Jeudi 14 octobre 2010 — Dernier ajout jeudi 2 mai 2013

Trisomiques de Villecroze : dix ans de réclusion

Après deux heures et demie de délibéré, la cour d’assises du Var a rendu son verdict hier soir, dans l’affaire des viols de trois jeunes trisomiques, par le fondateur de l’institution de Villecroze dont ils étaient pensionnaires.

Louis Rolland a été condamné à dix ans de réclusion et la cour a délivré un mandat de dépôt. Jusqu’à la fin des débats, cet homme de 70 ans a nié les faits, qui remontaient à une quinzaine d’années, et pour lesquels il n’avait jamais subi de détention provisoire.

Scène de ménage à la barre

Indéfectiblement unis depuis 1978, moins par l’amour que par la mission qu’ils s’étaient donnée en faveur des handicapés, Louis Rolland et son épouse Annie ont coupé les ponts depuis deux ans. En fait depuis la révélation faite par le fils aîné d’Annie, un moine bénédictin de 44 ans, des viols qu’il avait subis pendant quatre ans à l’adolescence, de la part de son beau-père.

La confrontation du couple à l’audience a donné lieu, non pas à des retrouvailles, mais à une véritable scène de ménage sous les yeux médusés des jurés. C’est qu’Annie Rolland était venue charger encore un peu plus la barque de son mari, en annonçant à la cour que leur fils adoptif trisomique lui avait révélé en août dernier que son père lui avait fait des attouchements.

Quant aux viols sur les pensionnaires de la “communauté de Nazareth” : « Ce n’est pas impossible », a-t-elle lâché.

Un dossier et un contexte

Ce contexte de révélations fracassantes ne plaidait pas en faveur de Louis Rolland. Cependant, entre l’aveu d’un inceste ancien et désormais prescrit, et la contestation d’un nouvel inceste pour lequel aucune plainte n’a encore été déposée, on était complètement en dehors des faits soumis à la cour.

L’avocat général Sophie Boyer l’a souligné en ouvrant son réquisitoire.

« Si Louis Rolland, à la barre de cette cour, a reconnu avoir commis des faits inavouables, ça n’en fait pas pour autant un coupable des faits qui lui sont reprochés. »

Elle a opposé, dans sa démonstration de culpabilité, les contestations rigides de l’accusé aux déclarations précises des trois jeunes trisomiques. Les rapprochant des révélations brutales faites à l’audience, elle en a tiré la conclusion que l’accusé était « quelqu’un qui est capable de trahir, de mentir et de se taire, même devant la souffrance des victimes ».

Elle a requis dix-sept à dix-huit ans de réclusion.

Thèse du complot

Reprenant la théorie d’un complot ourdi par des familles hostiles, que soutenait Louis Rolland, Me Lionel Escoffier, au nom des plaignants, l’a estimée impossible. « Les spécialistes des trisomiques disent tous que l’élaboration développée d’un mensonge n’est pas possible pour eux. Et on nous parle d’un mensonge qui aurait duré quinze ans ? « Louis Rolland est un prédateur en manque d’affection, qui a violé son beau-fils et touché sa belle-fille avant de s’en prendre à des handicapés. »

C’est cependant sur ce thème de la cabale, « de familles qui avaient les plus grandes réticences à laisser leurs enfants à Villecroze », que Me Florence Rault a plaidé l’acquittement de Louis Rolland.

Elle a rappelé que les premières révélations d’attouchements, faites par le jeune Emeric en 1998, avaient abouti en février 2000 à un classement sans suite par le parquet de Draguignan, faute de preuves suffisantes.

« Cela a sans doute déclenché quelque chose parmi les familles, qui se sont dit que s’il n’y avait pas assez de charges, il fallait en trouver d’autres. »

Pour elle, les accusations de viols lancées ensuite par deux autres jeunes trisomiques l’auraient été, soit par solidarité, soit induites par la psychologue de l’institut parisien que tous trois fréquentaient en même temps.

Une analyse que la cour n’a pas partagée.

Publié le jeudi 14 octobre 2010

Voir en ligne : Var Matin