La Légion de Maciel continue de couvrir des pédophiles

Dimanche 19 février 2012 — Dernier ajout mercredi 20 novembre 2019

L’article qui suit montre le genre de situations auxquelles des enfants se retrouvent confrontés dans l’univers des petits séminaires de la Légion du Christ. En France, il y a eu plusieurs affaires d’abus sexuels perpétrés à l’Ecole Apostolique de Méry-sur-Marne, et soigneusement étouffées par le même supérieur épinglé dans cet article : le père Hector Guerra.

Introduction (de Patricio Cerda)

Ce matin, j’ai lu avec attention l’homélie prononcée par le cardinal Ouellet, lors de l’acte pénitentiel qui a été célébré à Rome, à l’occasion du Symposium sur les abus sexuels sur des mineurs, et je désire partager avec nos lecteurs une partie de celle-ci :

La tragédie de l’abus sexuel de mineurs perpétré par des chrétiens, spécialement lorsque commis par des membres du clergé, est une source de grande honte et un énorme scandale. C’est un péché contre lequel Jésus lui-même s’est prononcé : « Si on lui attachait au cou une meule de moulin et qu’on le précipite à la mer, ce serait mieux pour lui que d’entraîner au péché un seul de ces petits » (Lc 17, 2). L’abus est un crime qui en fait provoque une authentique expérience de mort pour des victimes innocentes, que Dieu seul peut réellement ressusciter à une vie nouvelle par la puissance de l’Esprit-Saint. Ainsi, avec une profonde conviction et conscience de ce que nous faisons présentement, nous nous tournons vers le Seigneur et nous l’implorons.

L’Eglise du Christ est en train de faire un effort énorme pour réparer et soigner les blessures des victimes et le témoignage de l’une d’entre elles a même ému l’auditoire… Et cependant, la Légion du Christ, au contraire, continue de couvrir les pédophiles, comme elle l’a déjà faite avec son fondateur.

Il y a 15 jours, un ami m’a appelé par téléphone, afin de me dire qu’il venait de découvrir que le prêtre légionnaire Manuel Jesús Fernández Vallejo allait prêcher le Quinaire Solennel dans une fraternité religieuse de Séville. Le Quinaire est une retraite d’exercices spirituels de cinq jours qui semble avoir son origine dans le souvenir des cinq plaies du Christ (les mains, les pieds et le côté) et qu’on célèbre en l’honneur du Christ et de la Sainte Vierge.

En plus de cela, mon ami m’a informé que le légionnaire en question occupait un poste d’aumônier dans un collège d’enfants de Madrid. Cet ami n’arrivait pas à comprendre un telle chose, étant donné qu’en 1996, celui qui était à l’époque le Directeur Territorial, le père Hector Guerra Ibarra, était au courant des abus sexuels dont ce légionnaire avait été accusé, lorsqu’il se trouvait au Petit Séminaire de Moncada, à Valence.

Mon ami détient même une lettre que le prédateur Marcial Maciel et les autres supérieurs de l’époque lui avaient envoyé, et qui montre bien qu’ils étaient au courant de ce que ce légionnaire avait fait.

Je connais personnellement quelques membres de la fraternité en question, et je me suis donc mis immédiatement en contact avec l’un d’entre eux pour les avertir.

L’archevêque de Séville, Mgr Juan José Asenjo, était également attendu à cette retraite.

La détermination avec laquelle a réagit le responsable de cette fraternité a été vraiment exemplaire, parce qu’il a appelé immédiatement le père Manuel Jesús Fernández pour lui dire que sa participation n’était pas souhaitable. Et le père Manuel n’a d’ailleurs pas demandé d’explications, sachant bien de quoi il s’agissait.

L’actuel Directeur Territorial en Espagne, le père Jesús María Delgado Vizcaíno, de même que l’actuel Diecteur Général de la congrégation, le père Alvaro Corcuera, sont tous les deux au courant de cette affaire, comme ils sont au courant d’autres cas de prêtres légionnaires qui continuent de travailler avec des enfants, malgré des accusations d’abus sexuels sur mineurs qui pèsent sur eux.

Semaine après semaine, nous continuerons à montrer comment, d’un côté, l’Eglise cherche à promouvoir la vérité, la justice et la transparence, et d’un autre, la Légion du Christ continue ses efforts pour cacher et couvrir les pédophiles.

Le Cardinal continue son homélie de ce matin ainsi :

« Comme membres de l’Église, vous devons avoir le courage de demander humblement le pardon de Dieu, et aussi le pardon de ses « petits » qui ont été blessés ; nous devons demeurer près d’eux sur leur chemin de souffrance, en cherchant de toutes les manières possibles à guérir et soigner leurs blessures selon l’exemple du Bon Samaritain. Le premier pas sur cette route est de les écouter attentivement et de croire leurs histoires douloureuses. »

Nous sommes une Association d’Aide aux personnes Affectées par les Enseignements du Groupe Religieux Légionnaires du Christ et l’un des points que le Ministère de l’Intérieur reconnaît dans nos statuts, c’est le fait de dénoncer ce genre de conduite.

Voici le témoignage de mon ami (dont nous respectons ici l’anonymat) :

« Il y a une chose qui attirait toujours mon attention quand j’étais un jeune petit séminariste de 11 ans, c’est le fait voir que mon Recteur était un homme si joyeux, si enthousiaste, si sympa… bien que je dois également reconnaître qu’il piquait également des colères rouges quand l’un de nous ou l’un des membres de son équipe de formateurs le faisait sortir de ses gonds.

Quand je me trouvais au petit séminaire de Moncada, il y a environ vingt ans, il me paraissait normal que le Recteur choisisse ses préférés pour faire un tour en voiture dans les jardins du Séminaire. Il disait qu’il leur apprenait à conduire. Et moi, je rêvais de faire partie de ces élus qui avaient le droit de monter dans le véhicule, de s’assoir sur ses jambes, de passer les vitesses, et de tenir le volant pour jouer à éviter les arbres de la palmeraie… en effet, aux yeux d’un adolescent, ceux qui avaient le privilège de monter dans la voiture avec le Recteur étaient « les meilleurs ».

Plus tard, quand ma vie a pris une autre direction et que j’ai quitté le séminaire des Légionnaires, j’ai eu l’occasion délicieuse de faire monter une fille dans ma voiture, que j’avais acheté d’occasion. Je l’ai installé sur mes jambes pour lui apprendre à conduire, et c’est alors que cela a fait ressurgir en moi un souvenir étrange et amère… et ce qui aurait dû être une expérience plutôt agréable, n’a fait qu’engendrer des doutes : était-il normal qu’un Recteur de séminaire fasse ce genre de chose ? Et pourquoi était-ce seulement les enfants les plus mignons qui recevaient ce privilège ?

Je me suis alors souvenu du nom de l’un de ces « veinards » qui avaient eu des cours d’auto-école. Le Recteur avait une préférence inhabituelle pour ce garçon. Il était bien élevé, doux, de bonne apparence. Un jour, j’étais allé chercher le Recteur dans son bureau, mais arrivé devant la porte, j’ai entendu le bruit d’un enfant qui haletait. Surpris, j’ai pensé qu’il devait certainement faire des exercices physiques, et j’ai préféré ne pas toquer à la porte, étant donné - soit dit en passant - qu’ils nous avaient enseigné des normes très strictes d’éducation. La porte du bureau du recteur était en bois, de couleur marron, de sorte qu’on ne pouvait pas voir ce qui se passait à l’intérieur. J’ai attendu plusieurs minutes, mais je continuais à entendre cette respiration haletante, comme celle d’un enfant qui venait de courir. Je me suis alors résigné à aller voir un autre supérieur, et alors que je m’éloignais, je me suis retourné, et j’ai vu sortir l’enfant du bureau.

Je n’ai jamais osé lui demander ce qu’il faisait avec le Recteur, mais devenu aujourd’hui adulte, ce souvenir reste entaché d’une saveur amère. Je me souviens du Recteur, avec nom et prénom, et je me demande si des enfants continuent à monter sur ses jambes pour y apprendre les choses de la vie… Nous espérons tous que non. Mon Dieu ! »