Mardi 15 mars 2016

L’association des victimes du père Preynat s’adresse au Pape

Très Saint Père,

Nous nous permettons de vous écrire au nom de l’Association « la parole libérée » (la vérité sur le groupe saint Luc) pour solliciter votre aide. Nous sommes une association qui regroupe les victimes d’un prêtre français pédophile le Père Bernard Preynat officiant dans le Diocèse de Lyon sous la responsabilité du Cardinal Barbarin. Nous nous sommes aperçus que beaucoup de personnes ont été complices par leur comportement et leur silence depuis les années 1970.

Aujourd’hui la lumière et la vérité étant faites, nous apparaissons nous les victimes comme coupables d’affaiblir le diocèse de Lyon et notre Église. Il ne faut pas tout inverser, L’Eglise ne peut oublier son silence et sa propre complaisance.

Nombres d’enfants ont été meurtris dans leur chair par un prédateur en toute impunité. Le père Preynat a avoué avoir été un prêtre pédophile dans notre EGLISE. Le silence, celui des victimes traumatisées et celui de l’institution complice ne l’ont pas absout des crimes qu’il a commis durant toutes ces années. Ces souffrances sont la source d’une douleur émotionnelle profonde et qui souvent ne cesse jamais…..même pour les adultes que nous sommes devenus.

Par le biais de notre association nous souhaitons :

  1. permettre aux victimes de libérer leur parole, de sortir de leur isolement et de trouver du réconfort et de l’aide.
  2. comprendre comment un homme a pu perpétrer ces actes abominables sur des enfants sans que sa hiérarchie ne juge bon de le mettre hors d’état de nuire ni d’en référer à la justice.
  3. que la responsabilité de chacun soit établie par la justice de notre pays et votre autorité.
  4. que l’Eglise de France soit à l’image de l’exigence que vous avez impulsée avec Sa Sainteté Benoît XVI, pontife romain émérite.

Si nous faisons appel à vous Très Saint Père c’est car vous avez, dans toutes vos déclarations et communications officielles montré un attachement indéfectible à la vérité et à la protection des enfants, ainsi qu’une volonté de mettre fin aux pratiques de dissimulations justifiées par le souci de la virginité de l’image de l’Eglise de France.

Nous avons l’impression que notre démarche de vérité gène, et que la Parole n’est pas la bienvenue. Nous avons foi en vous très Saint Père et nous sommes persuadés que le souci de chacun des enfants de Dieu a plus de valeur à vos yeux que l’image de l’une de vos églises fusse l’église de France. Vous l’aurez compris très Saint Père, vous incarnez pour nous l’espérance, l’Eglise que nous aimons et dans laquelle nous souhaiterions pouvoir continuer à élever nos enfants.

Nous ne sommes animés d’aucun esprit de vengeance, nous souhaitons comprendre.

Nous voulons sortir grandis de cette histoire, libérés certes mais aussi confiants et prêt à être les bergers d’une Église qui ose la vérité, qui protège ses brebis et qui a à cœur de combattre les injustices où qu’elles se trouvent, dans les hautes sphères de la finance comme dans les mouvements de jeunesse, que la responsabilité incombe au plus petit d’entre nous ou aux plus grands de l’Église.

Pour l’instant nous sommes passés de la « traversée du désert » sans être soutenus à une ultra médiatisation suite à un interview du Cardinal Barbarin dans le journal La Croix du 11 février 2016 qui constatait qu’il était au courant des agissement du Prêtre depuis 2007 et qu’il n’avait eu aucune action autre que de l’avoir nommé à la tête d’un doyenné en 2013.

Les multiples victimes ne peuvent comprendre les paroles du Père Federico Lombardi qui annonce que « l’archevêque de Lyon a traité avec une extrême responsabilité » ce dossier.

Les dizaines de victimes ne peuvent comprendre que le président de la Conférence épiscopale, Mgr Georges Pontier, ait déclaré que l’archevêque de Lyon était « rigoureux » dans sa gestion.

Les victimes que nous sommes ne peuvent comprendre pourquoi la réponse de Rome début février 2015 imposait des mesures disciplinaires et « la fin de toute pastorale le mettant en contact d’enfant » et que rien ne se soit passé dans les faits jusqu’au 31 aout 2015.

Les victimes que nous sommes ne peuvent pas comprendre les photos dans la presse du père pédophile « donnant des vierges en métal aux enfants pour qu’ils s’en souviennent tout au long de leur vie »

Les multiples victimes que nous sommes ne peuvent pas comprendre son retour sur Lyon en tant qu’animateur au service diocésain en Septembre 2015….sans autre mesure disciplinaire.

Les dizaines de victimes que nous sommes veulent des réponses et la lumière de vos propos.

C’est Votre Homélie du 7 juillet 2014 pendant la MESSE EN LA CHAPELLE DE LA DOMUS SANCTAE MARTHAE qui a donné la force à une des victimes de libérer la Parole. Vous avez été sa force.

De plus en plus de personnes dans l’Eglise de France osent saisir la main que nous tendons désespérément et comprendre notre engagement pour les victimes que nous sommes et pour l’ensemble des enfants victimes de violences sexuelles qui souffrent de l’omerta imposée. Nous avons besoin de vous.

Si nous ne protégeons pas les enfants que nous avons été, comment peut-on imaginer protéger les nôtres ?

Il faut mettre la lumière sur « la terrible obscurité de l’Église ».

Il faut mettre en place une imprescriptibilité des crimes et violence pédophiles des prêtres pour permettre aux innocents de pouvoir un jour se défendre (parce que l’imprescriptibilité, dans la menace qu’elle constitue pour les prédateurs, protégera des enfants car il n’y aura plus d’impunité ni de complicité.)

Il faut mettre en place une loi canonique claire et simple qui puisse être comprise même par les petits enfants victimes de prédateurs.

Vous, Très Saint Père, comme nous savons que si l’Eglise ne s’associe pas à notre démarche de sens et de vérité ce sera le procès de la honte et une double peine pour les victimes salies par les crimes d’un homme et abandonnées par la maison du Père.

Nous souhaitons Très Saint Père que vous puissiez être un phare dans notre nuit et que vous preniez le temps de nous connaître en acceptant de recevoir les trois membres de « LA PAROLE LIBEREE » en audience privée. Nous avons l’honneur d’être avec le plus profond respect, de votre Sainteté, vos très humbles et dévoués serviteurs.

Pour La Parole Libérée
François Devaux
Bertrand Virieux
Alexandre Hezez

Vos réactions

  • fournier 21 mars 2016 17:30

    Je trouve scandaleux la dénonciation de faits d’il y a 25 ans : ou bien on agissait de suite ou bien on se tait à jamais. Ce sont les parents des jeunes qui savaient à l’époque qui auraient dû agir. Je me demande ce que vont penser les enfants de ces hommes qui dénoncent maintenant. A ce jour ces hommes sont pères de famille. Ils ont fait leur vie. Le Père Preynat a commis des choses graves entre 1986 et 1991 d’après les écrits et n’a plus jamais commis de gestes déplacés par la suite. Pourquoi le traîner dans la boue après 25 ans de bons et loyaux services.

    • Remontez 25 ans en arrière : à l’époque les droits de l’enfant démarrent tout juste. La parole de l’enfant n’est pas encore crue et entendue comme telle. Et dans les enfants agressés par l’Eglise, vous avez plein de parents qui n’ont pas dénoncé les prélats pédophiles parce que pour eux, il était impensable qu’un prêtre agresse des enfants. Qu’il s’agisse de naïveté, de dogmatisme religieux, de déni, ou simplement du fait que leur enfant agressé n’a pas pu leur en parler tellement il avait peur, honte. Il ne s’agit pas de gestes déplacés, il s’agit de crimes sexuels concernant le père Preynat : des attouchements, des viols sur des très jeunes garçons. Et si pour le moment, Preynat maintient qu’il n’a pas violé d’autres enfants après 91, justement après la dénonciation des parents d’une des victimes, mais rien ne prouve pour le moment qu’il n’a pas récidivé. C’est le procès qui le dira et peut-être d’autres victimes plus récentes. Le mérite de l’association est de pouvoir recenser les victimes, passés, comme présentes. Ce n’est parce que les victimes ont aujourd’hui des enfants que ces hommes ne sont plus handicapés, traumatisés par les abus sexuels et les viols de Preynat. Pour avoir subi des violences sexuelles, je peux vous dire que même encore aujourd’hui et sans doute jusqu’à ma mort, je resterai marquée par ces horreurs. Car c’est le genre de chose qui même avec une bonne thérapie, laisse des traces indélébiles. C’est sans doute difficile à comprendre pour les personnes qui n’ont pas subi ces abus, ces viols, mais c’est l’équivalent d’un meurtre qui nous laisse tout le reste de notre vie, comme des morts-vivants. Pourquoi croyez-vous que les violences sexuelles constituent des armes de guerre pour anéantir les populations, les terroriser, les soumettre ? Et Barbarin en tant que responsable du diocèse comme ses prédécesseurs, est totalement irresponsable en ayant nommé des prélats qui ont commis ces horreurs. D’autant que comme les autres évêques et cardinaux, il est au courant depuis plusieurs décennies par le biais de la Congrégation de la Foi, que la pédophilie ne se soigne pas, que les pédophiles restent des hommes dangereux et potentiellement criminels toute leur vie. C’est un prélat, le père Fitzgerald qui avait précisé cela dès les années 60 à l’ensemble des évêques et cardinaux. Donc aucun haut-prélat catholique depuis n’ignore la gravité de la situation. Chaque évêque qui protège depuis ces années-là, malgré les avertissements du Père Fitzgerald, et continue de promouvoir et de nommer dans des paroisses des prélats pédophiles, commet un acte grave de complicité criminelle qui tombe sous le coup de la loi pénale. Et doit être puni pour cela. Barbarin comme n’importe quel autre haut-prélat ayant promu et continué d’employer des prélats pédophiles.

    • Bons et loyaux services, à qui ?

    • « Se taire à jamais »… Il faut vraiment avoir déjà pu guérir énormément pour pouvoir entendre ça comme victime. Plus encore, il faut pouvoir se mettre dans la peau de quelqu’un qui ne peut pas comprendre, par ignorance, pour pouvoir accepter. C’est hyper violent.

      C’est ce silence de la honte qui donne tous les pouvoirs aux pervers. C’est avec cela qu’ils jouent et détruisent. C’est par ce genre d’ignorance, inconsciente on l’espère, que les institutions ne bougent pas et laissent le mal se propager. On fait l’autruche. Au moment même on relativise, on n’y croit pas, on attend que ça passe, plus tard on dit « mais pourquoi vous venez avec ça après si longtemps, c’est malsain ! ». En gros, on dit aux victimes « taisez-vous, on ne veut pas savoir ».

      Pas savoir quoi ? ce que vit la victime de l’intérieur, peut-être plus que tout. Devant le meurtre psychologique qu’elle subit, elle a 3 choix : le déni jusqu’au suicide pour ne jamais en prendre conscience, la folie (délire, psychose, maniaco-dépression etc…) pour ne pas en prendre conscience non plus, ou l’anesthésie provisoire, donc un déni qui va durer quelques décennies avant qu’elles aient la force de se réveiller.

      Mais à quel prix, cette troisième et meilleure solution ? Au prix d’une dissociation d’avec soi-même, une absence de ressenti, d’émotions, de sentiments, de liberté intérieure, bref, une vie qui n’est plus réduite qu’à la survie, avec angoisses, crises de panique, automutilation, épuisement chronique etc… Et ensuite, quand le réveil se fait, non seulement on vit la douleur inhumaine du crime, mais en plus le monde autour nous blâme pour notre souffrance ou renverse la faute sur nous, parce qu’on commence à parler : on est donc à l’origine du problème !

      Oui, la plupart des victimes retrouvent la force de parler au moment où il y a prescription et sont attaquées alors pour diffamation. C’est la loi de la perversité. Or elles ont le droit, ne fut-ce que d’essayer de comprendre. C’est souvent la seule chose qu’elles demandent. Et elles ne comprendront pas. Car la perversité est l’humain dans sa plus profonde incompréhenssibilité. Enfin je trouve.