Dimanche 4 mai 2014 — Dernier ajout lundi 5 mai 2014

Deux papes vivants canonisent deux papes morts

Chers amis catholiques,

Je n’aime pas jouer les rabats-joie. Hier, c’était votre fête, plus que la mienne. Tout au long de la semaine dernière, les médias du monde entier étaient tournés vers la ville éternelle, où le pape François, accompagné par le vieux pape Benoît, s’apprêtaient à canoniser deux papes : le pape progressiste Jean XXIII et le pape conservateur Jean-Paul II, dans une sorte de mariage entre les courants progressistes et conservateurs.

Cet évènement était annoncé comme un épisode merveilleux, joyeux et glorieux de l’histoire de l’Église, et tous les fidèles étaient invités à se joindre à la cérémonie. Oh, il y avait bien quelques grincements du côté des victimes d’abus sexuels commis par des prêtres… mais leurs voix étaient tellement faibles qu’elles étaient étouffées par la clameur des chants grégoriens et des cantates polyphoniques, ainsi que par les commentaires tonitruants de quelques « experts du Vatican », s’exprimant devant les foules en liesse de la place Saint Pierre.

Lorsque j’étais un tout jeune garçon, dans ma ville natale de Dublin, ma mère, qui adorait entendre les répartis inventives de son fils chéri - me demandait toujours, lorsque je rentrais du coiffeur de la Rue Camden, avec mon grand père O’Connor : « Mon fils, qu’as-tu vu chez le coiffeur aujourd’hui ? » Alors, pour lui faire plaisir, je lui disais très simplement : « Un homme qui coupait les cheveux d’un autre homme ! ». Peut-être que le titre de cet article impertinent vient de là : des papes qui canonisent d’autres papes…

Cette impertinence m’a jadis conduit à avoir de gros problèmes, quand j’étais dans la Légion du Christ. Il m’arrivait d’aller contre la masse, et de dire des choses déplacées. Lorsque la communauté se réunissait pour célébrer le père Maciel, j’étais parfois la seule voix discordante. Je percevais le mépris de la communauté, pour mon refus de me joindre à la joie du fondateur. Le saint pouvait en effet être parfois joyeux, malgré ses souffrances qui lui permettaient de partager les souffrances du Christ.

C’est juste que tout ce faste contraste avec d’autres impressions du pontificat du pape François, qu’on décrit comme humble et modeste. Peut-être qu’à la manière de Shakespeare (« Il faut que je sois cruel seulement pour être humain »), le Pape désire « être pompeux seulement pour montrer son humilité », mais j’avoue ne pas avoir compris ce paradoxe. Nous avons assisté à un spectacle triomphaliste de la hiérarchie catholique. Que signifie tout cela ? Que les papes sont les membres les plus importants de l’Église ? Que les papes sont des saints ? Et au fait, que veut dire « saint » ? Que l’Église catholique est une institution monarchique et centralisatrice ? Que ses dirigeants doivent être vénérés, honorés et exaltés ? Cela ne colle pas avec les mots du fondateur du christianisme :

« Jésus les appela et leur dit : ’Vous le savez : ceux que l’on regarde comme chefs des nations les commandent en maîtres ; les grands leur font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne doit pas en être ainsi. Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. Celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous : car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude.’ » Mc 10, 42-45

Mais soit : ce devait être une exception pour les masses, les masses de simples croyants qui sont encore accrochés aux Hosannas du dimanche des rameaux et à l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, qui veulent avoir de « saints prêtres » pour prier et pour dire la messe pour eux. Même si, en fait, cette entrée ne devait pas être vraiment triomphale. Jésus est entré à Jérusalem sur un âne, et non sur un cheval. C’était la semaine qui précédait sa Souffrance – je préfère ce mot à celui de « Passion », qui évoque toutes sortes de pensées impies dans mon cœur dépravé – et sa Mort. Mais voici qu’arrive Jésus de Nazareth, une fois de plus, avec son langage habituel :

« Méfiez-vous des scribes, qui aiment à se promener en robes longues, qui recherchent les premiers sièges dans les synagogues et les premières places dans les repas, qui dévorent les maisons des veuves et affectent de prier longuement : ces gens-là subiront une condamnation plus forte. » Lc 20 , 46-47

Il est difficile d’atténuer de telles paroles. Alors, légionnaires, prenez garde à ce que dit le Seigneur sur le fait de « dévorer les maisons des veuves » car sur ce sujet, les tribunaux civils américains vont bientôt vous demander des comptes.

Par J. Paul Lennon 28 avril 2014

Vos réactions

  • domnin 23 novembre 2014 22:26

    Curieux cet article spécifiquement anticlérical, qui ne veut pas jouer les rabats joie mais qui y réussit fort bien. Peut-être la clé secrète de lenverdudecor… Il devrait être en rouge gras.