Jeudi 9 mai 2013

Réponse à Mme de la Coste

En 2007, Véronique Duborgel, ancienne surnuméraire, publiait un témoignage poignant retraçant ses treize années « dans l’enfer de l’Opus Dei ». Le jour même, la Prélature réagissait par la voix de sa Porte-Parole, Béatrice de la Coste afin de manifester sa compréhension pour le vécu de l’auteur et surtout pour minimiser l’impact de son témoignage. Aujourd’hui, Isabelle de Lovinfosse qui connait bien l’Opus Dei de l’intérieur, revient sur quelques éléments de ce communiqué de presse.

Madame de la Coste,

Vous êtes la porte-parole de l’Opus Dei en France, moi j’ai à mon actif, presque trente années passées au sein de l’Opus Dei en Belgique, comme membre surnuméraire. C’est à ce titre que je souhaite réagir au communiqué de presse que vous avez publié le jour de la parution du livre de Véronique Duborgel : « Dans l’enfer de l’Opus Dei ».

1) L’Opus Dei n’engagera en aucune façon de poursuites contre ce livre et son auteur.

Voilà une sage décision ! Il m’est venu à l’esprit que c’est Véronique Duborgel qui serait en droit de poursuivre ses anciennes directrices au titre de « non-assistance à personne en danger » par exemple. Et un tel procès, l’Opus Dei pourrait bien le perdre comme elle a récemment perdu celui qui l’opposait à une ex-numéraire et employée de l’école hôtelière Dosnon. (voir procès Catherine Tissier sur ce site) N’inversons pas les rôles s’il-vous-plaît.

2) Cette femme n’a pas été suffisamment entendue.

En réalité, les personnes qui en ont la vocation entrent dans l’Opus Dei pour y servir Dieu… en servant l’Institution, pas pour être écoutées. Cela est écrit noir sur blanc dans le livre intitulé « L’Itinéraire juridique de l’Opus Dei, histoire et défense d’un charisme », publié chez Desclée, en page 534 :

…des fidèles laïcs, célibataires ou mariés, peuvent s’y incorporer ; ils mettent leur vie et leur travail professionnel au service des fins et des activités de la Prélature à laquelle ils s’unissent non par des liens sacrés mais moyennant des contrats ou conventions.

Les mots parlent d’eux-mêmes, le seul ennui, c’est que presque personne n’a lu ce passage avant de s’engager : nous n’avons pas vraiment l’occasion de « nous assoir pour calculer la dépense », selon le conseil évangélique…

3) L’accompagnement spirituel (…) se limite à des conseils de vie chrétienne et évite radicalement de se transformer en consultation thérapeutique, en médiation conjugale.

S’ériger en conseiller de la réalité la plus sacrée d’une personne (son âme) sur base d’un contrat ou d’une convention est bien présomptueux, voire téméraire si la personne est en souffrance. Les numéraires (célibataires) qui dirigent habituellement les personnes mariées font bien d’éviter de jouer au thérapeute, n’en ayant pas la formation. Mais à force de susciter et de recueillir les confidences, ne risquent-ils pas d’interférer dans la sphère conjugale, que celle-ci soit heureuse ou pas ? Sans jamais rencontrer le conjoint ! A supposer que cela soit possible, est-il profitable de laisser de côté la réalité conjugale et familiale du dirigé pour ne s’occuper que de son âme ?

4) L’accompagnement spirituel (…) est fondé sur la confiance, la compréhension mutuelle, le respect délicat de la liberté de chacun.

Madame de la Coste, je ne sais pas si vous possédez une voiture, mais en confieriez-vous systématiquement l’entretien à votre meilleure amie, réparatrice de bicyclettes ? Déontologiquement, un thérapeute ne peut accepter comme patient un membre de sa famille ou un ami. A l’inverse, les numéraires de l’Opus Dei semblent faire de l’amitié un diplôme de compétences et un passeport pour entrer dans l’intimité du dirigé…

Voir en ligne : Véronique Duborgel : Dans l’enfer de l’Opus Dei