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Marthe Robin, sainte ou tricheuse ?

Le jeudi 15 octobre 2020

Bonjour Marie-Christine

Je vous rejoins sur la question du paganisme et du manque de discernement. J’y ajouterais toutefois un bémol dans la mesure où l’entreprise de sanctification et de béatification est depuis toujours un marché qui rapporte, comme le fut en son temps le commerce des reliques et articles prétendus issus de Jésus (suaires et morceaux de croix, épines), toutes fausses, et des apparitions (beaucoup très contestables). Ce qui veut dire que la dimension marketing, sensationnaliste et lobbyiste l’emporte sur la qualité, l’analyse, le discernement et la réalité. D’ailleurs, peut-on réellement même en étant clerc, discerner qui est saint ? Ca me paraît d’une présomption et d’une prétention incroyables quand on sait que l’on ne connaît personne complètement et que seul Dieu nous connaît jusqu’à la fine pointe de nos âmes. Comment donc un clergé peut-il vouloir se mêler de dire qui est saint ? On se le demande.

Par contre, on peut remarquer que depuis des temps immémoriaux,ce marché rapporte énormément d’argent, déplace les foules, fascine, participe à la fabrication d’une mythologie de la croyance. Qu’il permet aussi de faire progresser hiérarchiquement des lobbys, des groupes de pression religieux et politiques, comporte de gros intérêts territoriaux, économiques et financiers. Il constitue donc une poule aux œufs d’or qu’il convient pour l’institution de ne surtout pas tuer ni abandonner.

Concernant l’aspect doloriste :

L’intégrisme catholique a toujours eu un penchant pour le dolorisme. C’est en quelque sorte sa marque de fabrique. Depuis le Moyen Age. Tout ce qui relève de la piété pour ce groupe de pression institutionnel comme laïque, doit avoir une dimension masochiste et sadique aussi.

Hors de ce dolorisme, point de salut. Le symbole de la croix est central et chaque croyant est un pénitent qui s’ignore mais qui doit supporter le pire. On retrouve ça dans différents couvents et monastères où chaque engagé religieux est appelé à revivre chaque vendredi la passion du Christ physiquement. Et on retrouvera cela dans ces défilés de pénitents si connus en Espagne. Manger de la cendre, de la corne, se fouetter, porter un cilice, dormir sur une planche, se faire humilier publiquement, viols collectifs quelquefois aussi. Tout cela a à voir avec la domination, la soumission à une autorité cléricale qui ne doit jamais être mise en doute ni contestée. On retrouve d’ailleurs cela dans tous les groupes dérivants sectaires et notamment les plus réactionnaires et conservateurs. Dans ce délire doloriste, on cherche l’extase, le plaisir suprême orgasmique, l’illumination spirituelle. Ce qui d’ailleurs amènera à la création des cercles libertins dont les fameux donjons, qui naissent dans certains monastères et châteaux pour des activités très privées et très orgiaques sous couvert de purification et de mortification. Bien avant le marquis de Sade, d’ailleurs.

Dans ce type de comportement, l’institution n’y voit que de la soumission et une révérence normale à son autorité qu’elle confond avec l’autorité divine et royale. D’où d’ailleurs cette auto-sacralisation qui aboutit à tant de dérives et de crimes… Comment donc voulez-vous qu’elle puisse voir dans ce type de phénomènes morbides et pseudo mystiques chez certains croyants, religieux, quelque chose de négatif ou de suspect ?

Cela au contraire valorise une image de comorbidité qu’elle transporte comme une vérité de foi. Et c’est très vendeur. Vivre la foi de façon joyeuse et sereine n’attire pas le regard sur soi. Mais vivre la foi de façon doloriste et souffrante attire davantage l’attention. Donc favorise l’argent, impressionne, exerce une fascination quasi obsessionnelle… Ne pas chercher plus loin, je pense sur les raisons du manque de discernement.

L’aspect lobbyiste et financier achève de boucler la boucle. La vérité est moins importante que ce que l’on peut tirer en espèces sonnantes et trébuchantes et en pouvoir pour certains groupes, promoteurs de ces « mystiques ». Et on peut dire que concernant Marthe Robin, le groupe lié à Jean de Fabrègues emmené par Jean Guitton, a mis « le paquet ».

Au 19e siècle, l’Europe traverse une période romantique, gothique diraient certains où la mort mise en scène avec désespoir et lyrisme est omniprésente. La religion récupère ce Sturm und Dran avec toute une kyrielle de mystiques doloristes et de systèmes pénitentiaires. C’est l’ère des couvents prisons, des colonies pénitentiaires religieuses, des bagnes qui dureront pour certains établissements plus d’un siècle. Dirigés d’une main de fer par des congrégations convaincues et éduquées à penser que la torture et la violence sont éducatrices. Il faut que les enfants, les femmes, les hommes pauvres expient le fait d’être nés dans les mauvaises familles, d’avoir de mauvais comportements, de mauvaises pensées. Il faut les dominer, les briser complètement pour les forcer à la soumission voulue par le clergé et les pouvoirs autoritaires politiques en place. La religion catholique intervient dans les affaires judiciaires et applique les châtiments corporels et psychiques avec un sadisme particulièrement redoutable dans différentes congrégations (à qui les gouvernements versent une rente confortable et des avantages non négligeables), mais qui paraît pour l’époque tout à fait bénéfique et éducatif. L’institution cléricale romaine est tout à fait justifiée dans ce type de comportement par l’époque romantique, la littérature, l’art, la politique aussi. Il s’agit de dominer les passions, de les combattre et de les expurger des individus, quitte à les tuer pour sauver l’âme de ces personnes. On est vraiment dans une vision complètement torturée de la foi, du rapport à Dieu, qui va avec le contexte culturel et politique de l’époque.

Par système de vases communicants, si le clergé est comme cela, il transmettra cette vision de la foi aux croyants. Qui vont imiter et répercuter une éducation religieuse doloriste et violente. Il est donc logique de trouver à cette époque tout un tas de croyants et de saints baignés dans des idéologies et visions mystiques doloristes. Ca fait partie intégrante de l’époque.

Au moment de la Contre-Révolution catholique en France (fin 19e et début 20e), les tenants de ce type de piété veulent prolonger ce système et s’opposent de plus en plus à un versant catholique plus ouvert et moins rigoriste, plus démocratique et moins versé dans la domination. Ce dernier versant d’ouverture va gagner du terrain à mesure que la population sort d’une ignorance certaine en terme de connaissances scolaires et accède à l’information et à l’analyse intellectuelle. A mesure que la gouvernance devient plus républicaine aussi. L’ignorance quasi totale, un gouvernement totalitaire la condamnaient à l’impuissance, à la résignation et à la soumission comme une fatalité. L’accès à l’éducation scolaire, à la réflexion, l’accès à la démocratie, à la laïcité la poussent à la découverte d’une multiplicité de pensées différentes, d’idéologies, de modes de vie aussi, de cultures sans pour autant y mettre du démoniaque dessus. Ce type de contexte va changer complètement la donne pour bien des fidèles qui interrogent leur clergé sur la pertinence d’une approche doloriste qui leur paraît brutalement assez déconnectée du réel.

Or cette ouverture est largement condamnée par une partie du clergé et de laïcs très attachés au dolorisme et à un système de domination totalitaire, tant religieux que politique. Ce catholicisme doloriste est emmené par une société catholique très bourgeoise mais aussi noble et militaire. Ce groupe n’aura de cesse de trouver et cultiver des arguments en faveur de sa vision totalitaire. La recherche d’égéries incarnant leur approche idéologique et religieuse va se matérialiser de la fin du 19e siècle au début du 20e siècle. On éduque dans l’idée de la revanche militaire les enfants à l’école. Mais aussi dans l’idée que la violence physique est bénéfique. On éduque aussi à la souffrance, au martyr. Au sacrifice suprême. Cela prépare les jeunes à la guerre de 14-18 qui sera une boucherie sans nom. Mais la jeunesse a été bien lobotomisée dans ce sens depuis 30 ans tant par curés que professeurs, que gouvernants.

Marthe entre complètement dans ce profil, comme Thérèse Neumann avant elle. Elle est handicapée, pauvre, peu instruite. Elle a une encéphalite léthargique qui va provoquer progressivement non seulement différentes paralysies, mais une psychose (aboutissement de ce type d’encéphalite très particulière), et ce par crises. Le groupe issu de la contre-révolution catholique maurrassienne va donc investir Marthe et la façonner par des lectures, pour instrumentaliser son handicap et sa maladie dans le sens qui leur va, une démarche qui va l’aider paradoxalement à supporter tout ce qui lui arrive (perte de l’autonomie physique, dépendance pour sa survie, perte de sens). Mais qui va participer aussi à l’instrumentaliser au service d’intérêts bien particuliers et dont Marthe n’avait aucune idée.

Du vivant de Marthe, ce que comptent les tenants d’une vision contre-révolutionnaire catho va alimenter la légende dorée autour de sa personne. L’arrivée d’un JP2 au pouvoir institutionnel, fervent partisan de ce type de piété va permettre de suite de pouvoir proposer Marthe comme sainte. Elle meurt en 81. Guitton qui est déjà très en cour auprès du Vatican depuis plus de 20 ans, fait la retape qui va bien, créée des livres sur elle et hop, l’affaire est dans le sac. On le sait d’autant mieux qu’à cette époque, JP2 se lance dans un déluge de nominations de bienheureux, de saints, de martyrs, tous ou presque dans une vision doloriste et morts violentes. Ca va avec le regain du groupe intégriste au sein de la Curie et de la volonté de restauration d’un Vatican plus autoritaire et plus dans le sens d’un conservatisme qui domine, qui impose, qui cadre et qui détruit Vatican 2. Tout aurait été mené rondement si, au sein de ces groupes qui ont créé entre les années 60 et 80 des communautés dérivantes sectaires, tout était resté clos et caché. Sauf que, les dérives sont dénoncées au milieu des années 90, à la faveur notamment des droits internationaux de l’enfant mis en place en 89, mais aussi à différents droits humains fondamentaux élargis. Qui autorisent les victimes adultes à dévoiler le dessous des cartes et les abus, violences subis. L’envers du décor de communautés soit disant saintes et voulues par Dieu, apparaît et lamine l’image si idéale et bonbon rose mystique de départ. Et ça ne va pas en s’arrangeant. Depuis 20 ans, nous sommes spectateurs de scandales de plus en plus avérés et de manipulations mentales encore plus éclatantes. Et tout ce qui avait été mis en place avec un sens du spectacle et du merveilleux apparaît progressivement comme du calcul politique, de l’escroquerie et une immense manipulation. Dont le Vatican est partie prenante.

Sur des croyants qui n’ont pas basé leur foi sur cela, cela glisse comme l’eau sur les plumes d’un canard. Mais pour les autres, c’est un choc. Car ils pensaient naïvement que tout ce qui venait du clergé était saint et irréprochable. Et ils découvrent à leur grand désarroi, que malheureusement, le clergé est une humanité aussi pervertie et mauvaise que le reste de la société. Qu’il n’y a donc pas une aura ni une grâce divine particulière qui ferait du clergé des saints et du peuple de pauvres erres. Mais qu’il y a de tout dans tout. Et aussi des abuseurs et des malfaisants.

Et ça, c’est rude à admettre quand toute la foi repose sur une croyance aveugle dans le clergé et dans le discours clérical et dans les « modèles » proposés par ce clergé ou par des communautés religieuses soit disant fondées par des « mystiques » ou directement venant d’une décision divine.

Contrairement à de Meester, je ne pense pas que Marthe ait eu les moyens intellectuels de tromper sciemment et de se fabriquer sa propre légende mystique. Mais le groupe qui l’entourait et qui avait intérêt à la promouvoir comme mystique, avait la culture et tous les codes pour cette fabrication et l’a bien briefée dans ce sens. Sans qu’elle-même y voit malice ou bizarrerie. Et c’était facile de pouvoir inciter, diriger les lectures et les références de Marthe, ultra dépendante, handicapée, d’un point de vue religieux, idéologique face au désordre lié à la maladie et aux crises et manifestations étranges liées à cette maladie. Aujourd’hui on définit cela au pénal par abus de faiblesse, manipulation. Et ce type d’emprise y est parfaitement décrit.

Thérèse Neumann en Allemagne, gérée par le même genre de groupe catholique réac et intégriste, un peu plus tôt dans l’Histoire, avait été identifiée comme non mystique à la suite d’un examen médical hospitalier prolongé qui avait conclu à la psychose et non à la mystique. Démontage en règle du phénomène et du groupe qui avait instrumentalisé la dame. Bien sûr que Guitton et ses amis savaient tout cela. C’était le risque majeur pour le groupe qui avait créé Marthe en tant que mystique. Il était donc hors de question de faire subir un examen de 15 jours à Marthe en milieu hospitalier qui aurait abouti à la destruction des espérances politico-religieuses et de l’égérie. C’était un risque aussi pour Marthe qui se serait retrouvée seule au plan sanitaire et affectif et matériel aussi. Cette peur elle devait l’avoir aussi. Et nul doute que le groupe devait, lorsqu’elle n’était pas assez soumise, lui rappeler cela comme une menace. Les seules assurances médicales sont des certificats de complaisance de médecins uniquement acquis à la cause…Ca ne tient en rien du hasard.

Le Vatican dit avoir tenu compte des avis de de Meester et de Muizon qui avaient dénoncé une supercherie. Mais en réalité, le Vatican géré depuis plus de 40 ans par un haut-clergé massivement réactionnaire et proche de l’intégrisme, n’a aucun intérêt à détruire une légende mystique dorée comme celle de Marthe. Ca n’entre pas dans ses intérêts financiers, idéologiques et structurels. Resituons les choses dans leur contexte et avec les besoins d’une institution qui a prévu depuis l’ère JP2 de confier le pouvoir clérical aux communautés dérivantes sectaires. Opus Dei et Renouveau Charismatique en tête. Projet jamais remis en cause ni en question. Et qui s’est poursuivi encore actuellement avec la création de Charis.

Désavouer Marthe, c’est désavouer toute la mouvance la plus réactionnaire de l’institution et d’une société catholique bourgeoise qui rêve d’un grand soir de la contre-révolution de Maurras. Et qui voit depuis 40 ans ses désirs comblés par une institution qui nomme de plus en plus de clercs réacs, qui se radicalise, qui s’acoquine de plus en plus ouvertement avec l’extrême droite internationale…

Ca dépasse grandement Marthe en tant que personne.

C’est un combat qui dure depuis plus d’un siècle pour ces familles et leurs intérêts particuliers. Et qu’elles veulent à tous prix gagner. Y compris en achetant les consciences par de l’argent, par des fabrications mystiques, par des services de ci ou de ça…

On est très loin de la mystique, on est très loin de Dieu dans toutes ces affaires. Mais ça c’est la réalité bien humaine, bien matérielle, bien sordide qui prévaut en ce monde. Et qui ne peut plus être ignorée ni dissimulée.

Dieu dans tout ça, n’entre pas en ligne de compte, même si ces groupes le mettent à toutes les sauces. Il s’agit d’une toute autre entreprise. Mais qui a besoin de mystifier avec la fabrication de mystiques pour justifier son emprise et son pouvoir.

Ce n’est pas nouveau. Ca a toujours existé. Et ça continuera tant qu’il y aura des personnes en situation de faiblesse à instrumentaliser et des personnes naïves, éprises de merveilleux.

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