Dimanche 31 août 2014

Stephen Kent : L’historique des attaques menées pour décrédibiliser les ex-membres de sectes

Quelle valeur donner aux témoignages des anciens adeptes de communautés sectaires ? C’est sur la réponse à cette question épineuse que se joue en dernière instance la valeur des études sur le sectarisme. Le sociologue canadien Stephen Kent, après avoir étudié ce phénomène pendant plus de 30 ans, a voulu répondre à cette question lors du congrès de la FECRIS de 2011, à Varsovie.

Par Stephen A. Kent, Ph.D.
Département de Sociologie, Université d’Alberta,
Edmonton, Canada

Résumé
D’anciens membres provenant de différents groupes à très fort engagement, et marqués idéologiquement, se sont avérés extrêmement utiles pour les chercheurs dans le domaine de l’information sur le phénomène sectaire. En procurant des récits de première main et des documents difficiles à obtenir, les anciens adeptes sont devenus indispensables pour de nombreux programmes de recherche et pour de nombreux organismes de prévention contre les sectes. Cependant, certaines difficultés notables sont parfois apparues à cause d’un petit nombre d’entre eux. En m’appuyant sur trente-cinq années d’histoire de lutte contre les sectes en Amérique du Nord, j’identifie huit catégories d’anciens membres et de prétendus anciens adeptes qui ont parfois posé des difficultés à différents organismes. Ces catégories sont les suivantes : 1° Les déconvertis par la force ; 2° Ceux qui retournent dans leur groupe ; 3° Ceux qui croient avoir été dans une secte, mais qui délirent ; 4° les escrocs ; 5° les espions ; 6° ceux qui ont été impliqués personnellement dans des « mauvaises affaires » ; 7° ceux qui se sont reconvertis professionnellement dans la lutte anti-sectes ; 8° les anciens membres qui ont passé des diplômes (santé, psychologie, droit…) et qui mettent leurs compétences au service des victimes et de la lutte contre les sectes. Je conclus en faisant l’éloge des contributions que les anciens adeptes ont apportées au mouvement anti-sectes, tout en mettant en garde sur le fait que pour certains d’entre eux, les apparences sont parfois trompeuses.

A l’heure actuelle, peu de chercheurs critiques à l’égard des sectes ont bénéficié plus que moi de l’expérience d’anciens adeptes. J’ai interviewé d’innombrables personnes qui ont quitté des groupes à très fort engagement ; ces derniers ont relu la plupart de mes écrits avant que je ne les publie ; et ils m’ont fourni, littéralement, des millions de pages de documents. Ma carrière et mes propres connaissances sur le sujet auraient été infiniment moins riches sans eux.

Pendant trente ans, j’ai profité des connaissances et du matériel que d’anciens adeptes me procuraient, et c’est avec stupéfaction que je regardais d’autres chercheurs refuser cette opportunité.

Il est vrai, cependant, que certains critiques de sectes ont rencontrés des difficultés alors qu’ils essayaient de travailler avec des anciens adeptes, ou, pour le moins, avec des gens qui affirmaient avoir quitté tel ou tel groupe. C’est pourquoi un bref historique de ces problèmes offre une mise en garde qui mérite d’être racontée dans les milieux anti-sectes. Ces problèmes vont d’ailleurs certainement apparaître aussi en Europe, si ce n’est déjà le cas. En Amérique du Nord, ces problèmes sont apparus au début des années 70.

1) Les « déconvertis » par la force [1]

En Amérique du Nord, le problème des sectes est apparu à la connaissance du public au début des années 70, avec des groupes comme les Hare Krishnas, la Fondation Tony et Suzanne Alamo, les Enfants de Dieu, l’Eglise de l’Unification. Bien sûr, des groupes controversés comme la Scientologie existaient avant cette époque… mais le début des années 70 a vu de nombreux groupes se qualifiant de « spirituels » attirer la jeunesse et grandir à l’écart des valeurs de la société (voir Kent, 2001). Lorsque des jeunes adhéraient à l’un ou l’autre de ces nombreux groupes, ils coupaient souvent leurs liens avec leurs familles et avec leurs histoires personnelles. Des parents ont alors eu peur, souvent avec raison (voir Patrick and Dulack, 1976 : 260-264) pour la sécurité de leurs enfants. Vers 1971, un certain nombre d’entre eux ont eu recours à un homme, Ted Patrick, qui prétendait pouvoir déprogrammer ces jeunes (voir Patrick et Dulack, 1976 : 61), les sortir de leurs engagements et les ramener à un état d’esprit plus sain. Il n’existe pas de données précises sur le nombre de ‘déprogrammings’ que Ted Patrick a effectués pendant ces années, mais cela doit s’élever au moins à quelques centaines. Certains d’entre eux sont devenus à leur tour des déprogrammeurs soit à plein temps, soit à temps partiel (voir Kent et Szimhart, 2002).

Les méthodes d’extraction de Ted Patrick ont revêtu plusieurs formes : depuis l’extraction par la violence (voir Patrick avec Dulack, 1976 : 67, 100, 207-208) jusqu’à des formes non-coercitives. Quand il arrivait à convaincre quelqu’un de se déconvertir, Patrick lui faisait rédiger, afin de consolider sa décision de partir, une déclaration de dénonciation contre son ancien groupe (voir Patrick et Dulack, 1976 : 176 ; 230-230-236), et, si possible, à donner une conférence de presse, où le nouveau « déconverti » continuait ses dénonciations. Ted Patrick partait du postulat que les jeunes adeptes avaient été trompés ou manipulés pour adhérer, et soumis à de fortes pressions pour rester. Les nouveaux « déconvertis » reproduisaient souvent ces modèles explicatifs dans leurs propres témoignages.

Face aux récits des déconvertis, évoquant essentiellement les aspects négatifs et les manipulations de leurs anciens groupes, les sociologues ont réagi de deux façons. La première a eu des conséquences positives sur l’étude des nouvelles religions. Des sociologues ont en effet développé plusieurs modèles de conversion, dont un seul impliquait la coercition et la tromperie. Parmi les plus connus, il y a le modèle en six points de John Lofland et L. Norman Skonovd (1981), dans lequel les conversions « coercitives » apparaissaient dans une seule catégorie. Les cinq autres catégories comportaient des membres qui s’étaient impliqués activement et à différents degrés dans leur processus de conversion. Ainsi, ces nouveaux modèles permettaient de rendre compte de la complexité des processus de conversion (ce que la plupart des récits de « déconversion » de personnes venant d’être déprogrammés ne permettait pas d’appréhender). [2]

La seconde réaction qu’ont eue certains universitaires était relative aux hypothèses de Ted Patrick sur le traumatisme. D’après le modèle de ce dernier, l’implication dans un groupe à très fort engagement était extrêmement stressante et la « déprogrammation » était censée libérer la personne de cet environnement anxiogène. Cependant, quelques universitaires ont avancé l’idée que c’était la « déprogrammation » elle-même, et non l’implication dans un groupe, qui était la cause du stress évoqué dans les récits des anciens membres. De ce fait, le problème, c’était la « déprogrammation », et non les groupes. Les histoires des anciens membres tournaient toujours et uniquement autour des aspects négatifs de leur ancien groupe, et c’est pourquoi ces témoignages ressemblaient parfois à des « histoires d’horreur » qui omettaient complètement les aspects positifs du groupe. Et puisque ces récits étaient biaisés, il ne fallait pas les considérer comme des interprétations fiables.

2) Ceux qui retournent dans leur groupe

La question de la véracité des dénonciations publiques post deprogramming est devenu encore plus problématique lorsque certains « déconvertis » qui avaient effectivement dénoncé leurs anciens groupes et remercié leurs « déprogrammeurs », sont retournés ensuite dans les groupes qu’ils avaient accusés (voir Patrick avec Dulack, 1976 : 176-178). Certains défenseurs des sectes, ainsi que d’autres observateurs, se sont alors demandé : « Si les choses à l’intérieur du groupe étaient aussi mauvaises qu’ils l’avaient dit, pourquoi y sont-ils retournés » ? D’où le postulat que les « dé-convertis » avaient fait leurs dénonciations sous la contrainte, et que (à tout le moins), leur engagement antérieur devait bien avoir eu quelques aspects positifs.

Un exemple assez vieux, et dramatique, de ce phénomène (une personne « déconvertie » qui a rejoint son groupe après l’avoir dénoncé) a eu lieu à Toronto, entre 1975 et 1976. En mars 1975, des journaux canadiens ont raconté comment Ted Patrick avait réussi à extraire une jeune femme de dix-neuf ans, Linda Epstein, des Hare Krishna. Pour ce faire, la fille, avec l’aide de ses parents, avait été conduite dans une chambre d’hôtel, pour y subir une déprogrammation. Selon ce qu’elle a raconté ensuite, son père n’avait pas usé de force pour l’attirer dans la chambre. « Mon père ne m’a pas bousculée ou poussée. Il a simplement posé sa main sur mon l’épaule et nous sommes entrés dans la chambre. Il n’y avait rien à l’intérieur, a part deux lits. » (Epstein, cité dans Blatchford, 175 :1). Après quoi, les déprogrammeurs sont arrivés, et ont commencé à travailler sur elle sans tarder.

Trois jours plus tard, elle signait une déclaration pré-mâchée dans laquelle elle affirmait (entre autres choses) :

« On m’a appris à haïr mon église. On m’a appris que ses principes éducatifs étaient inspirés par le démon et devaient être considérés avec mépris. En fait, mon esprit était tellement sous l’emprise des dirigeants du mouvement Hare Krishna que s’ils m’avaient demandé de TUER mes propres parents, je l’aurais fait. Sous leur pression, je suis devenue totalement incapable de penser rationnellement » (cité par Schachter, 1975). (Lettres capitales dans l’original).

La déclaration continuait ainsi :

« Je sens que je suis redevenue un membre utile de la société. Si, en quelques circonstances que ce soit, le mouvement Hare Krishna ou n’importe quelle autre secte me kidnappait à nouveau psychologiquement ou physiquement, je demande l’action immédiate des autorités pour venir et me retirer physiquement de là, parce que, dans un tel cas, et sans considération de ce que je pourrais dire ou faire à ce moment-là, je n’agirai pas selon ma libre volonté » (cité dans Blatchford, 1975:2). Des copies de cette déclaration ont été envoyées à l’American Federal Bureau of Investigation (FBI) ainsi qu’au ministère de la justice du Canada, à Ottawa. Lors de la conférence de presse qui a suivi, le père d’Epstein et deux collaborateurs de Patrick « ont sévèrement critiqué le mouvement ». (Schachter, 1975).

Cependant, fin décembre 1975, Linda Epstein a réintégré les Hare Krishnas en jurant dans une déclaration sous serment qu’elle agissait « selon sa propre volonté » (cité par Harpur, 1976). Lors d’une conférence de presse au début 1976, elle a indiqué « qu’elle n’avait jamais été heureuse chez ses parents et qu’elle désirait plus que tout consacrer sa vie à trouver Dieu » (Epstein, cité par Harpur, 1976). Quant à sa précédente déclaration, elle déclarait maintenant qu’elle l’avait faite « sous la contrainte » et que cette déclaration « ne représentait en rien ses vrais sentiments » (Epstein cité dans Harpur, 1976).

Bien sûr, il ne faut pas croire que cette affaire à elle seule signifie que toutes les autres déclarations post-déprogramming sont fausses. Mais il faut au moins retenir que Linda Epstein a effectivement affirmé que sa première déclaration avait été faite sous la contrainte. Dans tous les cas, c’est à cette époque que certains universitaires ont commencé à juger que les déclarations des anciens membres n’étaient pas fiables. Ce glissement à l’égard des témoignages des anciens membres est particulièrement perceptible dans un article de James Lewis, fruit de quelques idées fausses sur la question.

L’article de James Lewis, intitulé « Les apostats et la légitimation de la répression » et publié en 1989, est représentatif de cette approche. Dans une étude sur 154 anciens membres provenant de différents groupes, il évaluait leurs dispositions personnelles à l’égard des groupes auxquels ces anciens membres avaient appartenu. Lewis concluait ainsi :

« Les anciens membres ayant subi une déprogrammation coercitive ont tendance à exprimer des attitudes négatives et stéréotypées. Les transfuges volontaires n’ayant pas eu de contact avec des organismes anti-sectes ont plutôt tendance à exprimer des sentiments ambivalents, voire positifs, à l’égard de leurs anciens mouvements. Quant à ceux qui n’ont pas été kidnappés et qui ont reçu, sans contrainte, un soutien psychologique par un organisme anti-sectes, ils ont tendance à se situer entre les deux » (Lewis 1989 : 390).

Cette étude ne tenait pas compte de la diversité des expériences au sein des différents groupes, ni du niveau d’implication des participants à l’intérieur des hiérarchies respectives. De plus, l’étude n’évaluait pas les différents niveaux de stress résultant des techniques d’extraction utilisées (par exemple : déprogrammation violente / déprogrammation non-violente), ni les informations spécifiques que ces gens recevaient pendant leur déconversion ou encore la manière dont ils avaient obtenu ces informations. Malgré toutes ces lacunes, Lewis est resté tellement convaincu de la nature définitive de son étude, qu’il s’est appuyé dessus pour justifier le blocage de l’une de mes publications sur les Enfants de Dieu, en 1993.

Sans même avoir lu mon article, il présumait – à tort – que j’avais entièrement bâti mon étude sur des récits provenant d’anciens membres [Lewis 1993]. Voici ce qu’il écrivait à l’un des éditeurs de la publication : « La recherche sur les anciens membres de groupes controversés (Cf. mon article « Les apostats et la légitimation de la répression », Sociological Analysis, 1989) a pourtant démontré que de tels sous-échantillons partiels ne sont représentatifs de rien, ce qui remet en question l’objectivité de l’ensemble de son étude » (Lewis, 1993). [3] Notons que son résumé sur les conclusions de ses recherches contredisait son propre article, attendu que ce dernier établissait seulement que la « déprogrammation » (et à un moindre degré, l’exit counselling) avait une influence sur le degré de négativité avec lequel les gens regardaient leurs anciens groupes.

Comme le suggère cette intervention de Lewis contre la publication de mon article, plusieurs universitaires au début des années 90 ont pensé qu’il fallait remettre en cause les récits provenant d’anciens membres et les informations que ces derniers procuraient, sans tenir compte de la manière par laquelle ces gens avaient quitté leur groupe. La véritable source d’information (les anciens membres) avait contaminé les contenus.

Nous ne saurons jamais si notre estimé et défunt confrère, Bryan Wilson, sociologue des religions à l’Université d’Oxford, connaissait le cas de Linda Epstein ni même s’il avait déjà lu l’article de Lewis lorsqu’il a exprimé son rejet total des récits des anciens membres en ces termes :

« Les chercheurs en sociologie objective, de même que les tribunaux, ne peuvent en aucune façon considérer un apostat comme une source d’information crédible et fiable. Il faut toujours considérer ce dernier comme quelqu’un prédisposé par son histoire personnelle à dénigrer ses anciens engagements religieux et ses anciennes affiliations. Il faut toujours le soupçonner d’agir dans un souci personnel de vengeance, ou pour regagner son estime personnelle, en se prouvant à soi-même qu’il a été une victime avant de prendre les armes, tel un croisé en mal de rédemption. Comme plusieurs exemples ont pu le démontrer, il est facilement influençable et prêt à amplifier ou embellir ses griefs dans le seul but de faire plaisir à cette race de journalistes qui préfèrent le sensationnel aux travaux d’investigation objectifs et sérieux » (Wilson, 1994 : 4).

Il n’est pas surprenant que la Scientologie ait largement diffusé la déclaration de Wilson, notamment sur Internet. Et bien sûr, la Scientologie ne se prive pas de s’en servir partout où d’anciens membres avancent des informations critiques à son égard.

D’autres universitaires ont adopté les mêmes positions que Wilson, comme je le sais trop bien. Dans un article publié initialement dans Nova Religio, un journal dédié à l’étude des nouvelles religions, puis dans un livre intitulé Canadian religious studies, le Professeur Irving Hexham et l’anthropologue Karla Poewe se sont focalisés sur moi et sur ma soi-disant aversion à l’égard des « sectes » :

« La seule exception à l’attitude généralement assez neutre de la plupart des universitaires canadiens, et à leur rejet de la rhétorique anti-sectes, est Stephen Kent. Ce dernier ne mâche pas ses mots quand il critique certaines nouvelles religions, en particulier la Scientologie, et il coopère étroitement avec différents mouvements anti-sectes. Bien que les positions de Kent soient très diffusées, peu d’universitaires canadiens partagent ses conclusions, et la plupart sont même en fort désaccord avec lui, à cause de sa tendance à s’appuyer sur les témoignages des anciens adeptes. » (Hexham et Poewe, 2004 : 247)

S’il est indubitable que d’autres universitaires ont partagé cette critique, ce n’est pas le cas de tous, loin s’en faut (voir Ayella, 1993 :114).

3) Ceux qui croient avoir été dans une secte, mais qui délirent

Les analyses critiques permettent non seulement d’évaluer l’authenticité des récits des anciennes victimes, mais également de démasquer les études peu sérieuses, voire fallacieuses. Pour autant que je m’en souvienne, le problème des gens qui nagent dans l’illusion d’avoir appartenu à une secte ne s’est jamais présenté au mouvement anti-sectes d’Amérique du Nord. Il s’est pourtant présenté dans une filiale assez controversée des organisations anti-sectes : le mouvement anti-satanisme.

On a répertorié quelques cas de gens persuadés d’avoir été abusés dans des groupes sataniques, généralement au cours de leur enfance, mais pour lesquels il est apparu par la suite que ces personnes souffraient en fait de maladies mentales.

Par exemple, je me souviens très bien de deux interviews que j’ai menées avec la police au début des années 90 sur des gens qui prétendaient avoir été victimes de viols sataniques. En fait, ces personnes étaient vraisemblablement des schizophrènes paranoïaques.

Quelques années avant cela, deux auteurs avaient écrit des témoignages sur leurs prétendues expériences sataniques, mais on a découvert qu’ils étaient l’un comme l’autre atteints de troubles psychologiques et/ou psychiatriques.

Le premier livre frauduleux est celui d’une femme médecin, le Docteur Rebecca Brown, publié en 1986 sous le titre : « He came to set the Captives Free ». Ce livre racontait l’ascension d’une femme dans la hiérarchie satanique, sous la plume de son médecin traitant (Rebecca Brown). La protagoniste, Elaine, était inspirée d’une patiente, Edna Elaine Moses, que le Docteur Brown traitait effectivement. Mais les soins prodigués par le Docteur Brown sur Elaine étaient tellement irresponsables qu’on a fini par lui retirer le droit d’exercer, étant donné qu’elle lui administrait de fortes doses de Demerol (Et qu’elle en consommait aussi !). Or, ce puissant antalgique provoque des effets secondaires, notamment des hallucinations et des comportements parapsychotiques. Le Docteur Brown était ainsi convaincue qu’il y avait des démons partout, et qu’il relevait de sa responsabilité de les combattre. Le livre fantasque du Docteur Brown appartient plus au genre des délires paranoïaques de drogués qu’à celui du discours scientifique. (Fisher, Blizard et Goedelman, 1989).

Le second livre frauduleux a été écrit par Lauren Stratford et publié en 1988 sous le titre « Satan’s underground : the extraordinary Story of One Woman’s Escape ». Il s’agissait d’un récit macabre relatant des affaires de viol dans l’enfance, de pornographie à l’âge adulte, de sadomasochisme, de sacrifices d’enfants et de satanisme. Mais il a ensuite été prouvé que ce témoignage n’était que le fruit d’un esprit très perturbé (Passantino, Passantino et Trott, 1999). Lorsque des chercheurs chrétiens ont découvert la supercherie, l’éditeur a cessé la publication du livre, mais 130.000 exemplaires avaient déjà été vendus (Sidey, 1990 : 34).

Il est très intéressant de voir comment l’éditeur, Harvest House, a été dupé, notamment parce que les membres des associations anti-sectes pourraient facilement commettre les mêmes erreurs quand ils essayent d’évaluer les récits des anciens membres : Harvest House a expliqué que la preuve de l’authenticité du témoignage reposait sur qu’ils avaient « ressenti » [sic]. Ils avaient en effet réalisé un test en trois parties :

  1. Plusieurs membres de leur équipe se sont entretenus avec Lauren, à des moments différents. Ils ont recueilli les mêmes histoires, et tous les membres de l’équipe ont été impressionnés par sa sincérité ;
  2. Ils ont ensuite discuté avec des « experts » qui ont confirmé que ces choses étaient déjà arrivées à d’autres personnes ;
  3. Ils ont réuni des éléments sur sa moralité en interrogeant ses fans (Passantino, Passantino et Trott : 1990 :28).

Comme les auteurs qui ont critiqué ce récit l’ont expliqué : « ces tests peuvent établir la cohérence et la plausibilité d’un témoignage, mais pas l’authenticité des événements historiques » (Passantino, Passantino et Trott 1990 : 28). Autrement dit, la cohérence d’une personne sur ses engagements antérieurs dans une secte et une personnalité convaincante ne sont pas des éléments suffisants pour juger si les témoignages des anciens membres sont authentiques et vrais.

Un ensemble plus complexe d’exemples provient de personnes (en général, il s’agit de femmes) qui, après avoir suivi une psychothérapie, ont retrouvé des souvenirs d’un engagement antérieur dans une secte satanique. Ce phénomène a produit, par réaction, une vague d’opposition chez des gens qui affirmaient que ces soi-disant souvenirs étaient faux, implantés par des psychothérapeutes zélés mais sans formation sérieuse, et qu’en fait, de tels engagements sataniques n’avaient jamais eu lieu (Voir par exemple Brainerd et Reyna, 2005).

Tout au long des années 90, un grand nombre de patients ont attaqué en justice leurs anciens psychothérapeutes, provoquant ainsi l’émoi de toute la corporation (ainsi que de grands troubles parmi les personnes qui continuaient à croire que leurs réminiscences étaient réelles [voir Pendergrast, 1995]). Les débats sur les faux souvenirs induits se sont poursuivis au sein des mouvements anti-sectes d’Amérique du Nord, sans devenir pour autant leur souci majeur. Les implications de ces débats, pourtant, étaient claires : si des psychothérapeutes pouvaient involontairement créer de faux souvenirs de viol rituel satanique, alors cela voulait dire que les « déprogrammeurs » et les exit conselors pouvaient également implanter des souvenirs négatifs (ou au moins des interprétations) concernant l’implication d’une personne dans son ancienne secte.

4) Les escrocs

Si les gens qui s’était investis dans le débat sur les faux souvenirs induits étaient sincères dans leurs allégations, que celles-ci soient avérées ou non, des escrocs, en revanche, ont affirmé être d’anciens satanistes dans le seul but d’escroquer les croyants et le public. Ces escrocs ont quelque chose en commun avec les faux anciens membres victimes d’hallucination (Cf partie précédente) : les uns comme les autres étaient des apostats qui ne l’avaient jamais été… mais qui affirmaient l’être ! (voir Johnson, 1998).

L’histoire de Michael Warnke est sans doute l’exemple le plus documenté de ce genre d’escroquerie. Michael Warnke est l’auteur du livre « The Satan Seller » (Warnke, avec Balsiger et Jones, 1972), qui a été un best-seller chrétien. Il racontait le règne de Warnke, entre débauche et consommation de drogue, sur un groupe satanique de 1.500 membres, à la fin des années 60, avant sa conversion au christianisme. Warnke monnayait son histoire à travers son ministère chrétien et, entre autres choses, par des conseils à la police (jusqu’en Australie) sur les activités sataniques. En 1992, cependant, un long article d’investigation, publié dans un magazine chrétien, Cornerstone, a dénoncé la fraude et les mensonges concernant son précédent ministère de prêtre satanique (Trott et Hertenstein, 1992 ; voir Maxwell 1992). En un mot, Warnke était un escroc.

Notons que ces escrocs visaient des communautés chrétiennes, probablement parce qu’ils savaient que les chrétiens soutiendraient généreusement une si noble cause : combattre Satan ! Il y a aussi le cas d’une jeune femme qui prétendait avoir seize ans et s’être échappée de l’Eglise de Unification, plus connue sous le nom de secte Moon. Elle a été accueillie par une communauté chrétienne pendant plusieurs mois, jusqu’à ce que l’on découvre qu’elle avait trente ans et qu’elle n’avait jamais fait partie des fidèles du Révérend Moon. Suite à cela, elle est apparue dans l’émission d’Oprah Winfrey, comme une personne atteinte de troubles de la personnalité multiple, et quelques temps plus tard, elle a été surprise en train d’essayer de convaincre des chrétiens qu’elle était une ancienne victimes de viols sataniques (Passantino, Passantino et Trott, 1999 : 90 n.68). Le point important dans ces histoires, c’est sans doute que les croyants et les personnes de bonne volonté sont particulièrement vulnérables face à des escrocs qui prétendent avoir quitté des groupes auxquels beaucoup de gens s’opposent (comme le satanisme, la secte Moon, etc.).

5) Les espions

Mais le problème le plus grave à propos des faux anciens adeptes, c’est le cas des espions, qui n’est pas sans rappeler le cas précédent. Si les escrocs trompent pour leur propre compte, les espions, eux, sont à la solde d’une organisation opposée. Les espions appartiennent à des groupes controversés et sont missionnés pour infiltrer des mouvements anti-sectes et pour sympathiser avec leurs membres (lesquels sont souvent des anciens adeptes de sectes). De nombreuses personnalités actives dans les organisations anti-sectes américaines (comme Kurt et Henrietta Crampton, Nan Mclean, Priscilla Coates, etc.) ont ainsi été contactées par des espions, qui se présentaient à elles avec des histoires fausses sur leur propre défection et leur demandaient de l’aide.

Bien entendu, leur véritable objectif était d’obtenir des informations sur leurs opposants, sur leurs projets, sur leurs réseaux, etc. Ils avaient en outre d’autres objectifs encore moins glorieux, comme par exemple voler des documents ou encourager leurs opposants à commettre des actions illégales (pour les pousser à la faute). C’est ainsi que deux associations californiennes de lutte contre les sectes, aujourd’hui dissolues, ont été infiltrées par un couple de scientologues, Andrea et Ford Schartz. Il s’agissait du Freedom Counseling Center et du Spiritual Counterfeits Project. Plus tard, lorsque le couple a vraiment quitté la Scientologie, ils ont raconté comment ces opérations secrètes étaient préparées :

Afin de se préparer à devenir un agent de contre-espionnage au service de la Scientologie, Ford a reçu pas moins de 400 heures d’auditions, et s’est longuement documenté sur d’autres agences d’espionnage, comme la CIA ou le KGB. Il effectuait un travail national et international, et recevait la plupart de ses ordres du Guardian’s Office de San Francisco. Il rencontrait son responsable d’opération au moins une fois par semaine dans des bars, des restaurants ou dans des voitures en stationnement. Tous les appels qu’il passait à son responsable d’opération devaient être fait à partir de téléphones publics.

Andrea, son épouse, est également devenue un agent de contre-espionnage. Elle a ainsi infiltré un groupe de vigilance anti-sectes, le Spiritual Counterfeits Project. « Nos amis et notre famille ont tous cru que nous avions quitté la Scientologie », avouera-t-elle plus tard. « Nous avions entrepris de vivre avec une couverture aussi réelle que possible. Nous devions nous rappeler que toute personne qui nous contactait était peut-être en train de vérifier notre couverture » (Wheeler, 1982).

Ils ont maintenu leur couverture à l’intérieur des deux organisations pendant plus d’un an, et ont réussi à transmettre à la Scientologie quelques précieux renseignements.

Le plus important groupe anti-secte d’Amérique, le Cult Awareness Network (C.A.N.), a également été infiltré par des espions. L’un d’eux travaillait dans ce groupe juste avant que la Scientologie arrive à prendre le contrôle de ses archives. A cette époque, les cadres de l’association étaient justement en train d’élaborer une stratégie (finalement sans succès) pour protéger leurs dossiers de la Scientologie.

L’espion transmettait vraisemblablement des informations à la Scientologie, jusqu’à ce que cette dernière, finalement, réussisse à ruiner l’association, et ainsi, à mettre la main sur toutes les archives. Un ancien espion à la solde de la Scientologie, Garry Scharff, a réussi à infiltrer le C.A.N. pendant neuf ans, avec une grande habileté. Il affirmait avoir été un adepte du Temple du Peuple, la secte fondée par le pasteur Jim Jones. Tous les personnes qui auraient éventuellement pu le démasquer étaient morts au cours du suicide collectif de Jonestown, en 1987 (Scarff, 1992 : 1). Apparemment, il travaillait en lien étroit avec un cabinet d’avocat scientologue dont l’un des objectifs était de détruire le C.A.N.(voir Scarff 1991 : 3-6). Pourtant, Scharff a fini par quitter la Scientologie et s’est finalement mis au service du C.A.N. En lui transmettant notamment des informations. Parmi celles-ci, il y avait une allégation inquiétante : apparemment, les avocats de la Scientologie étaient en train de comploter contre la directrice du C.A.N., Cynthia Kisser, qu’ils prévoyaient d’assassiner (voir Scarff, [non daté]). Mais après avoir passé tant d’années à tromper son monde, Scarff avait perdu toute crédibilité, si bien que personne n’a rien fait suite à ses allégations.

Certains espions étaient tellement investis dans leur combat contre les associations anti-sectes en Amérique du Nord que j’ai de bonnes raisons de penser qu’ils ont également été envoyés en opération sur le vieux continent. Avec leurs nouveaux adhérents, souvent zélés et pleins d’enthousiasme, les associations anti-sectes doivent redoubler de prudence et vérifier minutieusement leurs parcours personnels, car les mauvaises surprises fomentent une atmosphère délétère de trahison et de vulnérabilité. Et lorsqu’une association démasque un espion dans ses rangs, cependant, je recommande de jouer la carte de la gentillesse à son égard, tout en supprimant ses différentes prérogatives et ses codes d’accès. Si je dis cela, c’est parce qu’il arrive que des espions se retournent contre leurs supérieurs, et le fait de découvrir que leurs cibles réagissent avec mesure peut parfois avoir un impact sur leur engagement personnel.

6) Les anciens membres qui ont été impliqués personnellement dans des « mauvaises affaires »

Alors que les escrocs prennent la parole en s’appuyant sur des histoires fabriquées de toutes pièces, quelques vrais anciens membres, hélas peu nombreux, prennent la parole contre leurs anciens groupes pour des raisons tout à fait légitimes. Il arrive même que ces anciens adeptes aient eu de grandes responsabilités dans la hiérarchie du groupe, qu’ils intervenaient dans les médias pour redorer l’image du groupe ou pour réfuter quelques critiques. Mais il y a également le cas des anciens membres qui ont été très actifs dans leurs groupes respectifs pendant des années et qui en savent long… mais qui ont fait des choses dans leur le passé que leur ancien groupe peut encore utiliser contre eux. Des déclarations publiques, par exemple, en contradiction avec leurs nouvelles convictions anti-sectes ; des parjures devant les tribunaux ; des violations des lois civiles ou pénales ; des relations interpersonnelles avec d’autres membres du groupe ou leurs familles… toutes ces choses peuvent avoir impliqué des actions que les anciens membres regrettent certainement, mais dont le groupe peut se servir, par des campagnes de dénigrement, pour les démolir.

Les associations anti-sectes et leur personnel ont l’obligation d’aider un ancien adepte à bien mesurer toutes les conséquences, positives et négatives, d’une éventuelle prise de parole publique contre leur ancienne secte. L’une des plus importantes tâches de ces organismes est d’aider les anciens adeptes à se réintégrer dans la société normale, et pour cela, il est souvent préférable d’être au calme et à l’abri des projecteurs. En puis il arrive parfois qu’après quelques années hors du contexte de leur ancienne secte, ces gens soient dans une meilleur situation personnelle (sociale, légale et / ou émotionnelle) pour se permettre de prendre la parole dans les médias. Personne n’aime être utilisé, et il y a toujours un danger dans le fait que les associations anti-sectes peuvent utiliser des anciens adeptes pour répandre des critiques sur différentes communautés… mais aux dépens de ces mêmes anciens adeptes.

7) Ceux qui se sont reconvertis professionnellement dans la lutte anti-sectes

Certains anciens adeptes, après leur sortie, se lancent tout entier dans la bataille contre leur ancien groupe, et parfois aussi contre d’autres sectes. Par le passé, ces gens sont devenus des experts dans le domaine des sectes, en tant que témoins, écrivains, déprogrammeurs, exfiltreurs, activistes au sein d’organismes anti-sectes, etc. Il s’agit cependant d’un sentier difficile à parcourir. Il n’y a pas beaucoup d’argent à se faire dans les milieux anti-sectes, et il n’est pas rare qu’on se confronte à des procès coûteux. Du reste, il faut aussi savoir que les informations sur une secte deviennent rapidement obsolètes.

Tout cela a pour conséquence que très peu d’anciens adeptes de sectes ont réussi à gagner leur vie en s’engagement professionnellement dans la lutte anti-sectes. L’un des rares exemples d’un cas qui a marché, c’est Michael Kropveld, de l’association canadienne Info-Sectes / Info-Cult ou Ian Haworth, du Centre d’Information sur les Sectes du Royaume Uni. D’autres ont échoué. Pendant un certain nombre d’années, par exemple, Stacey Brooks a travaillé, d’abord comme consultante, puis comme membre de l’équipe directrice d’une association anti-Scientologie, basée en Floride. Apparemment, à cause des pressions qu’elle subissait pour protéger l’association en vie, elle a commis un parjure, ruinant par là toute sa crédibilité (voir Brooks, 2002).

8) Les anciens membres qui ont passé des diplômes et mettent leurs compétences au service des victimes et de la lutte contre les sectes.

Les anciens adeptes qui sont les plus efficaces sont ceux qui acquièrent des qualifications avancées dans un certain nombre de domaines (psychologie, sciences sociales, médecine, droit, etc.) et qui partagent leurs expériences personnelles et / ou apportent leur aide à d’autres adeptes en difficultés. Comme ils ont reçu une formation professionnelle, les sectes ont beaucoup plus de mal à les discréditer, à faire croire que leurs témoignages ne sont pas objectifs. De plus, quand ils écrivent ou parlent sur tous ces sujets, ils bénéficient d’une grande autorité grâce à leur expérience personnelle.

Il y a de plus en plus d’anciens adeptes qui ont obtenu des doctorats et ont suivi une formation professionnelle en sociologie, en psychologie, en psychothérapie, en droit, etc. Le travail que ces personnes produisent dans le domaine des sectes est exceptionnellement bon, parce qu’ils détectent très vite les failles et les erreurs qui apparaissent dans les enseignements traditionnels. Ils ont l’expérience des sectes, et connaissent également le langage académique et professionnel pour décrire ces expériences de façon idoine. Hélas, une formation très élevée n’est pas nécessairement une garantie d’objectivité (Le grand universitaire et écrivain James R. Lewis, par exemple, était un membre de la secte 3HO [Healthy, Happy, Holy Organization, inspiré du kundalini yoga]… il avait d’ailleurs la réputation de sous-estimer les exactions commises dans les nouveaux mouvements religieux [Lewis 2010].

CONCLUSION

Rejeter d’emblée les témoignages des anciens membres est antinomique avec les sciences sociales. Nul doute que les futures générations de chercheurs dans ce domaine verront rétrospectivement cette attitude avec étonnement. Ce qui est important dans les sciences sociales, c’est d’obtenir des informations fidèles, dans de bonnes conditions éthiques. Quelles que soient leurs sources, les praticiens en sciences sociales doivent s’efforcer de vérifier leurs informations en les comparant avec des informations obtenues par d’autres voies. C’est un processus que l’on appelle la triangulation. Plus ces sources indépendantes convergent vers les mêmes faits, plus il est probable que les faits sont exacts. Rejeter les témoignages des anciens adeptes sans se donner la peine de les vérifier, ce n’est même plus de la mauvaise science sociale : c’est de l’idéologie. C’est refuser de remettre en cause certains postulats de base qui privilégient les groupes controversés. C’est privilégier les sectes, en excluant catégoriquement de son champ d’études toutes les informations provenant des personnes qui ont connu ces groupes de l’intérieur. La Scientologie ne s’est pas privée de publier la déclaration de Bryan Wilson afin de discréditer les récits des anciens membres qui décrivaient le fonctionnement interne du groupe. Et il est abasourdissant que tant de chercheurs en sciences sociales aient intégré ce processus partial et non critique.

Ma principale motivation en écrivant cet article est d’appeler les Européens à la plus grande vigilance à l’égard de leurs sources d’informations. Indubitablement, les anciens membres de différents groupes controversés seront toujours désireux de les aider d’une façon ou d’une autre, et ces derniers apporteront en effet une richesse d’informations et du matériel qu’il serait difficile d’obtenir autrement. Cependant, en raison des valeurs qu’elles affichent, les sectes elles-mêmes peuvent profiter de leur position privilégiée pour créer des réseaux d’espionnage et pour renverser à leur avantage le rôle des apostats et des anciens membres. En plus, certaines personnes peuvent quitter des groupes controversés dans le seul but de les réintégrer plus tard. Il arrive aussi que certaines personnes inventent des histoires sur leur engagement précédent juste pour obtenir de l’aide matérielle, ou pour sentir qu’on s’occupe d’eux.

Pour leur propre bien, il est parfois préférable que les anciens adeptes se concentrent sur leur reconstruction personnelle, et qu’ils évitent de s’exposer à d’éventuelles représailles de la part de personnes (voire de familles) qu’ils considéraient auparavant comme des amis. Tout cela étant dit, les anciens adeptes continuent d’enrichir notre compréhension de nombreux groupes controversés, et il est sage de les accueillir parmi nous et de recevoir ce qu’ils ont à nous communiquer.

KENT Stephen, « The history of credibility attacks against former cult members » [en ligne], avril 2011. Version originale disponible sur : <http://griess.st1.at/gsk/fecris/war...> Traduit de l’anglais par Xavier Léger.

[1L’un de mes étudiants doctorant, Terra Manca, a soulevé une question intéressante à ce sujet : les personnes qui sont expulsées de leur groupe contre leur gré appartiennent-elles aussi à la catégorie des « déconvertis par la force » ? C’est une très bonne question, mais que je soupçonne de toute façon que dans un premier temps, ces anciens adeptes conservent un fort attachement à leur groupe et à ses enseignements.

[2Les six types de conversion que Lofland et Skonovd identifiaient étaient les suivants : l’intellectuel, le mystique, l’expérimental, l’affectif, le renouveau et le coercitif. Chacun de ces types différait en fonction de cinq variables : le degré de pression sociale, la durée, le degré d’implication affective, le contenu affectif, et l’ordonnancement d’implication doctrinale. On pourrait aussi ajouter l’hypnose dans les motifs de conversion, mais la littérature sur ce point n’apparaît jamais dans les discussions sociologiques.

[3Je trouve intéressant que Lewis ait critiqué l’objectivité des récits des anciens adeptes, alors qu’en 2010 il a publié un récit sur un schisme qui s’était produit dans un groupe qu’il avait dirigé, en s’appuyant essentiellement sur son témoignage personnel. Avant de former son propre groupe, il avait quitté 3HO, et il attendait bien sûr que ses lecteurs croient et acceptent son propre témoignage « d’ancien membre » ! (Lewis, 2010)