Les fondateurs d’une communauté nouvelle condamnés pour n’avoir pas acquitté les cotisations de retraite dues à leurs membres.

Dimanche 17 novembre 2019

La couverture sociale et l’assurance vieillesse des membres du clergé, des congrégations et collectivités religieuses est assurée par une caisse spéciale, la CAVIMAC. Or, un certain nombre de communautés catholiques nouvelles s’abstiennent de verser les cotisations correspondantes.

C’est le cas de la communauté du Pain de Vie, qui ne cotisait que pour ses fondateurs, Pascal et Marie-Annick Pingault. Le journal « La Croix » nous apprend qu’une ancienne consacrée de cette communauté a obtenu réparation auprès de la justice civile. Par un arrêt du 13 juin 2019, la cour d’appel de Caen a confirmé un premier jugement prononcé en 2011 et reconnu « qu’en ne procédant pas à l’affiliation de ses membres pour le risque vieillesse au régime des retraites des cultes, M et Mme Pingault et la Fédération des associations de la communauté du pain de vie ont commis une faute qui engage leur responsabilité ». En conséquence, le tribunal a condamné le couple Pingault et la Fédération à lui verser solidairement la somme de 72 079 € à titre de dommages et intérêts, basés sur la prise en compte de vingt ans au service de la communauté.

La Communauté du Pain de Vie a vu le jour en 1976 en Normandie. Elle a rapidement essaimé sur les 5 continents, comptant plusieurs dizaines de maisons, et environ 200 membres, familles, célibataires, engagés par vœux à suivre le Christ de façon radicale, en partageant leur vie avec des personnes en difficulté. Les membres devaient abandonner leur profession, remettre leurs biens et toutes leurs ressources éventuelles à la communauté en se dévouant entièrement à celle-ci.

Reconnue officiellement par L’Eglise catholique en 1990 comme association de fidèles de droit diocésain en la personne de Mgr Pican (célèbre pour avoir été le premier évêque français condamné à une peine de prison pour non dénonciation de crime de pédophilie), elle a connu à partir du début des années 2000 de graves tensions internes. De nombreux membres se sont mis à la quitter. Les maisons ont fermé les unes après les autres. Les évêques concernés ont été alertés, mais n’ont pris aucune mesure.

Pourtant, les dysfonctionnements du Pain de Vie avaient été pointés dès 1996 dans un livre édité au Seuil « Les naufragés de l’Esprit. Des sectes dans l’Eglise catholique ».

Si l’on se réfère à la liste des critères permettant de repérer des comportements de type sectaire élaborée par la Conférence des évêques de France, on constate sur la base des témoignages que nous avons eus en main que cette communauté cochait 20 cases sur 26 : culte du fondateur, hors du groupe pas de salut, au-dessus des lois, ruptures familiales, rupture avec les « dissidents », contrôle du choix des confesseurs, etc.

Finalement, constatant la décomposition de la communauté et ses « graves difficultés de gouvernement », l’évêque de Bayeux et Lisieux, Mgr Jean-Claude Boulanger a prononcé sa dissolution le 9 avril 2015.

Cependant, entretemps, le couple Pingault avait fait sécession et fondé en 2004 une autre association, intitulée Maison du Pain de Vie, sans aucune reconnaissance de l’Eglise. La Maison du Pain de Vie continue néanmoins à desservir une chapelle à Valenciennes, sans que l’archevêché de Cambrai, interrogé à plusieurs reprises à ce sujet, songe à réagir. Par ailleurs, elle tente de s’installer en Allemagne.

Contactés, d’anciens membres du Pain de Vie considèrent que la condamnation du couple Pingault est une « une grande victoire pour tous ceux qui se sont battus pour la vérité, souvent contre vents et marée, eux-mêmes dans des situations de grande précarité, avec en plus la honte d’avoir été abusés, et parfois aussi le sentiment d’avoir été trahis par l’Eglise. »

Le Pain de Vie est loin d’être un cas isolé. Les personnes sorties de bien d’autres communautés semblables se retrouvent de même sans emploi, sans formation, avec la promesse d’une retraite de misère, mais hésitent le plus souvent à entamer des procédures judiciaires, trop longues et compliquées. Cet arrêt de la Cour d’appel de Caen devrait les encourager à ne pas renoncer.

https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/France/Deux-membres-fondateurs-communaute-Pain-vie-condamnes-2019-11-13-1201060195?fbclid=IwAR08Mb2jj-MZ5-mwGEmcpNSk6K_Eovb99EF0buoPjx-lhCQ49DCL_ieSSos

http://www.la-croix.com/Religion/Actualite/La-Communaute-du-Pain-de-Vie-est-dissoute-2015-05-21-1314665?xtor=EPR-9-%5B1300839864%5D

https://www.la-croix.com/Archives/2009-06-24/Le-diocese-d-Evreux-vend-l-abbaye-de-Verneuil.-_NP_-2009-06-24-348211

Vos réactions

  • alain 17 novembre 2019 20:48

    bonjour,

    j’ai été accueilli de nombreuses fois au pain de vie, j’ai déjà donné mon témoignage sur ’l’envers du décors" à 2 reprises. Je suis stupéfait, j’ai bien connu les Pingault à Sommervieu ; je n’ai jamais eu aucun problèmes avec eux, ils étaient plutôt sympas et de bons conseils avec les personnes accueillies. je garde un très bon souvenir de cette communauté, mais je suis triste, triste de ce que j’apprends encore. Mais c’est que des histoires de fric, qui sont graves, heureusement qu’il n’y à pas eu autre chose. Que dire de plus, au plan humain c’ très grave. En 1996 j’étais à Bollène au pain de vie et je leurs avait offert un exemplaire des « naufragés de l’esprit », ça m’avait mis un peu la puce à l’oreille et j’ m’étais dit « quand ils vont se réveiller, ça fera mal », et le livre m’avait inquiété.

    Je souhaite bons courage à tous ceux ,celles que j’ai connu, un bon souvenir et merci pour votre accueil, j’ai bien décollé avec ma licence de droit je m’en suis pas trop mal sorti, et je peux aider pas mal de monde. voilà, au plan de la foi jésus et bouddha m’accompagnent. alain