Dimanche 31 décembre 2017

Le rôle complexe de Cardinal Law dans l’histoire contemporaine des abus sexuels commis par des prêtres

Le père Thomas Doyle, qui a été un acteur de premier plan dans la crise des affaires d’abus sexuels commis par des prêtres aux Etats-Unis, vient de publier un témoignage personnel sur le cardinal Law, décédé il y a une dizaine de jours : on y apprend notamment que le Cardinal avait en fait été préparé mieux que quiconque à la problématique des abus sexuels…

28 décembre 2017

par le père Thomas P. Doyle

C’est en 1984 que le grand public a découvert le phénomène des abus sexuels commis par des prêtres. Tout a commencé par des révélations publiques sur une affaire de viols sur de nombreux enfants perpétrés par un prêtre du diocèse de Lafayette, en Louisiane, et le travail systématique de dissimulations par les dirigeants de l’Eglise pendant plus d’une dizaine d’années.

Le cardinal Bernard Law, qui était l’évêque de Springfield-Cape Girardeau, dans le Missouri, depuis 1974, a été nommé archevêque de Boston en 1984. Il est ainsi devenu l’évêque catholique le plus puissant et le plus influent des États-Unis… jusqu’en 2002, date à laquelle tout est parti en fumée. Du jour au lendemain, Law est apparu comme le visage d’une hiérarchie déloyale et fausse, après que le Boston Globe eût exposé les méthodes qu’il utilisait pour étouffer les affaires d’abus sexuels commis par des prêtres de son diocèse. Il est aujourd’hui devenu le symbole de l’attitude honteuse de la hiérarchie dans la gestion des affaires de viols sur des mineurs et sur des personnes vulnérables. Même mort, il reste l’objet de la colère d’une quantité innombrable de victimes d’abus sexuels – non seulement des victimes de Boston, mais aussi d’autres victimes du monde entier.

Le rôle de Law dans l’histoire des abus sexuels commis par des prêtres va au-delà de sa politique de dissimulation systématique à Boston. Ce qui est peu connu, c’est son rôle de premier plan lorsque, pour la première fois, l’étendue et la perversité de ce fléau ont été exposées publiquement. Si, dans les années 84-85, les évêques avaient vraiment pris conscience de la nature des abus sexuels et du fléau qui risquait de s’abattre sur eux, je crois qu’ils n’auraient pas tardé à prendre les bonnes décisions.

Collaboration avec Law

J’ai rencontré Law pour la première fois en 1981. Il était évêque, et moi, je venais d’être nommé comme membre du personnel de l’ambassade du Vatican à Washington. Notre association a commencé quand on m’a demandé de faire des recherches pour un comité auquel il appartenait. C’était un homme qui m’impressionnait beaucoup. Il était très intelligent, lisait beaucoup, savait être attentif quand les gens lui parlaient et s’exprimait sans langue de buis. Nous sommes devenus amis, et assez rapidement, je me suis appuyé sur cette amitié pour obtenir de l’aide dans la gestion de la crise des abus sexuels qui a éclaté fin 1984 en Louisiane.

À cette époque, je travaillais en étroite collaboration avec deux autres personnes qui essayaient de rompre la culture du secret qui permettait aux évêques d’étouffer ces crimes épouvantables. Dans un premier temps, le vicaire général de Lafayette avait assuré au nonce papal que, bien que plusieurs familles s’étaient plaintes à l’évêque, le diocèse avait conclu avec elles des accords confidentiels et qu’ainsi tout était sous contrôle. Quelques jours plus tard, nous avons appris qu’une famille s’était non seulement retirée de l’accord, mais qu’elle poursuivait tout le monde, depuis l’évêque local jusqu’au pape Jean-Paul II. C’est à ce moment-là que tout a éclaté dans les médias.

J’avais fait appel à Mike Peterson, un prêtre et psychiatre qui dirigeait l’Institut St. Luke, pour aider le diocèse à prendre en charge le père Gilbert Gauthe d’une manière responsable, ce qui n’était pas encore le cas à ce moment-là. Ray Mouton, l’avocat de la Louisiane du diocèse de Lafayette, a demandé à représenter le père Gauthe dans la poursuite pénale. Mouton est venu me rencontrer à Washington lorsqu’il a découvert que le diocèse était au courant que d’autres prédateurs sexuels étaient encore en service dans le ministère. Mouton était, et est toujours, une personne respectable, père de trois enfants, et habitant dans le diocèse.

Nous avons commencé à collaborer tous les trois parce que nous avons réalisé que l’affaire de la Louisiane était explosive. Nous étions également préoccupés par le nombre croissant de rapports signalés à la nonciature. Mouton prédisait des problèmes juridiques massifs si les évêques ne faisaient pas face au problème et ne faisaient rien pour y remédier. Nous avons décidé de rédiger une note de synthèse avec toutes les informations pertinentes dont un évêque aurait besoin pour gérer une affaire d’abus sexuel de la part d’un de ses prêtres. Ce document a été plus communément connu sous le nom de "Manuel".

J’ai commencé à parler de la situation avec Monseigneur Law. Il a convenu de sa gravité et de nos prédictions si les évêques n’agissaient pas. Nous avons passé beaucoup de temps à discuter du danger que posaient ces prêtres-prédateurs, et de comment les évêques devaient réagir devant ces situations. Il a fait une relecture de notre “Manuel”, lequel faisait maintenant une centaine de pages, avec en annexe quelques articles sur la pédophilie écrits par des professionnels que Peterson avait sélectionnés.

Le futur cardinal était bien conscient du danger encouru par l’Eglise, et en particulier par les évêques, si ces derniers restaient inactifs. Il a participé à l’élaboration de trois propositions d’action incluant une recherche approfondie sur tous les aspects de l’abus sexuel, un comité d’évêques assisté par des experts indépendants et un bureau au siège de la Conférence des Evêques des États-Unis qui serait chargé de coordonner les réponses à donner rapidement à des situations particulières, à la demande des évêques. Comme il était déjà président du « Comité de recherche et de pratiques pastorales », il a proposé d’y inclure un sous-comité chargé de travailler sur les abus sexuels. Ce comité serait composé d’évêques, bien que dans les faits, le travail serait réalisé par des experts laïques soigneusement sélectionnés.

Law nous a également assuré qu’il allait faire du « lobbying » auprès des autres évêques pour que ceux-ci se rallient à nos propositions et à la création du sous-comité. Nous avions prévu de le rencontrer à l’hôtel Marriott, à Chicago, en mai 1985. Mais, comme il venait d’être nommé cardinal, nous n’avons pas été surpris quand il nous a appelé pour s’excuser, car la date était trop proche de la cérémonie au Vatican. À sa place, il a envoyé l’évêque auxiliaire de Los Angeles, Mgr Bill Levada. (Levada, qui a aujourd’hui 81 ans, serait ensuite être nommé archevêque de San Francisco, puis, en 2005, Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, sous le pape Benoît XVI.)

Levada nous a rencontrés pendant la majeure partie de la journée et a approuvé tous les points de notre ordre du jour. Environ deux semaines plus tard, Levada m’a informé que toutes nos propositions avaient été rejetées par la direction de la Conférence des évêques. La raison invoquée était que cela allait interférer avec le travail d’un autre comité auquel on avait confié la question des abus sexuels du clergé. Notre conversation a été très courte car j’étais trop surpris pour argumenter. Peu de temps après, j’ai appelé Law pour lui demander ce qui se passait. Il m’a dit qu’il était opposé à cette décision mais qu’il n’avait pas pu agir car il se trouvait à Rome quand c’était arrivé.

L’ironie de l’histoire, c’est que les deux autres avec lesquels j’avais travaillé en étroite collaboration et qui avaient fourni de précieux conseils, étaient Anthony Bevilacqua, alors évêque de Pittsburgh et plus tard archevêque de Philadelphie, et le cardinal John Krol de Philadelphie. Une enquête menée par le grand jury en 2005 a révélé que Bevilacqua et Krol avaient protégé 63 prêtres qui avaient agressé sexuellement des centaines d’enfants. Je n’ai jamais su si Law s’était vraiment battu pour sauver notre projet. Dans une de nos conversations, il m’a avoué que les clivages politiques au sein de la Conférence des évêques n’étaient pas sans lien avec le manque d’attention accordée par les dirigeants de la Conférence. À cette époque, Law était assez isolé, étant d’une sensibilité ecclésiastique beaucoup plus conservatrice que les autres dirigeants.

Mouton a alors eu l’idée d’envoyer une douzaine d’exemplaires de notre « Manuel » avec nos propositions à l’assemblée nationale des évêques qui devait avoir lieu en juin 1985. Nous savions que les évêques avaient prévu d’évoquer la question des abus sexuel du clergé lors d’une session de travail (fermée) d’une journée. Comme ni Mouton ni Petersen, ni moi-même n’étions invités, nous avons suggéré à un autre évêque de prendre quelques copies et de les distribuer aux évêques qui seraient intéressés. Il s’agissait de Mgr A.J. Quinn, l’évêque auxiliaire de Cleveland, qui non seulement s’est avéré ne pas soutenir notre projet, mais qui avait participé à la politique de dissimulation. J’avais discuté de cette tactique avec Law et celui-ci m’avait donné son accord.

Nous n’avons jamais su ce qui s’était passé à la réunion à part quelques retours selon lesquels deux des trois principaux orateurs étaient nuls (L’avocat général et Mgr Kenneth Angell, alors évêque auxiliaire de Providence, à Rhode Island, qui deviendra plus tard l’évêque de Burlington, dans le Vermont.)

Je me suis entretenu plusieurs fois avec Law pour essayer de déterminer ce qu’il fallait faire. Il était clair que la direction de la Conférence ne comptait pas seulement ne rien faire, mais qu’elle s’opposerait à toute tentative d’action significative. Il a suggéré d’envoyer une copie du « Manuel » à chaque évêque aux Etats-Unis. Il a subventionné l’envoi, qui a été fait le 8 décembre 1985. Il a même fourni les fonds pour payer la secrétaire chargée de la copie finale du « Manuel ».

Le problème est ignoré

J’ai quitté l’ambassade du Vatican en janvier 1986 et en juin 1986 j’ai été assermenté comme officier et aumônier dans l’armée de l’air. Mon contact avec Law s’est progressivement estompé, non pas à cause d’une brouille entre nous, mais simplement à cause de l’absence d’une cause commune pour justifier notre collaboration.

Je suis devenu de plus en plus impliqué dans la question des abus sexuels. Entre 1985 et 2002, plusieurs gros scandales ont éclaté, parmi lesquels le procès du père Jim Porter, le procès du père Rudy Kos ou encore les révélations concernant de nombreux agresseurs sexuels parmi les formateurs de deux séminaires : celui de St. Anthony, à Santa Barbara, en Californie, dirigé par les Franciscains, et celui de St. Lawrence, près de Fond du Lac, dans le Wisconsin, tenu par les Capucins. Malgré la couverture médiatique accordée à chacune de ces affaires, la plupart des catholiques n’avait pas encore pris conscience de la gravité de la situation. Les évêques gardaient le contrôle de la situation, donnant à chaque fois les éléments de langage attendus, ainsi que les mensonges habituels leur permettant ainsi de continuer à étouffer les affaires.

J’ai découvert le scandale de Boston en 2001 par Kristin Lombardi, une journaliste qui écrivait une série d’articles pour le Boston Phoenix. Il s’agissait d’une vaste opération de dissimulation orchestrée principalement par Law, mais dans laquelle son prédécesseur, le cardinal Humberto Madieros (1919-1983), partageait une certaine responsabilité. Bien que, à ce moment-là, plus rien ne me surprenait de la part des évêques, j’ai été très fâché d’apprendre que Law avait été la source d’une conspiration aussi importante que celle qui s’était produite à Boston. J’ai collaboré avec la journaliste du Phoenix et j’ai ainsi appris à quel point cette affaire était grave.

À la fin de 2001, j’ai été mis en relation avec l’équipe Spotlight du Boston Globe, par l’entremise de Richard Sipe, qui conseillait l’équipe de journalistes. J’ai su au tout début du mois de janvier que l’affaire allait exploser le 6 janvier 2002. Non sans un certain cynisme, j’en étais arrivé à penser que rien ni personne ne pourrait jamais provoquer un réveil vraiment puissant et efficace, et si je m’attendais bien à ce que les articles du Boston Globe fasse une grosse explosion, j’étais également persuadé qu’aussitôt l’orage passé, les choses continueraient comme avant. J’avais tout faux, grâce à Dieu.

J’ai été à la fois peiné et outré par les réactions publiques de Law : "Si des erreurs ont été commises … etc." Cette ligne de défense, qu’il a adopté dès la première conférence de presse, me rendait furieux. Le pire, c’était qu’il savait mieux que personne à quel point des rapports sexuels entre un adulte et un enfant pouvaient être destructeurs et que le système historique de dissimulation ainsi que l’absence de réponse de la part des évêques, était la recette du désastre. Il savait aussi, parce que nous en avions suffisamment parlé ensemble, à quel point une réponse humaine et compatissante était cruciale pour les victimes et pour leurs familles. Il semblait que tout ce qui avait été discuté entre 1984 et 1986 avait été intentionnellement enterré.

Le rôle de Law dans la suite de l’histoire est d’une importance capitale. Jusqu’à cette époque, il était pratiquement impossible d’obtenir la déposition d’un évêque, et encore moins d’un cardinal. Pourtant, le procureur du comté de Suffolk, dans le Massachusetts, a réussi à déjouer toutes les tactiques dilatoires des avocats de l’archidiocèse et a ainsi obtenu la déposition de Law en mai 2002. Cela a brisé la glace et a permis que par la suite, un certain nombre d’évêques, d’archevêques et de cardinaux soient interrogés par la justice dans des affaires d’abus sexuels.

Law a été poussé à la démission sous la pression du public, d’une couverture médiatique accablante contenant de plus en plus de révélations et d’une motion de défiance signé par 58 prêtres du diocèse de Boston. Au moment de son départ en décembre 2002, la question des abus sexuels avait radicalement et fondamentalement changé. Il ne s’agissait plus de quelques Don Quichottes luttant seuls contre la puissante, massive et inamovible Eglise Catholique. Les victimes, soutenus par des milliers de partisans en colère, n’étaient pas seulement galvanisées : elles étaient organisées. Les associations de soutien aux victimes faisaient tellement de bruit qu’on ne pouvait plus les ignorer. Plusieurs de ces groupes ont vu le jour à Boston, mais c’est le SNAP (Survivors Network of those Abused by Priests), le seul groupe national (fondé en 1988) qui a vraiment relevé le défi et qui s’est imposé.

Le système honteux de dissimulation mis en place par Law et sa démission ont conduit à un phénomène qui n’était pas attendu, ni évident à l’époque, mais qui était bien réel ! En dépit de toute la campagne de presse désastreuse pour les évêques, ces derniers restaient fermement campés dans leurs positions, essayant de garder le contrôle sur l’épidémie nationale. Ils étaient persuadés qu’ils réussiraient à déterminer comment tout allait se jouer. Mais le 6 janvier 2002 a tout changé. A partir de cette date, pour la première fois dans l’histoire de l’Eglise, les victimes des mauvais agissements du clergé étaient entrées en guerre, même si elles-mêmes ne s’en rendaient pas toujours compte. Les laïcs catholiques, le grand public et surtout les victimes ont dénoncé la rhétorique vide de Law et ont continué à critiquer les évêques pour leurs affirmations fausses et égoïstes et pour leur manque d’engagement. La chute de Law a été un marqueur dans le processus d’érosion de la déférence traditionnelle à l’égard de la hiérarchie et de l’Eglise institutionnelle.

Le Vatican s’en mêle

Les événements de Boston et la réaction du public à l’égard du cardinal ont suscité, de part leur gravité, la réaction des catholiques d’autres pays, et en particulier des autorités vaticanes. Le pape Jean-Paul II a convoqué les cardinaux américains à Rome en avril 2002 pour une réunion qui était parfaitement inutile, mais qui montrait clairement que le pape et sa curie ne pouvaient plus ignorer la réalité du problème, même si ces derniers continuaient à minimiser les faits ou à rejeter la faute sur d’autres causes. Ce n’était plus qu’une question de temps avant qu’on ne lève sur voile sur les agissements des fonctionnaires du Vatican. Le premier et le plus haut membre de la hiérarchie qui venait de tomber n’était pas un simple évêque de campagne, mais le cardinal le plus puissant des États-Unis et un proche collaborateur du pape. Après cela, plus personne n’était intouchable. Les victimes le savaient depuis longtemps, mais dorénavant les fidèles catholiques et le public le savaient aussi. C’était un rappel sévère de l’horreur que constitue le fait de fermer les yeux sur des violences sexuelles, en particulier quand les victimes de ces violences sont des enfants.

Le système de dissimulation effronté de Law et sa chute ont suscité un scandale massif au sein de l’Eglise américaine. Dans n’importe quelle organisation normale, cela aurait signifié son éviction… mais il s’agissait de l’Eglise catholique monarchique, où le haut est souvent en bas et où le noir est généralement de n’importe quelle autre couleur, sauf noire.

Après quelques mois, le pape Jean-Paul II a nommé Law comme archiprêtre de la Basilique de Santa Maria Maggiore, ce qui comportait des avantages significatifs ainsi qu’un palais où vivre. Law est resté un membre influent de plusieurs congrégations vaticanes. Beaucoup ont dénoncé avec force l’insensibilité complète du pape à l’endroit des maux incalculables que le cardinal avait fait aux fidèles de l’archidiocèse de Boston, et en particulier, le mal qu’il avait fait aux victimes.

Beaucoup de ceux qui pensaient que le Vatican allait faire quelque chose ont commencé à réaliser à quel point la papauté et la Curie étaient déconnectées et ne s’intéressaient qu’à leur propre bien-être. Cela n’a pas changé malgré une rhétorique de façade beaucoup plus sympathique. Tous parlent beaucoup, mais aucun n’agit vraiment, encore aujourd’hui.

La vie de Law après le 6 janvier 2002 a sans aucun doute été marquée par beaucoup de souffrance personnelle, de stress et de confusion. Il était devenu l’épicentre d’un phénomène inédit dans la vie catholique : la désintégration publique de la vie d’un prince de l’Eglise culminant avec sa démission et son départ en disgrâce.

En dépit de l’opprobre qui l’accablait, ses actions à Boston étaient en fait beaucoup moins blâmables que celles d’autres évêques : le cardinal Roger Mahony de Los Angeles, le cardinal Edward Egan de New York, l’archevêque John Neinstedt de Saint Paul-Minneapolis, l’archevêque John Myers de Newark, dans le New Jersey, l’évêque Robert Finn de Kansas City, dans le Missouri, pour n’en nommer que quelques-uns. Ces hommes, et encore d’autres, non seulement n’ont pas hésité à mentir en de multiples occasions, mais dans de nombreux cas, ils sont allés jusqu’à « punir » les victimes pour avoir osé défier l’Eglise devant les tribunaux, en permettant, voire en encourageant leurs avocats à les attaquer, à les humilier et finalement à en faire encore une fois des victimes.

Quand Law a finalement compris que son image et son autorité s’était érodées, il a demandé au pape Jean-Paul II de lui permettre de démissionner. Le pape a refusé deux fois, signifiant ainsi son propre aveuglement au sort des victimes et des fidèles de l’archidiocèse de Boston. Le pape a finalement accédé à sa demande en décembre 2002, et ainsi Law est devenu le premier et le seul hiérarque américain à démissionner en raison de son implication dans les scandales d’abus sexuels dans le clergé.

Je me demanderai toujours si Law a changé fondamentalement d’attitude quand il a dû faire face aux abus sexuels de son propre clergé. Ce n’était plus un problème impersonnel loin de sa réalité quotidienne. Je me suis aussi demandé si sa réaction n’était en définitive que la manifestation tragique d’une loyauté biaisée envers la hiérarchie, selon une interprétation bizarre du sens de l’Eglise.

Tout ce qui est vrai a été éclipsé par son impact sur le phénomène des abus sexuels dans l’Eglise moderne. Il est un anti-héros tragique parce que ses actions en tant qu’archevêque ont été le catalyseur de changements fondamentaux et profonds dans la culture cléricale catholique : l’époque où l’on attendait que les victimes et les laïcs soient des brebis dociles et silencieuses est révolue, pour toujours.

[Le père Thomas P. Doyle est prêtre, avocat en droit ecclésiastique, thérapeute en toxicomanie et partisan de longue date de la justice et de la compassion à l’égard des victimes d’agression sexuelle du clergé.]

Source : https://www.ncronline.org/news/accountability/cardinal-laws-complex-role-contemporary-history-clergy-sexual-abuse Traduit de l’anglais par X. Léger

Voir en ligne : https://www.ncronline.org/news/acco…

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