Jeudi 23 août 2018

Mise à jour sur la pétition : La culture d’abus

Suite à la pétition lancée il y a quelques jours pour demander au Cardinal Barbarin de présenter sa démission, le président de l’AVREF vient d’ajouter un petit texte qui explique comment la crise de la pédophilie dans l’Eglise se situe en réalité dans un phénomène plus large : celui des abus spirituels.

Culture d’abus.

Nous tenons à mettre en perspective cette réalité des crimes pédophiles, de leurs couvertures, de l’ignorance du sort des victimes au sein de l’Eglise, dans le cadre élargi de la culture d’abus que le pape dénonce justement dans sa lettre qui fait suite aux conclusions de l’enquête en Pennsylvanie. C’est ce lien qui fait qu’en tant que président d’une association d’aide aux victimes de dérives dans les mouvements religieux (l’AVREF), et plus particulièrement, de par l’historique de cette association, sur le terrain de l’Eglise catholique, j’ai ouvertement soutenu et applaudi, avec le président de La Parole Libérée, la position courageuse du Père Pierre Vignon. Certes, en tant qu’associations de victimes, et avec les victimes, nous attendons que les paroles pontificales soient accompagnées d’actes : sanctions concrètes sur des responsables religieux, cardinaux et évêques en tête, et toutes sortes de dispositions efficaces sur lesquelles toutes associations peuvent aider à réfléchir.

Mais nous observons dans ce dernier discours du pape une analyse plus poussée qui rejoint ce que nos expériences nous enseignent tous les jours. Il s’agit bien maintenant de détailler ce qu’est la culture d’abus. Et je relève que le pape dénonce « nombre de communautés », « communautés d’élites », « dans lesquelles se sont vérifiés des abus sexuels, des abus de pouvoir et de conscience ». Nous pouvons mettre cette phrase au présent. Sur le fait que les faits décrits par l’enquête en Pennsylvanie relèvent plus du passé que du présent, il faut souligner que les faits du présent prendront le temps de venir au jour : même si la parole se libère et que l’écoute est facilitée, il est très difficile à une victime de parler et le temps peut être très long avant qu’elle porte plainte ou raconte seulement son histoire.

Il faut dénoncer ce que la culture d’abus a de spécifique dans l’Eglise, c’est-à-dire dans un cadre religieux, ce que les dérives communautaires (qui ont suscité une association telle que l’AVREF) montrent exemplairement. En amont de tout abus, il y a l’emprise spirituelle, laquelle repose sur ce que le pape appelle le cléricalisme, c’est-à-dire une sacralisation des personnes ayant autorité (spirituelle) étendue finalement à tout le champ de l’agir. Si l’on s’en tient aux crimes pédophiles, on observe que ce crime peut être favorisé institutionnellement au sein d’une communauté, dès lors que le fondateur ou supérieur développe cette perversion et permet au mal de gangréner (mystique et théologie adaptées, etc.).

Et il faut noter qu’il n’est pas nécessaire d’aller jusqu’à l’abus sexuel pour parler d’abus « spirituel ». Curieusement, un tel abus, dont la définition semble faire son chemin chez des chercheurs, ne trouve pas écho dans l’institution, laquelle affirme pourtant l’importance et la prépondérance du spirituel dans l’humain et y marque son domaine. Dès lors qu’il s’agit d’abus, cette matière retourne au volatile.

Et nous observons que ces fouilleurs d’âme et de sexe, distincts ou non, font même ravage. Sur les personnes, sur les familles.

Il est absolument temps pour l’Eglise de se rendre compte du désastre qu’elle encourt à ne pas s’attaquer à cette gangrène de la culture d’abus dans son ensemble, favorisée par une culture de la corruption, des accointances idéologiques et très certainement de peurs institutionnelles. Mais si un si haut responsable religieux que peut être un cardinal n’a pas su mesurer le mal inscrit dans les abus sexuels sur des enfants, qu’en peut-il être du reste ?

Et si les hommes d’Eglise ne se lèvent pas, à quelle culture appartiennent-ils ?

Aymeri Suarez-Pazos.

Voir en ligne : https://www.change.org/p/appel-d-un…

Vos réactions

  • Michel05 25 août 2018 23:47

    Merci pour votre résumé très réaliste, si la pédophilie n’est que partie visible de l’Isbergues, la plus criminelle, elle laisse supposer une culture de l’abus tellement plus répandue !

    Le Luron disait : « Le capitalisme c’est l’exploitation de l’homme par l’homme et le communisme c’est exactement le contraire ! »

    Et l’église alors ?

    N’ a_ t_ elle pas une autre vocation ?