Jeudi 14 novembre 2013

Appel de Lourdes 2013 : nous avons été entendus !

Avec quarante autres victimes de dérives sectaires au sein de différents mouvements d’Église et congrégations religieuses [1] ou leurs parents, nous nous sommes adressés à tous les évêques en France à l’approche de la réunion de leur assemblée plénière de Lourdes.

Nous leur avons demandé de faire entendre la parole de l’Église sur ce douloureux sujet et, tout d’abord, d’adresser une parole de compassion aux victimes dont les souffrances sont aggravées parce qu’elles sont ignorées. Au nom de tous les évêques, le président de la Conférence des évêques de France nous a répondu.

Nous avons le sentiment d’avoir été entendus. Pour la première fois, et par une parole forte et courageuse. Chaque terme mérite d’être analysé, mais nous retenons le point central à nos yeux : l’Évangile est une école de liberté spirituelle.

En publiant ce texte, qui, au-delà de ses destinataires immédiats, s’adresse manifestement à tous les fidèles et montrera aussi aux non-croyants quelle leçon nous voulons tirer de l’Évangile, nous exprimons notre profonde gratitude à nos évêques. Nous les assurons que, dans la tâche qu’ils se fixent pour faire apparaître la vérité et guérir les blessures, nous mettons toute notre expérience et toutes nos forces à leur disposition.

Nous les assurons de notre profond respect et de notre fervente prière.

Yves Hamant, Xavier Léger, Aymeri Suarez-Pazos

Lourdes, 13 novembre 2013

Conférence des évêques de France

Le Président

Monsieur Yves HAMANT
Lourdes, le 7 novembre 2013

Monsieur,

Avec plusieurs autres personnes vous avez adressé aux évêques de France un _ appel vigoureux pour dénoncer des pratiques relevant de dérives sectaires à l’intérieur même d’institutions d’Eglise. Nous l’avons reçu comme le cri de personnes souffrant au cœur de l’Eglise en raison de ce qu’elles ont vécu personnellement ou de ce que leurs proches ont vécu ou vivent encore. Nous pensons à ceux et celles qui sont blessées, parfois de manière durable par le comportement de certains membres de l’Église. Comme Président de notre Conférence, je voudrais en notre nom à tous, vous dire que ces pratiques nous heurtent et nous choquent. Vous assurer de notre prière pour eux ne suffit pas ; nous voulons porter avec eux leur souffrance, les assurer de notre compassion, les aider dans leur reconstruction.

L’Évangile du Christ que nous voulons servir est une école de liberté spirituelle et celui qui ne sert pas cette liberté ne peut se réclamer de l’Évangile. A plusieurs reprises dans le passé, nous avons alerté les fidèles mais aussi les familles sur le danger de certains groupes qui ne nous paraissaient pas promouvoir un comportement juste par rapport à l’Évangile. Nous avons interpellé des responsables pour leur faire part de nos interrogations. Bien souvent alors, nous n’avons reçu de la part de tous ceux à qui nous nous adressions que méfiance et silence. Je peux vous assurer que ce n’est pas un réconfort de savoir que nos remarques d’alors étaient justifiées.

Certains comportements que vous dénoncez relèvent de la justice pénale. Personne n’est au-dessus de la loi. Il est sans doute utile de le rappeler. Il appartient aux victimes qui le souhaitent de porter plainte devant la justice lorsqu’il y a matière.

Nous voulons vous dire avec force que nous souhaitons continuer à agir pour que des situations se clarifient, pour que la vérité puisse apparaitre lorsque c’est nécessaire et pour que ceux qui ont été victimes de procédés déviants trouvent auprès des évêques une oreille attentive et compréhensive.

En vous assurant de notre prière, et en vous remerciant de votre démarche, je vous assure, monsieur de ma respectueuse considération dans le Christ.

+ Georges PONTIER Archevêque de Marseille Président de la Conférence des évêques de France

[1Béatitudes, Famille monastique de Bethléem, Légion du Christ, Regnum Christi, Fraternité Eucharistein, Emmanuel et Fraternité de Jésus, Sœurs mariales d’Israël et de St Jean, Ancien collaborateur du père Labaky, Memores Domini (Communion et Libération), Communauté de Nazareth, Opus Dei, Points-Cœur, Communautés Saint-Jean, Fraternité diocésaine de Saint-Jean-de-Malte.

Vos réactions

  • écouter ceux qui sont muets ? 15 novembre 2013 10:27, par Un père de famille

    Je viens d’entendre Mgr DUBOST sur KTO TV. Sous-estime-t-il donc la détermination de ceux qui ont fait entendre leur voix ?

    Naïvement nous pouvions penser, Monseigneur, que suite à la lettre reçue, vous alliez dissoudre la MARIOPOLIS des Focolare dont vous avez approuvé la création dans votre Diocèse, en découvrant enfin qu’entre cette nouvelle cité idéale vivant d’économie de communion et le phalanstère fouriériste, ou l’utopie saint-simonienne du XIXe siècle il n’y avait guère de différence, et qu’il était temps de revenir à un principe de réalité. Quand cesserez-vous d’y voir - je vous cite - « une chance pour l’Eglise locale » ?

    Mais non !

    Il est vrai que vous avez bien insisté sur l’écoute des victimes : c’est trop facile.

    Ignorez-vous, Monseigneur, que pour une victime qui s’exprime, il y en a bien neuf qui se taisent ?

    Et faut-il vous rappeler pourquoi ?

    • Il y a celles qui se sont tues définitivement : qui ira désormais écouter le père Albert MARSHALL pendu en forêt de Compiègne ? Vous êtes-vous intéressé aux causes de son suicide ? Avez-vous pris les mesures d’urgence qui permettraient d’éviter le retour d’un pareil scandale ?
    • Il y a aussi celles qu’on n’écoute plus car elles sont internées en hôpital psychiatrique. Vous intéressez-vous aux causes de dépression nerveuse et de troubles mentaux des personnes consacrées ?
    • Il y a celles qui ne parleront jamais par peur de représailles ou de harcèlement à domicile.
    • Il y a celles qui ne veulent pas livrer de témoignage, même anonyme, car elles sont culpabilisées à vie.
    • Il y a celles qui craignent le qu’en dira-t-on, qui ne veulent pas passer pour des défroquées. Pourtant ce ne sont pas elles qui ont jeté le froc aux orties. Dans la générosité de leur jeunesse elles ont voulu épouser un idéal. Voulez-vous savoir pourquoi elles ont été déçues ?
    • Il y a celles qui ont retrouvé une cellule familiale brisée par ce qui s’est passé.
    • Il y a celles qui sont trop occupées à trouver un toit et du travail. Ignorez-vous les difficultés d’emploi des anciennes personnes consacrées, sans diplôme ou sans qualification car il fallait les recruter tout de suite pour faire du chiffre à la sortie du lycée ou de la fac ?
    • Il y a toutes celles qui veulent faire un « blanc » sur les années passées, sur leur jeunesse perdue.

    Toutes ces victimes, Monseigneur, vous n’aurez pas besoin de les écouter.

    De temps en temps l’une d’entre elles se manifestera : pour la consoler vous lui proposerez quoi : de passer le test de l’ennéagramme ?

    • Et ce n’est pas tout, il y a toutes celles qui sont toujours sous emprise mentale et qui n’ont même pas conscience de leur état de victime car c’est bien là, vous devez quand même le savoir, le propre de la dérive sectaire. Celles-là on n’a pas à les écouter puisqu’elles ne sont pas en état de parler.
    • Il y a aussi celles qui ont conscience de leur état, qui pourraient parler mais ne le peuvent pas car elles ne savent pas où aller : elles viennent de pays d’Afrique, et sont aujourd’hui exploitées comme des travailleuses immigrées sans défense. Qui ira écouter les religieuses astreintes à des travaux pénibles, chargées de la plonge dans des self-services « d’Eglise », par exemple dans une de nos villes de pèlerinage ou au pied d’une de nos plus célèbres basiliques ?

    Alors oui, l’écoute, c’est bien.

    Mais ne l’oublions pas : le bon samaritain a secouru un blessé qui était hors d’état de s’exprimer.

    Oui, l’écoute, c’est bien.

    Le ménage aussi est une bonne chose de temps à autre. Il faut le faire.