Dimanche 4 mai 2014

Le bras droit du Pape dénonce la fronde de l’Ancien régime

Maradiaga évoque des cas de cardinaux qui prétendent regretter d’avoir élu le pape François, et dénonce des médisances contre celui qu’on surnomme « le petit argentin »

Le cardinal Oscar Rodríguez Maradiaga, grand conseiller du pape et coordinateur du « conseil des huit cardinaux » chargés de travailler sur la réforme de la gouvernance du Vatican, est soucieux. Il perçoit d’étranges mouvements s’agiter dans les palais du Vatican, bien peu disposés à l’égard des changements entrepris l’année dernière par le pape François.

De passage chez les Frères mineurs de St. Petersburg, en Floride, Maradiaga s’est exprimé sans utiliser la langue rituelle de la diplomatie : « Nous devons être prêts, car en même temps que la merveilleuse – et surprenante – popularité du pape est en train de se renforcer, une opposition sourde se réveille également, non seulement au sein des anciens membres de la curie, mais également chez tous ceux qui ne supportent pas d’avoir perdu des privilèges. »

A qui se réfère le cardinal hondurien ? Nul ne le sait. Mais difficile de ne pas faire le lien avec cette allusion à l’égard des prêtres « onctueux, somptueux et présomptueux » que jeudi dernier – pendant l’homélie de la messe Chrismale à Saint Pierre – le Pape a opposé aux prêtres pauvres consacrés aux missions d’évangélisation : « Si tu ne sors pas de toi-même, l’huile (de l’onction) devient rance », avait averti François devant l’autel de la confession.

Au delà du Tibre, dans les salons de quelques palais de la Renaissance, couverts de magnifiques fresques, on entend de tout, a avoué l’archevêque de Tegucigalpa aux participants au congrès des congrégations de frères mineurs anglophones, et ce ne sont pas toujours des compliments envers le Pape : « Mais que prétend donc ce petit argentin ? », aurait lâché tel monseigneur, trop attaché à ses anciens privilèges, selon les mots de Maradiaga.

Un cardinal, a-t-il ajouté, aurait même affirmé« avoir fait une erreur » en votant pour le cardinal Jorge Mario Bergoglio lors du dernier conclave. Tous ces éléments, mis ensemble, révèlent l’existence d’une fronde interne qui fait de la résistance à la « nouvelle façon de faire église » que le pape François essaye de mettre en place, a expliqué le chef des huit conseillers qui se réuniront à Rome du 28 au 30 avril pour parler des réformes de la curie, et des possibles fusions entre les différents conseils pontificaux.

L’attente de la réforme de la curie

L’incertitude quant à l’avenir des dicastères, des bureaux et des autres organismes de la curie a suscité un profond désarroi au Vatican. S’il est vrai que le pape n’a effectué que peu de changements à la tête des dicastères – il a au moins écarté le cardinal Mauro Piacenza, en septembre 2013, qui dirigeait jusque là le puissant dicastère pour le Clergé, en lui donnant la nouvelle fonction de pénitencier majeur – il doit encore décider du sort des nombreux présidents des conseils pontificaux.

La raison de cela, Maradiaga lui-même l’avait implicitement expliqué lors de l’une de ses nombreuses interventions dans la presse, au cours des derniers mois : il s’agit de faire des fusions, en rationalisant au maximum la machine bureaucratique et en rassemblant des compétences qui sont aujourd’hui réparties dans différents bureaux. A quoi peut bien servir un conseil pontifical pour la promotion de la nouvelle évangélisation (dirigé aujourd’hui par Mgr Rino Fisichella), quand il existe déjà une congrégation pour l’évangélisation des peuples ? Se demandait l’été dernier le président du conseil des huit.

Le même cardinal disait qu’il envisageait également une unification des dicastères pour les laïcs et pour la famille dans une grande et nouvelle congrégation, « qui pourrait être dirigée par un couple d’époux ». Le pape, en revanche, ne s’est pas encore exprimé sur le sujet. Au cours de ses treize premiers mois de pontificat, François a agi principalement sur le front financier, tellement contraint de revoir ses projets initiaux qu’il a reporté à la deuxième année la « révision » de la structure administrative et économique du Vatican.

Depuis l’été dernier, il a mis en place plusieurs commissions consultatives et a créé la Secrétairerie pour l’économie, confiée au cardinal australien George Pell, qui fait également partie du conseil des huit cardinaux.

A côté de cet organisme, le Pape a voulu un plus grand Conseil pour l’économie, qui aura comme coordinateur le cardinal Reinhard Marx, qui est également le nouveau président de la conférence des évêques d’Allemagne. Maintenant, c’est au tour des anciens dicastères, qui sont comme le pivot central de la curie formée après le Concile par Paul VI et que Jean-Paul II avait rénové en 1988.

par Matteo Matzuzzi dans FOGLIO QUOTIDIANO

Voir en ligne : http://www.ilfoglio.it/soloqui/22979