible et en faire un exemple de sainteté. L’Eglise déclare vénérable quelqu’un qui se sent caressée par le Divin Jésus !

Jésus donc en 1930, puis dans les années qui suivent jusqu’à la guerre, n’a rien d’autre à faire que de prendre dans ses bras la petite Marthe et d’en faire « sa véritable épouse » et de l’enivrer « d’amour et de délices inexprimables ». Pendant ce temps-là s’écrivent en Allemagne les lois qui serviront bientôt à exterminer les sœurs et les frères de ce même Jésus, mort juif sans avoir malheureusement l’opportunité de se convertir au catholicisme. Et pourtant il ne souffle mot à Marthe de ce qui se trame outre-Rhin. Je l’ai connu plus clairvoyant dans d’autres écrits qui nous parlent de lui.

Cette concordance des temps m’apparait évidente, choquante aujourd’hui. 1942, on est en guerre, les cheminées fument dans les camps, Dieu, Jésus, Marie et tous les saints passent par la chambre de Marthe. N’auraient-ils pas été plus inspirés de passer par les bureaux des évêques et du pape afin qu’ils ouvrent leurs fenêtres et hument l’odeur âcre des corps des coreligionnaires de Jésus qui brulent dans les fours ? En 1942 toujours, deux médecins acquis à sa cause, constatent qu’elle est entièrement paralysée et presque aveugle, ne mange, ni ne boit, ni ne dort. C’est ce qu’elle dit. On la croit. On voit du sang séché sur son visage, mais pas de blessures. On voit des hématomes dans ses mains, ce sont des stigmates. La cause est entendue, on referme vite les volets, la pauvre aveugle ne supporte ni la lumière, ni qu’on la touche (chaque palpation lui est douloureuse), l’examen est terminé. Phénomène inexplicable par la science. Fermez le ban ! il n’y aura plus d’examen médical jusqu’après son décès en 1981.

Le livre de Conrad de Meester est impitoyable. Marthe n’est pas celle qu’on décrit depuis 90 ans. Marthe ment. Marthe a plagié sans vergogne toute la littérature mystique accessible à son époque. Elle était avant l’heure la spécialiste du copier-coller de la littérature religieuse sans jamais, sauf pour sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, faire référence à ses sources. Mot à mot, par phrases entières, elle donnait à son public un spectacle édifiant de piété entièrement plagié. Un public qui n’y a vu que du feu.

Le problème n’est pas que Marthe Robin ait cherché son inspiration dans la littérature mystique existante puisque c’était « sa tasse de thé », ni même qu’elle ne cite jamais les auteurs. Mais qu’elle entre dans leurs rôles, dans leurs peaux. Lors de ses « passions » hebdomadaires du vendredi (où elle revivait avec souffrance le calvaire et la mort du Christ) elle balbutiait des prières que les témoins pensaient être de son cru, ou même soufflées par Jésus. Ces prières que l’auditeur ne pouvait comprendre tant elles étaient chuchotées, balbutiées, à peine audibles sous le poids de la douleur, étaient apprises par cœur. Le texte en était redonné le lendemain, texte supposé écrit par un scribe dont elle cachait le nom, Marthe ne pouvant de ses doigts immobiles qu’égrener le chapelet. Ces prières sont consignées dans des recueils vendus aujourd’hui, sans droits d’auteur aux auteurs originaux !

Marthe ment. Elle déguise son écriture, elle recopie, elle manipule. Elle écrit, elle qui ne peut bouger les doigts. Elle très intelligente, elle lit beaucoup, elle écoute tout autant ces visiteurs illustres qui défilent chez elle. On dit que 100 000 personnes sont passées par sa chambre. Elle s’est constituée une profonde culture humaine et spirituelle, qui lui a permis de faire croire à tant de personnes qu’elles étaient face à une grande âme. Elle a joué à être celle que l’on désirait qu’elle soit. Le besoin de merveilleux, le goût du surnaturel, le mysticisme qui n’a pas besoin de preuves tangibles, qui permet toutes les tartufferies, tous les artifices, ont aveuglé des générations de visiteurs et de membres des foyers de charité. Conrad de Meester plaide toutefois pour l’innocence du père Finet, berné par Marthe Robin. A vérifier.

Pauvre Eglise qui s’accroche (https://www.vaticannews.va/fr/vatican/news/2020-10/marthe-robin-une-heroicite-des-vertus-etablie-avis-critiques.html) à la légende d’une sainte demandant le martyre pour la rédemption des fautes d’un monde qui s’éloigne de l’Eglise dans une France qui n’est plus digne de son titre de fille aînée de l’Eglise. Cette histoire est d’une tristesse infinie car j’ai vu la confiance infinie que beaucoup de croyants avaient, ont en Marthe Robin, une fierté d’être contemporain d’une sainte, de toucher de près la sainteté par la proximité géographique et temporelle avec elle. Cette foi était, est totale, foi dans l’histoire merveilleuse d’une femme qui ne se nourrit que d’hosties et qui souffre pendant près de 60 ans, paralysée et aveugle. Et qui offre, souriante, ses souffrances, dans cet esprit doloriste de sacrifice, comme l’Eglise nous l’a enseigné à l’exemple de Jésus qui se sacrifie et meurt pour nous. Marthe, la vénérable, souffrait et mourrait chaque vendredi de sa vie. Comme cela faisait, fait du bien à l’âme, au cœur de croire à ce beau mystère.

Mais faut-il croire à un Dieu qui demande à Marthe de souffrir toute sa vie la crucifixion de Jésus ? : « Je te fais don de la Croix comme je le fis à mon fils bien aimé » (vision du 17 mars 1930). Moi, je crois avec le père de Meester que Marthe a décidé cela toute seule, dans une pulsion masochiste et hystérique de manipulation. Et que ni Dieu, ni Jésus, ni la Vierge Marie, ni François d’Assise, ni Thérèse de l’Enfant Jésus, ni aucun de ceux qu’elle croyait voir, ne sont venus lui rendre visite. Et s’ils l’avaient fait, ils lui auraient botté les fesses en disant : Lève-toi et marche ! Et bien sûr, elle se serait levée et aurait couru vers le frigo de la cuisine.

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